Précieuse ou semi-précieux ?

 
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LE JADE DANS TOUS SES ETATS !

Le jade brut dans sa gangue

Si, en Occident nous considérons le jade comme une pierre semi-précieuse sinon comme une pierre d’ornement et parfois même comme une simple pierre dure voire une pierre décorative, classifications arbitraires dans lesquelles se retrouvent pêle-mêle les agates, l’onyx, l’héliotrope, le jaspe, la calcédoine, le lapis lazuli, la turquoise, la jadéite et la malachite, il n’en est pas de même en Chine, et par extension en Extrême-Orient, où le jade, ou du moins certains d’entre eux, est considéré comme la plus précieuse des pierres précieuses.

Il existe, par ailleurs, une ambiguïté évidente concernant la masculinité occidentale du jade. Bien qu’il s’agisse d’un nom masculin quelque peu brutal, le public ne s’y trompe pas et attribue au jade de multiples vertu féminines de beauté et de douceur souvent teintées d’exotisme sinon d’érotisme. Jade n’est-il pas un prénom très féminin et séduisant évoquant plus les secrets, les parfums et les mystères de l’Orient ou de l’Eurasie que la virilité triomphante d’un Gabin dans la " Bête humaine " ?
En Chine, telle Kuan Yin, la Déesse Bouddhiste de la Miséricorde et de la Bonté, le jade est androgyne et est, de ce fait, l’une des rares pierres, avec l’opale, qui soit indifféremment portée par les hommes et les femmes. De ce fait, des millions d’asiatiques portent du jade.
Les hommes préfèrent, évidemment, les boutons de manchettes, les épingles à cravate, les bagues ayant la forme d’une chevalière ou d’un simple anneau, les pendentifs de poitrine ou de petites figures votives, représentant le plus souvent Kuan Yin ou le Bouddha, simplement glissées dans le portefeuille.
Les femmes choisissent les bracelets massifs ou rehaussés d’or, les colliers de perles ou de larmes de jade, les bagues translucides, les pendentifs constitués de disques de Jade et, plus rarement mais plus traditionnellement, les épingles à cheveux et les peignes de jade massif sinon des agrafes destinées à fermer les robes de soie ou des parures prenant forme de boutons et de fermoirs. Les bijoux de jade, toujours très réputés si la pierre est de grande qualité, se transmettent donc de génération en génération de mère en fille... et de père en fils et ceci, parfois, depuis la nuit des temps. Certains jades constituent donc le trésor familial dont on ne peut se séparer sans drame.

petit bol de jadéite

Cette passion est telle que certains, et certaines, se sont ruinés en réunissant des collections insensées occupant plusieurs pièces de leur maison jusqu’à transformer celle-ci en musée. Ce fut le cas, par exemple, du fameux milliardaire Aw Boon Haw, créateur du non moins fameux " Baume du Tigre ", qui consacra la dernière partie de sa vie, à partir de 1880, à accumuler des centaines et des milliers de jades précieux qu’il entreposait dans un pavillon de marbre blanc situé à flanc de colline, sur le Peak de Hong Kong, au milieu d’un jardin digne des élucubrations du facteur Cheval.
Le " Pavillon de Jade " était gardé en permanence par un régiment de Gurkas, montagnards du Haut Népal, munis de leur fameux couteau recourbé, le koukris, que le milliardaire entretenait à grands frais. Ces Gurkas étaient les descendants de ceux qu’un régiment chinois, sous les ordres des Anglais, avait exterminé lors de la révolte des cipayes, en Inde. Aw Boon pouvait donc dormir tranquille puisque les voleurs potentiels, tant Chinois qu’Anglais ou même Indiens de Hong Kong ne tenaient pas trop à se retrouver en face des dits montagnards qui avaient toujours une addition à se faire régler.
Il y épuisa une partie de sa fortune. Ce qui demeurait servit, lors de ses obsèques, et par testament à organiser un banquet auquel fut convié plusieurs milliers de personnes. Ce testament léguait également sa collection de jades à Hong Kong à la seule condition que le jardin continue à être entretenu jusqu’à ce que les Chinois du continent récupèrent Hong Kong. Son frère jumeau, Aw Boon Par, ne voulant pas demeurer en reste, fit de même à Singapour, créant un autre " Jardin du Baume du Tigre " tout aussi délirant avec ses milliers de statues de stuc représentant les divinités, et surtout l’enfer et les tortures, du panthéon chinois.
Les deux jardins et le fameux musée du jade se visitent toujours et attirent des centaines de milliers de visiteurs par an depuis maintenant plus d’un siècle. Les jades de Hong Kong font, parait-il, déjà partie de transactions secrètes entre la Couronne Britannique et les futurs propriétaires, donc la République Populaire de Chine, qui ne demanderaient pas mieux que de les mettre rapidement en vente. Ils sont, en effet, estimés à plusieurs centaines de millions de dollars US et de nombreux richissimes Chinois de la Diaspora ont désormais préparés les liasses de billets verts et les valises blindées tandis que des photos des plus belles pièces courent sous le manteau. Qu’elle soit officielle ou discrète, cette vente de jade, unique en son genre et donc on ne retrouve pas l’équivalent dans l’histoire de la Chine, fera donc partie des annales.

