|
|
 |
| |
|
|

|
| Précieuse ou semi-précieux
? |
|
| |
L'Institut
du Jade : cliquez ici
Le site de Philippe SORET, Expert en Jade
Collections, repères dynastiques, laboratoire d'analyse, études
de cas, faux jades...
Si il y a un site à visiter c'est celui-ci ! |
| |
|
LE JADE DANS TOUS
SES ETATS !

Le jade brut dans sa gangue
Si, en Occident nous considérons le jade
comme une pierre semi-précieuse sinon comme une pierre d’ornement
et parfois même comme une simple pierre dure voire une pierre
décorative, classifications arbitraires dans lesquelles se
retrouvent pêle-mêle les agates, l’onyx, l’héliotrope,
le jaspe, la calcédoine, le lapis lazuli, la turquoise, la
jadéite et la malachite, il n’en est pas de même en
Chine, et par extension en Extrême-Orient, où le jade,
ou du moins certains d’entre eux, est considéré comme
la plus précieuse des pierres précieuses.
Il existe, par ailleurs, une ambiguïté
évidente concernant la masculinité occidentale du
jade. Bien qu’il s’agisse d’un nom masculin quelque peu brutal,
le public ne s’y trompe pas et attribue au jade de multiples vertu
féminines de beauté et de douceur souvent teintées
d’exotisme sinon d’érotisme. Jade n’est-il pas un prénom
très féminin et séduisant évoquant plus
les secrets, les parfums et les mystères de l’Orient ou de
l’Eurasie que la virilité triomphante d’un Gabin dans la
" Bête humaine " ?
En Chine, telle Kuan Yin, la Déesse Bouddhiste de la Miséricorde
et de la Bonté, le jade est androgyne et est, de ce fait,
l’une des rares pierres, avec l’opale, qui soit indifféremment
portée par les hommes et les femmes. De ce fait, des millions
d’asiatiques portent du jade.
Les hommes préfèrent, évidemment, les boutons
de manchettes, les épingles à cravate, les bagues
ayant la forme d’une chevalière ou d’un simple anneau, les
pendentifs de poitrine ou de petites figures votives, représentant
le plus souvent Kuan Yin ou le Bouddha, simplement glissées
dans le portefeuille.
Les femmes choisissent les bracelets massifs ou rehaussés
d’or, les colliers de perles ou de larmes de jade, les bagues translucides,
les pendentifs constitués de disques de Jade et, plus rarement
mais plus traditionnellement, les épingles à cheveux
et les peignes de jade massif sinon des agrafes destinées
à fermer les robes de soie ou des parures prenant forme de
boutons et de fermoirs. Les bijoux de jade, toujours très
réputés si la pierre est de grande qualité,
se transmettent donc de génération en génération
de mère en fille... et de père en fils et ceci, parfois,
depuis la nuit des temps. Certains jades constituent donc le trésor
familial dont on ne peut se séparer sans drame.

petit bol de jadéite
Cette passion est telle que certains, et certaines,
se sont ruinés en réunissant des collections insensées
occupant plusieurs pièces de leur maison jusqu’à transformer
celle-ci en musée. Ce fut le cas, par exemple, du fameux
milliardaire Aw Boon Haw, créateur du non moins fameux " Baume
du Tigre ", qui consacra la dernière partie de
sa vie, à partir de 1880, à accumuler des centaines
et des milliers de jades précieux qu’il entreposait dans
un pavillon de marbre blanc situé à flanc de colline,
sur le Peak de Hong Kong, au milieu d’un jardin digne des élucubrations
du facteur Cheval.
Le " Pavillon de Jade " était gardé
en permanence par un régiment de Gurkas, montagnards du Haut
Népal, munis de leur fameux couteau recourbé, le koukris,
que le milliardaire entretenait à grands frais. Ces Gurkas
étaient les descendants de ceux qu’un régiment chinois,
sous les ordres des Anglais, avait exterminé lors de la révolte
des cipayes, en Inde. Aw Boon pouvait donc dormir tranquille puisque
les voleurs potentiels, tant Chinois qu’Anglais ou même Indiens
de Hong Kong ne tenaient pas trop à se retrouver en face
des dits montagnards qui avaient toujours une addition à
se faire régler.
