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Interview de Georges Charles sur le " Qigong "
Du judo au Dao Yin Qi Gong
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François Libert (FL) - Georges Charles, vous enseignez
actuellement le " Qigong ". Comment en êtes
-vous venu à cette pratique ?
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Georges Charles (GC) - C’est une longue
histoire. Mon père avait pratiqué avec Kawaishi et
m’a inscrit dans un club de Judo en 1958. J’ai eu comme professeurs
Riva et Dupuis. J’ai donc commencé par le Judo - Jiujitsu.
Le Judo ne me convenant pas trop, j’ai alors entrepris la pratique
du Karate chez Henri Plée qui était le pionnier de
cette discipline et qui l’a fait connaître en France. Il a
découvert cette pratique auprès des Japonais lorsqu’il
était en Corée, comme volontaire.
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Lorsqu’il l’a ramenée en France, dans les années
cinquante, plusieurs enseignants l’ont, à l’époque,
accusé de l’avoir purement et simplement inventée
de toute pièces. Cela lui a valu le surnom de " Karaplée ".
Il a du relever plusieurs défis qui, heureusement, se sont
toujours bien terminés... pour lui. Il est vrai qu’il était
déjà pratiquant de lutte libre et de judo et qu’il
avait, paraît -il, un " coup de boule "
redoutable et redouté.
Ce n’était probablement pas du Karaté très
orthodoxe mais il avait au moins le mérite de le pratiquer
avec conviction... et en hakama pour se différentier des
Judokas. J’étais évidemment l’un des plus jeunes pratiquants
de " La Montagne " et Henri Plée m’a
avoué qu’il pensait, à l’époque, que j’abandonnerai
rapidement la pratique car j’étais un peu trop dissipé
à son goût. Il s’est trompé et il le reconnaît
maintenant... près de quarante ans après.
Il est actuellement dixième Dan et a été élu,
l’an dernier, comme le " professeur du siècle "
par de nombreux pratiquants. Il a évidemment formé
de très nombreux enseignants de grande valeur qui, pendant
de nombreuses années, ont donné une sacrée
avance au Karaté français tant sur un plan technique
que sur le plan de la compétition.
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Dans ces premières générations d’enseignants
on retrouve Habersetzer, Delcourt, Lavorato... ainsi que Hoang Nam mais
également Cauhépé puis Maroteaux... et quelques
autres encore.
Vis à vis de tout ce beau monde j’étais évidemment
un peu le " petit jeune " et on ne faisait pas
trop attention à moi. Mais cela ne m’empêchait pas
de pratiquer avec conviction.
Je suis resté plusieurs années chez Henri Plée
ce qui m’a permis d’étudier sous la direction de Maîtres
Japonais qu’il invitait... Harada, Murakami, Kase, Mochizuki, Nanbu...
à qui j’apportais le thé et pliais le Keikogi. Ce
qui me permettais d’assister, en douce, à maintes discussions
souvent des plus animées car les relations avec ces experts
japonais qu’il hébergeait et Plée n’étaient
pas toujours des plus faciles.
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1968, Nunchaku avec Yoshinao Nanbu
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J’étais passionné par les Arts Martiaux et à
seize ans, j’ai découvert la pratique de l’Aïkido avec
Dominique Balta qui était alors l’un des plus anciens élèves
de Masamichi Noro et qui avait également pratiqué
avec André Noquet, Nakazono et Murashige. Deux ans plus tard,
et parallèlement, je me suis lancé dans le Taekwondo
avec Lee Kwan Young qui venait d’introduire cet Art Martial Coréen
en France. Au tout début, en 1968, nous étions quatre
dans un immense gymnase à Plessis Robinson.
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Aïkido au JJCE en 1970
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J’habitais à l’autre bout de la banlieue et j’avais près
de deux heures de transport rien que pour aller à son cours.
A cette époque on parlait de " Karaté volant "
ou de " Super Karaté " ! Comme j’avais
quelque peu pratiqué le nunchaku avec Nanbu, bien avant la
mode Bruce Lee, on me surnommait donc " Manche à
coups " tandis qu’à l’Aïkido j’était
évidemment " Técondo ".
