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La
démonstration anniversaire de la 11eme soirée Budo
Embu Taï Kaï de Chaville s'est déroulée
avec un succès qui n'avait rien à égaler celles
des années précédentes. C'est désormais
une tradition de se retrouver, principalement entre pratiquants
et enseignants pour partager un moment de passion intense et soutenue.
Jacques Muguruza, le Maître des Lieux, secondé
par le président de son association, Yann Letouzey,
un pratiquant confirmé, nous recevait donc en son fief, faisant
en sorte que tout se passe pour le mieux, omniprésent, et
ayant toujours un mot sympathique ou une attention particulière
pour que chacun se sente à l'aise et détendu. Comme
d'habitude, ces retrouvailles furent fort sympathiques et émaillées
de souvenirs nombreux puisque certains des enseignants présents
se connaissaient, au moins,depuis des dizaines d'années.
Après un discours de bienvenue et d'ouverture de Jacques
Muguruza et la présentation des différents groupes
et de leur chef de file, les démonstrations ont pu commencer.
La première d'entre-elle concernait, bien évidement,
l'École Yoshinkan présente à Chaville
depuis 1987 et en France depuis 1982, qui nous recevait. Il s'agit
d'une forme particulière d'Aïkido créée
par le Maître Gozo Shioda, disciple direct de Morihei
Ueshiba, pour la police japonaise. La particularité de cette
école est de présenter un travail très structuré
et très rigoureux basé sur le découpage temps
par temps de chaque technique. Cela produit un effet très
particulier comme si un film se déroulait photo par photo,
d'abord au ralenti puis à vitesse réelle. Jacques
Muguruza, 7eme Dan, le représentant officiel en France
de cette école, en rappela les principes puis démontra
que peu à peu la forme s'arrondissait pour redevenir parfaitement
circulaire. Le Maître Morihei Ueshiba parlait, dans ce cas,
de "Sumikiri" ou "art d'arrondir les angles"
(littéralement "couper les coins"). C'est comme
si on passait, peu à peu, du carré au triangle puis
du triangle au cercle pour aboutir à une sphère. Au
début cela semble évidemment quelque peu rigide mais
permet au pratiquant de structurer son mouvement et d'en renforcer
l'efficacité. Par la suite, le mouvement s'arrondit naturellement.
Le Wadokan de Chaville, sur un commentaire du Dr Philippe
Renault, Maître Fondateur 8eme Dan Kyoshi, nous présenta,
ensuite, avec Messieurs Christian Trocmé et Philippe
Bonnet, une démonstration de Karate-Jutsu avec,
en l'occurrence, un kata considéré autrefois comme
secret et principalement constitué de saisies, de projections
et de contre-prises, prouvant, s'il en était encore besoin
que le Karaté-jutsu ne se limite pas aux simples techniques
de poings et de pieds. Ensuite une démonstration de Kobudo
(armes de la rizière) particulièrement dynamique,
le bâton étant considéré comme à
l'origine des autres armes. Enfin des applications de combat avec
le fameux Tonfa (Tonkwa) qui n'est autre qu'une poignée de
meule à riz. Cette outil de la rizière, devenant une
arme redoutable dans des mains expertes, équipe désormais
la plupart des polices de la planète. C'est dire son efficacité.
Mais les policiers en question auraient certainement pu prendre,
ici, une belle leçon de pratique et de technique. Cette démonstration
permit d'apprécier les différentes facettes, dont
souvent les moins connues, de cet art du poing.
Patricia Guerri de l'Ecole d'Aïkido Bukikai d'Iwama,
6eme Dan, disciple du Maître Morihito Saito, prouva,
si cela était encore nécessaire, qu'une femme peut
parfaitement maîtriser au plus haut niveau l'Art Chevaleresque
du Budo et ne faire aucune concession tant à ses partenaires
masculins que féminines. Il s'agit donc d'un travail à
la fois tout en puissance et en finesse à main nue et contre
des armes telles qu'un bokken (sabre de bois), qu'un bâton
et même un tanto (poignard). Tout cela dans une grande concentration
d'esprit et un calme olympien et sans avoir besoin d'aucune fioriture.
Un travail très classique d'une redoutable sobriété
et qui se suffit à lui-même.
