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LE CIMETIERE CHINOIS DE NOYELLES
SUR MER (SOMME)
Avec un ajout sur le cimetière
chinois de Saint Etienne au Mont (62) (21 septembre 2005)
par Georges Charles
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| Un petit coin de Chine en Picardie
: le repos éternel des Célestes. |
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Des centaines de milliers de Chinois, qu'on appelait alors des
"Célestes", sont venus en France à partir
d'avril 1917 en tant qu'alliés.
Par traité, signé jadis par l'Impératrice Douairière
Tseu Hi (Cixi), ils ne pouvaient combattre, contrairement aux soldats
Annamites de nos lointaines colonies d'Indochine (Vietnam, Cambodge,
Laos).
Mais ils furent employés, principalement par l'Armée
Britannique, à des tâches jugées ingrates ou
difficiles comme le terrassement de tranchées, le ramassage
des soldats morts sur le champ de bataille, le déminage des
terrains reconquis, la blanchisserie où leur réputation
était sans égale, les services de santé auprès
des malades, particulièrement de ceux atteints de la fameuse
grippe espagnole qui fit 17 millions de morts en Europe.
Infatigables ils surprenaient les européens par leur vivacité,
leur endurance et leur joie de vivre. 
L'entrée du village de Noyelles
Les maisons picardes traditionnelles
et les "Chiens Fous" (Chen Fo)
ou "Gardiens du Bouddha"
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Le Chinese Labour Corps
La plupart
d'entre eux furent recrutés et employés par le Chinese
Labour Corps (CLC) au titre
de travailleurs volontaires.
Il
fut
créé par les Anglais en 1917 qui reprirent l'initiative
de Georges Charles Gordon, "Chinese
Gordon" qui, en Chine, en 1840, avait jeté les bases
d'un corps chinois du génie formé par des officiers
du Royal Ingeneer Corps et qui fut présent aux cotés
de l'Armée Toujours Invincible dans sa reconquête du
pouvoir menacé par les Tai Ping. Ce fut à cette époque
que le traité permettant d'utiliser officiellement ces travailleurs
"célestes" mais sans que ceux-ci puissent pour
autant porter les armes au nom d'une puissance étrangère
fut signé entre l'Impératrice Douairière Cixi
(Tseu Hi) et les représentants de la Grande Bretagne et de
la France qui avaient participé à la guerre de l'opium.
La plupart des Chinois recrutés le furent donc dans les provinces
du sud de la Chine dans les régions attenantes à Canton
(Guandong), Shanghaï, Jinan (Shandong) et Hong Kong (Zhejiang).
Chaque compagnie était composée d'un officier, de
huit sous-officiers et de 500 hommes vêtus d'un uniforme bleu
sombre ressemblant trait pour trait aux tenues de travail chinoises
encore utilisées dans la pratique du Kung-Fu Wushu.
A ce sujet, ces travailleurs chinois introduisirent en occident
cette pratique lors de fêtes du Nouvel an qui furent filmées.
On les voit donc pratiquer la "danse du lion" mais aussi
des "formes" (Tao) de Kung-fu Wushu du Sud de la Chine.
Il est vrai qu'un autre document filmé montre "Oncle
Ho Chi Mihn" pratiquant du Taijiquan avec un assistant très
complaisant puisque terrorisé ! On a beau avoir travaillé
chez Renault à Boulogne Billancourt, on n'en demeure pas
moins un lettré. Et un lettré, même vietnamien,
se doit de pratiquer du Taijiquan et non une quelconque forme paysanne
fut-elle vietnamienne.
Les Français, de leur coté, bénéficiaient
du support de leurs colonies du Sud-Est Asiatique qui fournirent
également des contingents de Tirailleurs Anamites venant
du Viêt-nam, du Cambodge, du Laos, donc de l'Indochine Française
et qui vinrent combattre en France et pour la France. L'Etat Major,
qui n'avait pas encore subi Dien Bien Phu, et qui doutait de la
valeur combative de ces soldats asiatiques, les cantonna, sans jeu
de mot, presque exclusivement à des tâches de maintient
de l'ordre ou a la garde des monuments officiels et des ministères.
Leur accoutrement et particulièrement leur chapeau conique,
leur valut rapidement le qualificatif de "pékins"
auprès des militaires. Le sobriquet est resté et,
pendant longtemps, un "pékin" désignait
un planqué, un "gazier" désignant un civil
en uniforme et un "rombier" un civil tout court. Bon nombre
de ces "volontaires" après la victoire de 1918,
officiellement 3000, préférèrent demeurer en
France et furent recrutés par l'industrie et, particulièrement,
par les usines Louis Renault de Boulogne Billancourt et les usines
Panhard et Levassor, situées avenue d'Ivry dans le XIIIe
arrondissement, formant ainsi le premier noyau de la communauté
asiatique française.
Cette communauté comptera parmi ses membres des éminents
révolutionnaires comme Zhou Enlai, Deng Xiaoping, Li Shizeng,
Zhang Renjie, Zheng Yu Xiu (étudiante qui obtint un doctorat
de droit en1925), Ren Zhuoxan, Lin Wei, Xiao Pusheng, Xiang Jingyu,
Wu Zhihui, Chu Mingyi, Zhang yi qui, plus tard, formeront l'élite
de la politique révolutionnaire chinoise. Sans oublier, bien
évidemment leurs éminents confrères vietnamiens
Ho Chi Ming et Nguyen The Truyen qui furent formés à
bonne école.