Il y épuisa une partie de sa fortune. Ce qui demeurait servit,
lors de ses obsèques, et par testament à organiser
un banquet auquel fut convié plusieurs milliers de personnes.
Ce testament léguait également sa collection de jades
à Hong Kong à la seule condition que le jardin continue
à être entretenu jusqu’à ce que les Chinois
du continent récupèrent Hong Kong. Son frère
jumeau, Aw Boon Par, ne voulant pas demeurer en reste, fit de même
à Singapour, créant un autre " Jardin du
Baume du Tigre " tout aussi délirant avec ses milliers
de statues de stuc représentant les divinités, et
surtout l’enfer et les tortures, du panthéon chinois.
Les deux jardins et le fameux musée du jade se visitent toujours
et attirent des centaines de milliers de visiteurs par an depuis
maintenant plus d’un siècle. Les jades de Hong Kong font,
parait-il, déjà partie de transactions secrètes
entre la Couronne Britannique et les futurs propriétaires,
donc la République Populaire de Chine, qui ne demanderaient
pas mieux que de les mettre rapidement en vente. Ils sont, en effet,
estimés à plusieurs centaines de millions de dollars
US et de nombreux richissimes Chinois de la Diaspora ont désormais
préparés les liasses de billets verts et les valises
blindées tandis que des photos des plus belles pièces
courent sous le manteau. Qu’elle soit officielle ou discrète,
cette vente de jade, unique en son genre et donc on ne retrouve
pas l’équivalent dans l’histoire de la Chine, fera donc partie
des annales.

Quelques pièces de "jade"...mais
beaucoup de pierres différentes !
En parlant d’annales concernant le jade, on raconte,
au sein de quelques ambassades, la mésaventure arrivée
à un ancien ministre pourtant réputé pour sa
connaissance de la Chine. Ayant trouvé sur un marché
pékinois un magnifique pendentif de jade, de belle taille,
vendu à la sauvette par un quelconque fripon, il l’acheta
assez bon marché et l’offrit à son épouse.
Le couple, par la suite, fut invité à une grande réception
offerte par les dignitaires du régime en place et en présence
du Grand Timonier lui-même. La femme arborait bien évidemment
le jade, pensant faire honneur à ses hôtes et à
son mari. La réception se passa fort bien et le couple fut
même reçu par Mao lequel ne put s’empêcher de
voir et de regarder le pendentif en question. Il ne fit aucun commentaire
et se contenta de toussoter plusieurs fois.
Dans son entourage immédiat certains commençaient
à devenir violets et à s’éclipser discrètement
pour ne pas mourir de rire. Il y eut un conciliabule discret entre
un haut fonctionnaire chinois et un attaché culturel de l’ambassade.
Celui-ci vint, enfin, trouver notre ministre et plus que gêné
lui expliqua que sa femme portait, en fait, un pendentif qui servait,
jadis, d’accréditation officielle aux prostituées
de première classe de la ville de Shanghai.
L’affaire en resta là mais n’en continue pas moins à
agrémenter les soirées consulaires lorsque l’on se
souvient de la tête que fit alors notre sinologue officiel.
Cela illustre bien le propos de M. Paleologue, grand amateur de
chinoiseries devant l’Eternel, qui avouait, à la fin de sa
vie, qu’on en connaît souvent plus sur la Chine au bout d’une
semaine de voyage qu’après trente années d’étude.
Le jade est une pierre étrange qu’il est
difficile d’apprécier sans un arrière plan culturel,
sinon atavique, ne répondant pas à des critères
d’objectivité dits cartésiens. La différence
entre un jade magnifique, un jade exceptionnel, un beau jade, un
jade de qualité et un jade courant sinon vulgaire est une
affaire de simple appréciation, de nuances, de subtilités
qui parfois échappent à l’esprit occidental. Il est
difficile d’échapper au piège de la couleur et de
la translucidité.