Pierre Portocarrero, 7eme Dan, Elève du Sensei
Tsuneyoshi Ogura dont le Dojo nommé Gembukan fut créé
en 1944, nous présenta ensuite cette pratique du Gembukai
Karate-Do, aidé cette année de Jean Pierre
Blain. Il s'agit d'une pratique du Karate-Do insistant sur la
souplesse et la fluidité, ce qui le rend plus proche de ses
racines chinoises reconnues, notamment, par Makoto Gima dont
Tsuneyoshi Ogura fut l'élève, que des formes récentes
de Karaté (avec l'accent !). A son habitude Pierre Portocarrero
nous présenta une forme antique particulièrement impressionnante,
en l'occurrence le Kata Jion telle qu'il fut transmit il y a plusieurs
siècles de la Chine à Okinawa. Cette démonstration
fut suivie des Bunkai (applications) avec partenaires, et ceci sur
plusieurs niveaux de compréhension. Notre Ami Pierre Portocarrero
est l'un des rares occidentaux, à être reconnu par
ses pairs au Japon et à Okinawa et désormais
aussi, il faut bien l'avouer sa modestie dut-elle en souffrir,
en Occident comme l'un des grands experts mondiaux et mémoire
vivante de cet art qu'est l'authentique Karate-Do. Certains technocrates
du sport martial peuvent persister à le considérer
comme un électron libre, il n'en demeure pas moins incontournable
et irremplaçable. Et nous avons toujours grand plaisir à
le retrouver, à le regarder et à l'entendre.
Pascal Olivier, un solide grand gaillard très souriant
nous fit ensuite plonger dans le cercle sans fin de son Aïkido
de l'Ecole Tendo Ryu (littéralement Ecole (Ryu) de la
Voie (Do) Céleste (Ten) ). Cette forme d'Aïkido,
dont il est le représentant en France, lui a été
directement transmise par le Maître Kenji Shimizu,
l'un des derniers disciples directs du Fondateur Morihei Ueshiba
de 1963 à 1969. Une pratique très fluide, très
enchaînée et sans la moindre faille, presque aérienne
mais également sans la moindre concession à la facilité.
Au début, le pratiquant apprend à évoluer d'une
position statique vers un mouvement dont les angles disparaissent
(Sumikiri) pour accéder peu à peu à une pratique
intuitive laissant place à l'expression du Kokyu (Souffle).
Le pratiquant évolue alors dans un espace de liberté
totale où les mouvements se créent au gré de
l'inspiration du moment. A priori aux antipodes de l'Aïkido
très carré de Jacques Muguruza mais côtoyant,
en fait, les mêmes sommets. Cette démonstration permit
de constater qu'il existe un Aïkido constitué de plusieurs
familles qui, grâce à cette démonstration, pouvaient
néanmoins se retrouver en toute harmonie.
Michel Coquet dirigea ensuite un groupe de pratiquants
et d'experts du Katori Shinto Ryu, seule école de
Budo et de Bujutsu répertoriée au Japon
comme "Trésor National", âgée de plusieurs
siècles, et représentant ce qui se fait de plus classique
dans le domaine du Iaï do (Sabre), du Kenjutsu (Sabre
dégainé)du Bo-Jutsu (Bâton), de la Naginata
(Hallebarde). Un concert éblouissant de sobriété
et de précision absolue, bien plus que chirurgicale. Une
posture, un éclair d'acier, un souffle, un silence. Rien
de plus. Presque du Mozart. Puis un festival d'applications réglées
au millimètre et à vitesse de combat. Rien à
ajouter, rien à retrancher.
"Si l'on commence à se battre, il faut gagner.
Mais se battre n'est pas le but. L'Art du Guerrier est l'Art de
la Paix. L'Art de la Paix est le plus difficile : il faut gagner
sans se battre". Risuke Otake, Shihan
de l'Ecole Katori.
Le Groupe Historique André Nocquet représenté
par Pascal Laurent Heydacker, 5eme Dan, et Roland Gilabel,
4eme Dan avec la participation de nombreuses ceintures noires de
cette Ecole effectua une démonstration très dynamique
et très réaliste de l'Aïkido tel qu'il fut ramené
du Japon par le regretté André Nocquet, pionnier de
cet Art en France et qui fut l'un des tous premiers champions et
enseignants de Judo et de lutte à se convertir aux sources
puisqu'il travailla directement sous la direction du Fondateur
Morihei Ueshiba. Le travail en solo, avec un partenaire, avec
plusieurs partenaires, avec armes (Boken, Jo, Tanto...) et à
vitesse réelle, nous permit de constater, une fois encore,
que l'Aïkido, sous son aspect très circulaire, pouvait
se révéler d'une grande efficacité. Nous avons
particulièrement apprécié la grande qualité
humaine du travail de groupe. La succession du Maître Nocquet,
que j'ai eu le grand honneur de connaître pendant de nombreuses
années puisqu'il participait avec moi aux travaux del'Académie
Française des Arts Martiaux Traditionnels, est donc parfaitement
assurée.