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USA 1970
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J’étais très bagarreur. Peu de temps après,
j’ai effectué un stage d’étude aux USA, dans le cadre
d’une école de la Chambre de Commerce de Paris. Je devais
travailler sur place. J’ai donc trouvé assez rapidement un
job sérieux, dans une grande chaîne d’hôtels,
et je suis resté une journée car je n’avais pas la
moindre intention de raser ma moustache.
Je me suis donc fait engager comme " répétiteur "
à l’Association Sportive du Campus de l’Université
de Philadelphie. Mon travail consistait à faire exécuter
les préparations, à m’occuper de la mise en forme
et à faire réviser les " Hiung "
(l’équivalent coréen des Katas japonais ou formes
préarangées), on disait " routines ",
aux élèves de Taekwondo du Maître Shin Yun Hun
qui était secondé par Bob Popilock, un champion alors
très connu. Cela se passait très bien.
L’Aïkido étant très peu connu, j’ai eu l’idée
de créer un cours " pirate " sur le Campus.
En tant que " frenchie " avec moustache, j’ai
immédiatement eu beaucoup de succès avec les étudiantes
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Un soir deux jeunes Chinois sont venus me voir et m’ont demandé
avec quel Maître Chinois j’avais étudié le " Chin
Na Shu " (art souple des saisies). Je n’y comprenais rien
et leur ai expliqué que c’était de l’Aïkido et
japonais. Ils ne m’ont jamais crus. On a donc échangé
des techniques et ils m’ont fait découvrir quelque chose
de nouveau pour moi : le " Gongfu ".
J’étais assez émerveillé par la richesse de
cet Art. On a donc pratiqué jusqu’au moment où je
devais de rendre à San Francisco, on disait " Frisco ",
et ils m’ont donné l’adresse d’un Chinois réputé.
Il était, en fait, responsable de la communauté taoïste
et se faisait appeler Shen Tian Shi, ce qui est le titre officiel
d’un " Maître Céleste " des Tao
Kiao (Taoïstes religieux).
Il pratiquait d’étranges exercices et du " Gongfu "
très souple. J’ai, ensuite, appris qu’il s’agissait de la
" Boxe Interne du Mont Wudang ". Cela a donc
été mon premier contact avec l’Art Interne et le " Qigong "
taoïste.
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FL
- Avez vous alors réalisé l’intérêt de
cette pratique ?
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GC
- Non, j’avais tout juste vingt ans et j’étais très
martial. Je lui ai demandé s’il connaissait l’adresse d’un
Maître Chinois de " Gongfu " en France.
Par chance extraordinaire, il m’a fait une lettre d’introduction
pour l’un de ses amis qui dirigeait une société d’import
- export rue Monsieur Le Prince à Paris. Une fois revenu,
je me suis immédiatement précipité à
son adresse et j’ai été très déçu
car il venait de partir en vacances. C’était l’été
et je voulais faire du " Gongfu ".
J’ai découvert un Maître Vietnamien qui enseignait
plus ou moins cette discipline qu’il nommait " Kung Fu
Kempo ". Il s’agissait du Maître Hoang Nam. C’était
un tout petit bonhomme souriant avec une fabuleuse énergie.
Il était l’un des tous premiers à avoir organisé
des stages d’été. Depuis, il a fait école !
Je me suis inscrit à toutes les disciplines.
Hoang Nam était polyvalent et enseignait, au choix, le Karaté,
le Kung Fu Kempo, l’Aïkido, le Taidji (Taijiquan). Assez rapidement
il m’a confié la direction du stage d’Aïkido et, en
échange, a accepté que j’étudie le Taidji qui,
normalement, était strictement réservé à
ses anciens. C’était un enseignant de grande valeur qui terrorisait
des types réellement deux ou trois fois plus lourd que lui.
Bien que pratiquant une méthode sino-vietnamienne assez personnelle
et peu orthodoxe, il a formé la plupart des enseignants qui
ont été à l’origine du Kung Fu en France.
