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Une mémoire sélective et bien lourde à porter pour des enfants de CM2
"Nicolas Sarkozy veut confier au CM2 ma mémoire d'enfants déportés"
"Chaque élève de CM2 se verra confier la mémoire d'un enfant français victime de la Shoah"
Cette proposition, ou exigeance, du Président de la République effectuée lors d'un dîner confessionnel est de nature à surprendre.
Ou, au contraire, ne surprend pas.
Dans l'édito concernant le "Syndrôme de Zoé", mis en ligne début février courant, il était évoqué
le risque de sélectionner la mémoire historique puis de l'officialiser afin de la politiser ou de l'instrumenter à des fins plus ou moins avouables.
Je ne pensais pas si bien dire puisque Chan Sanyi est mon alter-égo.
Il est évidemment tentant d'entrouvrir une porte de cette mémoire, mais, dans ce cas il convient alors de la laisser entièrement s'ouvrir.
Il existe déjà quelque chose de très dérangeant dans cette proposition.
C'est simplement le choix qui va être opéré entre les "enfants français victimes de la Shoah" et les autres enfants qui étaient alors réfugiés en France et dont les parents étaient alors considérés comme "apatrides".
Les uns d'un coté, les autres de l'autre c'est déjà un tri assez inacceptable en la circonstance.
Qui va opérer ce tri ?
Existe-t-il une différence entre un Juif français et un Juif réfugié en France parce qu'il a quitté l'Allemagne, la Pologne, la Hongrie où il était persécuté et qui croyait encore que la France était la nation des Droits de l'Homme ?
Donc qui a eu le seul tort de faire confiance en la France et en ses institutions.
La République Française reconnait-elle donc encore cette distinction entre Français et apatrides qui fut le fait de l'Etat de Vichy ?
Les "sans papiers" d'aujourd'hui, sont, en quelque sorte
les apatrides d'hier.
La République Française fait-elle encore une différence entre les enfants, Français ou non, victimes de la Shoah, donc de confession juive,
et les autres enfants Français ou non, comme les Tziganes, donc non Juifs, qui furent également victimes des nazis dans les camps ou au bord d'un fossé.
Alors que la France se devait de tous les protéger, sans distinction, et qu'elle a failli à cette charge.
Et qu'en est-il des dizaines de milliers d'enfants morts sous les bombardements nazis et alliés, en France, et dont on se saura jamais rien puisqu'on n'en parle pas.
Faire semblant de raconter l'histoire des enfants morts est un comble puisque justement il n'ont pas eu la chance d'avoir une histoire et que pour beaucoup elle fut tellement courte qu'on ne peut rien en dire.
Sauf qu'ils étaient des enfants.
Des enfants comme les autres.
Cette "personnalisation" est donc du domaine de l'insensé sauf à mettre un nom et un visage sur certains en négligeant les autres et en les reléguant, officiellement, dans le néant.
Pour moi, à ce jour, il existait des citoyens français égaux et libres, en instituant cette différenciation il existera donc désormais plusieurs catégories de citoyens à commencer par les Juifs et les Non-Juifs.
Comment pourra-t-on les reconnaître ?
Pourquoi ne pas instaurer un signe distinctif pour ce faire ?
Je remarque que, pour ma part, c'est la première fois que j'utilise le terme Juif dans un texte écrit puisqu'avant je n'effectuai aucune différenciation et que je ne me suis jamais posé la question si mon boucher, mon voisin de palier, le conducteur d'autobus, mes enseignants à la communale, au lycée, à la Chambre de Commerce, le policier au carrefour, le pilote de l'avion était catholique, protestant, juif, franc-maçon, libre penseur, communiste, témoin de Jéovah, bouddhiste, ou autre chose encore qui me semble de l'ordre du privé plus que du public.
"Ceux qui ont un visage et ceux qui n'en n'ont pas"
Il y aura désormais et officiellement "ceux qui ont un visage et ceux qui n'en n'ont pas".
Est-il nécessaire de culpabiliser des enfants qui auront eu le seul tort d'être nés en France ou de s'y être réfugiés puisqu'ils ont suivi leurs parents, souvent des "sans papiers" qui, comme jadis, on eu le tort de faire confiance à la France.
C'est une charge un peu lourde à porter pour un enfant du CM2 que celle de cette France qui a livré des enfants aux bourreaux et ceci sans le moindre êtat d'âme.
Charge que ni la police, ni la gendarmerie, ni le corps préfectoral, ni la SNFet ses trains de déportés, ni la RATP et la rafle du Vel-d'hiv, ni les institutions et partis politiques de tous bords qui ont recyclé des collabos notoires, ni les fonctionnaires qui ont fonctionné pendant l'occupation et qui on touché une retraite incluant les "années noires", ni les institutions religieuses de tous bords n'ont eu le courage, ni la force, de porter.
C'est un très lourd fardeau, beaucoup plus pesant qu'un sac scolaire, que cette mémoire imposée à nos enfants, alors que les adultes concernés se sont tous défilés.
Et qui se bornent à défiler en silence le 11 Novembre ou le 8 août.
Le simple fait que les termes "collaborer", "collaborateur", "collaboration" soient utilisés à grande échelle dans les entreprises, dans les ministères et dans les partis politiques de tous poils est significatif.
Alors que "résister à la police" est considéré comme un délit surtout lorsque cela concerne les "sans papiers".
On en conçoit simplement qu'il vaut toujours mieux, officiellement, collaborer que de résister.
Quitte, après coup, à se faire signer quelques certificats de complaisance et devenir, comme cela fut très à la mode, un "collaborateur résistant".
Alors que les résistants, les vrais, étaient qualifiés de "terroristes".

