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| Les 55 jours de Pékin... ou la vision hollywoodienne |
par Thierry Borderie
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Pékin
1900.
La Chine est alors une puissance à bout de souffle occupée
par les puissances étrangères. L’énigmatique
et autoritaire Impératrice douairière Cixi (Tseu Hi)
rêve de chasser les " diables étrangers "
et de redonner à son pays la grandeur et l’éclat du
passé.
Si la Chine est pressurée par les états modernes,
elle est, de plus, divisée en son sein par de nombreux courants
d’influence. A la cour même, à coté du général
Yong Lu qui prône la modération envers les nations
occidentales, le prince Tuan clame sa xénophobie.
A
Pékin les " Boxers " ou " Poings
d’harmonie et de Justice ", membres des sociétés
secrètes, font entendre leurs slogans d’une voix de plus
en plus forte et de plus en plus pressante : " Protéger
le pays, anéantir les étrangers ".
Dans la capitale chinoise les diplomates, missionnaires et résidents
occidentaux se retranchent dans leurs légations protégées
par une poignée de militaires. Onze nationalités y
sont représentées : Grande Bretagne, Etats-Unis,
Allemagne, France, Japon, Italie, Russie, Belgique, Pays Bas, Espagne,
Autriche-Hongrie.
Le
20 Juin, le drame éclate.
Des hordes chinoises déferlent, bientôt aidées
par l’armée impériale sur trois ou quatre mille civils
défendis par à peine cinq cents soldats à l’armement
hétéroclite.
Le 14 Août, après cinquante cinq jours de siège,
la ville est investie par une colonne de secours constituée
à partir d’éléments de la flotte occidentale.
Les " Boxers " sont vaincus, chassés
et l’Impératrice prend la fuite protégée par
les restes de son armée.
Voici,
en quelques lignes, ce qui résume le ton du film " Les
55 jours de Pékin " qui retraça, à
l’écran, en 1963 des évènements déjà
vieux de plus d’un demi siècle. Cette super production américaine,
que nous avons pu revoir très récemment à la
télévision, nous fit vivre, à sa manière
une page d’histoire ambiguë de notre proche passé colonisateur
à travers deux acteurs privilégiés du drame :
le Major Matt Lewis, incarné par Charlton Heston, qui commandait
le détachement américain et Sir Arthur Robinson, joué
par David Niven, un diplomate britannique.
Précisons que pour les besoins romanesques de l’intrigue,
le personnage de la baronne Ivanoff, qui aurait logiquement du se
nommer Ivanova, interprétée par Ava Gardner naquit
de l’imagination du producteur Samuel Bronston.
Ce film, une super-production, est le troisième mis sur pied
par Bronston en Espagne, en décors naturels, après
le " Roi des Rois " de Nicolas Ray et le " Cid "
d’Anthony Mann, également avec Charlton Heston comme interprète.
Pour les besoins du film il fait édifier, dans ses propres
studios crées en 1959 près de Madrid, une gigantesque
et minutieuse reproduction de la Cité Interdite.
Rapidement des problèmes se font jour entre Bronston et Nicolas
Ray, le réalisateur, qui fera pourtant une brève apparition
sous les traits du diplomate américain en charge à
Pékin... puis entre Ava Gardner et Charlton Heston entre
lesquels le courant ne passe décidément pas.
En plein tournage Ray est atteint par une maladie diplomatique.
Il est immédiatement remplacé par Andrew Marton célèbre
pour avoir réalisé, avec brio, la fameuse course de
chars de BenHur. Ce dernier revendiquera la plus importante partie
du film dont la majorité des scènes d’action.
A voir et à revoir ce film, dont la critique n’a jamais,
par ailleurs été excellente, on peut être choqué
par le parti pris unilatéral dans lequel il a été
réalisé. Au départ, il semble pourtant que
producteur et réalisateurs aient pris soin de se documenter
sur les événements historiques mais que, suite à
ces divers problèmes, leur seul souci ait été
finalement de respecter les contraintes commerciales et l’idéologie
dominante des années soixante.
Les Chinois, à de très rares exceptions près,
y sont donc représentés comme cruels et machiavéliques...
et surtout très hystériques et immensément
nombreux. Les occidentaux ont, on s’en doute, le beau rôle.