Il a été probablement aussi le premier à ouvrir
un cours de Taijiquan sérieux.
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FL
- Avez -vous continué la pratique avec lui ?
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GC - Non, dès la rentrée venue, je me suis
rendu chez le Maître Tai Ming Wong, dont j’avais l’adresse.
Il a lu la lettre et, très amusé, m’a accepté
comme élève. Il n’enseignait qu’à des Chinois
qui avaient plus ou moins son âge, une soixantaine d’années.
J’ai ensuite appris qu’il était réfugié en
France depuis 1949, qu’il avait obtenu la nationalité française
et qu’il se nommait Wang
Tse Ming.
Il avait été pendant dix années le disciple
direct d’un Maître très réputé, Wang
Xiangzhai (Wang Hsiang Chai) qui était lui -même le
disciple direct de Kuo Yunshen dont le surnom était Fo Jun
Sha (littéralement " Mortelle paume du Bouddha "
que l’on traduit désormais plus euphémiquement par
" La Paume Divine " )... Tout un programme !
Les autres Chinois n’étaient pas très contents car
j’étais encore très remuant et, probablement, assez
dangereux. Ils pratiquaient mollement et parfois sans grande conviction
et je les titillais sans cesse. Wang, pour me calmer, a puisé
dans ses souvenirs lointains et a décidé de m’enseigner
de l’Externe (Wai Jia) (" Kung Fu " dur)...
il disait " Kuo Shu " (Main du Pays) dans les
Styles Hung Gar (Shaolin du Sud), Pei Tang Lang (Mante Religieuse
du Nord), Wing Chun (Printemps Radieux). Cette dernière école
fut, ensuite, popularisée par Bruce Lee.
Wang avait pratiqué ces écoles dans sa jeunesse et
j’étais donc ravi. Il en profitait pour me faire pratiquer,
ou subir, un échauffement très étrange qu’il
appelait " Gymnastique Chinoise Traditionnelle ".
Ce terme " traditionnel " me rassurait. Pour
son âge il était d’une souplesse incroyable. Je l’enviais
et il m’a piégé.
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FL
- Qu’entendez -vous par il vous a piégé ?
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GC
- Je voulais pratiquer un art martial efficace et viril, pas un
truc pour les vieilles chinoises malades ! S’il m’avait parlé
d’art de santé ou de quelque chose de ce genre, j’aurais
hurlé de rire.
Comme Monsieur Jourdain, et à mon insu, je faisais donc de
bonne grâce et sans le savoir du " Daoyin Fa "
(Tao Yin Fa)... donc du " Daoyin Qigong ". Le
terme " Qigong " n’existait pas encore et cette
pratique était interdite en République Populaire.
Officiellement le premier institut de " Qigong "
a été créé à Pékin en
1981. J’ai donc pratiqué quelques mois le " Kuo
Shu " et le " Daoyin Fa " et je suis
parti en Allemagne pour le service militaire. J’étais alors
ceinture noire de Karaté, ceinture noire de Taekwondo et
ceinture noire d’Aïkido ce qui, à l’époque en
1970 n’était pas très courant. Au bout de quelques
mois je me suis donc retrouvé instructeur de close combat
au Centre Commando FFA de Trèves. C’était assez épique
car il y avait de nombreux vétérans d’Indochine et
d’Algérie. Ils ont fini par me respecter et, de mon coté,
j’ai appris pas mal de choses à leur contact.
C’était donc très " martial "
dans le sens initial du terme et très instructif et cela
m’a permis, par la suite, grâce à de sérieuses
relations, de me charger de la formation des gardes du corps d’une
importante société de protection rapprochée.
Dès mon retour de l’armée, j’ai continué la
pratique avec Wang. En 1973, je suis allé passer un troisième
dan de Taekwondo au Kukkiwon de Séoul après un détour
par Hong Kong. A partir de là je n’ai plus pratiqué
que les Arts chinois.
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FL
- Quand avez -vous commencé à enseigner les Arts chinois ?
