Charles George Gordon (1833 1885)
Charles Georges Gordon en grand uniforme des Royal Engineers
Une simple question de temps La Chine n'a pas la mémoire courte.
Depuis Sunzi ou Sun Tsu et ses "Treize articles sur l'Art de la Guerre" histoire et stratégie chinoises sont intimement mélés.
La Chine forge son histoire sur un modèle stratégique.
Ce qui aux yeux des Occidentaux semble un parfait hasard a toujours été soigneusement élaboré.
Ou historiquement justifié ce qui revient au même.
Le premier empereur de Chine est un paysan qui devient empereur.
Le dernier empereur de Chine est un empereur qui redevient paysan, ou jardinier.
Entre deux le temps s'écoule respectant l'ordre immuable des choses.
Le Chinois, fut-il lettré, écrit donc le passé au présent.
Le temps lui importe peu.
Il ne le conjugue pas.
Lorsqu'un Occidental, fut-il lettré, traduit la première proposition du chapitre XV du Daodejing (Traité de la Voie et de son efficacité - vertu étant pris dans son sens politique ou médical comme "la vertu du Prince de Machiavel" ou la "vertu du Peuple de Montesquieu" ou "la vertu d'une plante médicinale et non d'une quelconque morale) de Laozi (Lao Tseu), que l'on met généralement à toutes les sauces y compris celles des fins de banquets électoraux :
"Gu Zhi Shang Wei Dao Zhe..."
il traduira généralement par "Autrefois ceux qui pratiquaient la Voie étaient..."
Alors qu'un Chinois, de l'antiquité jusqu'à nous jours, comprend simplement
"De tous temps ceux qui pratiquent la voie sont..."
Ce qui est fort différent pour la compréhension du texte et, surtout, pour sa mise en application.
Le Chinois ne connait pas le passé mais met celui-ci au présent.
Il en va de même pour le futur qui n'est que le prolongement du passé, donc un présent qui fut, est, sera.
Donc qui est.
La traduction occidentale fleure bon le comte de féé, la barbe à papa, les lapins roses qui gambadent dans il était une fois un pays lointain.
C'est du Walt Disney.
Même pas encore du Tex Avery.
Le chinois, au mot à mot et au présent, c'est du compte de faits.
C'est du rapport de gendarmerie.
Simplement descriptif.
Après ce sera au Juge d'Instruction prendre ses responsabilités et pas de faire un tour de manège déguisé en Balou.
On est donc prié de faire cesser les flon-flons du baluche.
Et de répondre à l'appel : "Présent !"
D'autant plus que sous savons toutes et tous, du moins je l'espère, que même ici, en France, le passé, surtout historique, s'écrit également au présent.
Tel cet historien prolixe qui, il y a quelques années, n'avait pas de mots assez durs pour les mutins de 17, et qui, désormais, leur sert la soupe popotière à titre posthume.
En oubliant qu'ils avaient déja été officiellement réhabilités en 1921.
On peut donc passer, grâce au temps qui passe, du statut de résistant à celui de collabo ou de celui de Président de la République à celui de "témoin assisté".
Ce n'est qu'une simple question de temps.
Or, les Chinois, du temps ils en ont derrière et ils en ont devant.
Dans le "Livre de l'Histoire" (Shijing), Classique si il en est un, il est expliqué, sans le moindre êtat d'âme, qu'un général perd une bataille décisive parce que sa tombe est mal orientée" (traduisez en bon français facultatif enchinoisé "qu'un général aurait perdu une bataille parce que sa tombe fut mal orientée !" ).
C'est un peu comme si on affirmait, en fac d'histoire, que le Général de Gaulle n'a pas su remporter la bataille d'Abbeville, en juin 40, parce que sa tombe a été mal orientée à Colombey les Deux Eglises.
Ce qui susciterait, peut-être, quelques questions.
Les Chinois sur ce fait particulier ne s'en posent pas.
C'est ainsi parce que c'est ainsi.
Mais, à vrai dire, c'est une hypothèse qui en vaut bien tant d'autres que les historiens, ou De Gaulle, s'évertuent à nous faire avaler
pour, après coup, justifier le fait accompli.
C'est seulement grâce aux grandes défaites qu'on connaît le temps qu'il faisait ce jour là.
Les civils l'ont oublié depuis belle lurette que les militaires, puis les historiens, surtout les historiens, se souviennent avec beaucoup plus d'exactitude que Méteo-France le temps qu'il faisait et qui, comme Hugo, se lamentent
"Il neigeait..."
Mais il aurait pleuvoir, faire chaud, geler à pierre fendre, avoir du brouillard que la situation n'en aurait pas été changée pour autant.
Et que le perdant aurait perdu.
Alors pourquoi pas le coup de la tombe mal orientée.
Là, c'est sur que contre un truc pareil même un bon général ne peut rien.
Et même Miquel ne nous l'avait pas fait.
Et on comprend un peu mieux le chinois ou peut-être même le Chinois.
Chinese Gordon comme modèle historique et stratégique
En Chine, encore de nos jours, lorsqu'un enfant est insuportable on le menace de "faire venir Gordon", ce qui le calme généralement très vite.
Il passe bien évidemment, officiellement, pour un "gangster capitaliste étranger de la pire
espèce " * ce qui, à ce niveau, est presque un compliment.
* "Après la mort de Ward son "armée" changea plusieurs fois de chef. Henry Burgevine, J.Y. Holland et Charles George Gordon se succédèrent à sa tête. Ce Gordon avait participé en 1860 à la bataille de Pékin parmi, les troupes franco-britanniques et au sac du Palais d'Eté Yuanmingyuan. C'était un gangster capitaliste de la pire espèce. Il admit lui-même "avoir détruit par vandalisme les richesses les plus précieuses" (La Révolution des Tai Ping - Editions en langues étrangères Pékin - La citation de Gordon est issue de "Gordon in Chine and Sudan" par A.E. Haker Londres 1896
page 18.
"Pour montrer sa gratitude (après la défaite des Tai Ping) à ses maîtres étrangers, après avoir occupé Tchangtcheou, Li Hon Chang écrivit une supplique au Trône, louant Gordon, ce malfaiteur, bourreau du peuple chinois, et lui fit obtenir le privillège de pouvoir porter la tunique jaune et la toque à pluume de paon, avec letitre de Titou (généralissime), ce qui acheva de démasquer la honteuse collusion de la réaction chinoise avec les agresseurs étrangers" (La révolution des Taiping - Rditions en langues étrangères Pékin 1978)