Quelques pièces de "jade"...mais beaucoup de pierres différentes !

En parlant d’annales concernant le jade, on raconte, au sein de quelques ambassades, la mésaventure arrivée à un ancien ministre pourtant réputé pour sa connaissance de la Chine. Ayant trouvé sur un marché pékinois un magnifique pendentif de jade, de belle taille, vendu à la sauvette par un quelconque fripon, il l’acheta assez bon marché et l’offrit à son épouse.
Le couple, par la suite, fut invité à une grande réception offerte par les dignitaires du régime en place et en présence du Grand Timonier lui-même. La femme arborait bien évidemment le jade, pensant faire honneur à ses hôtes et à son mari. La réception se passa fort bien et le couple fut même reçu par Mao lequel ne put s’empêcher de voir et de regarder le pendentif en question. Il ne fit aucun commentaire et se contenta de toussoter plusieurs fois.
Dans son entourage immédiat certains commençaient à devenir violets et à s’éclipser discrètement pour ne pas mourir de rire. Il y eut un conciliabule discret entre un haut fonctionnaire chinois et un attaché culturel de l’ambassade. Celui-ci vint, enfin, trouver notre ministre et plus que gêné lui expliqua que sa femme portait, en fait, un pendentif qui servait, jadis, d’accréditation officielle aux prostituées de première classe de la ville de Shanghai.
L’affaire en resta là mais n’en continue pas moins à agrémenter les soirées consulaires lorsque l’on se souvient de la tête que fit alors notre sinologue officiel. Cela illustre bien le propos de M. Paleologue, grand amateur de chinoiseries devant l’Eternel, qui avouait, à la fin de sa vie, qu’on en connaît souvent plus sur la Chine au bout d’une semaine de voyage qu’après trente années d’étude.

Le jade est une pierre étrange qu’il est difficile d’apprécier sans un arrière plan culturel, sinon atavique, ne répondant pas à des critères d’objectivité dits cartésiens. La différence entre un jade magnifique, un jade exceptionnel, un beau jade, un jade de qualité et un jade courant sinon vulgaire est une affaire de simple appréciation, de nuances, de subtilités qui parfois échappent à l’esprit occidental. Il est difficile d’échapper au piège de la couleur et de la translucidité.
Un beau jade n’est jamais totalement vert pomme éclatant, n’est jamais totalement translucide, n’est jamais totalement parfait.
Une dernière anecdote concerne la déconvenue d’un Chinois qui, présentant sa future épouse française à sa grand mère, fut horrifié de constater que la jeune fille, au milieux de nombreux jades de famille que la vieille femme lui présentait afin qu’elle en choisisse un, avait nécessairement jeté son dévolu sur le plus voyant... donc sur celui, et le seul, qui n’était pas une pièce exceptionnelle. Il s’agissait d’un bracelet vert pomme brillant, du meilleur effet, mais qui, visiblement avait été cassé et réparé puisqu’il possédait un fermoir en or et une charnière.
A coté de ce bracelet étaient disposés des pendentifs merveilleux de jade laiteux ou bicolores, des disque Bi anciens finement gravés, d’autres bracelets intacts aux reflets de lune ou d’étang, des sceaux antiques en jade brun et des boucles d’oreilles en larme de Kuan Yin, une variété rarissime de Jade...
La moindre de ces pièces valait, au bas mot, l’équivalent d’une voiture neuve de moyenne cylindrée sinon d’un petit appartement. Le bracelet choisi aurait, tout au plus, pu payer un bon repas; vin compris, pour deux, dans une auberge cossue de campagne. C’est la vie. On comprend parfois pourquoi les occidentaux, et même certains Chinois, n’apprécient pas tout à fait le jade à sa juste valeur et finissent même par le détester !