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GC
- Dès 1974, j’ai demandé l’autorisation à Wang
d’ouvrir une section de " Boxe Chinoise Traditionnelle ".
Il a accepté à la seule condition que je n’enseigne
que de " l‘Externe ".
Mais, j’ai fait comme lui, j’ai un peu triché, et j’ai inclus
la fameuse " Gymnastique Chinoise Traditionnelle "
dans mes cours. Mes élèves, dès cette époque,
étudiaient donc le Daoyin Fa (" Qigong ")
sans le savoir !
Dominique Balta, et c’était très courageux de sa part,
a accepté de me servir d’assistant. Cela lui a valu quelques
problèmes avec le Maître Noro qui, à l’époque
était très exclusif... On a alors publié de
nombreux articles et effectué de nombreuses démonstrations...
plus d’une centaine. Il y avait alors beaucoup de monde et on se
retrouvait parfois plus d’une soixantaine en cours.
Par la suite, je me suis rendu plusieurs fois à Hong Kong
et Taiwan avec une lettre de recommandation de Wang. J’ai alors
pu travailler avec des Maîtres comme Yuen Yik Kai et Chan
Hong Chung du Hung Gar, Tang Sang et Leung Ting du Wing Chun et
Lee Argn Lee, médecin spécialisé dans la pratique
de l’Interne.
Cela m’a également permis d’être diplôme en tant
qu’enseignant de la Hong Kong Chinese Martial Arts Association et
de la Koushu Federation of the Republic of China.
Entre temps, je suis devenu Directeur Technique National de la Fédération
Nationale de Boxe Chinoise qui, à l’origine avait été
créée par Hoang Nam.
J’ai alors invité plusieurs Maîtres et experts chinois
mais la cohabitation au sein d’une structure unique a été
difficile à gérer. En effet, tout ce beau monde pratiquait,
sans se poser la moindre question, le " Kung -Fu Kempo "
y compris les maîtres vietnamiens qui étaient tous,
sans exception, gradés dans cette discipline. Les statuts
de cette Fédération de l’époque en attestent
formellement. L’arrivée des " Chinois ",
sur mon invitation, a donc été l’occasion de se poser
quelques questions. Cela a été à l’origine
de la séparation des écoles vietnamiennes, des écoles
sino -vietnamiennes et des écoles chinoises... sans parler
des tendances annexes qui ont rejoint le Karaté avec
armes et bagages. De
cette époque précise date l’éclatement du " Kung
Fu Kempo ", jusqu’alors unitaire, en Viet Vo Dao, Vo Vietnam,
Vovinam, Vodao, Boxe Chinoise, Kung Fu, Wushu, Taiji Quan ...
ainsi que la création des diverses fédérations
désireuses de représenter ces disciplines.
Cette explosion a été à l’origine de divers
clivages, notamment entre les anciens élèves de Hoang
Nam... d’un coté Dan Schwartz et de l’autre Jacques Chenal,
pour ne pas citer de noms.
Le Karaté en a évidemment immédiatement profité
pour récupérer le " Kung Fu ".
Il existait donc d’un coté la " Boxe Chinoise "
et de l’autre le " Kung -Fu "... par la suite
la " Boxe Chinoise " est devenue le Kung -Fu
Wushu. Entre temps je me suis fait démissionner du poste
de DTN car je n’avais pas tout à fait le même point
de vue sur la pratique et l’enseignement que les dirigeants de cette
Fédération... En gros, ils m’expliquaient sans cesse
qu’ils n’avaient rien à foutre des Chinois et qu’on pouvait
tout à fait se passer d’eux. De plus ils critiquaient ouvertement
mes contacts avec le Karaté et l’Aïkido...
Par la suite j’ai toujours eu le même type de problème
avec les diverses fédérations auxquelles je me suis
affilié. On me reprochait généralement d’être
trop externe pour l’interne ou trop interne pour l’externe. On s’arrangeait
donc pour m’envoyer la convocation le lendemain de l’Assemblée
Générale ou de la réunion du Comité
Technique que j’était censé présider... puis
on constatait mon absence et on affirmait que j’étais d’accord
avec ce qui avait été décidé... sans
m’en prévenir bien évidemment. Quand je n’étais
pas d’accord avec ce procédé on faisait alors valoir
mon très mauvais caractère et mon intransigeance.