La lucidité, l’intelligence, le courage, l’ingéniosité,
la discipline, la confraternité permettent aux occidentaux
de surmonter l’épreuve et de vaincre les " Boxeurs "
et l’armée impériale.
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| La
vision historique occidentale... |
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Il
est difficile d’observer à la loupe le drame Pékinois
sans connaître quelque peu le contexte ambiant. Il apparaît
ainsi que cette page d’histoire ne fut que la cristallisation spectaculaire
d’un long et douloureux processus réglant les rapports entre
la Chine et le reste du monde.
Il faut par exemple se souvenir que le commerce étranger
avec le Céleste Empire était, jusqu’au début
du dix-huitième siècle strictement limité à
Canton dans le sud et à deux villes frontières de
la Sibérie pour le nord.
Par volonté impériale les " diables étrangers "
n’avaient donc pas accès aux ports chinois et ne pouvaient
commercer qu’avec quelques compradores cantonnais de la corporation
Co Hong, responsable devant l’état du bon comportement des
étrangers. Malgré ces précautions l’usage de
l’opium amené en fraude par la Compagnie des Indes faisait
des ravages dans la population chinoise à tel point que le
gouvernement chinois décida d’en interdire totalement le
commerce.
Les Britanniques prirent donc la destruction de vingt mille caisses
d’opium, dans le port de Canton, comme une insulte intolérable .
Ainsi naquit la fameuse guerre de l’opium. Elle fut rapidement perdue
par la Chine qui signa le traité de reddition de Nankin en
1842.
Par ce traité la Chine fut contrainte de céder Hong
Kong, le " Port Parfumé ", aux Anglais
ainsi que d’ouvrir quatre nouveaux ports au commerce de la Couronne...
et donc au commerce forcé de l’opium. Ce fait créa
un précédent fâcheux pour la Chine car les autres
puissances occidentales ne voulurent pas demeurer en reste.
La France, sous la contrainte des armes, exigea en 1844 d’obtenir
les mêmes avantages que la perfide Albion avec, en outre,
une close relative à la liberté religieuse chrétienne
sur la totalité du territoire chinois.
A coté du commerce de l’opium, les Anglais eurent l’idée
d’exporter une main d’œuvre bon marché et industrieuse vers
leurs colonies. Les émigrants chinois s’embarquèrent
donc en masse dans ce qu’on nommait, en jargon d’initiés,
" le commerce du porc à deux pattes ".
Les rares closes favorables à la Chine furent violées
maintes et maintes fois attisant ainsi, peu à peu, le ressentiment
des autochtones. Chaque réaction justifiée de l’Empire
de Chine fut considéré comme un camouflet à
la dignité occidentale. La riposte consistait invariablement
en de nouvelles exactions suivies de nouveaux traités de
plus en plus restrictifs et de nouvelles exigences.
En 1860 les Français firent entrer en lice leurs fameuses
canonnières blindées, ancêtres d’autres non
moins fameuses vedettes, sur les fleuves chinois. Pendant ce temps
Spahis et Sikhs chargeaient de concert, superbement équipés
de neuf face aux troupes chinoises armées de lances et de
vieux mousquets à silex.
Le 13 Octobre 1860 les troupes franco-anglaises pénétraient
dans Pékin par la Porte de la Tranquillité avant de
se disperser dans la ville dans une œuvre profondément pacificatrice.
Le 18 les troupes du Général Grant mirent le feu aux
palais impériaux et l’empereur fut contraint de prendre la
fuite vers le nord accompagné de sa cour et de ses quarante
concubines.
L’une d’elles, une jeune Mandchoue, ne devait jamais oublier les
fumées dans le ciel de Pékin. Elle se nommait Cixi
(Tseu Hi).
En 1900, Pékin, " La Cour du Nord " était
une ville pratiquement carrée, conformément à
la symbolique de la terre, et divisée en deux parties.
Au nord Sin Tching, la " Ville Nouvelle " renfermait
le palais impérial. Elle portait également le nom
de " Ville Tartare " car au moment de l’établissement
de la famille régnante, les maisons les plus riches avaient
été distribuées aux dignitaires et aux familles
mandchoues.
La partie sud, où s’étaient réfugiés
les Chinois, se nommait simplement " Lao Tching "
(Vieille Ville). De très hautes murailles enserraient les
deux cités.