Résistants ou "terroristes" ?
Mais dans ce cas là on n'a pas trop souhaité "personnaliser" cette résistance et effectuer un simple tri entre bon grain et ivraie.
Sauf lorsque cela, une fois de plus, est instrumentalisé à des fins politiques et récupéré médiatiquement.
Libérer la mémoire, toute la mémoire mais rien que la mémoire !

Des listes d'enfants soigneusement établies par des fonctionnaires zélés.
Kollabo aujourd'hui...résistant demain !
Ou, peut-être un policier français essayant de sauver des enfants en filoutant un SS ?
Mieux vaut-être optimiste !
Pourquoi ne pas libérer la mémoire, mais la libérer sans contrainte, en rendant publiques les archives de l'époque et de l'imédiate après guerre ?
Maurice Papon a été condamné sur deux documents qui avait échappés à ces archives et qui furent, heureusement, exhumé par Michel Slitinski, presque par hasard.
On estime qu'il existe plus de trois cents kg d'archives concernant ce même Préfet pendant cette même période.
Mais ces archives demeurent closes malgrè les nombreuses promesses de divers responsables politiques de droite et de gauche dont Lionel Jospin, lorsqu'il était Premier Ministre.
Simplement parce qu'il est probable que ces archives concernent directement d'autres
responsables que Maurice Papon, dont le secrétaire de son supérieur hiérarchique, le Préfet Sabatier, secrétaire particulier qui, ensuite, a fait une très belle carrière politique après avoir été "recyclé" et adoubé au plus haut niveau de l'Etat, non de la République.
Evidemment là, la mémoire change de ton et devient plus dérangeante, encore.
Et il devient alors difficile de la "personnaliser" sans risquer les foudres de la République qui saura toujours mieux protéger ses rouages que ses enfants fussent-ils Français ou apatrides.
Renvoyer des familles et des enfants dans les pays qu'ils ont fui, n'est-ce pas simplement les envoyer, encore, dans des camps et parfois les livrer à leurs bourreaux ?
Existe-t-il tant de différence entre un camp nazi ou un goulag qu'entre certains camps africains où l'on meurt aussi de malnutrition, de maladie, d'épuisement ou sous les
coups ?
Qui se rend encore complice de cette déportation si ce ne sont, encore, les autorités politiques utilisant des fonctionnaires de tous bords, collaborateurs zélés, obéissant comme toujours aux ordres qu'on leur donne ?
Le seul progrès notable est que ce n'est plus grâce à la précieuse collaboration de la SNCF mais à celle d' Air France.
Qui portera la mémoire des enfants Palestiniens, des enfants Africains, des étudiants Chinois...des enfants qui meurent encore par millions par faute de lâcheté, d'incompétence, d'indifférence, de pillage économique des pays "émergeants" ?
Ai-je le droit de m'exprimer ainsi ?
Probablement non, mais j'en ai le devoir.
En tant que fils de résistant, engagé volontaire.
En tant que petit fils de résistant, donc je porte le nom et le prénom, Georges Charles, engagé volontaire en 1939 pour la durée de la guerre, engagé volontaire début 1941, alias "Marsouin", en tant qu'agent de renseignement P2 au sein du SER Alliance et du Réseau Pat O'Lehary, Mort pour la France et pour la Liberté, fusillé au Fort de Bondues près de Lille le 6 janvier 1944 après jugement comme "terroriste" et "agent d'une puissance ennemie" et internement au fort de Loos Lès Lille.
En tant que neveu de Jacques Charles, alias Lézard, responsable ses "opérations rail" au sein du BCRA à Londres, Officier Liquidateur du Réseau Alliance et frère de Georges Charles.
En tant que neveu de Roger Gaston, alias Balbuzard, beau frère de Georges Charles, donc frère de ma grand-mère paternelle, Officier de la Légion d'Honneur, Croix de Guerre avec palmes, Médaillé de la Résistance, Médaillé of The King's Medal of Courage, emprisonné au Fort de Montluc à Lyon, déporté à Dachau, matricule KL 73498.
En tant que petit fils de Fernande Charles-Sinclair, née Gaston, épouse de Georges Charles, Membre active du Réseau d'évasion Pat O'Leary, décorée et distinguée par Dwight D. Eisehhower, President of the United Srates of America, par Air Chief R.J. Marshal, Suprem Commander Allied Expeditionnary Force, par B.L.Montgomery, Field Marshall, Commander in Chief et par le Général De Gaulle (décrêt N° 334/13:950/d/JC.ST du 7 octobre 1946 conjointement signé par De Gaulle, par Diethelm Ministre de la Guerre et par le Général Bonneau, Délégue Général FFCI )

Cours Sacrée du Fort de Bondues le 19 septembre 1992
A gauche Lionel Charles fils de Georges Charles fusillé le 6 janvier 1944 en ce lieu
et père de Georges Charles, signataire de l'article.
Au milieu Paul Astier, Maire de Bondues.
A droite Maurice Schumann, Porte Parole de la France Libre, Compagnon de la Libération.
A gauche de Lionel Charles, en retrait, sa soeur Yolande Laurain née Charles, fille de Georges Charles et de Fernande Charles-Sinclair née Gaston.

Carte postale de Roger Gaston Matricule 2893 - Quartier des politiques -
Fort de Montluc à Lyon - à sa soeur Fernande Charles-Sinclair née Gaston.
Il fut, ensuite, déporté à Dachau sous le matricule KL 73498.
La SNCF se chargea du transport, convoi I 229 parti de Compiègne le 18 juin 1944,
parvenu au KL Dachau le 20 juin 944.
Deux jours d'enfer.
Mais bel exploit ferroviaire en cette période !
Il eut la chance d'en revenir mais préfèra se taire.

Notice nécrologique de Roger Gaston du 6 juillet 1991.
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