Cela
a duré assez longtemps dans trois ou quatre fédérations
différentes de Kung Fu, de Karaté, de " Tai
Chi Chuan "... et même de " Ritsu Zen " !
En gros on appréciait ma présence sur le papier quand
il s’agissait de signer des statuts ou des protocoles d’accord mais
on préférait éviter celle -ci en réunion
ou dans les passages de grades.
Depuis un bon moment je préfère donc demeurer " autonome "
même si cela me pose toujours des problèmes. On prétend
donc que je suis " anti -fédé "
mais, de tous ceux qui prétendent cela, je suis probablement
celui, et le seul, qui peut présenter le plus grand nombre
de licences fédérales diverses et variées sur
un espace de près de trente années... j’ai été
successivement " fédéré "
au Judo, à l’Aïkido, au Taekwondo, au Kung -Fu Kempo,
à la Boxe Chinoise, au Kung -Fu Wushu, au Karaté,
au " Tai Chi Chuan ", au " Qigong "...
.sans parler des diplômes fédéraux.
Je suis simplement contre le manque total de démocratie de
la plupart de ces fédérations qui prétendent
pouvoir donner des leçons de moralité aux enseignants
et aux pratiquants.
Je refuse, en France, le concept de dictature bananière surtout
lorsque celui -ci est cautionné en connaissance de cause.
Je ne suis pas marginal, je suis rigoriste et, probablement, un
peu confucianiste. Lorsqu’une fédération représentative
aura balayé devant sa porte et proposera un processus démocratique
dans son fonctionnement, dans l’attribution des grades et des diplômes,
dans la formation professionnelle, jusqu’ici totalement inexistante,
dans le respect de la personne morale des associations je ne serais
plus " anti -fédé ".
Mais,
au vu de ce que j’entends, cela n’en prend pas le chemin.
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FL
- Et le " Qigong " dans tout cela ?
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GC - On y vient peu à peu ! A cette même
époque, j’ai eu la chance d’avoir comme élèves
Gabriel Faubert, un acupuncteur bien connu, ainsi que Franck et
Tania Gilly, Pierre Yves Dodin qui faisaient partie des premiers
élèves de Marc Bozzeto , l’un des pionniers de
l’ostéopathie crânienne en France.
Ils m’ont également fait connaître et apprécier
le Dr de Sambucy qui avait té leur premier enseignant. Ce
dernier avait écrit plusieurs ouvrages sur le " Yoga
chinois ", donc le " Qigong " classique,
et m’a réellement incité à enseigner cette
discipline. Au contact de ces thérapeutes j’ai pris, enfin,
conscience qu’il convenait de mieux respecter le corps... et qu’il
valait mieux le vivifier que de le mortifier.
J’ai donc créé avec leur aide, en 1978, l’Institut
des Arts Martiaux Chinois Traditionnels et j’ai demandé à
Wang l’autorisation d’enseigner officiellement l’Interne.
Il a accepté et en 1979, lorsqu’il a pris sa retraite et
est parti en République de Chine, il m’a demandé d’assurer
la succession de son école, le " Poing des Trois
Harmonies " (San Yiquan).
C'était, à l'époque, une lourde charge car
Wang Tseming ne représentait pas seulement la filiation de
Wang Xiangzhai, lui même fondateur du Dachengquan (Ta Tcheng
Chuan) et du Yiquan (I Chuan) puisqu'il reprit le nom de l'Ecole
de Li Nenjang qui avait initié cette tendance (Ziran ou Tseujan)
que l'on qualifie de "spontanée", "naturelle",
"libérale" mais que je préfère nommer
"évolutive".