 

Mais, au fait, le jade c’est quoi ?

Le jade, en chinois Yu, est un silicate d’alumine et de chaux de la famille des augites qui se présente sous la forme d’une pierre dure et translucide, d’un grain très fin, lisse et extrêmement serré, onctueuse à la vue et au toucher et dont les tons varient du blanc crème, dit graisseux, au vert olive foncé, suivant les proportions d’oxyde de fer et d’oxyde de chrome entrant da sa composition. Il peut également présenter une teinte d’ambre ou rougeâtre allant jusqu’à tirer sur le brun.

Une épée de jade !

Durant la dynastie des Chin (265-420), les experts cataloguaient dans les " Dossiers du Jade " neuf couleurs fondamentales et un mélange de couleurs. Suivant ce texte, devenu un classique pour tous les vrais amateurs de cette pierre, il pouvait être " Sombre comme l’eau profonde d’un lac de montagne, bleu comme l’écume d’indigo, vert comme la mousse fraîche d’un sous bois, azuré comme les plumes d’un martin-pêcheur, jaune comme des châtaignes cuites à la vapeur, rouge profond comme le cinabre, pourpre comme le sang de boeuf figé, blanc comme le gras du mouton au printemps, Noir comme du jais ou de l’encre de pieuvre et veiné de rouge et de blanc ".
Un inventaire général, plus récent, effectué sous l’ordre de l’Empereur Daizong (1449-1457), basé sur les collections de la Cour donnait, en outre, les teintes suivantes : rouge rubis de Birmanie, rouge sang de pigeon, rouge date, vert perroquet, vert aiguille de pin, vert ginkgo, vert saule, vert feuille de bambou, jaune asmaranthus fragrus, jaune tournesol, jaune vin de riz, blanc vessie de poisson, blanc os de poulet, blanc comme le riz cuit à l’étouffée, bleu-gris comme un étang en automne, bleu-gris carapace de crabe, pourpre aubergine, pourpre patte de canard, mauve pâte de haricot, noir vernis pur, noir vieille encre de calligraphie.

Sa dureté est telle qu’il raye facilement le verre et peut rayer le quartz. Cette excessive dureté impose à l’artisan qui le façonne des conditions très particulières de travail et une patience à toute épreuve. Jadis, il était dégrossi par éclats successifs avec des instruments de jade ou des ciseaux d’acier trempé puis longuement poli, par usure, avec une autre pierre de jade.
Certaines pierres étaient si compactes et si dures que l’artisan n’avait pas d’autre solution que de le chauffer puis de le plonger dans de l’eau glacée afin de le fissurer. Suivant la manière hasardeuse dont la pièce s’était fendue, il évaluait ensuite quelle forme donner à son oeuvre.
Avant de simplement le dégrossir, puis de le tailler, il convenait donc d’examiner la pièce massive avec la plus grande attention. Cette observation, proche de la méditation, pouvait durer des mois, sinon des années, avant de porter le coup décisif. En fonction du résultat obtenu, l’artiste jugeait, ensuite de la forme à donner, peu à peu, au bloc dégrossi.
Au fur et à mesure des opérations, ce qui était originellement prévu pouvait se modifier sans cesse en fonction des nouveaux éclats difficilement contrôlés. Ce qui, à l’origine, devait devenir un dragon se modifiait peu à peu en oiseau, puis en poisson et enfin en bateau. Il convenait également de savoir s’arrêter à temps au risque, lors d’une dernière taille imprévisible, fendant le tout en deux, de se retrouver avec deux petits éléphants.