Un beau jade n’est jamais totalement vert pomme éclatant,
n’est jamais totalement translucide, n’est jamais totalement parfait.
Une dernière anecdote concerne la déconvenue d’un
Chinois qui, présentant sa future épouse française
à sa grand mère, fut horrifié de constater
que la jeune fille, au milieux de nombreux jades de famille que
la vieille femme lui présentait afin qu’elle en choisisse
un, avait nécessairement jeté son dévolu sur
le plus voyant... donc sur celui, et le seul, qui n’était
pas une pièce exceptionnelle. Il s’agissait d’un bracelet
vert pomme brillant, du meilleur effet, mais qui, visiblement avait
été cassé et réparé puisqu’il
possédait un fermoir en or et une charnière.
A coté de ce bracelet étaient disposés des
pendentifs merveilleux de jade laiteux ou bicolores, des disque
Bi anciens finement gravés, d’autres bracelets intacts aux
reflets de lune ou d’étang, des sceaux antiques en jade brun
et des boucles d’oreilles en larme de Kuan Yin, une variété
rarissime de Jade...
La moindre de ces pièces valait, au bas mot, l’équivalent
d’une voiture neuve de moyenne cylindrée sinon d’un petit
appartement. Le bracelet choisi aurait, tout au plus, pu payer un
bon repas; vin compris, pour deux, dans une auberge cossue de campagne.
C’est la vie. On comprend parfois pourquoi les occidentaux, et même
certains Chinois, n’apprécient pas tout à fait le
jade à sa juste valeur et finissent même par le détester
!
|
| Mais, au fait, le jade c’est quoi ? |
|
|
Le jade, en chinois Yu, est un silicate d’alumine
et de chaux de la famille des augites qui se présente sous
la forme d’une pierre dure et translucide, d’un grain très
fin, lisse et extrêmement serré, onctueuse à
la vue et au toucher et dont les tons varient du blanc crème,
dit graisseux, au vert olive foncé, suivant les proportions
d’oxyde de fer et d’oxyde de chrome entrant da sa composition. Il
peut également présenter une teinte d’ambre ou rougeâtre
allant jusqu’à tirer sur le brun.

Une épée de jade
!
Durant la dynastie des Chin (265-420), les experts
cataloguaient dans les " Dossiers du Jade "
neuf couleurs fondamentales et un mélange de couleurs. Suivant
ce texte, devenu un classique pour tous les vrais amateurs de cette
pierre, il pouvait être " Sombre comme l’eau profonde
d’un lac de montagne, bleu comme l’écume d’indigo, vert comme
la mousse fraîche d’un sous bois, azuré comme les plumes
d’un martin-pêcheur, jaune comme des châtaignes cuites
à la vapeur, rouge profond comme le cinabre, pourpre comme
le sang de boeuf figé, blanc comme le gras du mouton au printemps,
Noir comme du jais ou de l’encre de pieuvre et veiné de rouge
et de blanc ".
Un inventaire général, plus récent, effectué
sous l’ordre de l’Empereur Daizong (1449-1457), basé sur
les collections de la Cour donnait, en outre, les teintes suivantes
: rouge rubis de Birmanie, rouge sang de pigeon, rouge date, vert
perroquet, vert aiguille de pin, vert ginkgo, vert saule, vert feuille
de bambou, jaune asmaranthus fragrus, jaune tournesol, jaune vin
de riz, blanc vessie de poisson, blanc os de poulet, blanc comme
le riz cuit à l’étouffée, bleu-gris comme un
étang en automne, bleu-gris carapace de crabe, pourpre aubergine,
pourpre patte de canard, mauve pâte de haricot, noir vernis
pur, noir vieille encre de calligraphie.