Mais également la filiation de l'Ecole Xin Xue ("Pureté
du Coeur") assimilée au Néoconfucianisme (ce
sont les Occidentaux qui la nomment comme ça !) développée
par Wang Yang Ming (Wang Shuren ou O Yomei) son ancêtre au
sein du Clan du Marquisat (Houjue) Wang De Yue.
Ce Clan, à l'étendard aux Sept Etoiles d'Or sur sinople,
détenait une forme de lance du Général Yue
Fei (1103 142) puisqu'il avait recueilli et adopté celui-ci
(Yue Wou Mou Wang) ainsi que les formes d'armes de l'Ecole de la
Mante Reiligieuse des Sept Etoiles du Nord.
Entre le Tao-Yin Shen Ti du Ling Pao Ming, le Xingyiquan de forme
évolutive, l'Externe de trois Ecoles, les formes d'armes
du Clan Wang de Yue et les principes du Xin Xue cela faisait déjà
beaucoup même lorsqu'on est passionné et qu'on possède
un peu plus de vingt ans de pratique.
A partir de là mon enseignement a inclus l’Externe, dans
trois écoles, l’Interne en Xingyi Quan (Hsing I Chuan) et
le " Daoyin Qigong " du Ling Pao (Ling Pao Ming
Siu Tan Pai Tao Yin Chi Kung ".
Cette filiation a été très bien acceptée
et reconnue en Chine mais beaucoup moins bien ici ou les anciens
élèves de Wang ont mal supporté qu’un occidental
puisse diriger une école traditionnellement chinoise.
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FL
- Le " Daoyin Qigong " s’est alors fait connaître
dans le milieu martial ?
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GC
- Principalement car j’évoluais dans ce milieu. Pour beaucoup
de pratiquants c’était une autre vision des choses, particulièrement
dans l’échauffement et les préparations.
Auparavant, pour beaucoup, cette mise en condition consistait presque
uniquement en des " pompes ", des abdominaux,
des marches en canard autour de la salle et d’interminables séries
de coups de pied dans le vide. C’était efficace sur le plan
de la condition physique sportive et de l’endurance mais désastreux
pour le corps et particulièrement pour le dos.
Assez rapidement de nombreux pratiquants et quelques enseignants,
dont certains de renom, se sont rendus compte des avantages et du
potentiel de cette pratique. Pour certains d’entre eux cela a été
l’occasion de découvrir les pratiques chinoises et une toute
autre conception de l’Art Martial basé sur le respect du
corps... et surtout du partenaire.
Au tout début il n’y a pas eu de problème mais, peu
à peu, cela a dérangé en profondeur ce qui
était établi... particulièrement dans les mentalités.
Un professeur de Karatedo très connu en est même venu
à qualifier cela de " syndrome parisien " ! De
fait, plusieurs enseignants de Karatedo, contaminés par cette
gymnastique chinoise, sont progressivement passés avec armes
et bagages vers la " Boxe Chinoise " puis vers
le Taijiquan. La plupart d’entre eux pratiquent et enseignent encore
vingt ans après.
D’autres se sont posés des questions et ont recherché
les origines chinoises de leur pratique et ont redécouvert
les anciennes écoles d’Okinawa où de nombreux Maîtres
pratiquaient encore des formes chinoises et une gymnastique énergétique
sinon du Taijiquan. Cela a été une sérieuse
brèche dans le karaté sportif ! Un ami de longue
date, Pierre Portocarrero, avec lequel j’avais depuis longtemps
des échanges privilégiés a été
le chef de file de cette tendance.
L’impact a été moins important en Aïkido car
de nombreux enseignants, grâce à la tendance énergétique
et philosophique développée par le Maître Ueshiba,
proposaient des préparations assez proches de la conception
chinoise et particulièrement taoïste.
De leur coté les Japonais avaient développé
une version nipponne du Daoyin (Tao Yin), le Do In.
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FL
- Cette implication martiale a -t -elle eu une influence sur la
pratique du " Qigong " ?
