Une histoire pourtant récente !
par l'Ecole "Poing des Huit Portes" (Bat Môn Quyên). Membre de la Convention des Arts Classiques du Tao

 

Ce qui est étonnant, par exemple, c'est qu'au moment de la création du Viêt Vo Dao (nous sommes donc dans les années 1940), certaines des écoles citées plus haut dans le magazine Ceinture Noire n°24 par l'école Nghia Long n'étaient même pas encore ouvertes officiellement ou demeuraient dans l'ombre à cause des conflits qui sévissaient.
Il est étonnant aussi de remarquer que des écoles citées comme faisant parties de la synthèse du Viet Vo Dao et qui ont officiellement publiées la liste des maîtres qu'elles ont formés, ne citent nullement dans cette liste le nom des fondateurs du Vovinam Viet Vo Dao et encore moins du Nghia Long.

Comment est il alors possible que ces fondateurs aient pu effectuer des synthèses d'écoles dont ils n'étaient pas maîtres ? Comment ont ils pu effectuer une synthèse d'une ou de plusieurs écoles, une composition allant du simple au tout, sans avoir vu l'ensemble de cette ou de ces écoles, sans avoir été reconnu par les maîtres officiels de ces écoles comme étant capable de comprendre et de composer le style qui leur était enseigné ?

Il est difficile de comprendre pourquoi existe un tel désir d'effacer le passé, de le remodeler suivant une image, de se l'approprier pour mieux le modifier ?

N'y a t-il pas assez de place pour la pratique de tous les arts martiaux sur Terre ?

Nombreux sont les arts martiaux qui évoluent (le Tai Ji Quan par exemple, qui de la forme Chen a évolué en formes Yang, Sun, Wu, etc., ou le Karaté, qui se décline en Shotokan, en Shotokai, Wado Ryu, Goju Ryu, etc.)

Nombreux sont les arts martiaux anciens, nombreux sont les arts martiaux récents et nombreux seront les arts martiaux futurs !

Un élève de maître Georges Charles , Daoshi de l'école San Yi Chuan et officiellement maître héritier de cette école, a dit un jour d'une manière un peu ironique mais ô combien réaliste : «  il est toujours mieux d'être maître héritier d'une école, que maître fondateur  ».

Fonder une école, c'est avant tout prendre le risque de n'être jamais reconnu par ses pairs.
Aussi, est ce pour cela qu'il est plus commode quand on crée un style, de citer pour justifier la légitimité de cette création des écoles authentiques (au risque parfois de ne pouvoir amener aucune preuve crédible entre la création de la dite école et les écoles citées comme ayant permis cette même création)  !

A défaut de pouvoir de nos jours relever des défis mettant en jeu la vie même des duellistes (comme cela se faisait jadis), il paraît évident alors que de faire la synthèse d'authentiques écoles d'arts martiaux dont la réputation n'est plus à faire, de s'approprier leur nom, ne peut apporter obligatoirement qu'un crédit facile et rapide au sein d'une fédération tout aussi peu authentique que les écoles qui la composent et qui pourra faire accepter sans trop de mal sa vérité à un public néophyte, crédule et avide de nouveauté.

Serj Le Malefan précise avec intérêt dans «  Vo Thuat, arts martiaux vietnamiens  » aux éditions Amphora :
« Les termes employés aujourd'hui en Occident pour désigner les groupements qui dispensent un enseignement du Vo (pratique martiale) sont de création récente, du moins dans leur association : Hop Thuan Dao, Viêt Quyên Thuât, Qwan Ki Do, Viêt Vo Dao, Viet Vu Dao, Vo Vietnam… Ces différentes écoles ou fédérations, bien que conservant des liens avec le Viet Nam, ont vu le jour dans la diaspora vietnamienne implantée notamment en France, surtout après 1975 (chute de Saigon).
Au Viet Nam, l'appellation la plus utilisée était celle de Vo Thuat qui désigne « l'art de pratiquer les techniques martiales ». On retrouve des termes similaires en Chine et au Japon (Wu Shu, Bu Jutsu), les idéogrammes restant identiques.
(…) Contrairement à ce que nous connaissons aujourd'hui en Occident (nombre important de clubs avec quantité de pratiquants, fédérations…), ce type de structuration n'a jamais existé au Viet Nam, jusque dans un passé récent, sur le plan national. Ce n'est que dans les années 1960 que sont apparues certaines tentatives d'unification afin de promouvoir le Vo traditionnel face au développement important de disciplines étrangères dans ce qui était alors le Sud Viet Nam. La pratique du Vo, notamment pendant la période coloniale, est toujours restée secrète et cet état de fait s'est plus ou moins prolongé après 1955 (…) Ceci a permis l'éclosion rapide, dans les villes du Sud, d'arts martiaux venant de Corée et du Japon. Bon nombres de jeunes vietnamiens furent alors plus attirés par ces disciplines que par l'art martial national qui, lui, continuait d'être pratiqué presque confidentiellement en ne s'ouvrant que très peu au public.
(…) Dans un sens, ce foisonnement des écoles pose sans doute problème, surtout pour nos esprits cartésiens qui veulent que tout soit structuré et codifié. Il est certain qu'un tel éparpillement rend service à d'autres disciplines dont les fédérations (en France notamment) se voudraient hégémoniques pour tout ce qui concerne la pratique martiale. »

Histoire d'une méprise ou méprise de l'Histoire ?
Une question de logique... et de terminologie.
Autres faits d'importances...
Un cas d'école.
Une histoire pourtant récente !
Une question de reconnaissance.
Que sont les arts martiaux vietnamiens ?
Un peu d'histoire.
Comment se définissent les arts martiaux de la région de Binh Dinh ?
En conclusion…