L'arbre à loques de Sénarpont (80) : un sacré phénomène


par Georges Charles

 


L'Arbre de Saint Gleude en hiver

Vue de la route les arbres et le petit oratoire de Saint Gleude en béton

L'arbre à loques de Saint Claude ou " L' friprie d'Saint Gleude" à Sénarpont

Non, ce n'est pas une décharge sauvage.
C'est l'arbre à loques de Sénarpont à la limite entre Somme et Seine Maritime.
Une épidémie de peste s'est arrêtée au XVe siècle à cet endroit précis où existait une petite chapelle dédiée à Saint Claude.
Depuis cette époque un "arbre à loques" nommé " L'friprie de Saint Gleude" recevait les vêtements des malades.
En juin 1992 l'arbre en question fut coupé et incendié.
Mais depuis une autre chapelle a été érigée et une dizaine d'arbres remplacent désormais l'ancêtre.
Le culte de Saint Gleude demeure donc plus vivace que jamais !



  Six mois plus tard les feuilles ont poussé et les fripes aussi !              

 

 

La capitale mondiale de la chaise empaillée !

Lorsqu'on emprunte, en hiver, la route menant de Grandvilier au Tréport on passe nécessairement à Neuville Coppegueule.
Coppegeule en patois picard signifie simplement "coupe gorge".
C'est aujourd'hui une petite bourgade réputée pour la confection de chaises paillées et de meubles rustiques de bois brut.
Le premier fabriquant de ces fameuses chaises "picardes" était un grognard de Napoléon qui avait appris ce tour de main auprès de Roumains et qui le transmit aux habitants de Neuville à son retour de campagne.
On se mit donc à pailler les chaises à tour de bras puis à confectionner les meubles qui allaient avec : tables, buffets, miches à pain.
Neuville compte désormais de nombreux artisans et cette petite industrie s'est peu à peu répandue dans tous les villages attenants puisque le bois provenait de la magnifique Forêt Royale et Indivise d'Eu toute proche.
Mais il fut une époque où le petit village avait fort mauvaise réputation et plusieurs voyageurs se retrouvèrent probablement transformés en pâtés et darioles dans la plus grande tradition de l'Auberge Rouge ou du roman "Au bord de l'Eau".
La route passait entre la vallée de la Bresle, qui d'après le traité de Saint Clair sur Epte, en 911, délimitait la France de la Normandie et la fameuse forêt d'Eu.
Cette forêt était infestée de loups et ceux qui étaient capturés avaient droit à un procès en bonne et due forme puis pendus à un chêne énorme qui conserve le nom d'Arbre à Leu.
Entre les marécages et les loups peu de salut !
Ayant échappé aux "coppegueules" il fallait encore traverser le bois de Neuville.
Et atteindre la petite chapelle de Saint Claude qui marquait l'entrée de Sénarpont.
La particularité de Saint Claude est que son corps a été retrouvé intact 554 ans exactement après son inhumation.

La prière à Saint Gleude


On lui vouait donc un culte ayant un rapport avec les maladies de peau.
Mais, la sagesse populaire aidant, Claude évoquait également la claudication !
Et dans la région le Saint Gleude soignait également les "gleudiquants".
Donc les scrofuleux et les boiteux.
Il suffisait de suspendre des linges, donc des loques, pour les maladies de peau, des chaussures ou des béquilles pour les problèmes de jambes et ceci sur l'arbre le plus proche de la chapelle ou de planter des clous ayant été en contact avec des clous et autre furoncles ou bubons.
Il s'agissait donc d'un arbre intercesseur.

Un tronc habillé pour l'hiver !


Il est d'ailleurs fort probable que l'arbre lui-même était présent bien avant la chapelle et que celle-ci fut consacrée à Saint Claude afin de détourner les croyants de rituels payens, réminiscences lointaines du druidisme.
Ces arbres médiateurs étaient le plus souvent des hêtres (être).
Les noyers (noyés), peupliers (un peu plié), bouleaux (boulot), chataigners (chat teigné) n'étaient pas trop bien vus dans la langue des oiseaux.
La vue de l'arbre couvert de loques devait paradoxalement rassurer le voyageur qui avait échappé belle aux coutelas et aux crocs.
Mais on raconte aussi que la peste noire qui décima la région s'arrêta à cette fameuse chapelle et épargna donc Sénarpont.
Ce qui conféra au site une renommée accrue.

Des oripeaux qui flottent au vent


Cela se passait au XVe siècle.
Depuis la chapelle fut détruite, probablement à la révolution.
Mais le culte de l'arbre persista.
En 1992 il fut tronçonné et brûlé.
Probablement par des braves gens ne supportant pas, à notre époque, une manifestation autre que rationnelle et scientifique.
Mais le culte reprit de plus belle puisque les nouvelles pousses furent rapidement recouvertes de loques et évidemment détruites.
Désormais une petite chapelle avec des Ex Votos, deux statuettes de la Vierge et de Saint Claude, des prières a été reconstruite.
Et les arbres à loques se sont multipliés et ont grandi.
Et se portent bien.
Au vu du nombre de loques on imagine que la ferveur existe encore.

 

Le sol lui même est recouvert de loques : pas assez de place sur les arbres !

Vive l'irrationel Nom de Dieu !