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GC
- Oui, malheureusement car la Fédération de Karaté
voyait d’un assez mauvais œil cette fuite des effectifs vers les
pratiques chinoises ou les anciennes écoles d’Okinawa très
proches de la conception chinoise... et a usé de son influence
auprès du Ministère de la Jeunesse et des Sports pour
que le " Kung Fu Wushu ", le " Taiji "
et le " Qigong " soient officiellement considérées
comme des disciplines affinitaires... donc mises sous la dépendance
directe du Karaté.
Cela
n’a pas empêché la création de multiples fédérations
considérées comme " dissidentes ".
De fait, et jusqu'à une époque très récente,
puisque cela date de moins de deux ans, le " Qigong "
a été successivement et à la fois placé
sous la tutelle du Karaté, de la Boxe Chinoise, du Kung Fu,
du Kung Fu Wushu, du Taijiquan... chacune de ces disciplines revendiquant
le droit, et souvent le devoir, de délivrer des diplômes
spécifiques d’enseignants de " Qigong "...
Les divers diplômés de ces diverses disciplines ayant,
évidemment, en retour le droit et le devoir d’enseigner le
" Qigong " sans la moindre formalité
ni souvent, d’ailleurs, la moindre compétence.
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FL
- La situation a -t -elle évolué depuis ?
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GC
- Elle demeure toujours très confuse. Suivant le Ministère
de la Jeunesse et des Sports, la Fédération officielle
de Karaté (FFKAMA) ne peut plus désormais prétendre
détenir délégation pour le " Kung
Fu Wushu " le " Taijiquan " et à
plus forte raison pour le " Qigong ". Trop de
problèmes juridiques liés à une dissidence
qui était de plus en plus forte.
Le même Ministère souhaite vivement, et c’est un euphémisme,
que ces pratiques se regroupent désormais au sein d’une fédération
unitaire représentative ne dépendant plus du Karaté.
Mais, entre temps, de nombreuses fédérations se sont
créées, peut -être une douzaine en réalité,
toutes revendiquant représenter tantôt les Arts Martiaux
Chinois dans leur ensemble, tantôt les Arts Martiaux Chinois
Internes, tantôt le Taijiquan, tantôt le Qigong de santé,
tantôt le Qigong médical, tantôt une école
particulière...
Certaines fédérations de Qigong se sont elle -mêmes
scindées en plusieurs tendances et sous tendances... chacune
de toutes ces fédérations affirmant, bien évidemment,
être la seule à pouvoir défendre les intérêts
des enseignants et des pratiquants de " Qigong "
et préparer le " seul " diplôme
qui sera reconnu. Sur le terrain, lorsque vous souhaitez enseigner
le " Qigong ", de nombreuses municipalités
persistent encore à exiger un " diplôme "
de Karaté...
Les directives et les indications de la Jeunesse et des Sports n’ont
pas encore atteint tout le territoire et il semble, encore, exister
quelques pressions sournoises.
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FL
- Les pouvoirs publics sont -ils conscients de cet état de
fait ?
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GC
- Probablement, mais certains ne comprennent pas encore que le " Qigong "
se constitue d’une mosaïque de styles, de méthodes,
de tendances, d’écoles très variées et souvent
réellement différentes.
Il existe en fait des " Qigong " de tendance
taoïste, de tendance bouddhiste, de tendance confucianiste,
de tendance martiale (interne ou externe !), de tendance médicale,
de synthèse entre ces tendances, de création récente,
d’origine vietnamienne (Tham Te), d’origine japonaise (Di In, Reiki),
d’origine tibétaine... entre le " Qigong "
chinois classique et se référant à une tradition
millénaire authentique, basé sur l’interprétation
des grands classiques de la Chine antique et le " Qigong "
californien " New Age " il doit exister plus
de quatre cents variations et quelques difficultés à
cohabiter sereinement.
Imaginez
le problème au sein d’une future fédération
unique de " Jeux de balle " où seraient
représentés le football, le rugby, le jeu à
treize, le hand ball, le baskett, le volley, le ping -pong, le golf
et la pétanque... et qui subirait l’influence de la fédération
de tir elle -même placée sous la tutelle des chasseurs !