Sa dureté est telle qu’il raye facilement
le verre et peut rayer le quartz. Cette excessive dureté
impose à l’artisan qui le façonne des conditions très
particulières de travail et une patience à toute épreuve.
Jadis, il était dégrossi par éclats successifs
avec des instruments de jade ou des ciseaux d’acier trempé
puis longuement poli, par usure, avec une autre pierre de jade.
Certaines pierres étaient si compactes et si dures que l’artisan
n’avait pas d’autre solution que de le chauffer puis de le plonger
dans de l’eau glacée afin de le fissurer. Suivant la manière
hasardeuse dont la pièce s’était fendue, il évaluait
ensuite quelle forme donner à son oeuvre.
Avant de simplement le dégrossir, puis de le tailler, il
convenait donc d’examiner la pièce massive avec la plus grande
attention. Cette observation, proche de la méditation, pouvait
durer des mois, sinon des années, avant de porter le coup
décisif. En fonction du résultat obtenu, l’artiste
jugeait, ensuite de la forme à donner, peu à peu,
au bloc dégrossi.
Au fur et à mesure des opérations, ce qui était
originellement prévu pouvait se modifier sans cesse en fonction
des nouveaux éclats difficilement contrôlés.
Ce qui, à l’origine, devait devenir un dragon se modifiait
peu à peu en oiseau, puis en poisson et enfin en bateau.
Il convenait également de savoir s’arrêter à
temps au risque, lors d’une dernière taille imprévisible,
fendant le tout en deux, de se retrouver avec deux petits éléphants.
Ce travail, sans cesse évolutif, nécessitait
une grande créativité, de l’opportunisme et, surtout,
un moral d’acier. Depuis peu on utilise des fraises à pointes
de diamant en effectuant une série de trous juxtaposés,
de profondeur variable, puis on fait sauter à la bouterolle
d’acier trempé les parties demeurées pleines entre
ces trous.
Le jade est, ensuite poli sur des meules utilisant de la poudre
de diamant ou de corindon. Il existe donc moins, désormais,
de risques de voir une belle pièce éclater... mis
aussi beaucoup moins de créativité et de spontanéité.
Cela contribue donc à la grande valeur des pièces
anciennes où le travail est autant considéré
que la qualité de la veine utilisée.
Le vrai jade est froid au toucher et jamais transparent. Sa surface
ressemblant à de la cire lui donne des reflets mats et changeants.
Il peut être poli jusqu’à ce que sa surface soit comme
un miroir mais il conservera toujours un éclat profond et
doux qualifié de graisseux.
Le terme jade provient de l’espagnol qui le nommèrent jadis
" pierra de ijado ", littéralement " pierre
des reins ", car il était censé, une fois
réduit en poudre, pouvoir guérir les coliques néphrétiques.
Etrangement, cette particularité supposée, maintes
fois relatée par la médecine chinoise traditionnelle,
a laissé au jade son nom scientifique de néphrite.
Les principaux gisements de jade se situent encore
dans l’ancien Turkestan chinois, actuellement le Xin Jiang (Sinkiang),
que les Chinois nommaient jadis le " Pays du Jade "
(Yu Tian), près des villes de Khotan et de Yarkande. Depuis
la très haute antiquité, les empereurs de Chine en
tiraient déjà de grandes quantités ce qui n’empêchent
nullement les principaux gisements d’être encore exploités
et de receler des veines exceptionnelles.
Des gisements plus récents, exploités
depuis trois siècles, ont été mis à
jour en Mandchourie. Sans aucun humour, les chinois le nomment donc
toujours " jade nouveau ", à l’instar
de notre beaujolais. Ce qui a trois siècles d’existence en
Chine est considéré comme récent. Il est vrai
qu’en l’an 800 fut officiellement instaurée une " Manufacture
Impériale des Copies Antiques " spécialisée
dans les " vrais-faux " vendus avec certificat
d’origine. Il est donc possible de trouver des faux Han ou des faux
Sui produits sous la dynastie Tang et qui n’en valent pas moins
d’immenses fortunes...