Ces "travailleurs" chinois, puisqu'ils ne combattaient
pas, étaient regroupés dans des camps à Blangy
sur Bresle (76) au lieu dit "les tranchées", à
Saigneville (80) et dans la forêt de Crécy, lieu de
la fameuse bataille. Ils se nourrissaient évidemment "à
la chinoise" et bon nombre d'Anglais et de Français
ne dédaignaient pas leur ordinaire quelque peu étrange
mais qui les changeait du sempiternel "singe" ou "corned-beef".
Ce sont ces chinois qui implantèrent dans la somme les fameuses
"laitues de glace" ou "chou chinois" Pe Tsai
ou Pak Choi ainsi que le soja.
On compta, à l'armistice, au total plus de 96000 "coolies"
qui transitèrent par les camps d'Abbeville, Flixecourt, Ham
mais qui, à un moment ou a un autre, se retrouvèrent
à Noyelles.
Ce village picard sans histoire, situé entre Abbeville et
Boulogne, devint donc la plaque tournante d'une noria humaine impressionnante.
Or les conditions d'hygiène n'étant pas favorables
et le climat inhabituel pour ces Chinois venant génèralement
du Sud de la Chine, nombre d'entre eux tombèrent malades
et près d'un millier décédèrent dans
l'hôpital de campagne du Native Labour de Noyelles.
Pour ne pas arranger les choses un bombardier
allemand, un Gotha, vint dans la nuit du 21 au 22 mai 1918 bombarder
le camp de Saigneville, touchant un dépôt de munitions
et causant de nombreux morts parmi les ouvriers chinois qui y travaillaient.
Le camp fut presque totalement détruit et on retrouva des
débris jusqu'à cinquante km. (voir plus bas les articles
en picard relatant cet événement tragique).
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LE CIMETIERE CHINOIS
Bon nombre de ces travailleurs n'ayant pas de famille
connue ni les moyens de faire rapatrier leurs corps furent donc
enterrés provisoirement dans un champ situé près
de cet hôpital. Peu à peu le cimetière prit
de l'ampleur et en 1918 on dénombrait déjà
près de 800 tombes. Mais des travailleurs chinois continuèrent
de mourir de maladie après la guerre, jusqu'en 1921. Lorsque
l'Armée Anglaise décida d'aménager les cimetières
très nombreux dans la Somme puisque la bataille du même
nom fut, en quelque sorte, leur Verdun avec plus de 400 000 morts,
une subvention spéciale fut votée pour la création
du Cimetière de Noyelles à qui on donna des caractéristiques
rappelant la nationalité de ceux qui y étaient enterrés.
Il fut officiellement inauguré le 23 mars 1920.
Le cimetière est donc à la fois très britannique
et très chinois mais également très picard
puisque se situant dans la campagne à proximité d'un
petit village aux maisons basses de torchis traditionnel.
L'arrivée dans le village est d'ailleurs agrémentée
par deux magnifiques "Chen Fo" ou "Gardiens de Bouddha",
(Chen = gardien, celui qui protège ; Fo = Bouddha) donc des
"lions chinois" que les antiquaires persistent à
nommer "Chiens Fous". Ces sympathiques animaux, ressemblant
quelque peu à d'énormes chiens Pékinois, furent
offerts à Noyelles par la ville chinoise de Tungkang lors
du jumelage entre ces deux villes qui eut lieu en décembre
1984.
Le cimetière lui-même se trouve sur une légère
butte en pleine campagne.