Ce travail, sans cesse évolutif, nécessitait une grande créativité, de l’opportunisme et, surtout, un moral d’acier. Depuis peu on utilise des fraises à pointes de diamant en effectuant une série de trous juxtaposés, de profondeur variable, puis on fait sauter à la bouterolle d’acier trempé les parties demeurées pleines entre ces trous.
Le jade est, ensuite poli sur des meules utilisant de la poudre de diamant ou de corindon. Il existe donc moins, désormais, de risques de voir une belle pièce éclater... mis aussi beaucoup moins de créativité et de spontanéité. Cela contribue donc à la grande valeur des pièces anciennes où le travail est autant considéré que la qualité de la veine utilisée.
Le vrai jade est froid au toucher et jamais transparent. Sa surface ressemblant à de la cire lui donne des reflets mats et changeants. Il peut être poli jusqu’à ce que sa surface soit comme un miroir mais il conservera toujours un éclat profond et doux qualifié de graisseux.
Le terme jade provient de l’espagnol qui le nommèrent jadis " pierra de ijado ", littéralement " pierre des reins ", car il était censé, une fois réduit en poudre, pouvoir guérir les coliques néphrétiques. Etrangement, cette particularité supposée, maintes fois relatée par la médecine chinoise traditionnelle, a laissé au jade son nom scientifique de néphrite.

Les principaux gisements de jade se situent encore dans l’ancien Turkestan chinois, actuellement le Xin Jiang (Sinkiang), que les Chinois nommaient jadis le " Pays du Jade " (Yu Tian), près des villes de Khotan et de Yarkande. Depuis la très haute antiquité, les empereurs de Chine en tiraient déjà de grandes quantités ce qui n’empêchent nullement les principaux gisements d’être encore exploités et de receler des veines exceptionnelles.

Des gisements plus récents, exploités depuis trois siècles, ont été mis à jour en Mandchourie. Sans aucun humour, les chinois le nomment donc toujours " jade nouveau ", à l’instar de notre beaujolais. Ce qui a trois siècles d’existence en Chine est considéré comme récent. Il est vrai qu’en l’an 800 fut officiellement instaurée une " Manufacture Impériale des Copies Antiques " spécialisée dans les " vrais-faux " vendus avec certificat d’origine. Il est donc possible de trouver des faux Han ou des faux Sui produits sous la dynastie Tang et qui n’en valent pas moins d’immenses fortunes...
A Hong Kong, par contre, on affirme qu’une antiquité est un objet qui a été exposé plus de huit jours en vitrine. La notion chinoise du temps demeure donc toujours très variable. Depuis plusieurs siècles le jade vert dit " Impérial " provient de Birmanie et est toujours très recherché car d’une teinte plus vive que le jade ancien.

Le fameux Bouddha d’émeraude du Wat Phra Keo de Bangkok, exposé dans une chapelle construite en 1784 par le roi Rama 1er, est, en fait, une magnifique statue de jade de Birmanie, de soixante dix centimètres de haut, trouvée en 1778 à Ventiane. Certains affirment qu’elle fut sculptée en Inde par un Grec à l’époque d’Alexandre le Grand. Après un périple à Ceylan, elle revint, enfin en Birmanie puis passa au Laos où elle fut dissimulée dans une statue de plâtre et conservée secrètement dans un temple qui fut désaffecté. On oublia la statue de plâtre qui demeura en place.
En 1436 la foudre frappa ce temple et libéra la statue qui apparut à un paysan qui était venu chercher du combustible dans les ruines. Elle fut, ensuite, dérobée et disparut de la circulation jusqu’à ce que le général Chakri, qui deviendra Rama Premier, la découvre à nouveau tout à fait par hasard. Depuis cette époque elle est exposée au public des croyants thaïlandais qui la considèrent comme le premier joyau du royaume. Même le Bouddha d’or massif, pesant plus de six tonnes, est moins vénéré. Trois fois l’an , le Roi lui-même, vient lors d’une cérémonie grandiose lui changer ses vêtements. Bien que nul, hors le Roi, ne puisse approcher directement cette statue merveilleuse, on sait qu’elle est constituée d’un jade translucide, presque diaphane, ce qui lui vaut son nom.

Un jade Pi, un bronze, deux jadéites

Les autres gisements de jade se situent dans le Caucase, au Mexique dans le Yucatan et au Brésil... mais depuis quelques années le Canada est en passe de devenir le premier producteur mondial grâce à un exceptionnel filon récemment découvert.
Il est, enfin, à noter que la Chine ne produit pas de jade... ce qui est un comble pour le pays qui place cette pierre au dessus de toutes les autres !

