Les armes chinoises se font très discrètes

Si vous avez la chance de vous intéresser aux attaches de fourreaux de baïonnette modèle 1892 modifiés en 1911 ou à l’évolution de la cartouchière de ceinture dans les armées serbo-croates entre le 17 Janvier 1905 et le 23 Mars 1907, vous n’aurez probablement aucune difficulté à satisfaire votre coupable passion. Votre unique souci sera le choix d’un ouvrage en bon français parmi une cinquantaine d’autres émanant d’autorités incontestées dans le domaine du militaria.
Si, par hasard, vous êtes un fanatique d’armes japonaises et que vous souhaitiez vous documenter à leur sujet, la tâche devient déjà plus difficile. Il vous sera probablement nécessaire d’apprendre l’anglais ou l’allemand avant de jeter votre dévolu sur un titre parmi cinq ou six bouquins hors de prix.
Par la suite, vous pourrez même vous spécialiser dans la collection de Tsuba, qui, comme chacun le sait sont des gardes forgées, ou des Menuki qui, pour leur part, sont des éléments décoratifs des fameux Katana (sabres) de Samouraï. Le sujet est intarissable et, chaque année, ces pièces fort recherchées motivent de nombreuses enchères passionnées à Drouot.

Admettons désormais que vous souhaitiez en savoir un peu plus sur l’invraisemblable armurerie chinoise qui, pourtant, égaie nécessairement toute bonne démonstration de Kung-Fu Wushu ou tout film chinois vantant les mérites de cet art. Il vous faudra, dans ce cas, faire certainement appel à l’équipe de " Mission Impossible " car il n’existe rien, ou presque, sur ce sujet pourtant immense. Monsieur Phelps, probablement exténué vous apprendra qu’en dehors de quelques opuscules chinois sur ce sujet, dont un qui est la réédition d’un classique du début du siècle, sort du lot, il existe tout au plus deux ou trois ouvrages faméliques en anglais et un seul en français qui, avouons-le franchement, est de l’auteur de cet article. Ce qui fait fort peu.
Jacques Dars, le fabuleux traducteur du non moins fabuleux roman chinois " Au Bord de l’Eau " (NRF Gallimard La Pléiade et version Poche), dans le domaine de ces fameuses armes chinoises est, lui même, contraint de se référer à un certain M. Palat, professeur à l’université de Prague, qui semble être le seul chercheur occidental à s’être penché sur ce sujet. Il s’agit, dans une certaine mesure, d’un trou noir assez exceptionnel puisque, particulièrement concernant la Chine, tout semblait avoir été étudié dans le cadre de nos universités et plus encore par la fameuse Ecole Française d’Extrême-Orient.

Les mémoires sur l’influence du climat sur les glaçures des poteries pré-Tang de la basse vallée du Xi Jiang sont monnaie courante auprès de la littérature de faculté, que certains qualifient de facultative, sur les armes de la Chine. Considérant le seul arsenal des copies d’armes blanches chinoises disponibles dans les boutiques spécialisées dans le domaine des Arts Martiaux et autres sports de combat dont les vitrines finissent par ressembler à s’y méprendre à une quelconque arrière salle de Sex-shop à tendance S.M. on est en droit de se poser une question : s’agit-il d’une simple lacune, d’un oubli manifeste ou d’un gouffre béant ?
Comment se fait-il que l’armurerie la plus importante, la plus complexe, la plus diversifiée, la plus étonnante de la planète soit passée sous silence ?

Cette énigme demeure d’autant plus étonnante que la Chine demeure le seul pays au monde, si on excepte le Japon, où ces armes, jadis instrument de mort et de destruction, sont aujourd’hui utilisées et pratiquées dans le but de prolonger la vie et même, éventuellement, de trouver l’accomplissement de la personnalité humaine et, pourquoi pas, l’éveil.

Les Armes chinoises comme instrument de santé et de vie.