Il comprend 849 tombes de marbre blanc portant des inscriptions
en chinois et en anglais et le nom du travailleur si celui-ci est
connu.

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DES TOMBES EMOUVANTES :
Chaque tombe comporte donc le nom chinois du travailleur et sa
transcription phonétique. On y trouve donc bon nombre de
Li, de Chang, de Chen, de Wu, de Tang, de Wang, de Ma puisqu'il
n'existe, en Chine, qu'une petite centaine de patronymes ! C'est
ce qui a posé la difficulté d'identification : bon
nombre de ces Chinois ne savaient pas écrire leur nom en
Chinois ni à plus forte raison en langue occidentale. Et
les prononciations étant très différentes suivant
les régions de Chine il était alors très difficile
de savoir à qui on avait affaire. Ces travailleurs portaient
donc une plaque avec un simple numéro. Mais il aurait été
inconvenant de simplement porter ce numéro sur la tombe.
On préféra donc dans bon nombre de cas demeurer sur
la notion d'inconnu.

Afin que la tombe ne soit pas une simple plaque anonyme, comme celle
qu'ils portaient autour du cou de leur vivant, les autorités
anglaises eurent l'idée de choisir et de traduire une formule
chinoise pour chacun d'entre eux : "A noble duty bravely done"
(un noble devoir bravement effectué) "A good reputation
for ever" (Une bonne réputation pour l'éternité"
; "A good felow and a fierce worker" (Un bon camarade
et un sacré travailleur) ; " A little man but a grat
heart" (Un petit homme mais un grand coeur).
Quelques arbres agrémentent le cimetière apportant
un peu d'ombre dans cette campagne picarde qui s'étend à
perte de vue.

Le Pays du Soleil Couchant
Xi Ming Guo
Comme les Chinois appelaient la Picardie
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| CHE
PICARDS ET CHE CHINOUOS |
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Quand les Picards du début du siècle rencontrent
les Chinois cela ne peut donner qu'une relation ne manquant pas
de sel. Plusieurs Chinois, demeurés sur place, se sont mariés
fort civilement et ont une descendance désormais bien picarde.
"Comme la djérre a s'prolongeot, ché Inglais
il awoait installè un camp aveuc un dépot d'munichions
à Saigneville, qu'dhés aéroplanes boches ils
ont bombardè pi foait seuteu din l'nuit du 21 au 22 du mouo
d'moa dix-huit.
Si j'vo raconte tout eu, ch'est por vo dire éq chés
Inglais il awoait imbeuché des ouvrieux chinouos qu'i travailloait
pour eux. Jé zz'ai vus habillés en bleu aveuc leur
zius bridès, leur pieu ganes conme édz aillots, pi
leus dints noérs conme du cirage. Paures Chinouos, vnus d'si
loin d'leu poéyi, travailleu in France, comme des mercenaires
! Jé zzés woès coer passeu ch'diminche din
nos rues in jérgonnant, tout in portant à l'épeule
un baton aveuc un cabus d'un cotè pi eune botte ed carottes
éd l'eute. Pu d'un i n'a point rvu Pétchin ni Canton
! Justémint, j'érvient d'visiteu pour el preumieu
coup cho'ch chinmtiére chinoése ed Noéyélles,
d'où qu'i sont interrés. Chibmtière rudmint
bien intérténue conme toutes chés chinmtières
inglaises. Alleu l'vir ! A veut ch'déplachemint" (AD.
Dérgnies). 
"T'in souvient-tu qué les piotss bonhommes éq
ch'étouot point piu heuts qu'des pots à boère
avec leus piots zius in coulisse, et pi leus dints noérs
conme des grains d'cafè din leur bouque. Ils avoait l'air
effarouchés. "Beaucoup Boum Boum, Nous seuvés
!" qui disoait chè paures Chinouos avec des lèrmes
tout plein leurs piots zius. Ils avoait yeu peur, ché paures
gins ! Inhui cché Chinouos i sont drus conmes puces, et pi
n'ont pu peur. Il zont pui ed soldats a eux tous seuls qu'tous ché
puissances insane. Ché eux qu'i foait peur à tout
l'monde. Tu npérlés d'un cangemint ! Chest cho qu'oz
appélle él progrès !" (Gaston Vasseur).
Courriers publiés dans CH'LANCHRON - éch jornal picard
N° 58 Aprézeut 1994.
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LE CIMETIERE CHINOIS DE SAINT
ETIENNE AU MONT (Pas de Calais)
Il s'agit d'un petit cimetière chinois
comprenant 160 tombes de travailleurs du "Chinese Labour Corps"
et un monument mémorial situé dans le cimetière
civil de Saint Etienne au Mont dépendant de la commune de
Pont de Briques.