A Hong Kong, par contre, on affirme qu’une antiquité est
un objet qui a été exposé plus de huit jours
en vitrine. La notion chinoise du temps demeure donc toujours très
variable. Depuis plusieurs siècles le jade vert dit " Impérial "
provient de Birmanie et est toujours très recherché
car d’une teinte plus vive que le jade ancien.
Le fameux Bouddha d’émeraude du Wat Phra
Keo de Bangkok, exposé dans une chapelle construite en 1784
par le roi Rama 1er, est, en fait, une magnifique statue de jade
de Birmanie, de soixante dix centimètres de haut, trouvée
en 1778 à Ventiane. Certains affirment qu’elle fut sculptée
en Inde par un Grec à l’époque d’Alexandre le Grand.
Après un périple à Ceylan, elle revint, enfin
en Birmanie puis passa au Laos où elle fut dissimulée
dans une statue de plâtre et conservée secrètement
dans un temple qui fut désaffecté. On oublia la statue
de plâtre qui demeura en place.
En 1436 la foudre frappa ce temple et libéra la statue qui
apparut à un paysan qui était venu chercher du combustible
dans les ruines. Elle fut, ensuite, dérobée et disparut
de la circulation jusqu’à ce que le général
Chakri, qui deviendra Rama Premier, la découvre à
nouveau tout à fait par hasard. Depuis cette époque
elle est exposée au public des croyants thaïlandais
qui la considèrent comme le premier joyau du royaume. Même
le Bouddha d’or massif, pesant plus de six tonnes, est moins vénéré.
Trois fois l’an , le Roi lui-même, vient lors d’une cérémonie
grandiose lui changer ses vêtements. Bien que nul, hors le
Roi, ne puisse approcher directement cette statue merveilleuse,
on sait qu’elle est constituée d’un jade translucide, presque
diaphane, ce qui lui vaut son nom.

Un jade Pi, un bronze, deux jadéites
Les autres gisements de jade se situent dans le
Caucase, au Mexique dans le Yucatan et au Brésil... mais
depuis quelques années le Canada est en passe de devenir
le premier producteur mondial grâce à un exceptionnel
filon récemment découvert.
Il est, enfin, à noter que la Chine ne produit pas de jade...
ce qui est un comble pour le pays qui place cette pierre au dessus
de toutes les autres !
|
| Méfiez vous des contrefaçons
! |
|
|
Le jade, à cause de sa valeur, suscite des
convoitises et, par contrecoup, de nombreuses imitations. Il s’agit
de pierres possédant, en général, l’aspect
du jade mais qui sont loin d’en avoir les propriétés
et, surtout, la dureté.
La plus connue est la jadéite au grain beaucoup
moins fin et serré, généralement d’un vert
sombre. Si cette jadéite raye, difficilement, le verre elle
est rayée par le quartz ce qui n’est pas le cas du vrai jade.
Sa densité est également moindre et elle réchauffe
plus vite. Il est donc facile de la réchauffer dans la main,
au bout de quelques instants elle sera tiède alors que le
jade demeurera froid.
Il en va de même pour le jaspe qui, en réalité
est un quartz. Ce jaspe, originellement de teinte jaune-orangée
peut-être teinté chimiquement en vert pour ressembler
au jade. Une fois de plus il raye le verre mais ne peut rayer le
quartz dont la dureté est similaire.
Il en va de même pour la sardoine ou l’agate qui, également,
peuvent être teintés pour imiter le jade. Une fois
polis leur éclat demeure brillant sans jamais avoir la profondeur
du véritable jade.
Enfin, certains touristes non avertis, se voient proposer sous la
dénomination de jade de la vulgaire saponite, ou pierre à
savon, sorte d’albâtre verte, utilisée en Chine pour
la confection des sceaux. Cette pierre est beaucoup plus tendre
et est facilement rayée par le cuivre ou le laiton... une
simple pièce de dix centimes permet de se rendre immédiatement
compte de la supercherie. De plus, la saponite n’est jamais translucide,
son seul intérêt étant de pouvoir être
taillée facilement avec un simple canif.