Au centre, la cité interdite et le palais impérial
étaient enfermés dans un vaste rectangle limité
par de hautes murailles teintes de pourpre. Le quartier européen,
traversé d’est en ouest par la rue des Légations,
se situait çà l’intérieur de la ville tartare.
En ce mois de mai 1900 les rues pullulaient de " Boxers "
et la nuit, selon la rumeur, des charrettes d’armes entraient clandestinement
dans la ville. Les " exécuteurs du Ciel "
comme ils aimaient à se nommer eux-mêmes représentaient
une des nombreuses sectes plus ou moins clandestines jalonnant l’histoire
du pays.
Ce mouvement semblait avoir pris naissance dans le Shantung de la
fusion de deux courants : les Ta Tao Chuan et les Pa Kua Chiao
se revendiquant eux-mêmes de la légendaire secte du
nénuphar blanc " Pei Lien Kiao "... cette
dernière ayant donné également naissance à
de multiples branches telles que le " Nuage Blanc ",
les " Trois Bâtons d’Encens ", le " Thé
Pur " ou le " Fouet de la queue du Tigre ".
Les " I-Ho Chuan " ou " Poings d’Harmonie
et de Justice "’ avaient pris pour devise " Protection
de l’Etat, Extermination des étrangers ".
Les
membres de ces sectes pratiquaient des danses et des rituels guerriers
chargés de symbolique savante sans désavouer cependant
de grossières mise en scène destinées à
frapper l’esprit de la population afin de recruter des adeptes.
L’adhésion à la confrérie était censée
offrir l’invulnérabilité et la toute puissance. Les
" Boxers " adoraient Kouang Ti, le Dieu de la
Guerre ainsi que Chen Wou, divinité de la magie. Ils semblaient
faire usage, en sus, de transes vraies ou simulées, afin
d’intégrer des forces surnaturelles.
La croyance populaire leur attribuait des pouvoirs ésotériques :
insensibilité à la douleur, dédoublement, vol
magique, divination... Une fois de plus le vieux fond chamanique
de Chine éternelle retrouvait des échos favorables !
Au début de l’insurrection le gouvernement impérial
se montra fort inquiet car le mouvement semblait incontrôlable
et issu, de plus, d’un courant traditionnellement chinois opposé
à la dynastie mandchoue.
Peu à peu l’impératrice, rêvant de la grande
Chine passée, inclut les " I-Ho Chuan "
dans son vaste échiquier politique. Farouchement opposée
aux puissances occidentales comme à la modernisation de la
Chine elle vit rapidement dans les " Boxers "
le moyen d’agir dans l’ombre sans pour autant compromettre son armée
régulière. En même temps et ainsi elle s’attirait
les grâces de Tung Fu Hsiang, général de l’armée
musulmane du Kang Su, connu pour sa haine des étrangers et
particulièrement des chrétiens.
Ainsi Cixi unissait dans la même vindicte pour le compte du
trône deux dangereux courants qui, par ailleurs, n’avaient
jamais caché leur hostilité au pouvoir impérial.
Au sein du gouvernement, dès le début des événements
de Pékin, deux partis sont en présence. Le " parti
chinois " comprenant le " Tsong Li Yamen "
(ministère des affaires étrangères) dont le
pouvoir minoritaire était favorable à la modération
ainsi qu’au respect des droits internationaux.
A l’opposé le " parti mandchou " qui
détenait un grand pouvoir militaire représenté
par le Prince Tuan allié au terrible Tung Fu Hsiang. La sympathie
de Cixi allait bien évidemment vers ceux de son sang... donc
vers les mandchous.
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A
partir du 20 mai 1900, l’étau se resserre autour de la capitale.
Le 23 mai, la gare de Chen Sin Tien, à 50 miles de la capitale
est incendiée, les rails sont arrachés sur des dizaines
de kilomètres.
Le 24 mai les " Boxers " campent près
du pont de Palikao où 40 années auparavant s’était
joué un épisode fameux et dramatique de l’histoire
chinoise. Pendant ce temps à Pékin, des tracts enflammés
circulent promettant la protection de Kouang Ti, le Dieu de la Guerre,
à tous ceux qui partiront en croisade contre les " diables
étrangers ".
Dans les légations, malgré les messages apaisants
du palais, influencés sans doute par les derniers conseils
du parti chinois, on s’organise fébrilement : plans
de défense, distributions d’armes, tours de garde...