Le sac du Palais d'Eté de Palikao des 7 et 8 octobre 1860 vu par l'Allemand Frantz Neuman
C'est une gravure allégorique puisque toutes les nations occidentales, y compris les Japonais sont présents.
Or la mise à sac, à proprement parler, n'a été commise que par les Français et les Britanniques !
On reconnait de gauche à droite et à gauche du lion, des Anglais, un Allemand, un Italien, deux français (un fantassin et un Marsouin) un Japonais, un Allemand, des Chinois, et à droite du lion, un américain, des anglais...
Ce qui met officiellement en rage les Chinois contemporains, mais qui interpelle toujours leurs dirigeants, est que "Chinese Gordon" ait réussi, presque seul, et en restructurant "l'armée toujours victorieuse", à venir à bout du mouvement des Tai Pings.
Ce que l'armée impériale, avec d'immenses moyens, n'avait jamais réussi à faire.
Les héritiers dela Révolution Rouge, qui se posent en ardents défenseurs de ce mouvement qui a causé plusieurs dizaines de millions de morts, oublient cependant que le chef des Tai Ping, Hong Sieou Tsian (Hong Xiuquan) , un original quelque peu allumé, se prétendait le fils cadet de Jésus Christ, missionné par son père, donc Dieu, et souhaitait établir une dictature morale, spirituelle et religieuse.

Statue Chinepop à la gloire de Hong Xiuquan, chef des Tai Ping
Pour une fois les Révolutionnaires Marxistes Léninistes Chinois rendent officiellement hommage
à un chrétien convaincu d'être le fils cadet de Jésus Christ !
Dictature
n'ayant qu'un très lointain rapport avec leur doctrine marxiste-léniniste à la sauce Mao.
Si ce n'est le fait de la dictature.
Gordon qui se se cachait pas d'être croyant et chrétien n'en était que plus motivé pour faire cesser cette imposture.
Bien qu'il n'ait agi que dans le cadre strict des accords passés lors d'un traité d'assistance entre la Chine et la Grande Bretagne.
Il intervenait donc, sur ordre militaire, en tant qu'officier de l'armée britannique.
Et non comme un mercenaire comme il est tenté de nous faire croire.
Ce qui est fort différent.
Mais il intervenait en tant que conseiller et dut se contenter de la troupe que lui fournissait les dirigeants légitimes de la Chine et de ceux qu'il pouvait recruter.
La première chose qu'il fit lorsqu'il prit ses fonctions fut de faire traduire le fameux traité de Sunzi (Sun Tsu ou Sun Tzu ) sur les Treize Articles de l'Art de la Guerre ainsi que l'ouvrage des "Trente Six Stratagèmes".
Ayant rapidement compris que le terrain était essentiel il prit comme conseiller personnel le jeune maître du Feng Shui, Shen Zhureng (Shen Shaoxung) auteur du "Traité de l'Ecole des Etoiles Volantes" (Shenshi Xuankong Fei Xing Xue) qui était également un fervent adepte de Sunzi.
Si on excepte la version française du Père Amiot (1718 1793), également célèbre pour avoir commenté le "Cong-fou des Bonzes de Tao-Ssè", autrement dit le "Qigong des Taoïstes", Gordon fut le premier à diffuser les "Treize Articles" au sein de l'Etat Major britannique * qui sut, à de nombreuses reprises, en tirer partie.
C'est que que souligne Jean Lévi dans "Sun Tzu - l'Art de la Guerre
" dans la collection Pluriel Philosophie Hachette Littérature 2006 :
" Les militaires anglo-saxons furent les premiers à se pencher sur le Sun Tzu, non plus à titre de curiosité historique (comme Amiot) mais comme possible source d'inspiration tactique et stratégique" (p.43)
Ces mêmes militaires anglo-saxons remercièrent Chinese Gordon, à leur manière, en nommant, lors de la seconde guerre mondiale, l'opération qui couvrait le débarquement allié en Europe occuppée par les nazis, du nom de "Fortitude".
Or, c'est ce terme particulier de "Fortitude" qu'on retrouve sur le socle de la statue de Gordon à Trafalgar Square et qui appartenait à sa devise personnelle "Fortitude and Faith" (Vertu et Foi).
Admettons qu'on pourrait se rapprocher dangereusement ici de la "bravitude" évoquée par Ségolène Royal au pied de la Muraille de Chine, puisqu'il s'agit de la "force d'âme" ou de la "vertu" qui est propre au courage.
Gordon, c'est un fait, incarnait la "Bravitude" !
Et c'est ce qui ennuie les Chinois.
Qu'un étranger se permette de venir sur leur sol leur donner, grâce à Sunzi, une magistrale leçon de statégie militaire en écrasant un mouvement chinois se revendiquant de Jésus Christ et passant désormais pour une révolution populaire est déjà difficile à avaler.
Il est vrai que les Tai Ping, influencés par leur chef, ne juraient que par la stratégie occidentale moderne et avaient réussi à débaucher Henry Burgevine, le précédent chef de l'Armée Toujours invincible, afin qu'il leur livre les secrets de Clausewitz et de Napoléon !
Mais l'histoire donnera, contre toute attente, raison à Chinese Gordon qui utilisera des armes occidentales et une stratégie chinoise face à des armes chinoises et une stratégie occidentale.
Et de cela les stratèges chinois et leurs conseillers occidentaux ne s'en sont jamais remis.
Et ils se mirent à étudier très sérieusement les campagnes de Gordon à la tête de l'Armée Toujours Invincible, reconnaissant son extraordinaire capacité de synthèse et sa rigueur dans l'action.
Qu'ils le veuillent ou non il devint donc un modèle qui, à leur yeux, dépassait bon nombre de stratèges antiques.
Et Gordon devint pour les généraux chinois ce que Rommel représentera plus tard pour les Britanniques.