 

Méfiez vous des contrefaçons !

Le jade, à cause de sa valeur, suscite des convoitises et, par contrecoup, de nombreuses imitations. Il s’agit de pierres possédant, en général, l’aspect du jade mais qui sont loin d’en avoir les propriétés et, surtout, la dureté.

La plus connue est la jadéite au grain beaucoup moins fin et serré, généralement d’un vert sombre. Si cette jadéite raye, difficilement, le verre elle est rayée par le quartz ce qui n’est pas le cas du vrai jade. Sa densité est également moindre et elle réchauffe plus vite. Il est donc facile de la réchauffer dans la main, au bout de quelques instants elle sera tiède alors que le jade demeurera froid.
Il en va de même pour le jaspe qui, en réalité est un quartz. Ce jaspe, originellement de teinte jaune-orangée peut-être teinté chimiquement en vert pour ressembler au jade. Une fois de plus il raye le verre mais ne peut rayer le quartz dont la dureté est similaire.
Il en va de même pour la sardoine ou l’agate qui, également, peuvent être teintés pour imiter le jade. Une fois polis leur éclat demeure brillant sans jamais avoir la profondeur du véritable jade.
Enfin, certains touristes non avertis, se voient proposer sous la dénomination de jade de la vulgaire saponite, ou pierre à savon, sorte d’albâtre verte, utilisée en Chine pour la confection des sceaux. Cette pierre est beaucoup plus tendre et est facilement rayée par le cuivre ou le laiton... une simple pièce de dix centimes permet de se rendre immédiatement compte de la supercherie. De plus, la saponite n’est jamais translucide, son seul intérêt étant de pouvoir être taillée facilement avec un simple canif.
Plus rarement d’autres pierres comme la trémolite, l’actinolite peuvent également se substituer au jade dans de petites pièces comme des bagues ou des boucles d’oreille.
Enfin, comme on n’arrête pas le progrès, il s’est même vu de magnifiques jades en plastique très dur, de type nylon, fort bien moulés et munis d’un socle suffisamment lesté pour faire illusion de poids. En cas de doute manifeste, bien que le toucher ne trompe pas, il suffit, simplement d’approcher la flamme d’un briquet pour que le vendeur change immédiatement de couleur et de prétention.

Avec un peu d’habitude, dans tous ces cas, il est simplement possible d’effectuer une première estimation en heurtant, légèrement s’entend, la pierre contre l’émail d’une incisive experte. Le jade produit un choc, presque un son, cristallin très particulier. En résumé, lorsque vous partez acheter un jade n’oubliez jamais de vous munir d’un simple cristal de quartz un peu pointu.
Lorsque vous frotterez celui-ci sur un congénère, un jaspe ou une sardoine par exemple, la pointe n’entamera pas le minéral mais crissera. S’il s’agit d’une jadéite, le quartz laissera une traînée. La saponite sera définitivement entamée... sur le jade, par contre, le quartz glissera comme de l’eau sur les plumes d’un canard. Si ce jade possède une arête vive, elle sera en mesure de rayer votre quartz, ce qui n’est, somme toute, pas commun.

 

Pourquoi les Chinois apprécient-ils autant le jade ?

