ONZIÈME SOIREE DES ARTS MARTIAUX A CHAVILLE
LA TRADITION RESPECTEE !

 

Démonstration BUDO EMBU TAI KAI de CHAVILLE du 24 janvier 2004

La démonstration anniversaire de la 11eme soirée Budo Embu Taï Kaï de Chaville s'est déroulée avec un succès qui n'avait rien à égaler celles des années précédentes. C'est désormais une tradition de se retrouver, principalement entre pratiquants et enseignants pour partager un moment de passion intense et soutenue.

Jacques Muguruza, le Maître des Lieux, secondé par le président de son association, Yann Letouzey, un pratiquant confirmé, nous recevait donc en son fief, faisant en sorte que tout se passe pour le mieux, omniprésent, et ayant toujours un mot sympathique ou une attention particulière pour que chacun se sente à l'aise et détendu. Comme d'habitude, ces retrouvailles furent fort sympathiques et émaillées de souvenirs nombreux puisque certains des enseignants présents se connaissaient, au moins,depuis des dizaines d'années.
Après un discours de bienvenue et d'ouverture de Jacques Muguruza et la présentation des différents groupes et de leur chef de file, les démonstrations ont pu commencer.

La première d'entre-elle concernait, bien évidement, l'École Yoshinkan présente à Chaville depuis 1987 et en France depuis 1982, qui nous recevait. Il s'agit d'une forme particulière d'Aïkido créée par le Maître Gozo Shioda, disciple direct de Morihei Ueshiba, pour la police japonaise. La particularité de cette école est de présenter un travail très structuré et très rigoureux basé sur le découpage temps par temps de chaque technique. Cela produit un effet très particulier comme si un film se déroulait photo par photo, d'abord au ralenti puis à vitesse réelle. Jacques Muguruza, 7eme Dan, le représentant officiel en France de cette école, en rappela les principes puis démontra que peu à peu la forme s'arrondissait pour redevenir parfaitement circulaire. Le Maître Morihei Ueshiba parlait, dans ce cas, de "Sumikiri" ou "art d'arrondir les angles" (littéralement "couper les coins"). C'est comme si on passait, peu à peu, du carré au triangle puis du triangle au cercle pour aboutir à une sphère. Au début cela semble évidemment quelque peu rigide mais permet au pratiquant de structurer son mouvement et d'en renforcer l'efficacité. Par la suite, le mouvement s'arrondit naturellement.

Le Wadokan de Chaville, sur un commentaire du Dr Philippe Renault, Maître Fondateur 8eme Dan Kyoshi, nous présenta, ensuite, avec Messieurs Christian Trocmé et Philippe Bonnet, une démonstration de Karate-Jutsu avec, en l'occurrence, un kata considéré autrefois comme secret et principalement constitué de saisies, de projections et de contre-prises, prouvant, s'il en était encore besoin que le Karaté-jutsu ne se limite pas aux simples techniques de poings et de pieds. Ensuite une démonstration de Kobudo (armes de la rizière) particulièrement dynamique, le bâton étant considéré comme à l'origine des autres armes. Enfin des applications de combat avec le fameux Tonfa (Tonkwa) qui n'est autre qu'une poignée de meule à riz. Cette outil de la rizière, devenant une arme redoutable dans des mains expertes, équipe désormais la plupart des polices de la planète. C'est dire son efficacité. Mais les policiers en question auraient certainement pu prendre, ici, une belle leçon de pratique et de technique. Cette démonstration permit d'apprécier les différentes facettes, dont souvent les moins connues, de cet art du poing.

Patricia Guerri de l'Ecole d'Aïkido Bukikai d'Iwama, 6eme Dan, disciple du Maître Morihito Saito, prouva, si cela était encore nécessaire, qu'une femme peut parfaitement maîtriser au plus haut niveau l'Art Chevaleresque du Budo et ne faire aucune concession tant à ses partenaires masculins que féminines. Il s'agit donc d'un travail à la fois tout en puissance et en finesse à main nue et contre des armes telles qu'un bokken (sabre de bois), qu'un bâton et même un tanto (poignard). Tout cela dans une grande concentration d'esprit et un calme olympien et sans avoir besoin d'aucune fioriture. Un travail très classique d'une redoutable sobriété et qui se suffit à lui-même.