Une simple plaque à l'entrée du
petit cimetière
C'est donc un cimetière dépendant du Commonwealth
et entretenu par ses soins.
Donc très bien entretenu avec un gazon anglais ressemblant
à une moquette de grand hôtel.
Le mémorial chinois et les 160 tombes chinoises
Ce qui jure quelque peu, d'ailleurs, avec certaines parties du cimetière
"civil" où plusieurs tombes sont à l'abandon.

Une tombe avec inscription chinoise et anglaise
L'épidémie de grippe espagnole, à partir de
1917, décima plusieurs millions d'européens...et ces
160 chinois qui désormais reposent dans la terre du Pas de
Calais sur la route menant de Neufchatel à Boulogne sur Mer.
Une vue générale du cimetière
chinois
Il existait, en effet, un cimetière militaire britannique
sur le territoire de la commune de la commune de Saint Etienne au
Mont.
une autre vue donnant sur le Boulonnais
Le cimetière comporte donc 160 tombes de travailleurs chinois
du Chinese Labour Corps auxquelles il faut ajouter 3 tombes de matelots
chinois de la marine marchande et 3 tombes de travailleurs britanniques.

Ouf ! Une tombe chinoise qui a échappé
à l'ordonnance britannique.
Il est à noter que, malheureusement, les tombes ne comportent,
contrairement à Noyelles, que le N° matricule des travailleurs
chinois et non leur nom, ce qui rend évidemment difficile
leur identification.
De nombreuses familles chinoises qui ont perdu un proche en France
pendant cette première guerre mondiale ignorent donc très
probablement l'existence de ce petit cimetière où
reposent paisiblement les leurs.
Le mémorial qui domine le petit cimetière porte cette
inscription en chinois, français et anglais :
"A la mémoire des travailleurs chinois enterrés
dans ce cimetière,
morts en service en France pendant la Grande Guerre.
Ce monument a été érigé par leurs confrères
en décembre 1919"
En 1919 les travailleurs chinois rescapés se sont donc cotisés
pour faire ériger cette stèle en mémoire de
leurs confrères.
Elle veille toujours sur eux.
Nos amis Chinois nous pardonneront, enfin,
ce sourire en guise de conclusion.

Humour involontaire bien français !
Qui sont les usagers ?
Mais cela vaut mieux que le panneau "voie sans issue"...

" Cette concession à l'état
d'abandon fait l'objet d'une procédure de reprise.
Prière de s'adresser à la mairie "
Dans le cimetière "civil" l'éternité
n'est plus ce qu'elle était, la perpétuité
non plus !
La crise du logement n'est pas, ou n'est plus, que pour les vivants.
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