François Xavier Albertini, 5eme Dan, représentait
le Shorinji Kempo du Seigido Ryu...donc une école
japonaise créée par So Doshin il y a une quarantaine
d'années représentant le très (et souvent trop
!) fameux Monastère de Shaolin. Shorinji Kempo se
lit en chinois Shaolin Shi Chuan Fa, alias "Le poing du Monastère
de la Petite Forêt". Ce que l'on ignore c'est que ce
même So Doshin participa financièrement et moralement
à la reconstruction du monastère chinois alors abandonné
et dévasté. Il fut probablement celui qui permit sa
renaissance et la première démonstration effectuée
devant un public chinois ébahi, dans le monastère
reconstruit, fut du Shorinji Kempo. C'est dire, strictement entre
nous, que le Shorinji Kempo représente probablement beaucoup
plus la tradition classique et ancienne du Poing du Monastère
que les avatars créés la semaine dernière que
l'on nous présente actuellement comme "la tradition
authentique" et qui ne sont, en fait, que du music hall pour
grand public. Malheureusement celui-ci était absent ce soir.
La présence des "authentiques moines chinois"(sic
!) à l'émission de Patrick Sébastien est significatif.
Le Shorinji Kempo se particularise par l'utilisation d'un double
système basé sur l'art du poing et du pied (Goho)
et sur l'art des saisies, immobilisations et projections (Juho)...sans
oublier les armes. Cette année ce furent les Anciens de l'Ecole
qui furent mis à contribution et nous démontrèrent
les subtilités du Shorinji Kempo, notamment dans l'utilisation
des points vitaux. Comme d'habitude François Xavier Albertini
se démena comme un beau...moine et nous conforta dans l'opinion
déjà bien arrêtée qu'à lui tout
seul il en valait bien une douzaine du Shaolin actuel. Mais c'est
la mesure normale existant entre une pratique authentique et un
simple spectacle folklorique. Entre un Maître authentique
(même et surtout si François Xavier Albertini refuse
ce titre !) et des artistes (fusent-ils martiaux) de cirque.
Parmi cette forte représentation nipponne et okinawéenne,
j'ai eu la redoutable tâche de présenter la Chine et
le Kung-Fu Wushu au travers de l'Ecole San Yiquan.
Qui plus est pendant le Nouvel An Chinois de l'Année du Singe
de Bois.
Avec Xavier Dumont nous avons effectué la "Petite
forme d'Ouverture de la Pratique " (Siu Kai Men Shi) qui est
issue du Yiyin Fa (pratique préparatoire) et du Tao-Yin Fa
(pratique de Nutrition de la Voie) de l'Ecole Taoïste du Ling
Pao Ming. Elle consiste à mobiliser l'énergie vitale
et à comprendre les fondements du Qigong Taoïste.
J'ai ensuite démontré la forme du Double Poing
du Tigre et du Dragon (Hu Re Chuang Xing Quan ou Fu Hok Sheun
Yin Chuan) de l'Ecole Hung Gar (Hongjia) du Shaolin du Sud.
Il s'agit de la version ancienne transmise à Lin Shirong
(Lam Sai Wing) (1861 1942) par Huang Feihong (Wang Fei Hung)
(1850 1933) et qui demeure le joyau de l'Ecole Hung Gar qui avec
les Quatre Ecoles Classiques (Li Gar, Mo Gar, Choi Gar, Liu Gar)
composait le Style de Shaolin du Sud (Nan Shaolin Shi Jia). Ce Tao
aurait été sauvegardé par le moine Hung Tedi
(Wang Te Ti) qui a échappé au sac du temple (Shaolin
Julianshan) du Fujian (Fukien) par les troupes impériales
mandchoues. Cette forme particulière me fut transmise personnellement
en 1974, à Hong Kong, par le regretté Patriarche (Lao
Shi) Chan Hon Chung.
J'ai ensuite démontré quelques principes essentiels
de travail sur les saisies (Chin Na Shu - ancêtre historique
chinois du Jujutsu ou Jiu-Jitsu) à partir du salut de l'Ecole.
Certains de nos Amis "japonais" ont donc pu constater
quelques similitudes avec les principes utilisés dans le
Budo et plus particulièrement dans les formes "Ciel/Terre"
(Tenshi ou Tian Ti) utilisées dans les invocations aux Kami
(en Chinois Kan Li - littéralement Eau/Feu ).
L'Ecole du Yoshinkan clotura cette soirée exceptionnelle
et Jacque Muguruza nous démontra que son Aïkido
pouvait également devenir réellement fluide et circulaire,
presque spontané dans ses applications libres.