Charles George Gordon alias "Chinese Gordon" en tenue de Titou
(Généralissime des armées impériales)
Il porte la tunique jaune réservée aux "Protecteurs du Trône Impérial"
C'est, de toute l'histoire de la Chine, le seul Occidental a avoir eu cet honneur. * Il publia, en effet, une notice destinée à l'Etat Major mais qui, en raison de son caractère particulier en relation avec l'affaire du Soudan, demeurera de "diffusion restreinte" .
C'est en 1908 que le Captain E.F. Caltrop pubiera "The book of War", chez John Murray.
Il sera suivi par "Sun Tzu on the art of war" par Lionel Gilles, en 1910 à Londres chez Luzac and C°.
Mais, pour les militaires britanniques Gordon fut l'initiateur.
Sans rentrer dans trop de détails c'est en référence à Sunzi (Sun Tzu) et à Gordon que l'opération secrète qui couvrit tout le débarquement allié en Europe occupée se nomma "Fortitude"
Et cela les stratèges chinois le savent mieux que leurs équivalents occidentaux.
Ce qui les incite d'autant plus à étudier avec soin la stratégie de Gordon et Chine et, surtout, au Soudan !
De Chinese Gordon à Gordon Pacha ou la Chine au Soudan
Cette étude de Chinese Gordon en Chine incitera les stratèges chinois à suivre attentivement sa carrière.
Carrière
qu'il eut fort remplie, d'Angleterre ou il créa, avec ses propres deniers, "The Medicant Society" qui regroupait, à Londres, les chômeurs et les laissés pour compte et qui servira de modèle à l'Armée du Salut.
Charles Gorges Gordon croqué au fusain par Edward Clifford en décembre 1882
En passant par les Indes où il fut le secrétaire particulier du Vice Roi, à la Palestine où il découvrit ce qu'il pensait être le vrai tombeau de Jésus Christ.
Gordon's calvary and the garden tomb. cliquer ici
Et qui se visite toujours et dont les fonds engendrés par les touristes sont reversés, suivant le souhait de Gordon, à une association prenant en charge les orphelins palestiniens.
Jusqu'au Soudan où il effectua deux séjours, en 1874 en tant que général commandant les troupes britanniques, puis en 1884 en tant que résident général, l'équivalent de Gouverneur, puisque le pays était sous mandat britannique.
Pendant ces deux mandats Gordon, par conviction politique et religieuse, ne cessa de s'opposer à l'esclavage et, surtout, aux esclavagistes.
Il entreprit de nombreuses expéditions destinées à libérer les esclaves conduits d'Afrique Equatoriale vers l'Afrique du Nord, attaquant les caravanes des trafiquants et ne leur laissant plus aucun répit.
Ce faisant il déstabilisait un système économique fort rentable malgré le fait que l'esclavage ait été aboli, en France, en 1848.
Ce qui lui valut quelques inimitiés tant dans la région que parmi les commanditaires qui continuaient à tirer profit du "bois d'ébène" en revendant ces esclaves au Moyen Orient.
Il s'opposa également à l'intégrisme religieux et plus particulièrement à Muhammad Ahmad Ibn Allah Al Mahdi (1844 1885), alias El Mahdi, qui se proclamait l'Imam Caché, le Chef de Guerre descendu sur terre pour y instaurer le vrai royaume d'Allah.