En 2006 ce type de manifestation de la croyance populaire pourrait inciter à une certaine peur.
Mais la peur, elle-même, n'est elle pas irrationnelle ?
Mais en fait, il semble rassurant que notre science moderne n'apporte pas réponse à tout.
Probablement, l'ëtre humain a encore besoin de merveilleux et ceci partout sur notre planète.
Si la science, et plus particulièrement la médecine, réglait tous les problèmes humains ce type d'arbres n'existeraient plus depuis belle lurette.
Mais ils existent depuis le tout début de l'humanité.
Une science devenue inhumaine voire totalitaire est elle la seule réponde que l'on puisse apporter à l'humanité ?
Cette réaction ne représente-t-elle pas, en fait, une certaine résistance vis à vis de la collaboration du service public envers les multinationales et de l'occupation du système de santé par le profit triomphant ?
Donc la faillite annoncée d'un système brutal que l'individu inconsciemment rejette.
Ce rejet se retrouve dans les loques de l'arbre de Sénarpont et, probablement, de milliers d'arbres semblables sur tous les continents.
Et on aurait peur ici d'un arbre ou de quelques loques ?
C'est plus un cri de désespoir que de l'ignorance.
Notre science produit de plus en plus de produits cancérogènes, de polluants, de virus échappés de laboratoires, de disparités.
Notre technologie qui devait nous libérer nous asservit peu à peu et de plus en plus.
Elle possède désormais un coût humain inacceptable qui se compte en millions de chômeurs et le laissés pour compte.
Et on nous parle d'obscurantisme ?
Pourquoi l'être humain cesserait-il maintenant de prier pour se tourner vers de nouvelles idoles qui ne finissent que par engendrer malheur et famine ?
De quel droit ceux, et ils sont minoritaires, qui soutiennent et cautionnent cette société à irresponsabilité illimitée se permettraient de juger et de condamner celles et ceux qui ont la faiblesse de croire en autre chose qu'au profit triomphant de quelques uns au détriment de la multitude ?
Ces arbres sont là pour rappeler que la misère sociale, physique, intellectuelle, culturelle existe et qu'elle s'amplifie.
Lorsque la presse manipule les peurs irraisonnées liées à cette misère elle se fait complice, elle collabore.
Dans le pire sens du terme.
Lorsqu'elle parle de peste, fit-elle aviaire, elle profite de cette misère.
Elle est simplement misérable.
Elle ne vaut guère mieux que ces pauvres loques.

Ces quelques photos prouvent qu'il ne s'agit pas d'un simple phénomène
passager mais d'un fait durable.

Pour quelques fripes de plus

 

La ceinture lombaire ne doit plus servir à grand chose !

 

L'arbre derrière l'oratoire

 

Détails

 

Plus près de toi Mon Dieu !

 

Même le sol finit par être recouvert de fripes

 

Les petits arbres portent leur poids de fripes !

 

Enfin, Saint Claude, est-ce bien raisonnable ?

 

Un autre arbre à loque célèbre : Notre Dame du Chêne (Mayenne)

Il se situe dans le Sanctuaire de Notre Dame du Chène situé sur la Paroisse de Saint Martin de Connée dans le Diocèse de Laval à priximité se Sillé le Guillaume.
L'église fut construite autour d'un arbre à loque immémorialement connu.
Il est désormais enserré dans un grille mais montre encore quelques objets suspendus.
L'église elle-même est remplie d'Ex Voto attestant que les voeux furent bel et bien exhaucés.
Un nombre impressionnant de béquilles et de cannes est encore visible près de l'arbre.
Certains prétendent qu'il s'agit, également, d'une chapelle alchimique.
Des milliers de pélerins affluent encore chaque année pour parcorir le chemin de croix situé dans le village et parvenant dans l'église à cet arbre.
Il semble désormais moins utilisé que celui de Sénarpont mais est connu dans toute la région.

 

 

Quelques cannes et béquilles

 

 

Deux Confrèries de croyants qui ne datent pas de la dernière pluie.

 

Le fameux arbre dans sa cage de fer forgé : il ne s'échappera pas !

 

Une procession à la fin du XIXeme siècle : des milliers de pélerins

 

Notre Dame du Chêne de nos jours : c'est plus tranquille.

LA PETITE DERNIERE : LA CHAPELLE DE LONGUEMORT - SOMME -

Elle se situe près de Grebault-Mesnil entre la D928 (ex N28) et la A 28 qui mênent de Rouen à Abbeville et à la sortie N°4 de cette autoroute.

Lors de la création de cette autoroute et des travaux concernant cette sortie un magnifique panneau était apposé à quelques mètres de cette chapelle et informait
"Ici l'état investit pour votre avenir..." et annonçait un chifre titanesque à la mesure des travaux pharaoniques entrepris pour désenclaver la région.
Et notamment faciliter l'accès aux hôpitaux d'Abbeville et au CHU d'Amiens.
Ce qui n'empèchait pas la présence de très nombreuses loques sur la grille de la petite chapelle.
Entre temps elle a été sérieusement nettoyée.
Mais on l'a connue couverte de ces loques.

A proxilmité de ce site existe aussi un vaste champ d'éoliennes et, comme prédécesseur illustre, le Moulin de Saint Maxent.

Le tout se situant également sur le champ de la fameuse bataille d'Abbeville où s'illustra le Colonel De Gaulle à la tête d'une unité blindée qui offrit quelque résistance aux troupes allemandes les 28 et 29 mai 1940.

 

Pas très rassurant, le coin !
A la tombée de la nuit les corneilles en rajoutent encore !
Crôa ! Crôa !

 

 

La chapelle et l'oratoire

 

Quelques loques...mais on a connu mieux !

 

Longuemort et voie sans issue : il faut une sacrée foi pour croire au miracle !