Plus rarement d’autres pierres comme la trémolite, l’actinolite
peuvent également se substituer au jade dans de petites pièces
comme des bagues ou des boucles d’oreille.
Enfin, comme on n’arrête pas le progrès, il s’est même
vu de magnifiques jades en plastique très dur, de type nylon,
fort bien moulés et munis d’un socle suffisamment lesté
pour faire illusion de poids. En cas de doute manifeste, bien que
le toucher ne trompe pas, il suffit, simplement d’approcher la flamme
d’un briquet pour que le vendeur change immédiatement de
couleur et de prétention.
Avec un peu d’habitude, dans tous ces cas, il est
simplement possible d’effectuer une première estimation en
heurtant, légèrement s’entend, la pierre contre l’émail
d’une incisive experte. Le jade produit un choc, presque un son,
cristallin très particulier. En résumé, lorsque
vous partez acheter un jade n’oubliez jamais de vous munir d’un
simple cristal de quartz un peu pointu.
Lorsque vous frotterez celui-ci sur un congénère,
un jaspe ou une sardoine par exemple, la pointe n’entamera pas le
minéral mais crissera. S’il s’agit d’une jadéite,
le quartz laissera une traînée. La saponite sera définitivement
entamée... sur le jade, par contre, le quartz glissera comme
de l’eau sur les plumes d’un canard. Si ce jade possède une
arête vive, elle sera en mesure de rayer votre quartz, ce
qui n’est, somme toute, pas commun.
|
| Pourquoi les Chinois apprécient-ils
autant le jade ? |
|
|
La chine, malgré quelques avatars récents,
est, et demeure, le pays des traditions et de la pérennité.
Ce qui fut est et a toujours été et ce qui est sera.
Hormis le Grand Timonier, dont les pensées, certainement
et nécessairement sublimes, ont été publiées
et traduites à des centaines de millions d’exemplaires, l’auteur
chinois le plus connu et le plus respecté demeure Kongzi,
ou Kong Fu Tseu, alias Confucius, auquel on prête désormais,
même en France, tout ce qui a été dit ou écrit,
en chinois, même par d’autres.
Même notre Président de la République, à
la question désormais rituelle de ce qu’il emporterait comme
livre dans une île déserte, a avoué qu’il choisirait
volontiers son oeuvre. Il n’a malheureusement pas précisé
de quel volume il s’agissait puisque notre bon Kongzi, en version
intégrale, même si on excepte le Yijing qu’il se contenta
de commenter, pourrait amplement remplir un vaste rayon de bibliothèque
à lui tout seul. Il eut donc été étonnant
que cet auteur ne se soit pas penché sur le jade et ses bienfaits.
Cela impressionne toujours les Chinois de citer Kongzi et nous ne
pouvons résister à ce plaisir.
Dans le Liji (Li Ki) ou " Livre des Rites ",
Chapitre 45, sur " La signification des Cérémonies
des Messages " (Ping Yi), à une question de Zigong
(Tse Kong) sur ce sujet il répondit :
" Si le sage fait peu de cas de la pierre Huen (pierre
de lard) et prête attention au jade, ce n’est pas parce que
cette pierre est abondante et de peu de prix et que le jade est
rare et estimé pour sa seule valeur marchande.
C’est parce que les sages de l’antiquité comparaient la vertu
au jade. A leurs yeux le poli et le brillant du jade figurent la
vertu discrète d’humanité. Il est l’image de la bonté
car il est doux et onctueux au toucher. Sa parfaite compacité
et sa dureté extrême représentent la sûreté
d’intelligence. Ses veines fines et serrées sont le symbole
de la prudence et de la réserve. Ses angles qui ne coupent
pas bien qu’ils paraissent tranchants sont comme la justice. Comme
cette dernière il est translucide mais jamais transparent,
ne pouvant être chauffé ni altéré par
un quelconque produit il est incorruptible. Il représente
l’urbanité parce qu’il est suspendu au chapeau et à
la ceinture, en guise d’ornement, il semble donc s’incliner vers
la terre lors du cérémonial.