Le 29 mai la situation s’aggrave avec la totale rupture des communications
vers l’extérieur : plus de télégraphe,
plus de courrier. Une rumeur peu rassurante se confirme : le
général Tung Fu Hsiang camperait à une vingtaine
de km de la ville.
Le 30 mai on apprend que des troupes de renfort alliées viennent
de pénétrer dans Pékin... mais il s’agissait
en tout et pour tout de soixante quinze Français, de soixante
quinze Russes, de cinquante Allemands, de quarante Autrichiens,
de cinquante Italiens, de vingt six japonais et de cinquante deux
Américains... soit moins de quatre cents hommes.
Dès
le premier Juin, les soldats de l’armée du Kang Su pénètrent
dans Pékin derrière le palanquin de l’impératrice.
Plus aucun doute n’est alors permis... le général
musulman est bien là.
Plusieurs pierres jaillissent de la foule visant un détachement
anglais. Il semble que les soldats réguliers fraternisent
avec les " Boxers ". Ce jour là le premier
acte sanglant est commis par les Boxeurs dans Pékin. Ils
assassinent un officier Chinois qui tente de convaincre les militaires
du Kang Su à la modération. Peu après un dignitaire
Japonais du nom de Sugiyama est, à son tour, décapité
par les guerriers musulmans. C’est le premier étranger tué
dans Pékin.
Le
13 Juin, les premiers " Boxers " se ruent, avec
la complicité évidente de la population chinoise,
dans le quartier des légations. Une fusillade éclate.
Ce sont les Français et les Italiens qui viennent d’ouvrir
le feu et de tuer huit " Boxers ". En représailles
les " Poings d’Harmonie et de Justice " exécutent
deux cent chrétiens Chinois.
A la cour, l ‘impératrice hésite encore, partagée
entre les louanges mandchoues envers l’utilité surnaturelle
des " Boxers " et les conseils de prudence émanant
du parti chinois inquiet des réactions du monde extérieur.
Finalement il semble que l’impératrice ait décidé
de pencher vers la position mandchoue et de soutenir les " Boxers ".
Dans les légations assiégées on compte sur
l’arrivée d’une colonne internationale de secours commandée
par l’amiral Seymour.
Malheureusement celle-ci est arrêtée à Lo Ja
par une armée de rebelles. Peu à peu on se met à
perler de l’amiral " see no more " (on ne le
verra plus).
Le
19 juin le baron de Ketteler, ministre allemand, est assassiné
en pleine rue par des " Boxers " et des soldats
réguliers du Kan Su. Le soir même une autre attaque
est portée, sans succès, contre les légations.
Les " Boxers " affirment que cet échec
est du à la présence d’une femme en couches ce qui
indispose les divinités tutélaires et rend inopérante
leur magie guerrière. Le Prince Tuan réussit à
convaincre l’impératrice de signer un décret ordonnant
à Yung Lu et à l’armée régulière
d’attaquer les légations.
De plus le gouvernement reconnaît désormais officiellement
les " Boxers " comme une organisation régulière
ayant une mission à accomplir.
Le siège commence réellement le 20 Juin. L’ambassade
britannique est alors désignée pour abriter les familles
et en l’espace d’une journée est transformée en forteresse.
Le matin
du 23 Juin les soldats de l’armée du nord entrent en action
et incendient l’ambassade d’Italie. Ce fut la quatrième légation
livrée aux flammes et au pillage après celles de Belgique,
d’Autriche et de Hollande. Malgré tout les assiégés
se défendent avec succès causant la mort de centaines
de " Boxers " et de soldats de l’armée
du nord.
Devant l’hécatombe la population et l’armée chinoise
commence à s’interroger sur les pouvoirs surnaturels de leurs
meneurs prophétiques. Le doute s’installe donc dans les rangs
des officiers de l’armée du nord déjà sous
l’influence réservée de leur chef Yung Lu.
Jusqu’au
premier juillet divers assauts sont encore donnés contre
les légations mais toujours sans succès et avec
de très lourdes pertes. Pendant ce temps au palais Yung Lu
et ses partisans tentent de démontrer à l’impératrice
le caractère suicidaire d’une telle entreprise.