La chine, malgré quelques avatars récents, est, et demeure, le pays des traditions et de la pérennité. Ce qui fut est et a toujours été et ce qui est sera. Hormis le Grand Timonier, dont les pensées, certainement et nécessairement sublimes, ont été publiées et traduites à des centaines de millions d’exemplaires, l’auteur chinois le plus connu et le plus respecté demeure Kongzi, ou Kong Fu Tseu, alias Confucius, auquel on prête désormais, même en France, tout ce qui a été dit ou écrit, en chinois, même par d’autres.
Même notre Président de la République, à la question désormais rituelle de ce qu’il emporterait comme livre dans une île déserte, a avoué qu’il choisirait volontiers son oeuvre. Il n’a malheureusement pas précisé de quel volume il s’agissait puisque notre bon Kongzi, en version intégrale, même si on excepte le Yijing qu’il se contenta de commenter, pourrait amplement remplir un vaste rayon de bibliothèque à lui tout seul. Il eut donc été étonnant que cet auteur ne se soit pas penché sur le jade et ses bienfaits. Cela impressionne toujours les Chinois de citer Kongzi et nous ne pouvons résister à ce plaisir.
Dans le Liji (Li Ki) ou " Livre des Rites ", Chapitre 45, sur " La signification des Cérémonies des Messages " (Ping Yi), à une question de Zigong (Tse Kong) sur ce sujet il répondit :
" Si le sage fait peu de cas de la pierre Huen (pierre de lard) et prête attention au jade, ce n’est pas parce que cette pierre est abondante et de peu de prix et que le jade est rare et estimé pour sa seule valeur marchande.
C’est parce que les sages de l’antiquité comparaient la vertu au jade. A leurs yeux le poli et le brillant du jade figurent la vertu discrète d’humanité. Il est l’image de la bonté car il est doux et onctueux au toucher. Sa parfaite compacité et sa dureté extrême représentent la sûreté d’intelligence. Ses veines fines et serrées sont le symbole de la prudence et de la réserve. Ses angles qui ne coupent pas bien qu’ils paraissent tranchants sont comme la justice. Comme cette dernière il est translucide mais jamais transparent, ne pouvant être chauffé ni altéré par un quelconque produit il est incorruptible. Il représente l’urbanité parce qu’il est suspendu au chapeau et à la ceinture, en guise d’ornement, il semble donc s’incliner vers la terre lors du cérémonial.
Le son pur et soutenu qu’il rend lorsqu’il est frappé et qui, à la fin s’arrête brusquement est l’emblème de la musique. Son éclat n’étant pas voilé par ses défauts ni ses défauts par son éclat il représente également la sincérité. Ses belles qualités intérieures se voient à l’extérieur de quelque coté qu’on le considère, il est donc synonyme de bonne foi et de franchise. Son éclat irisé comme un arc en ciel rappelle le Ciel, son admirable substance tirée des montagnes et des fleuves représente la Terre, mais, seul l’homme de bien peut le tailler pour le mettre en valeur. On en fait des tablettes et des demi-tablettes que les envoyés des princes remettent seules sans les accompagner d’autres présents, la vertu du sage n’ayant besoin d’aucun secours extérieur. Chacun l’estime, du plus riche au plus pauvre, du plus éduqué au plus rustre, et jusqu’aux étrangers d’au delà des frontières, il est donc la Voie de la Vertu. On lit, enfin, dans le " Shi Jing "

(Cheu King ou " Livre des Poèmes ") " Je pense à mon Seigneur, il est doux comme le jade ". Voilà pourquoi le sage estime tant le jade ".  Mengzi (Mencius) attribua, par la suite, au jade les " Cinq Vertu Cardinales " : la charité, la modestie, le courage, la justice et la sagesse.

Si on ajoute à cela que le jade fut, de toute l’époque impériale, le symbole princier par excellence puisque l’empereur, lui-même, remettait aux princes des différents rangs cinq sortes de tablettes de jade (Chouei) qu’ils étaient tenus de conserver, on comprend mieux l’attrait que possède encore cette pierre en Chine.
Le premier rang recevait une tablette oblongue avec deux colonnes gravées.
Le second rang recevait une tablette oblongue ou figurait un homme debout, le corps droit.
Le troisième rang recevait une tablette oblongue où était représenté un homme courbé.
Le quatrième rang recevait une tablette annulaire sur laquelle figurait du millet.
Le cinquième rang recevait une tablette annulaire gravée de feuille de jonc.
Chaque année, les princes se rendaient en audience devant l’empereur et rendaient leurs tablettes qui étaient alors comparées avec les formes-modèles conservées au palais. Si tout était conforme aux règles les tablettes leur étaient, ensuite, restituées. Le simple fait que l’empereur ne désire pas rendre une tablette signifiait simplement la destitution du prince.
Les envoyés de l’empereur et les ambassadeurs possédaient, quant à eux, des demi tablettes coupées dans la longueur et qui se devaient de parfaitement correspondre à la partie complémentaire qui avait été confiée au correspondant. L’empereur, quant à lui, possédait un sceptre de jade (Jouyi), symbole absolu du pouvoir et qu’il se devait de tenir en main lors des grandes cérémonies de la cour. Posséder un jade, en Chine, est donc, en quelque sorte, pouvoir prétendre à une dignité impériale.

