La
décadence des Ming
Sur
fond d'eunuques et d'orgies savamment orchestrées, Shaolin
tente, jusqu'au bout, de défendre la dynastie. Mais la décadence
des Ming semble irréversible...
Depuis plusieurs années, une lutte sans merci s'est engagée
entre Shaolin et l'École du Mont Wu Dang... Shaolin profitant
de l'influence du Général Chi Chi Kuang, habile stratège,
retrouve peu à peu sa notoriété perdue, et
ceci jusque dans les plus hautes sphères de la Cour Impériale.
Ce qui jusqu'ici était une simple querelle d'écoles
devient assez rapidement une affaire
d'État. Non content de restreindre l'audience de Wu Dang
parmi les lettrés de la Cour, Chi Chi Kuang jette de l'huile
sur le feu et distille quelques phrases empoisonnées dans
des oreilles attentives et médisantes... Les Taoïstes
ne sont-ils pas quelque peu suspects de sédition parmi les
intellectuels oisifs et les artistes improductifs ? Ne prônent-ils
pas la supériorité de l'individu sur la collectivité
? N'utilisent-ils pas abusivement de quelques techniques magiques
pour soigner des malades et porter ombrage à la médecine
fonctionnarisée ? Leurs arts martiaux bizarres ne sont-ils
pas le moyen de recruter des adeptes qui, ne travaillant plus, échappent
à l'impôt ? N'exhortent-ils pas de se méfier
de l'État... donc de l'Empereur en faisant étudier
des auteurs suspects... Lie Tseu, Yang Tseu !
Ces accusations parviennent jusqu'à l'Empereur, qui promulgue
un décret interdisant les pratiques magicoreligieuses des
Tao Kiao... seule la philosophie mystique demeure autorisée.
Pour Wu Dang, le coup est très rude et la plupart des enseignants
entrent dans la clandestinité. Shaolin brille à nouveau
de tout son éclat... Les Taoïstes, réduits une
fois de plus à la simple dissertation de texte, redeviennent
de gentils rêveurs passant le plus clair de leur temps à
se lisser la barbichette. A vrai dire, cela arrange beaucoup de
monde, à commencer par les Confucianistes et à finir
par les Bouddhistes. Tout va donc pour le mieux dans les pagodons
et salles de conseil où moinillons et politiciens s'entendent
à nouveau comme larrons en foire.
Malheureusement, la Dynastie Ming est déjà sur le
chemin de la décadence... Les eunuques, intriguant comme
des vieilles filles, instaurent un pouvoir parallèle dans
les couloirs de la Cité Interdite. Entre leurs mains habiles
et manucurées, l'Empereur n'est plus qu'une marionnette et
consent à tous les excès. Les ministres disparaissent
l'un après l'autre et sont peu à peu remplacés
par une escouade de mignons dépravés. Tout devient
permis, surtout ce qui jusqu'ici était interdit... Les conseils
se transforment en orgies et les cérémonies rituel
les en bacchanales. La Garde Impériale, jusqu'ici respectée
et admirée, se charge maintenant de fournir la matière
première et la figuration de fêtes d'un genre très
particulier et d'un goût très discutable... Des milliers
de garçonnets et de fillettes sont enlevés jusqu'au
sein des plus anciennes familles de l'Empire. La Rome de Caligula
et de Néron, à côté de ce qui se passe
dans le Pékin de l'époque, fait figure de fête
de patronage au collège des Oiseaux. A côté
de l'Empereur Wan Li, Gilles de Rais et Henry VIII d'Angleterre
deviennent des enfants de Marie. Pour ne citer qu'un exemple, Wan
Li, blasé par tous les plats présents à un
banquet, exige qu'on remplace le porcelet laqué par du a
«mouton à deux pattes»... Le cuisinier, désemparé
par cette demande étrange, fait immédiatement part
de son inquiétude à un chambellan... lequel règle
le problème en faisant embrocher quelques enfants en bas
âge. Trois invités refusent avec horreur ce nouveau
plat... L'Empereur les fait saisir, jeter dans une immense marmite,
et demande à ce que le bouillon, bien réduit, lui
soit servi en fin de repas. Ces horreurs, on s'en doute, ne rendent
pas le pouvoir sympathique aux yeux de la population... La révolte
gronde en province, les pirates japonais en profitent pour ravager
les côtes de l'Est, les Mongols menaient le Nord. Shaolin
se contente de maintenir d'excellentes relations avec la Cour, et
une nouvelle fois reçoit l'Empereur en 1591. Ce dernier est
venu chercher un appui, qu'il obtient sans enthousiasme excessif.
II réussit malgré tout à mater la rébellion.
Un an plus tard, le premier ministre japonais, Hideyoshi, fait le
projet de conquérir la Chine... La Corée, alliée
de l'Empire du Milieu, refuse bravement de laisser le passage. Les
Japonais envoient un corps expéditionnaire de plus de 200
000 hommes.
Une nouvelle fois, Shaolin délègue de toute urgence
plusieurs milliers d'hommes ainsi que des conseillers militaires.
Les Japonais, tout d'abord vainqueurs, sont refoulés non
sans difficultés. En 1597, Hideyoshi lance une nouvelle expédition,
une fois de plus repoussée. L'annonce de la défaite
le fait rentrer dans une colère terrible et il succombe quelques
jours plus tard. Le rêve japonais de conquête de la
Chine prend fin... mais la Corée est exsangue. L'Empereur
Yi souhaite que deux conseillers militaires restent à sa
cour de Pu San pour l'aider à restaurer son armée.
Niu Shou Zheng (Zheng à la Tête de Beuf) et Hei Hu
Li (Li le Tigre Noir), deux experts de Shaolin, s'installent donc
sur place. Les deux hommes convoquent immédiatement les spécialistes
coréens de l'Art du Poing... que l'on nomme ici Tang Su (le
Poing Chinois de la Dynastie des Tang)... et organisent une rencontre
«amicale». Les Coréens sont tous défaits
et admettent la supériorité de Shaolin sur l'art local.
Une nouvelle méthode nommée Kwonpup Subak est mise
au point. Sa particularité est d'englober des techniques
respiratoires et énergétiques (Jipt Jung) ainsi qu'une
méthode souple de saisies et de projections propres à
Shaolin (Sap Yu Sool). De ce séjour naît donc le premier
renouveau de l'art de combat coréen qui deviendra le Tac
Kwon Do et le Hap Ki Do...
A la mort de Wan Li, en 1620, les troupes populaires de Li Zi
Cheng, un ancien paysan, parcourent le pays et infligent défaite
sur défaite aux armées impériales. Il réussit
à prendre la capitale. Le dernier Empereur Ming, Chong Cheng,
se suicide. Profitant de cet état de fait, les Mongols, jusqu'ici
massés sur la frontière, passent à l'attaque
et envahissent Pékin avec 140 000 hommes. En 1644, Chouen
Tche, âgé de sept ans, le premier Empereur de la Dynastie
des Tsing, monte sur le trône impérial. Un Prince Ming
tente immédiatement de restaurer sa dynastie dans le sud
de la Chine. Il réussit à obtenir le soutien de Shaolin
et à entretenir une sédition qui durera près
de sept années.
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