Yung Lu ne partageait pas l’opinion des Mandchous sur le caractère
salvateur des " Boxers " et écrivait
ce jour
" J’ai vu les télégrammes. Un pays faible
qui déclenche seul la guerre à dix autres pays forts
court à sa ruine. L’héritage de nos anciens souverains,
déjà difficile à garder, vient d’être
compromis par le fait d’hérétiques rebelles. On dirait
qu’on a voulu le jeter aux quatre vents.
Aujourd’hui que les boxeurs sortent de leur tanière on dit
que c’est le Ciel qui les envoie. Moi, je dis qu’ils constituent
un terrible danger, mais il n’y a pas moyen de revenir en arrière.
Etant malade je n’ai pu agir.
Pendant mon congé j’ai adressé mes rapports au Trône
mais rien n’y a fait. Maintenant, je me force à sortir de
ma réserve. Les boxeurs se comptent dans Pékin par
dizaine de milliers qui vont et viennent comme des sauterelles.
On ne peut plus les tenir en ordre. Nous devons faire dorénavant
tous nos efforts pour les réprimer... ".
De
leur coté les " Boxers " s’évertuaient,
en vain, à réduire la cathédrale du Pei Tang.
La veille ils avaient ordonné aux habitants du quartier d’allumer
des lanternes rouges et de l’encens. Les rues autour de la cathédrale
étaient donc illuminées et on y voyant comme en plein
jour. Mais malgré tout cela les " Boxers "
une fois de plus furent encore repoussés avec de très
nombreux morts.
Les Chinois en conclurent assez rapidement que la Sainte Vierge
bénéficiait de pouvoirs magiques plus puissants que
le Dieu de la Guerre ! On parla donc d’écrans magiques
infranchissables constitués avec des sexes de vierges. Des
désaccords se firent jour entre les membres des diverses
confréries... ceux de Tung Tcheou affirmaient que les lanternes
rouges étaient hétérodoxes et qu’il convenait
mieux d’effectuer des processions pendant sept jours avec des gongs
et des tambours.
Au
sein des légations on attendait toujours la venue de l’hypothétique
colonne de secours. La cour impériale promulguait décret
sur décret... le plus souvent contradictoires. Devant la
résistance des " diables étrangers "
on ne savait plus trop quoi penser. La veille de l’Indépendance
Day le contingent américain se distingue en enlevant une
puissante barricade ennemie à la baïonnette.
Le
six juillet les " Boxers " amènent, face
à la légation d’Angleterre, une machine de guerre
haute de plusieurs étages. Par chance le sept les assiégés
découvrent dans une remise un vieux canon anglais datant
de la guerre de 1860. Il est baptisé " The Empress
Dowager " (l’Impératrice Douairière "
puis, moins formellement " Betsy ". Remis en
état et approvisionné par des obus russes " Betsy "
met rapidement hors de nuire la machine de guerre moyenâgeuse.
On apprend que Tien Tsin vient de tomber aux mains des occidentaux
malgré une garnison de douze mille soldats réguliers
et de dix mille " Boxers ". Cela signifie que
la route de Pékin est désormais ouverte. Les soldats
musulmans, enrichis par le pillage des quartiers occidentaux envahis,
commencent à déserter.
Le
14 Juillet, un courrier de l’impératrice parvient à
la légation d’Angleterre :
" Au
cours des dix derniers jours les soldats et les gardes des légations
se sont battus et depuis il n’y a plus de communication entre nous
à notre grande anxiété. Il y a quelque temps,
au pont de la rivière de jade, nous avions suspendu un écriteau
sur lequel nous exprimions nos intentions, mais nous n’avons reçu
aucune réponse...
Nous avons appris que tous les ministres étrangers étaient
en bonne santé et nous nous en réjouissons. Les événements
actuels sont la conséquence de votre refus. Maintenant nous
demandons à vos excellences de prendre avec eux leurs familles
et les membres de leur personnel et de quitter les légations.
Nous choisirons des officiers de confiance pour assurer votre protection.
Afin de préserver d’amicales relations nous vous prions,
du début à la fin, de n’emporter aucune arme, aucun
de vos soldats ne devra être armé, ceci afin d’empêcher
toute crainte du coté des troupes et de la population chinoise,
ce qui pourrait conduire à des événements inattendus.
Demain à midi ce sera le dernier délais pour nous
donner votre réponse de manière à ce que nous
puissions fixer le jour de votre départ. C’est le moyen le
plus simple que nous ayons pu trouver pour préserver nos
relations face à d’incommensurables difficultés. Si
aucune réponse n’est reçue à l’heure prévue
alors même notre affection ne pourra plus vous aider ".