Pierre Portocarrero, 7eme Dan, Elève du Sensei Tsuneyoshi Ogura dont le Dojo nommé Gembukan fut créé en 1944, nous présenta ensuite cette pratique du Gembukai Karate-Do, aidé cette année de Jean Pierre Blain. Il s'agit d'une pratique du Karate-Do insistant sur la souplesse et la fluidité, ce qui le rend plus proche de ses racines chinoises reconnues, notamment, par Makoto Gima dont Tsuneyoshi Ogura fut l'élève, que des formes récentes de Karaté (avec l'accent !). A son habitude Pierre Portocarrero nous présenta une forme antique particulièrement impressionnante, en l'occurrence le Kata Jion telle qu'il fut transmit il y a plusieurs siècles de la Chine à Okinawa. Cette démonstration fut suivie des Bunkai (applications) avec partenaires, et ceci sur plusieurs niveaux de compréhension. Notre Ami Pierre Portocarrero est l'un des rares occidentaux, à être reconnu par ses pairs au Japon et à Okinawa et désormais aussi, il faut bien l'avouer sa modestie dut-elle en souffrir, en Occident comme l'un des grands experts mondiaux et mémoire vivante de cet art qu'est l'authentique Karate-Do. Certains technocrates du sport martial peuvent persister à le considérer comme un électron libre, il n'en demeure pas moins incontournable et irremplaçable. Et nous avons toujours grand plaisir à le retrouver, à le regarder et à l'entendre.

Pascal Olivier, un solide grand gaillard très souriant nous fit ensuite plonger dans le cercle sans fin de son Aïkido de l'Ecole Tendo Ryu (littéralement Ecole (Ryu) de la Voie (Do) Céleste (Ten) ). Cette forme d'Aïkido, dont il est le représentant en France, lui a été directement transmise par le Maître Kenji Shimizu, l'un des derniers disciples directs du Fondateur Morihei Ueshiba de 1963 à 1969. Une pratique très fluide, très enchaînée et sans la moindre faille, presque aérienne mais également sans la moindre concession à la facilité. Au début, le pratiquant apprend à évoluer d'une position statique vers un mouvement dont les angles disparaissent (Sumikiri) pour accéder peu à peu à une pratique intuitive laissant place à l'expression du Kokyu (Souffle). Le pratiquant évolue alors dans un espace de liberté totale où les mouvements se créent au gré de l'inspiration du moment. A priori aux antipodes de l'Aïkido très carré de Jacques Muguruza mais côtoyant, en fait, les mêmes sommets. Cette démonstration permit de constater qu'il existe un Aïkido constitué de plusieurs familles qui, grâce à cette démonstration, pouvaient néanmoins se retrouver en toute harmonie.

Michel Coquet dirigea ensuite un groupe de pratiquants et d'experts du Katori Shinto Ryu, seule école de Budo et de Bujutsu répertoriée au Japon comme "Trésor National", âgée de plusieurs siècles, et représentant ce qui se fait de plus classique dans le domaine du Iaï do (Sabre), du Kenjutsu (Sabre dégainé)du Bo-Jutsu (Bâton), de la Naginata (Hallebarde). Un concert éblouissant de sobriété et de précision absolue, bien plus que chirurgicale. Une posture, un éclair d'acier, un souffle, un silence. Rien de plus. Presque du Mozart. Puis un festival d'applications réglées au millimètre et à vitesse de combat. Rien à ajouter, rien à retrancher.
"Si l'on commence à se battre, il faut gagner. Mais se battre n'est pas le but. L'Art du Guerrier est l'Art de la Paix. L'Art de la Paix est le plus difficile : il faut gagner sans se battre". Risuke Otake, Shihan de l'Ecole Katori.

Le Groupe Historique André Nocquet représenté par Pascal Laurent Heydacker, 5eme Dan, et Roland Gilabel, 4eme Dan avec la participation de nombreuses ceintures noires de cette Ecole effectua une démonstration très dynamique et très réaliste de l'Aïkido tel qu'il fut ramené du Japon par le regretté André Nocquet, pionnier de cet Art en France et qui fut l'un des tous premiers champions et enseignants de Judo et de lutte à se convertir aux sources puisqu'il travailla directement sous la direction du Fondateur Morihei Ueshiba. Le travail en solo, avec un partenaire, avec plusieurs partenaires, avec armes (Boken, Jo, Tanto...) et à vitesse réelle, nous permit de constater, une fois encore, que l'Aïkido, sous son aspect très circulaire, pouvait se révéler d'une grande efficacité. Nous avons particulièrement apprécié la grande qualité humaine du travail de groupe. La succession du Maître Nocquet, que j'ai eu le grand honneur de connaître pendant de nombreuses années puisqu'il participait avec moi aux travaux del'Académie Française des Arts Martiaux Traditionnels, est donc parfaitement assurée.