Muhamad Ahmad Ibn Allah Al Mahdiy
El Mahdi ou l'Iman Caché d'après une gravure soudannaise d'Orduman
Mahdi (Mahdiy) signifie littéralement "homme guidé par Dieu qui montre le chemin"
Comme Hong Sieou Tsuan (Hong Xiuquan), le chef spirituel des Taiping, le Mahdi était, aux yeux de Gordon un imposteur et un illuminé qui ne cherchait qu'à chasser les croyants modérés soutenus par les Occidentaux pour établir sa dictature et il n'en trouva que plus d'énergie pour le combattre.
Mais comme le Chef des Taiping, El Mahdi possédait un très fort ascendant sur ses hommes et se présentait à la fois comme le libérateur du Soudan alors placé sous l'emprise égypto-britannique, donc étrangère, et celui qui allait rétablir un Islam authentique et intransigeant sur le continent africain dont le soudan était la clé.
La puissance de El Mahdi n'était pas à sous estimer puisqu'en 1883 il avait réussi à vaincre un corps expéditionnaire de 15 000 hommes commandé par le Général Hicks
Général William "Billy" Hicks tué à la bataille de Sheikan El Obeid le 5 novembre 1883
Les Occidentaux expliquèrent pour justifier cette défaite que Hicks commandait une armée composée de 8000 soldats réguliers égyptiens, de 1000 Bashi-Bazouks* qui étaient des cavaliers irréguliers de l'armée ottomane, de 2000 soldats irréguliers recrutés en Egypte, de 4000 soldats de réserve.
Ce corps expéditionnaire ne comportait, Hicks compris, que 14 occidentaux.
La bataille, après de nombreuses escarmouches qui avait affaibli la colonne, eut lieu dans la plaine boisée de Sheikan à proximité de El Obeid.
Elle dura presque toute la journée.
A la fin de celle-ci il ne resta que 300 survivants que le Mahdi épargna car ils étaient Musulmans pratiquants.
Tous les occidentaux furent tués et Hicks trouva la mort pendant la bataille en repoussant une charge de cavalerie.
La nouvelle de cette défaite retentit comme un coup de tonnerre à Londres.
L'opinion publique ne souhaitant pas qu'on envoie un corps expéditionnaire composé de soldats britanniques.
Il fut donc décidé, à défaut d'armée, d'envoyer Gordon qui, selon les dires de l'Etat Major "valait une division à lui seul".
Ce qui était un compliment mai également une défilade dramatique.
Gordon accepta la nouvelle mission, à condition d'avoir "carte blanche" et les pleins pouvoirs à Kartoum.
Où il fut accueilli en triomphe.
Mais il est vrai qu'il se garda bien d'avouer qu'il arrivait seul et qu'il faudait se débrouiller, face au Mahdi, qui venait d'exterminer toute une armée bien équipée et bien commandée, avec les moyens du bord.
C'est à dire avec sa seule conviction et ses méthodes issues de la stratégie de Sunzi !
De "Chinese Gordon" il devint donc "Gordon Pacha".

Le Mahdi après la victoire de Sheikan d'après une gravure d'époque
* Bashi-bazouks
ou Bashi Bouzouks, chers au Capitaine Hadock et qui constituent l'une de ses injures favorites. Malgrè le fait que ce soient des irréguliers ils étaient réputés pour leur courage, leur férocité et pour le dédain de la mort. Ils constituaient donc une force d'appoint non négligeable qui correspond, ou peu s'en faut, à celle représentée en Pologne puis en Russie par les Cosaques Zaporogues.
Gordon Pacha à Kartoum
Gordon arrive donc pour la seconde fois à Kartoum le 15 février 1884, mais cette fois-ci avec les pleins pouvoirs comme Gouverneur Général.
Il commence par faire évacuer vers l'Egypte plus de 2000 femmes et enfants.
Puis il décrète l'abolition des lois qui instaurent une inégalité favorable aux Egyptiens présents à Kartoum, interdit la torture et libère bon nombre de prisonniers et d'esclaves.
Gordon Pacha s'oppose aux marchands d'esclaves