Nombreux sont donc ceux qui se vantent de posséder une pièce qui fut remise par un empereur, ou un prince, à un de leurs ancêtres. En fait, tous les Chinois, et ils sont nombreux, rêvent toujours secrètement que leur jade, fut-il minuscule, possède une histoire liée à l’histoire de la Chine et de son empire... ou leur permettra un jour d’être, enfin, reconnus à leur juste valeur.
Cela mérite bien quelques sacrifices. Précisons encore que, pendant des millénaires, on plaçait dans la bouche des défunts une cigale en jade, symbole de la vie éternelle et de la résurrection.

Les astronomes eux-mêmes ont utilisé le jade pendant ces mêmes millénaires pour se livrer à des observations célestes. Ces jades astronomiques anciens, les Xuanji, Kong et Pi, sont toujours très recherchés pour leur valeur décorative... et financière. Le Xuanji est un disque de jade possédant une ouverture circulaire permettant d’ajuster une lunette d’observation également en jade. Certains de ces disques possèdent des échancrures sur le pourtour ce qui permettait de les faire coïncider avec les étoiles. Il était donc, ainsi, possible de suivre le parcours circulaire de l’étoile bêta de la Grande Ourse en fonction des saisons.
Les tubes de jade à huit pans servaient, par contre, à des calculs solaires et permirent, par exemple, grâce au filtre que constituait les Bi (Pi) de mettre en évidence les éruptions solaires et le vent solaire. En matière de rituels, les jades bleus ou verts étaient dédiés au ciel tandis que le culte de la terre utilisait les jades jaunes ou bruns.

La tradition populaire attribue également au jade des vertu plus prosaïques.
Son contact, comme celui de l’ambre, permet la détente et la relaxation. Le fait de le porter à même la peau permet de soulager les reins et de renforcer l’énergie du coeur. Mis sous un oreiller il procure un sommeil profond et agréable.
Les bracelets de jade mettent en valeur la beauté, permettent de prendre conscience de ses propres qualités physiques, accroissent l’éveil des sens.
Les pendentifs d’oreille en jade sont réputés pour être favorables à l’appréciation de la musique... donc au développement des qualités artistiques dans ce domaine.
Les plaques de jade, posées sur le ventre, passent pour favoriser l’accouchement.

Le jade est également un remède souverain contre la corruption puisqu’il était utilisé jadis pour ensevelir les princes qui étaient revêtus d’une armure de jade. Etrangement plusieurs cadavres, découverts récemment par des archéologues, revêtus de ce type d’armure se sont révèles être exceptionnellement conservés.
En médecine chinoise traditionnelle la poudre de jade est toujours utilisée dans la confection de pilules destinées au traitement en profondeur des néphrites. Elle sert également dans certaines ulcérations de la bouche.

Les alchimistes Taoïstes ont toujours prétendu que la sécrétion du jade (Yu Ye) entrait dans la confection de breuvages d’immortalité. Suivant un procédé secret ils pouvaient, parait-il, rendre ce jade liquide. Ce dernier servait à des potions et filtres d’amour réputés dont les empereurs, à cause de leurs nombreuses concubines, faisaient grand cas.
De nombreuses images liées à la sexualité utilisaient le jade... jouer avec du jade (Nong Yu) signifie les préludes amoureux. Le membre de l’homme se nomme plaisamment " Tige de Jade " tandis que le sexe féminin est désigné par la " caverne de jade ", " la porte de jade ", la " fleur de jade "... .nous passerons sur le " bouton de jade ", les " perles de jade ", la " pluie opportune de jade ", le " jade jaillissant" laissant au lecteur le soin d’apprécier, par lui-même, ces métaphores poétiques bien que teintées d’un certain réalisme.
Cette tradition populaire attribue également à la " Jeune Fille de Jade " (Yu Niu) le soin d’avoir initié le fameux empereur Jaune Wangdi à l’alchimie interne (Nei Dan) et à d’autres jeux interdits. La plus haute divinité du panthéon chinois, résidant dans le Ciel, est, et demeure, le Maître Souverain Yu Wang Changdi... ou " Suprême Empereur Auguste de Jade ", alias Monsieur Ciel (Lao Tien Ye).
Il est difficile, dans ces conditions, de persister à considérer le jade, ainsi que nous le faisons en Occident, comme une vulgaire pierre décorative !