Pendant toutes ces démonstrations il est très significatif
que l'on aurait pu entendre une mouche voler, ce silence n'étant
rompu que par les applaudissements du public. Il est vrai que ce
public se composait principalement de pratiquants et de connaisseurs
avisés. Nous étions donc en famille et il ne fut jamais
besoin ni question d'en faire de trop.
Cela prouve, une fois encore, qu'il n'est ni besoin de musique tonitruante
(et encore moins sur les Katas qui se passent ainsi fort bien de
la musique de Royal Canin ou d' Il était une fois dans l'Ouest
!), ni d'éclairages colorés mobiles, ni de fumigènes,
ni de trucages, ni d'artistes de music-hall ou de cinéma,
ni d'un monsieur Loyal, ni de quoi que ce soit d'autre que de la
pratique et de la compétence des enseignants et des pratiquants
pour faire passer un message. Le secret de la pratique réside
dans la pratique.
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La démonstration se termina par un discours de
clôture et une remise de diplômes par Monsieur
Jean Levain, Maire de Chaville qui décerna, par la
même occasion, la Médaille de la Ville de Chaville
à Yann Letouzay pour ses onze années d'organisation
de cette fête et à M. Berthezène pour
son action de communication et la réalisation du site
internet concernant cette soirée.
Jacques Muguruza nous remercia d'avoir participé
à cette démonstration et nous fit remettre une
estampe japonaise (représentant des Samuraï !)
encadrée. Il rappela enfin que le Budo,
comme le Wushu sont étymologiquement des Arts
de Paix et non des écoles de violence, ce qui,
à notre époque, demeure essentiel à comprendre
et à pratiquer.
ICela fut, comme il se doit, suivi d'un sympathique pot réunissant
tous les participants redevenus civils. Pot bienvenu à
cause de la grosse chaleur qui avait accompagné la
soirée. Les enseignants et les anciens se retrouvèrent,
enfin, au restaurant chinois de Chaville autour d'un menu
pantagruélique et fort réussi ce qui permit
de terminer la soirée, fort tard, entre ami(e)s.
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"une belle table !"
François Xavier Albertini (Shorinji Kempo);
Georges Charles (Ecole San Yiquan);
Pierre Portocarrero (Karatedo Gembukai) - en face
- Patricia Guerri (Aïkido Bukikai) Jacques
Muguruza (Aïkido Yoshinkan); Pascal Olivier
(Aïkido Ecole Shimizu) |
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Cette soirée fut donc une belle réussite et
permit de se retrouver en harmonie entre pratiquants et enseignants
sincères. Ne serait-ce que la présence de quatre
Ecoles d'Aïkido sur le même tatami prouve, si cela
était nécessaire, qu'il est fort possible de
dépasser les querelles fédérales et administrative
qu'on nous présente généralement comme
incontournables. Comme disent nos amis Chinois "Entre
les quatre mers, tous les braves sont de la même famille".
Budo, Bujutsu et Wushu représentaient donc bien ce
soir "L'Art de la Bravoure" au sein d'une même
famille.
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Georges Charles. Fondateur des Arts Classique du Tao et
Président de l'Institut des Arts Martiaux Chinois, Association
culturelle créée en 1978.
Ecole San Yiquan (San Yi Chuan) du Poing des Trois Harmonies
Mail : sanyi@club-internet.fr
Site : Arts
Classiques du Tao
Page de présentation de la soirée sur www.torigate.org

Michel Coquet aux côtés du SHIHAN de l'Ecole Tenshin
Shoden Katori Shintô Ryu, Otake Risuke.
Photo prise lors du festival du Katori-Jingu
de l'année du Cheval, le 15-16 Avril 2002
Lieu :
Dojo du Gymnase Colette Besson au Stade Jean Jaurès
2, rue Jean Jaurès
92370 CHAVILLE
www.yoshinkai.de-france.org
(Jacques Muguruza Aïkido Yoshinkan)
www.aiki.tendo.free.fr
(Pascal Olivier Aïkido Tendo Ryu de Kenji Shimizu)
www.zendreams.org
(Wadokan de Chaville Ecole d'Arts Martiaux Japonais Traditionnels
- Nihon Jutsu Ryu )
www.perso.wanadoo.fr/aikibukikai/
(Patricia Guerri Aïkido Bukikai d'Iwama)
www.etic.asso.fr/clubs.htm
(Michel Coquet Association Futsu Nushi No Kami )
www.sksrhd.asso.fr (François
Xavier Albertini Shorinji Kempo Seigido Ryu)
www.tao-yin.com
(Georges Charles Ecole San Yiquan et Arts Classiques du Tao)
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