Une colonne d'esclaves remontant vers le nord du Soudan

Après la libération des esclaves par Gordon Pacha
Il dérangeait quelques intérêts !
Parallèlement à la garnison égyptienne et soudannaise composée de 7000 hommes il recrute une milice armée dont il se charge, personnellement, de l'instruction.
Il reconstitue sa fameuse Garde Noire Soudannaise (Sudanese Black Watch) formée principalement d'esclaves noirs libérés et qui lui vouera, jusqu'au bout, une totale fidélité.
Et il se charge de créer un périmètre défensif autour de Kartoum, alternant points d'appuis enterrés et champs de mines.
A l'instar du Colonel Driant au Bois des Caures, à Verdun en 1916, il transforme Kartoum en camp retranché utilisant des défenses très mobiles et tenant partie du terrain.
Il crée, notamment, un corps particulier de chameliers mitrailleurs, la mitrailleuse étant disposée sur le chameau lui-même protégé par une cuirasse légère mais efficace contre les mousquets d'époque.
Il met en place une flotille de petites canonnières pour défendre les deux bras du Nil qui enserrent la ville, le Nil bleu au nord et le Nil bleu à l'Ouest.
Et il organise avec l'aide de la Tribu Shagia, hostile au Mahdi, une cavalerie indigène légère mais très mobile qui protégera les "portes du désert", situées au sud de la ville tandis qu'il renforce les murs de Kartoum et fait creuser des tranchées dont il dessine le profil.
Ces tranchées comportent des décrochements afin de ne pas pouvoir être prises par un feu en enfilade ainsi que des abris enterrés et des sapes minées.
Elles demeureront un modèle et seront reproduites pendant la première guerre mondiale sous le nom de "tranchées anglaises".
Il constitue de nombreuses réserves d'eau et de nourriture loin des points stratégiques, donc en relative sécurité.
Enfin, comme il avait appris à le faire en Chine, il reproduit toute une série d'artifices explosifs : mines, roquettes, ballons piégés, chausses-trappes, pièges mécaniques.
Mais, surtout, il initie à la stratégie ses officiers afin qu'ils puissent répondre rapidement à toutes les situations d'une guerre de siège.
Le "Livre rouge des héros" avec Gordon veillant sur Kartoum
Et, suivant les conseils avisés de Sunzi (Sun Tzu) il retourne plusieurs espions du Mahdi à son profit et s'arrange, grâce à eux, pour diffuser de fausses informations sur la situation interne.
En fait il utilise ce que les Anglais, plus tard, et particulièrement pour l'Opération Fortitude, nommeront "deception", donc l'intoxication de l'ennemi par l'information manipulée de toute pièce.
Et il manipule aussi quelque peu l'opinion publique locale en lui faisant croire à l'arrivée, toujours prochaine, d'un contingent britannique.
Tout en sachant parfaitement que celui-ci ne viendrait pas puisqu'il est justement à Kartoum pour le remplacer.
Le siège de Kartoum et la mort de Gordon
Le siège commence peu après l'arrivée de Gordon soit le 12 mars 1884.
Le dispositif de Gordon se montre très efficaces et plusieurs attaques provenant de terre ou du Nil sont repoussées avec succès.

El Mahdi portrait d'époque publié dans la presse égyptienne
En avril 1884 les tribus du Nord du Soudan se rallient au Mahdi et empêchent tout approvisionnement égyptien de Kartoum par voie terrestre ou par le Nil, puis la liaison par télégraphe est rompue et Gordon est contraint d'utiliser des messagers, dont très peu parviendront effectivement au Caire ainsi que des pigeons.
Ce qui lui permet de garder un relatif contact avec le monde extérieur.
Mais les troupes du Mahdi sont de plus en plus nombreuses et de mieux en mieux équipées et entraînées.
Devant cette situation considérée comme intenable Gladstone donne l'ordre à Gordon d'abandonner Kartoum à son sort.
Et bien évidemment il refuse, par principe, d'abandonner la ville, la garnison et sa population sachant fort bien que le soutient qu'on lui a apporté coûtera très cher.
Afin de se justifier il promet
qu'une expédition est en train de se préparer en Angleterre et que son arrivée n'est plus qu'une question de semaines, ou de mois.
En fait il y a des réserves de nourriture et de munitions pour six mois et elles sont déjà bien entamées.
Il propose donc, contre toute attente, de restreindre la garnison
et organise l'évacuation, réussie de plus de 2000 hommes, généralement des pères de familles, qui après de nombreuses péripéties finissent par rejoindre le Caire accompagnés de plus de 1500 civils.
Gordon Pacha se prépare à défendre Kartoum au milieu de ses habitants
Cette opération de sauvetage met le Mahdi en rage mais il est forcé de reconnaître que Gordon Pacha n'agit pas comme
un occidental et moins encore comme un britannique puisqu'à l'époque la vie humaine, surtout celles des autres si ils sont étrangers et d'une autre religion, ne vaut pas cher.
Plusieurs autres attaques sont encore repoussées avec de nombreuses pertes dans les rangs des assaillants.
Les troupes égyptiennes et soudannaises se surpassent et à dix contre un font reculer les assaillants allant jusqu'à mener des expéditions dans le camp adverse et à déloger plusieurs positions qui tenaient la ville sous le feu.
Le Gouvernement égyptien fait transmettre un message de félicitation a Gordon et l'informe qu'il lui décerne officiellement le titre de Pacha.
Sans autres précisions.
Pacha ou Pasha vient du persan Padshah ou Padeshah qui signifie "Roi", puis, par extension Gouverneur militaire, le titre pouvait être attribué uniquement par le Sultan Ottoman, donc Turc, ou par le Khédive d'Egypte.
Gordon avait déjà reçu, des mains du Sultan, le titre de "Pasha of Turkey" mais, à cause d'un mauvais jeu de mot anglais sur le "Pacha des Dindes" (Roi des Dindes !) il préférait son titre de Gordon Pacha qui lui avait été spontanément donné par la population de Kartoum.
Gordon Pacha au chevet d'une vieille femme soudannaise
La situation devenant malgré tout de plus en plus périlleuse et l'opinion publique s'inquiètant désormais pour le sort de Kartoum et surtout de Gordon, Gladstone décida, enfin, l'envoi d'une expédition militaire.
Mais Gordon, de par ses actions sociales et à cause de ses prises de position en faveur de la "native rule" au détriment de la "home rule", donc des populations locales au détriment de la loi anglaise, n'avait pas que des amis et le Général, et Vicomte, Garnet Wolseley, un conservateur acharné, chargé de préparer l'expédition ne cessera, en fait, de la retarder.
Comme de nombreux conservateurs issus de la noblesse anglaise *, il reprochait à Gordon de profiter de son nom et de ses titres, qui provenaient d'une grande famille écossaise, de sa popularité, de sa fortune et de son ascendant pour favoriser les entreprises de déstabilisation du pouvoir impérial britannique en soutenant de mauvaises causes comme celle des Ecossais, des Irlandais, des Indiens, des Palestiniens et, maintenant, des Soudannais.
Il considérait donc Gordon comme un aventurier irresponsable qui aurait du, depuis longtemps, être viré de l'armée.
Il est vrai que, finalement, Gordon, beaucoup plus jeune était, aussi, beaucoup plus décoré que lui.
Et beaucoup plus populaire.
* a l'instar du Major Général Franck M. Richardson qui publia un ouvrage perfidement nommé "Mars without Vénus" (Mars sans Vénus - ou la guerre au masculin ) qui accusait Charles Georges Gordon d'entretenir des amitiés particulières, comme Lawrence d'Arabie, d'ailleurs et de choisir ses amants parmi sa fameuse "Garde Noire Soudannaise".
Il tenta même de faire passer Gordon pour un vulgaire pédophile, ce à quoi Gordon répondit simplement qu'il était probablement éphébéraste, donc qu'il ailmait les adolescents des deux sexes, comme il aimait simplement rendre hommage à la beauté et à la jeunesse. Or, il savait la femme de Richardson particulièrement vieille et laide.
Et il ajouta en souriant "nobody is perfect !"
Le Général Vicomte Wolseley en dinde (encore le jeu de mot avec Turkey - la Turquie)
Mais en anglais a turkey c'est aussi un "poulet d'Inde" donc une dinde. Sinon un dindon.
caricature du journal Punch peu après la mort de Gordon.
A kartoum, la situation était, entre temps, devenue désespérée et pas mal de défenseurs étaient déjà morts de faim, de soif ou de maladie et les munitions commençaient à manquer.