Le lendemain, après consultation des autres responsables
des légations Sir Mac Donald rédigea sa réponse
en ces termes :
" Les sentiments amicaux exprimés dans votre lettre
sont les nôtres. Nous vous faisons remarquer que jusqu'à
présent nos troupes n’ont pas attaqué. Elles n’ont
fait que défendre la vie et les biens des étrangers
que nous sommes contre les agressions des troupes chinoises.
Si les troupes chinoises cessent de tirer nous cesserons de tirer.
Si votre gouvernement souhaite négocier, il devra envoyer
un responsable officiel avec un drapeau blanc ".
Le lendemain les gardes des légations entendirent dans le
lointain une canonnade qualifiée de " nettement
européenne ".
Le 17 Juillet un long cesser le feu s’instaura. Des soldats des
deux camps fraternisèrent et burent le thé sur les
barricades.
Le bruit courut que les soldats chinois commençaient à
tuer du " Boxer ". Yung Lu fut chargé
de servir d’interlocuteur avec les légations et permit un
approvisionnement en nourriture et en nouvelles.
Le 18 Juillet on apprit donc par un messager Japonais qu’une armée
internationale approchait à marches forcées. Elle
était composée de quatre mille Russes, de mille cinq
cents Américains, de cinq cents Allemands, de mille cinq
cents Français, de deux mille Anglais et de quatre mille
Japonais... en tout cent trente cinq mille hommes parfaitement équipés.
Dans
le quartier des légations la nuit précédant
le 20 Juillet fut particulièrement calme. Au matin l’impératrice
fit parvenir aux assiégés une charrette de fruits
et de douceurs.
Le 26 Juillet, pourtant, Li Ping Heng, ancien gouverneur du Shantung,
partisan zélé des " Boxers " parvint
à convaincre l’impératrice de reprendre les hostilités.
Au matin du 30 des coups de feu furent à nouveau échangés.
Le 4 Août une rumeur se répandit dans Pékin
que des hommes noirs montés sur des grands chevaux étaient
venus aider les assiégeants. Quelques escarmouches eurent
encore lieu jusqu’au 12 où des fuyards et des blessés
chinois firent leur apparition dans Pékin. Li Ping Heng se
suicida.
Le 13 l’impératrice tout en préparant son départ,
demanda à son ministre des affaires étrangères
d’effectuer des ultimes démarches de paix.
Le 14 revêtue de vêtements grossiers, ongles et cheveux
coupés elle prit discrètement la fuite.
Il est vrai que dans la nuit les assiégés eurent la
surprise d’entendre tonner le canon . A trois heures de l’après-midi
les Sikhs et les Radjpoutes de l’armée des Indes pénétraient
en fanfare dans la légation britannique. Puis vinrent les
soldats du Penjab et du Bengale et le reste de l’armée de
sa gracieuse Majesté.
Plus tard arrivèrent peu à peu les Américains
suivis des Russes et, enfin, des Français. A peine toutes
ces troupes avaient défilé sous les acclamations des
occidentaux enfin libérés qu’elles se livrèrent
au pillage systématique de Pékin considéré
ville ouverte.
Ce pillage s’accompagna, comme il se doit, d’une ample massacre
de tout ce qui pouvait ressembler de près comme de loin à
un " Boxer "... donc à un Chinois. Les
civils comme pour exorciser la trop longue tension du siège
se mêlèrent rapidement aux militaires, emmenant à
leur suite les chrétiens chinois désireux de se venger.
Ce que les " Boxers " avaient accumulé
lors des pillages fut à nouveau pillé...
Les Sikhs et les Baloutches avaient une prédilection pour
les bijoux en or et en argent, peu importait à qui ils appartenaient.
Les Japonais s’intéressaient plus particulièrement
aux tissus de soie et de brocard dont ils connaissaient fort bien
l’immense valeur. Mais, les plus acharnés étaient,
au dire de tous les témoins, les terribles cosaques de l’armée
Russe qui brûlaient, pillaient, égorgeaient, violaient
sans la moindre retenue.