François Xavier Albertini, 5eme Dan, représentait le Shorinji Kempo du Seigido Ryu...donc une école japonaise créée par So Doshin il y a une quarantaine d'années représentant le très (et souvent trop !) fameux Monastère de Shaolin. Shorinji Kempo se lit en chinois Shaolin Shi Chuan Fa, alias "Le poing du Monastère de la Petite Forêt". Ce que l'on ignore c'est que ce même So Doshin participa financièrement et moralement à la reconstruction du monastère chinois alors abandonné et dévasté. Il fut probablement celui qui permit sa renaissance et la première démonstration effectuée devant un public chinois ébahi, dans le monastère reconstruit, fut du Shorinji Kempo. C'est dire, strictement entre nous, que le Shorinji Kempo représente probablement beaucoup plus la tradition classique et ancienne du Poing du Monastère que les avatars créés la semaine dernière que l'on nous présente actuellement comme "la tradition authentique" et qui ne sont, en fait, que du music hall pour grand public. Malheureusement celui-ci était absent ce soir. La présence des "authentiques moines chinois"(sic !) à l'émission de Patrick Sébastien est significatif. Le Shorinji Kempo se particularise par l'utilisation d'un double système basé sur l'art du poing et du pied (Goho) et sur l'art des saisies, immobilisations et projections (Juho)...sans oublier les armes. Cette année ce furent les Anciens de l'Ecole qui furent mis à contribution et nous démontrèrent les subtilités du Shorinji Kempo, notamment dans l'utilisation des points vitaux. Comme d'habitude François Xavier Albertini se démena comme un beau...moine et nous conforta dans l'opinion déjà bien arrêtée qu'à lui tout seul il en valait bien une douzaine du Shaolin actuel. Mais c'est la mesure normale existant entre une pratique authentique et un simple spectacle folklorique. Entre un Maître authentique (même et surtout si François Xavier Albertini refuse ce titre !) et des artistes (fusent-ils martiaux) de cirque.

Parmi cette forte représentation nipponne et okinawéenne, j'ai eu la redoutable tâche de présenter la Chine et le Kung-Fu Wushu au travers de l'Ecole San Yiquan.
Qui plus est pendant le Nouvel An Chinois de l'Année du Singe de Bois.
Avec Xavier Dumont nous avons effectué la "Petite forme d'Ouverture de la Pratique " (Siu Kai Men Shi) qui est issue du Yiyin Fa (pratique préparatoire) et du Tao-Yin Fa (pratique de Nutrition de la Voie) de l'Ecole Taoïste du Ling Pao Ming. Elle consiste à mobiliser l'énergie vitale et à comprendre les fondements du Qigong Taoïste.
J'ai ensuite démontré la forme du Double Poing du Tigre et du Dragon (Hu Re Chuang Xing Quan ou Fu Hok Sheun Yin Chuan) de l'Ecole Hung Gar (Hongjia) du Shaolin du Sud. Il s'agit de la version ancienne transmise à Lin Shirong (Lam Sai Wing) (1861 1942) par Huang Feihong (Wang Fei Hung) (1850 1933) et qui demeure le joyau de l'Ecole Hung Gar qui avec les Quatre Ecoles Classiques (Li Gar, Mo Gar, Choi Gar, Liu Gar) composait le Style de Shaolin du Sud (Nan Shaolin Shi Jia). Ce Tao aurait été sauvegardé par le moine Hung Tedi (Wang Te Ti) qui a échappé au sac du temple (Shaolin Julianshan) du Fujian (Fukien) par les troupes impériales mandchoues. Cette forme particulière me fut transmise personnellement en 1974, à Hong Kong, par le regretté Patriarche (Lao Shi) Chan Hon Chung.
J'ai ensuite démontré quelques principes essentiels de travail sur les saisies (Chin Na Shu - ancêtre historique chinois du Jujutsu ou Jiu-Jitsu) à partir du salut de l'Ecole.
Certains de nos Amis "japonais" ont donc pu constater quelques similitudes avec les principes utilisés dans le Budo et plus particulièrement dans les formes "Ciel/Terre" (Tenshi ou Tian Ti) utilisées dans les invocations aux Kami (en Chinois Kan Li - littéralement Eau/Feu ).

L'Ecole du Yoshinkan clotura cette soirée exceptionnelle et Jacque Muguruza nous démontra que son Aïkido pouvait également devenir réellement fluide et circulaire, presque spontané dans ses applications libres.