Les derniers moments de Kartoum d'après une photo d'époque
Profitant d'une baisse importante du niveau du Nil, du 25 au 26 janvier 1885 ce sont plus de 50 000 partisans du Mahdi qui attaquent Kartoum.

Le dernier repos de Gordon, la bible sur le coeur, la main sur le revolver
La garnison ne compte plus que des hommes épuisés, malades et à bout de munitions.
Elle sera donc rapidement submergée par un flot humain fanatisé qui, suivant les attentes de Gordon, ne fera pas de prisonniers.
Plus de 4000 personnes, soldats et civils seront donc exterminés.
Gordon, barricadé dans son bureau attendra l'arrivée des assaillants.
Comme il n'existe bien évidemment aucun témoin, si ce ne sont les guerriers du Mahdi, plusieurs versions de sa mort cohabitent.
Suivant une version il se serait défendu, pistolet en main, jusqu'à épuisement de ses munitions.
Suivant une autre version il aurait attendu assis à son bureau, une bible à la main.
D'aucuns prétendent qu'il aurait tenté une sortie et aurait été tué d'un jet de lance.
D'autres, que le Mahdi lui aurait laissé la vie sauve mais qu'il aurait été tué, dans la rue, par une balle perdue.
Mais comme il ne possédait pas de voiture il ne s'est pas suicidé avec le revolver laissé dans la boite à gants par son chauffeur.
Il a donc échappé, par miracle, à cette dernière hypothèse.
Certains ont affirmé que sa tête fut tranchée, mise au bout d'une pique et apportée au Mahdi qui l'aurait respectueusement saluée.
Au vu du personnage il est fort probable qu'il ait attendu paisiblement sa dernière minute, en uniforme complet, en lisant des passages de la Bible, à l'entrée des assaillants il a refermé celle-ci et les a considéré d'un air hautain mais souriant, sans effectuer le moindre geste.
Ne leur faisant pas même le plaisir d'un signe de croix.
Ni d'une formule lapidaire en anglais puisqu'ils ne comprenaient pas cette langue.
Et l'un d'entre eux a probablement porté le coup fatal.
La mort de Gordon suivant une gravure d'époque
Probablement la version la plus vraissemblable
Une mort violente mais aussi paisible
Gordon "fearless" était réputé pour n'avoir peur de rien
et pour son exceptionnel sang froid.

Une autre version plus remuante !

La version reprise dans le film Kartoum d'après un tableau d'époque
Tué par un jet de lance en descendant l'escalier du palais du Gouverneur

Un autre version de la mort de Gordon Pacha
Pan ! Pan !

