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Le vingtième
siècle aura été marqué par trois immenses
figures du Budo japonais... Jigoro Kano
qui fut le fondateur du Judo ; Morihei Ueshiba qui créa L’Aïkido
et Gichin Funakoshi qui fut l’initiateur du Karatedo au Japon et
qui permit de le faire connaître au monde entier. Leurs photos
jaunies figurent en bonne place dans la plupart des clubs et des
Dojo et, à chaque cours, enseignants et pratiquants les saluent
respectueusement... en oubliant bien souvent de respecter leur enseignement
essentiel qui réside dans un message de paix et de fraternité.
Des trois c’est, paradoxalement, Gichin Funakoshi qui fut le plus
lettré dans le sens traditionnel du terme. Il fut, et c’est
un compliment au Japon, considéré comme un "Homme
de rectitude".
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Le général MacArthur en personne demanda ce qu’il
en était à l’un de ses experts. Celui-ci lui confirma
le fait et l’interdiction fut immédiatement levée...
ce qui permit alors que le Judo, le Kendo, le Iiaï Do, l’Aïkido
et 148 autres disciplines du Budo demeuraient hors la loi de continuer
à pratiquer la "Voie de la Main du Continent",
donc la "Voie de la Main de Chine", devenue depuis peu
la "Voie de la Main Vide" par une simple modification
d’un idéogramme, jusque dans l’université.
Le Karatedo connut donc rapidement un développement sans
précédent puisqu’il demeurait le seul Budo officiellement
autorisé par les autorités d’occupation. De nombreux
Marines dont le fameux Donn F. Draeger, futur auteur de nombreux
ouvrages * ( * Asian Fighting Arts Kodansha International LDT, Bibliography
of Judo... ), et qui rendit publique cette anecdote, s’initièrent
donc au Karaté souvent rebaptisé Kempo pour la circonstance.
C’est en 1936 que le caractère Kara, choisi par Gichin Funakoshi
lui-même, et qui signifiait littéralement ancien, en
provenance du continent, donc chinois par référence
à la dynastie Tang... fut subrepticement modifié dans
un caractère simplifié signifiant vide.
Ceci avait été effectué pour éviter,
en pleine époque de la montée du nationalisme et du
militarisme nippon, toute idée de dépendance avec
la Chine alors considérée comme une puissance ennemie.
Malheureusement si le maître Funakoshi
était un fin lettré qui avait choisi le premier caractère
avec une grande subtilité puisque Kara représentait
ce qui était anciennement chinois... et non actuellement
chinois... ce qui est une nuance importante, ceux qui choisirent
le caractère de remplacement l’étaient beaucoup moins.
En effet si ce caractère représente le vide... donc
le vide d’arme et de mauvaise intention... il représente
également, en histoire, le stade où l’homme n’avait
pas encore inventé l’arme ou l’outil. Kara désigne
donc également la stupidité initiale, la balourdise
et tout ce qui est primaire.
Le Maître Funakoshi était parfaitement au courant de
cette bourde monumentale et, dans la seconde édition de son
propre ouvrage "Karatedo Kyohan", publiée en 1935
donc un an avant sa mort,consacre le premier chapitre entier à
tenter de mettre les choses au point et de rétablir la vérité.
Dans la langue chinoise classique, à laquelle le maître
Funakoshi était rompu, le premier caractère Kara qui
se lit Tang (4738 du Ricci) désigne en effet le "Chemin
menant de la grande porte d’une maison à la salle des ancêtres",
la dynastie Tang (618-907), l’autre nom de la Chine... mais également,
c’est un fait, le vide.
Il s’agit donc d’un caractère ancien et très littéraire.
Il fut, à l’origine, utilisé par Funakoshi en référence
à un poème calligraphié qui figurait dans la
première édition du "Karatedo Kyohan", le
"Rentan Goshin Karate Jitsu", (1935) et que nous reproduisons
:
" Etudier l’ancien permet de mieux comprendre le présent...
"
" L’ancien, le nouveau ce n’est qu’une question de
temps... "
" L’important en toute chose est la clarté d’Esprit...
"
" La Voie de toujours alors s’emprunte dans la rectitude
de la Vie... "
Cette "étude de l’ancien" pour mieux comprendre
le présent et pour conserver équilibre et rectitude
fut toujours la préoccupation essentielle du maître
Funakoshi.
Lorsqu’il fit connaître le Karatedo, en mai 1922 lors d’une
démonstration à Tokyo il trouva tout naturel de se
référer à cette ancienne origine chinoise.
Cette démonstration était organisée par le
Butokukai, une importante association regroupant les principaux
Budo du Japon. Afin de faire la promotion de son art, le maître
Funakoshi fit publier dans plusieurs journaux japonais, dont le
réputé Asahi Shinbun, un article sur les origines
du "Ryu Kyu Kempo Karate"...
Ce faisant il reprit le titre de son premier ouvrage publié
en 1922. Mais, ce qui est plus significatif encore est qu’il adjoint
à chacun de ces articles un plan du Temple de Shaolin qui
était alors considéré comme le berceau de l’art
du poing.
Cette fameuse "Main des Tang de l’Art du Poing des Iles Ryu
Kyu" décrite dans les journaux japonais de l’époque
provenait donc bien, suivant Funakoshi lui-même, des pratiques
chinoises issues du style de combat créé à
Shaolin. Funakoshi qui était très croyant faisait
très souvent référence au Bouddhisme et publia
dans tous ses ouvrages des reproductions ou des photographies des
Quatre Rois gardiens des portes du temple de Todai Ji.
Toujours dans "Karatedo Kyohan", au chapitre 7 et comme
conclusion à son oeuvre il précisa formellement que
le terme Bu (de Budo) que l’on traduit habituellement et trop facilement
par "art martial" signifie "arrêter la violence
comme le brave de par son attitude de rectitude arrête l’action
de la hallebarde".
Le véritable Budo suivant Funakoshi n’est ni violence ni
conflit mais, au contraire un art de conciliation et de construction
de paix. Et il cite Mencius. On est assez loin des casseurs de briques.
Son livre se termine par un dernier poème du style Kambun...
donc de forme classiquement chinoise :
Les Huit Etapes du
Karatedo :
" L’intention du Ciel se manifeste sur terre... "
" La circulation de l’énergie tient compte du soleil
et de la lune... "
" La Loi de la vie inclut la souplesse et la force... "
" L’action doit s’accorder avec les circonstances et tenir
compte du changement... "
" La technique s’acquiert avec la pratique et sa réalisation...
"
" La distance implique de savoir avancer et reculer, séparer
et réunir... "
" Les yeux savent voir sans pour autant regarder... "
" Les oreilles savent entendre sans pour autant écouter...
"
Puis il ne peut s’empêcher de citer Sunzi (Sun Tzu), le fameux
stratège chinois :
" Connais l’ennemi et connais toi et en cent batailles
il n’y aura jamais péril... mais vaincre l’ennemi sans combattre
et s’en faire un allié est une meilleure solution encore"
et, enfin, Laozi (Lao Tseu) :
" Si un il existe un vide, l’eau remplit ce vide et prend
la forme qui convient... puis change encore de forme si cela est
nécessaire... "
Et il conclut " La souplesse est toujours préférable
à la force car elle représente la paix".
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