Le son pur et soutenu qu’il rend lorsqu’il est frappé et
qui, à la fin s’arrête brusquement est l’emblème
de la musique. Son éclat n’étant pas voilé
par ses défauts ni ses défauts par son éclat
il représente également la sincérité.
Ses belles qualités intérieures se voient à
l’extérieur de quelque coté qu’on le considère,
il est donc synonyme de bonne foi et de franchise. Son éclat
irisé comme un arc en ciel rappelle le Ciel, son admirable
substance tirée des montagnes et des fleuves représente
la Terre, mais, seul l’homme de bien peut le tailler pour le mettre
en valeur. On en fait des tablettes et des demi-tablettes que les
envoyés des princes remettent seules sans les accompagner
d’autres présents, la vertu du sage n’ayant besoin d’aucun
secours extérieur. Chacun l’estime, du plus riche au plus
pauvre, du plus éduqué au plus rustre, et jusqu’aux
étrangers d’au delà des frontières, il est
donc la Voie de la Vertu. On lit, enfin, dans le " Shi
Jing "
(Cheu King ou " Livre des Poèmes ")
" Je pense à mon Seigneur, il est doux comme le
jade ". Voilà pourquoi le sage estime tant le jade ".
Mengzi (Mencius) attribua, par la suite, au jade les " Cinq
Vertu Cardinales " : la charité, la modestie, le
courage, la justice et la sagesse.
Si on ajoute à cela que le jade fut, de
toute l’époque impériale, le symbole princier par
excellence puisque l’empereur, lui-même, remettait aux princes
des différents rangs cinq sortes de tablettes de jade (Chouei)
qu’ils étaient tenus de conserver, on comprend mieux l’attrait
que possède encore cette pierre en Chine.
Le premier rang recevait une tablette oblongue avec deux colonnes
gravées.
Le second rang recevait une tablette oblongue ou figurait un homme
debout, le corps droit.
Le troisième rang recevait une tablette oblongue où
était représenté un homme courbé.
Le quatrième rang recevait une tablette annulaire sur laquelle
figurait du millet.
Le cinquième rang recevait une tablette annulaire gravée
de feuille de jonc.
Chaque année, les princes se rendaient en audience devant
l’empereur et rendaient leurs tablettes qui étaient alors
comparées avec les formes-modèles conservées
au palais. Si tout était conforme aux règles les tablettes
leur étaient, ensuite, restituées. Le simple fait
que l’empereur ne désire pas rendre une tablette signifiait
simplement la destitution du prince.
Les envoyés de l’empereur et les ambassadeurs possédaient,
quant à eux, des demi tablettes coupées dans la longueur
et qui se devaient de parfaitement correspondre à la partie
complémentaire qui avait été confiée
au correspondant. L’empereur, quant à lui, possédait
un sceptre de jade (Jouyi), symbole absolu du pouvoir et qu’il se
devait de tenir en main lors des grandes cérémonies
de la cour. Posséder un jade, en Chine, est donc, en quelque
sorte, pouvoir prétendre à une dignité impériale.
Nombreux sont donc ceux qui se vantent de posséder
une pièce qui fut remise par un empereur, ou un prince, à
un de leurs ancêtres. En fait, tous les Chinois, et ils sont
nombreux, rêvent toujours secrètement que leur jade,
fut-il minuscule, possède une histoire liée à
l’histoire de la Chine et de son empire... ou leur permettra un
jour d’être, enfin, reconnus à leur juste valeur.
Cela mérite bien quelques sacrifices. Précisons encore
que, pendant des millénaires, on plaçait dans la bouche
des défunts une cigale en jade, symbole de la vie éternelle
et de la résurrection.