Et une dernière pour la route : on ne prête qu'aux riches !
Là, il ne se laisse pas faire mais succombe sous le nombre.
Comme on peut le constater au vu de ces diverses versions il existe plusieurs versions des circonstances de la mort de Gordon.
Bien évidemment puisqu'il n'y eut pas de survivant pour relater exactement les circonstances de cette mort.
La version de la lance et de l'escalier a été "officialisée" par le film *.
Cela incite à une certaine prudence car les autres versions sont tout aussi probables !
Chacun est donc, ici, plus ou moins libre de choisir celle qui lui convient le mieux.
Et "honni soit qui mal y pense" !
* Il ne faut pas demander à un film de reproduire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
Mais certains films grand public sont parfois plus objectifs que certains historiens à diffusion restreinte !
Le contrecoup de la mort de Gordon et de la chute de Kartoum
La fameuse colonne de secours n'arrivera donc jamais à Kartoum, investi par les Madhistes, et restera sagement cantonnée à Suakin sur les bords de la Mer Rouge.
La nouvelle de la mort de Gordon eut, à Londres, l'effet d'un ras de marée.
Gladstone dont le surnom était "G.O.M." (Grand Old Man) devint M.O.G. (murderer of Gordon - l'assassin de Gordon).
Le mémorial de Charles George Gordon à la Cathédrale Saint Paul
Devant l'ampleur des manifestations, surtout dans le peuple, il fut donc contraint de démissionner.
Le gouvernement tomba.
La presse se déchaîna contre Wolseley qui devint "la tête de turc" (ce qu'on traduisait populairement par "crâne de dindon").
Le dindon, sous ses airs de matamore, ne passant pas pour un oiseau très malin mais surtout destiné à la farce.
Une souscription fut effectuée et une statue de Charles George Gordon en bronze fut érigée à Trafalgar Square.
Muhamad Ahmad Ibn Allah El Mahdiy, alias El Mahdi *, l'Imam Caché, suit Gordon de peu puisqu'il décède de maladie en juin 1885.
Le tombeau du Mahdi à Omdurman est toujours entretenu, visité et honoré
Ses partisans seront écrasés par un corps expéditionnaire britannique conduit, cette fois-ci, par un ami de Gordon, Horatio Kitchener qui reprend Kartoum en 1898.
Horatio Kitchener devenu Kitchener of Khartoum après la reprise de la ville aux partisans du Mahdi en 1898
Le même Horatio Kitchener, un peu plus tard en grand uniforme des Royal Engineers
Corps auquel avait appartenu Gordon et qui fut dirigé par lui.
Page du Royal Engineers consacré à Gordon : cliquer ici

Et le même Général Kitchener sur une affiche de recrutement pendant la guerre 14 18
La monumentale statue de Gordon Pacha au Royal Ingeneers
le socle porte ces mentions :
Charles George Gordon
Royal Engineers
Companion of Bath (Chevalier de l'Ordre du Bain - l'une des plus hautes distinctions GB)
Major General of the British Army
Mandarin of China
Pasha ot Turkey
Gouvernor General of Soudan
Born at Woolwitch january 28 1833
Killed at Karthoum january 26 1885
Erected by the Corps of Royal Ingeneers 1890. (statue élevée par le Régiment des Ingénieurs Royaux en 1890)
Et le film avec Charlton Heston et Laurence Olivier *
* Karthoum produit par la MGM en 1966
avec Charlton Heston (Gordon)
Laurence Olivier (El Mahdi)
Richard Johnson (Colonel Donnell)
Ralf Richardson (Gladstone)
Alexander Knox (Sir Evelyn Baring
Johnny Seka (Khaleel) ;
Michael Horden (Sir Granville)
Zia Mohyeddin (Zobeir Pacha)
Marne Maitland (Heikh Osman)
Nigel Green (General Wolseley)
Produit par Julian Blaustein
Ecrit par Robert Ardrey
Dirigé par Basil Dearden
Disponible en MGM DVD
Charlton Heston a toujours aimé les grands rôles, Ben Hur, le Cid, Moïse et fut enchanté de jouer le personnage de Gordon.
Charlton Heston dans la peau et l'uniforme de Gordon Pacha
Si on excepte le fait que Gordon était de petite taille, ou au moins de taille moyenne, puisque plusieurs personnes affirmèrent que "jusqu'à l'âge de 52 ans il avait la silhouette d'un adolescent", Charlton Heston rentrera dans la peau de son personnage et rendra la réplique au Mahdi joué par Laurence Olivier, passé au brou de noix pour la circonstance.