Pendant toutes ces démonstrations il est très significatif que l'on aurait pu entendre une mouche voler, ce silence n'étant rompu que par les applaudissements du public. Il est vrai que ce public se composait principalement de pratiquants et de connaisseurs avisés. Nous étions donc en famille et il ne fut jamais besoin ni question d'en faire de trop.
Cela prouve, une fois encore, qu'il n'est ni besoin de musique tonitruante (et encore moins sur les Katas qui se passent ainsi fort bien de la musique de Royal Canin ou d' Il était une fois dans l'Ouest !), ni d'éclairages colorés mobiles, ni de fumigènes, ni de trucages, ni d'artistes de music-hall ou de cinéma, ni d'un monsieur Loyal, ni de quoi que ce soit d'autre que de la pratique et de la compétence des enseignants et des pratiquants pour faire passer un message. Le secret de la pratique réside dans la pratique.

La démonstration se termina par un discours de clôture et une remise de diplômes par Monsieur Jean Levain, Maire de Chaville qui décerna, par la même occasion, la Médaille de la Ville de Chaville à Yann Letouzay pour ses onze années d'organisation de cette fête et à M. Berthezène pour son action de communication et la réalisation du site internet concernant cette soirée.
Jacques Muguruza nous remercia d'avoir participé à cette démonstration et nous fit remettre une estampe japonaise (représentant des Samuraï !) encadrée. Il rappela enfin que le Budo, comme le Wushu sont étymologiquement des Arts de Paix et non des écoles de violence, ce qui, à notre époque, demeure essentiel à comprendre et à pratiquer.
ICela fut, comme il se doit, suivi d'un sympathique pot réunissant tous les participants redevenus civils. Pot bienvenu à cause de la grosse chaleur qui avait accompagné la soirée. Les enseignants et les anciens se retrouvèrent, enfin, au restaurant chinois de Chaville autour d'un menu pantagruélique et fort réussi ce qui permit de terminer la soirée, fort tard, entre ami(e)s.

"une belle table !"
François Xavier Albertini (Shorinji Kempo);
Georges Charles (Ecole San Yiquan);
Pierre Portocarrero (Karatedo Gembukai) - en face - Patricia Guerri (Aïkido Bukikai) Jacques Muguruza (Aïkido Yoshinkan); Pascal Olivier (Aïkido Ecole Shimizu)

Cette soirée fut donc une belle réussite et permit de se retrouver en harmonie entre pratiquants et enseignants sincères. Ne serait-ce que la présence de quatre Ecoles d'Aïkido sur le même tatami prouve, si cela était nécessaire, qu'il est fort possible de dépasser les querelles fédérales et administrative qu'on nous présente généralement comme incontournables. Comme disent nos amis Chinois "Entre les quatre mers, tous les braves sont de la même famille". Budo, Bujutsu et Wushu représentaient donc bien ce soir "L'Art de la Bravoure" au sein d'une même famille.

Georges Charles. Fondateur des Arts Classique du Tao et Président de l'Institut des Arts Martiaux Chinois, Association culturelle créée en 1978.
Ecole San Yiquan (San Yi Chuan) du Poing des Trois Harmonies
Mail : sanyi@club-internet.fr
Site : Arts Classiques du Tao


Page de présentation de la soirée sur www.torigate.org


Michel Coquet aux côtés du SHIHAN de l'Ecole Tenshin Shoden Katori Shintô Ryu, Otake Risuke.
Photo prise lors du festival du Katori-Jingu
de l'année du Cheval, le 15-16 Avril 2002


Lieu :

Dojo du Gymnase Colette Besson au Stade Jean Jaurès
2, rue Jean Jaurès
92370 CHAVILLE

www.yoshinkai.de-france.org (Jacques Muguruza Aïkido Yoshinkan)

www.aiki.tendo.free.fr (Pascal Olivier Aïkido Tendo Ryu de Kenji Shimizu)

www.zendreams.org (Wadokan de Chaville Ecole d'Arts Martiaux Japonais Traditionnels - Nihon Jutsu Ryu )

www.perso.wanadoo.fr/aikibukikai/ (Patricia Guerri Aïkido Bukikai d'Iwama)

www.etic.asso.fr/clubs.htm (Michel Coquet Association Futsu Nushi No Kami )

www.sksrhd.asso.fr (François Xavier Albertini Shorinji Kempo Seigido Ryu)

www.tao-yin.com (Georges Charles Ecole San Yiquan et Arts Classiques du Tao)