Plusieurs journaux s’indignèrent de cet état de fait
comme la " Wesminster Gazette " qui publia plusieurs
lettres édifiantes :
" L’après-midi chacun s’en va dans sa légation
pour assister à la vente aux enchères des objets qui
ont été pillés la veille. Le soir de petites
excursions sont organisées pour aller piller à nouveau.
C’est le pillage, rien que le pillage du matin au soir et le plus
souvent encore du soir au matin. Cela a commencé par les
soldats et cela s’étend désormais non seulement aux
officiers et aux civils mais aussi aux missionnaires et à
certains hauts fonctionnaires des légations. Le nombre de
ceux qui résistent à la tentation du pillage est extrêmement
restreint ".
A
Pékin, dans le même temps, ministres occidentaux et
chinois s’entendaient peu à peu sur les conditions de la
reddition. Fin Octobre voici ce qui fut décidé :
paiement d’une indemnité de 1 milliard de francs or en soixante
versements. Contrôle des douanes maritimes et provinciales
par les puissances étrangères jusqu'à extinction
de la dette. Retour à Pékin sous surveillance de la
cour impériale et mise en place d’une garde permanente de
2000 hommes dans la capitale.
Transformation de Tien Tsin en port international.
Emprisonnement perpétuel du Prince Tuan.
Ouverture de tous les ports chinois au commerce international.
Interdiction à la Chine d’acquérir des armes et des
munitions à l’étranger...
La Chine fut donc contrainte de signer cet infamant " traité
de paix " le 7 Septembre 1901. Afin de rembourser cette
fabuleuse dette elle sera contrainte d’emprunter à ces mêmes
nations qui l’envahissaient. De par ce fait, elle venait de s’endetter
pour plus de quarante ans.
Rares furent les vois qui s’élevèrent contre cette
indignité qui allait faire, en Extrême-Orient, plus
de dégâts encore que le Traité de Versailles
et jeter la Chine quelques années plus tard dans la plus
immense guerre civile de tous les temps...
Sir
Robert Hart, haut fonctionnaire Britannique en poste en Chine écrivait
pourtant en novembre 1900 :
" De
nombreux débats ont eu lieu ces temps ci à propos
des agissements des puissances envers la Chine. C’est toujours une
source d’étonnement d’observer comment, au milieu de toutes
les difficultés de leur pays, les Chinois gardent leur calme
et leur philosophie tout en bouillant intérieurement d’indignation.
Si tout ce qu’ils avaient à dire tenait dans une seule page,
cela pourrait être résumé de la façon
suivante : Ce que vous dites est vrai.
Nous n’avons pas avancé avec le temps.
Nous ne sommes pas un peuple militaire.
Nous avons toujours préféré cultiver les arts
de la paix et tous nos enseignements conduisent à détester
la guerre et à mépriser la profession des armes.
Nous n’avons jamais disposé d’une armée autre que
celle destinée à tenter de maintenir l’ordre et à
réprimer les révoltes.
Nous n’avons jamais éprouvé le besoin de la transformer
en une armée capable d’affronter les troupes étrangères.
Puisqu’il le faut nous changerons.
Il est tout à fait possible que nous allions lentement, trop
lentement et que nous soyons surpris par nos ennemis sans y être
préparés. Cela est du au fait que nous n’aimons pas
le changement.
Mais si le droit est le droit pourquoi ne serait-il pas reconnu ?
Pourquoi devrait-il être défendu par la force ?
Il est possible de la Russie s’empare de tout le nord de notre pays,
l’Allemagne de l’est, la France du sud, l’Angleterre de centre...
cela pourrait même être un bien que cela arrivât.
Mais un beau matin, peut-être dans cinquante ans, peut-être
dans cent ans, peut-être dans deux cents ans une immense vague
de patriotisme balaiera notre pays d’est en ouest et du nord au
sud et nous vous dirons : " Maintenant, messieurs,
rentrez chez vous ! ".
Et vous partirez. Une telle philosophie vous fait actuellement sourire.
Mais si ces lignes devaient survivre quelques cycles, les lecteurs
auront le temps de réaliser combien tout cela est vrai et
rira bien qui rira le dernier ".
Pékin Novembre 1900.
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Le
film " Les 55 jours de Pékin "
Vidéo
Editions Atlas BP 983 27009 EVREUX CEDEX.
Le
siège de Pékin
par Alexandre Grigoriantz aux Editions Favre
Tseu
Hi, Impératrice des Boxers
par Soulié de Morant Editions You Feng
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