Il demeure encore à définir si le " Qigong "
est un sport ou une activité physique devant nécessairement
dépendre d’une fédération sportive... ou si
le " Qigong " doit nécessairement continuer
à être assimilé à une pratique martiale
- fut -elle Karaté, Kung Fu Wushu, Taijiquan - et donc, dans
ce cas subir des contraintes légales propres à la
pratique et à l’enseignement des arts martiaux et sports
de combat qui ont un régime juridique à part dans
la législation sportive suite à un accident mortel
survenu dans les années 1950
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FL
- En conclusion quelle est votre position actuelle d’enseignant
et de responsable associatif à ce sujet ?
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GC
- Bien qu’enseignant le " Daoyin Qigong " et
parallèlement les Arts Martiaux chinois externe et internes,
ce qu’on me reproche parfois, je considère que le " Qigong "
doit pouvoir trouver son autonomie totale et que les pratiquants,
et futurs pratiquants, doivent pouvoir bénéficier
d’un critère de garantie quant au sérieux de l’enseignement
dispensé dans ce domaine. Je ne suis donc pas, contrairement
à ce que certains prétendent, opposé aux diplômes
d’enseignants de " Qigong ". Il
convient simplement que ceux -ci puissent être délivrés
autrement que par le biais d’anciens karatéka dirigeant une
fédération de Kung Fu et prétendant avoir étudié
le Taijiquan !
Ayant été par deux fois, presque trois, directeur
technique national de fédérations diverses et sachant
très bien ce que cela implique je n’ai pas souhaité
créer une nouvelle fédération de plus, encore
une, qui ajouterait à la confusion ambiante. Cela aurait
été très facile, donc très compliqué.
J’ai préféré motiver une quarantaine d’associations
à se regrouper dans une Convention
Nationale des Enseignants des Arts Classiques du Tao. Au
sein de cette convention les enseignants sont totalement libres
d’adhérer ou non à une fédération existante,
ceci en fonction de leurs aspirations personnelles.
De cette manière nous demeurons libres de notre choix et
subissons les contraintes que nous avons choisies. Parmi ces enseignants,
certains pratiquent avec moi depuis plus de vingt ans, d’autres,
issus de différentes pratiques nous ont rejoint au fur et
à mesure.
Certains enseignent les Arts Martiaux et le " Qigong ",
d’autres n’enseignent que le " Qigong "... cela
les regarde également car le fait de pratiquer ou de ne pas
pratiquer un Art Martial fut -il chinois, japonais, vietnamien ou
autre n’est ni un avantage ni un inconvénient dans l’enseignement
du " Qigong ". Lorsque des Judokas font de la
musculation personne ne leur demande de comptes et on ne prétend
pas que la musculation dépend du Judo comme discipline affinitaire
ou autre.
Cette Convention Nationale permet, au moins, de nous retrouver en
dehors des problèmes administratifs fédéraux
habituels et de fonctionner sous la forme d’un réseau associatif
efficace qui prend en compte une chose essentielle trop souvent
négligée... la pratique. Cela ne nous empêche
pas, au contraire, d’observer l’évolution de la situation
du " Qigong " en France et en Europe et d’être
présents sur le terrain en entretenant, malgré tout,
de bons contacts avec plusieurs fédérations.
Actuellement je continue donc à enseigner et à être
présent sur le terrain associatif par le biais d’une " Convention
Nationale des Arts Classiques du Tao " qui regroupe plus
de trente associations et de nombreux enseignants... et pratiquants.
C’est du travail de terrain qui a lieu dans des cours hebdomadaires,
dans des stages
de fin de semaine, dans des stages d’été et dans
diverses interventions tant en France qu’à l’étranger.
Donc la pratique continue !
Poussée à pas fixe d'une main
Application de la "Posture de l'Arbre"
La pratique des "mains qui poussent"
(Touei Shou)
Poussée à pas fixe de deux mains
Application de la ""Posture de l'Arbre"
Stage d'été de Paulhac en Margeride avec Olivier Chouteau
"Ancien" de San Yiquan et Enseignant des Arts Classiques
du Tao
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