Et Laurence Olivier, passé au brou de noix, pour interpréter El Mahdi *
En fait, de leur vivant, Gordon et le Mahdi ne se rencontrèrent jamais mais firent preuve d'une estime réciproque.
La scène ou Gordon, seul, vient trouver le Mahdi dans sa tente est donc une fiction du scénario qui, pour le reste, semble assez conforme à une certaine réalité.
Mais non à une réalité certaine comme on pourrait s'en douter.
Mais, pour une super production américaine c'est donc un film à grand spectacle comme sait en animer Charlton Heston qui finit, presque, par devenir crédible en gentleman écossais et général britannique.
Les deux ensemble sur la pochette d'un 33 tours assez recherché par les cinéphiles
* El Mahdi : A ne pas confondre avec l'étrange chanson de Cali qui ne comporte, évidemment, aucun message :
"Elle m'a dit Lalala Lalalalala...ça a claqué dans l'air comme un coup de révolver...comme mon cadavre à la mer..."
Mais qui pourrait aussi s'écrire : "El Mahdi Lalla Laila Allah...!"
Et comprenne qui pourra.
Tralala.

Charlton Heston fait tapisserie à Kartoum et un Gordon Pacha fort acceptable
Et les Chinois dans tout ça ?
Ils savent, en haut lieu, par expérience historique et pour l'avoir longuement observé que Charles Georges Gordon, alias Chinese Gordon, alias Gordon Pacha est un expert en stratégie militaire et politique.
Certains Occidentaux, particulièrement ceux qui ont
réalisé l'opération "Fortitude", le savaient aussi.
Mais ils l'ont oublié.
La question que se sont vraisemblablement posée les stratèges chinois est celle-ci :
"Pourquoi Gordon, au risque de sa propre vie, alors qu'il pouvait la sauver, s'est-il autant intéressé au Soudan ?"
Il connaissait parfaitement et appliquait la stratégie de Sunzi dans la plupart de ses actions au point d'être devenu, y compris pour les Chinois "Chinese Gordon" donc "Gordon le Chinois".
Son intérêt pour le Soudan ne pouvait être dicté que par une raison d'une exceptionnelle importance : "Qui tient le Soudan tient en main la clé des portes de l'Afrique".
La stratégie de Gordon permit de bloquer la progression française dans le centre-est de l'Afrique.
Elle est à l'origine de la défaite des Italiens face aux Ethiopiens le 1er mars 1896 à Adoua, ce qui incitera la Grande Bretagne à lancer une expédition de reconquête du Soudan.
Et c'est le chef de cette expédition britannique, un ami de Gordon, Horatio Kitchener, qui se retrouvera en face de la fameuse mission Marchand, donc une expédition française, à Fachoda le 18 septembre 1898.
Les Français seront contraints de se retirer, après un face à face très tendu, le 10 novembre 1898.
Evitant de peu une nouvelle guerre franco-britannique.
La "colonne Marchand" comptait dans ses rangs un lieutenant, Charles Mangin, qui deviendra plus tard le créateur de la "force noire" qui interviendra sur tous les fronts pendant la Grande Guerre de 14/18.
On lui élèvera des statues et on lui donnera des noms de rues, sinon de lycées (Reims) alors que pour la troupe il demeurera"le boucher de Verdun" et parmi les officiers
"le broyeur de noir(s)".
Il était, en effet, quelque peu maniaco-dépressif et l'une de ses boutades favorites était "Envoyez les noirs, cela fera toujours du poids sur les barbelés d'en face !"
Il sera remplacé par Pétain qui, à l'époque, passait pour un général issu de la gauche modérée.
Cette reculade aura pour conséquence que la France signera un accord avec l'Angleterre précisant qu'elle renonçait définitivement à ses intentions sur le Nil.
Donc sur une bonne partie de l'Afrique.
Gordon était donc parvenu, à titre posthume, à ses fins puisqu'il débarassait l'Afrique de l'Est des extrémistes et des Français, sinon des Italiens, et que le Soudan redevenait un carrefour commercial important entre l'Afrique et le Moyen Orient.
Donc une plaque tournante de premier ordre puisque possédant des frontières avec l'Egypte : la Mer Rouge donc l'Arabie Saoudite ; l'Erythrée ; l'Ethiopie ; le Kenya ; l'Ouganda ; La République Démocratique du Congo ; la République Centrafricaine; le Tchad et la Lybie, soit 10 pays africains !
Certains très riches, d'autre très pauvres mais ce qui motive encore plus le marché et les affaires.
Et question affaires les Chinois ne sont pas les derniers.
Si Gordon avait flairé le grop coup, les Chinois peuvent lui faire confiance !

Le Maître de Gordon, après Dieu, le stratège Sunzi alias Sun Tzu
"Fortitude" avant tout.
"La guerre est subordonnée à cinq facteurs.
Le premier est la vertu *
Le deuxième le climat
Le troisième la topographie
Le quatrième le commandement
Le cinquième l'organisation
La vertu est ce qui assure la cohésion entre supériers et inférieurs et incite ces derniers à accompagner leur chef dans la mort comme dans la vie, sans crainte du danger"
* Jean Lévi dans Sun Tzu, l'art de la guerre (Pluriel Philosophie Hachette littérature 2006)
explique : "Vertu" doit être entendue au sens qu'elle a chez Montesquieu : la force morale donnée à une nation par ses moeurs et ses institutions"
J'ajoute qu'on peut donc traduire le mot vertu, sans contresens, en anglais, par fortitude (force d'âme).

La dernière photographie de Charles Georges Gordon en 1885

Portrait de Charles Georges Gordon en grand uniforme
Le cadre provient de Kartoum
Propriété de l'auteur de l'article
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