Les astronomes eux-mêmes ont utilisé
le jade pendant ces mêmes millénaires pour se livrer
à des observations célestes. Ces jades astronomiques
anciens, les Xuanji, Kong et Pi, sont toujours très recherchés
pour leur valeur décorative... et financière. Le Xuanji
est un disque de jade possédant une ouverture circulaire
permettant d’ajuster une lunette d’observation également
en jade. Certains de ces disques possèdent des échancrures
sur le pourtour ce qui permettait de les faire coïncider avec
les étoiles. Il était donc, ainsi, possible de suivre
le parcours circulaire de l’étoile bêta de la Grande
Ourse en fonction des saisons.
Les tubes de jade à huit pans servaient, par contre, à
des calculs solaires et permirent, par exemple, grâce au filtre
que constituait les Bi (Pi) de mettre en évidence les éruptions
solaires et le vent solaire. En matière de rituels, les jades
bleus ou verts étaient dédiés au ciel tandis
que le culte de la terre utilisait les jades jaunes ou bruns.
La tradition populaire attribue également
au jade des vertu plus prosaïques.
Son contact, comme celui de l’ambre, permet la détente et
la relaxation. Le fait de le porter à même la peau
permet de soulager les reins et de renforcer l’énergie du
coeur. Mis sous un oreiller il procure un sommeil profond et agréable.
Les bracelets de jade mettent en valeur la beauté, permettent
de prendre conscience de ses propres qualités physiques,
accroissent l’éveil des sens.
Les pendentifs d’oreille en jade sont réputés pour
être favorables à l’appréciation de la musique...
donc au développement des qualités artistiques dans
ce domaine.
Les plaques de jade, posées sur le ventre, passent pour favoriser
l’accouchement.
Le jade est également un remède souverain
contre la corruption puisqu’il était utilisé jadis
pour ensevelir les princes qui étaient revêtus d’une
armure de jade. Etrangement plusieurs cadavres, découverts
récemment par des archéologues, revêtus de ce
type d’armure se sont révèles être exceptionnellement
conservés.
En médecine chinoise traditionnelle la poudre de jade est
toujours utilisée dans la confection de pilules destinées
au traitement en profondeur des néphrites. Elle sert également
dans certaines ulcérations de la bouche.
Les alchimistes Taoïstes ont toujours prétendu
que la sécrétion du jade (Yu Ye) entrait dans la confection
de breuvages d’immortalité. Suivant un procédé
secret ils pouvaient, parait-il, rendre ce jade liquide. Ce dernier
servait à des potions et filtres d’amour réputés
dont les empereurs, à cause de leurs nombreuses concubines,
faisaient grand cas.
De nombreuses images liées à la sexualité utilisaient
le jade... jouer avec du jade (Nong Yu) signifie les préludes
amoureux. Le membre de l’homme se nomme plaisamment " Tige
de Jade " tandis que le sexe féminin est désigné
par la " caverne de jade ", " la porte
de jade ", la " fleur de jade "...
.nous passerons sur le " bouton de jade ", les
" perles de jade ", la " pluie opportune
de jade ", le " jade jaillissant" laissant
au lecteur le soin d’apprécier, par lui-même, ces métaphores
poétiques bien que teintées d’un certain réalisme.
Cette tradition populaire attribue également à la
" Jeune Fille de Jade " (Yu Niu) le soin d’avoir
initié le fameux empereur Jaune Wangdi à l’alchimie
interne (Nei Dan) et à d’autres jeux interdits. La plus haute
divinité du panthéon chinois, résidant dans
le Ciel, est, et demeure, le Maître Souverain Yu Wang Changdi...
ou " Suprême Empereur Auguste de Jade ",
alias Monsieur Ciel (Lao Tien Ye).
Il est difficile, dans ces conditions, de persister à considérer
le jade, ainsi que nous le faisons en Occident, comme une vulgaire
pierre décorative !
|
| |
|