Histoire d’une méprise ou méprise de l’Histoire ?

par l'Ecole "Poing des Huit Portes" (Bat Môn Quyên).
Membre de la Convention des Arts Classiques du Tao

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'écriture de ce texte a été motivée par un désir de vérité, car, aux dires des diverses interviews, des écrits et des réflexions qui jalonnent actuellement les magazines et livres d'arts martiaux relatifs aux arts et écoles du Viêtnam, un flou certain et un certain flou demeure.
Ce flou, tout à la fois historique, culturel et donc informatif, peut, et c'est ce fait qui est regrettable, véhiculé des contrevérités, ou de simples « fausses vérités ».

Dans le n°45 du magazine Budo International on peut lire par exemple, au sujet du fondateur du Vovinam Viet Vo Dao que «  son idée était de réaliser une synthèse des styles vietnamiens, en se concentrant sur leurs aspects pratiques et efficaces. C'est ainsi qu'en 1938, il fonda le Vovinam . »

On peut lire aussi dans l'Encyclopédie des Arts Martiaux, écrit par P.Lombardo, que le fondateur du Viet Vo Dao effectua une synthèse des écoles traditionnelles en retirant de ses écoles «  les techniques les moins efficaces ».

Anodines, ces phrases se cumulent pourtant à d'autres phrases, d'autres idées, qui au bout du compte, amènent une certaine définition de l'art martial vietnamien.
Mais cette idée, cette définition, retranscrit elle une vérité historique ou un simple point de vue de l'esprit ?

Cherche t-elle à énoncer un fait ou à imposer un fait ? La nuance, elle, n'est pas anodine…

Il est, là aussi, par exemple toujours étonnant de rencontrer des gens qui dans le monde des arts martiaux établissent des synthèses de dizaine de styles différents, en se concentrant bien évidemment sur leur aspect « pratique et efficace », alors qu'il faut plus d'une dizaine d'années de pratique d'une école afin de commencer à en capter l'essence…

A croire sans doute que ce qui pré existait était donc enclin à être confus, surchargé et surtout… inefficace.

Que sont les arts martiaux du Viêt Nam ? Que sont ils dans leur réalité historique ? N'y a t-il pas des (ou une différence) entre les arts martiaux du Viêt Nam et les arts martiaux au Viêt Nam ?

On peut lire actuellement sur un site Internet officiel du Viet Vo Dao : (Ecole Than Long, adresse Internet www.dragonvert.fr/artsmartiaux/vietvodao.html)
«  Le VIET VO DAO est un terme général employé pour désigner l'ensemble des styles et Ecoles d'arts martiaux originaires du Vietnam. C'est un terme littéraire vietnamien qui remplace les anciens termes “VOTA” ou “VIETNAM VO-THUAT”. Ces expressions évoquent trop l'orgueil national et ne mettent en avant que l'aspect purement technique de l'Art, laissant de côté le sens de la sagesse. L 'appellation beaucoup plus récente “VIET VO DAO” (elle est apparue en France en 1973) exprime mieux l'esprit de ces Arts Martiaux qui se sont ouverts à tous. »

Ailleurs (www.vovinam-palaiseau.com/decouverte/vietvodao/) , on affirme que le Viet Vo dao trouve ses sources dans un passé vieux d'environ 4000 ans : «  Le VOVINAM VIET VO DAO est l‘oeuvre de tout un peuple engagé tout au long de l‘histoire dans une lutte pour la définition et la préservation de son identité.

Depuis sa fondation par l'empereur Hung Vuong en 2879 avant JC, des étapes clés ont assuré la lente et souvent douloureuse maturation de ce qui allait devenir un Art Martial conjuguant tradition et modernité . »

Et les choses anodines s'amoncellent encore…
Et les choses s'aggravent, petit à petit, insidieusement…

Le préjudice est de taille, car non content d'être subversif, nous nous retrouvons avec ce genre d'écrits dans le même cas de figure qui affirmait en son temps que tous les arts martiaux venaient du Ju Jutsu japonais, ou encore que tous les arts martiaux venaient de Shaolin.

Au fil des études faites par des historiens, les nuances apparurent, prouvant par exemple que le Ju Jutsu japonais, ou encore l'aïkido et de manière bien plus évidente, le karaté, puisaient leurs sources dans les arts martiaux chinois, et que les arts de Shaolin trouvaient les leurs dans les arts indous, ainsi que dans des écoles chinoises autres que Shaolin (cf. pour exemple le livre « Tai Ji Quan » de T.Dufresne et J. Nguyen aux editions Budostore)

Mais malheureusement ce genre d'affirmation a tendance à revenir à la charge de manière cyclique vu le reportage que l'on peut lire dans le numéro 306 du magazine Karaté Bushido qui tend à prouver « par l'image » que les arts martiaux ont la même origine.

On place là la photo d'un moine de Shaolin qui donne un coup de pied et ici la photo d'un karatéka qui donne aussi un coup de pied et le tour est joué !

On est à deux doigts de démontrer que le football descend directement de Shaolin…
Il serait sans doute plus intéressant d'amener des preuves « par l'Histoire ».

« (…)Au commencement du XVIeme siècle, pour apprendre la boxe, boxe qui semblait à l'état embryonnaire à Shaolin, l'abbé Jue Yuän partit à l'Ouest, pour les villes de Lanzhou et Luoyang. Là, il rencontra Li Shou, puis Bai Yufeng et son fils.
Jue Yan revint à Shaolin avec eux.
Les trois professeurs instruisirent les bonzes et mirent au point 70 techniques de boxe, qui furent portés par la suite à 170 ou 173 techniques.
Ces techniques furent la base du Shaolin Quan. » extrait de « Histoire du monastère de Shaolin » dans «  Tai Ji Quan, art martial ancien de la famille Chen  » par T.Dufresne et J.Nguyen.

Histoire d'une méprise ou méprise de l'Histoire ?

Une question de logique... et de terminologie.

Autres faits d'importances...

Un cas d'école.

Une histoire pourtant récente !

Une question de reconnaissance.

Que sont les arts martiaux vietnamiens ?

Un peu d'histoire.

Comment se définissent les arts martiaux de la région de Binh Dinh ?

En conclusion…