LE "YOGA CHINOIS" alias "QIGONG"

Le tout premier article sur le sujet publié par Georges Charles en 1977
Revue Mensuelle "KARATEKAS"

 

Encore un épineux problème de terminologie qui échappe à ceux qui viennent de débarquer.
Evidemment à l'époque il n'était pas question de "Qigong" ou de "Chi Kung" puisque ce terme "américano-chinois" (comme Chop Suei, Chow Mein, Bruce Lee, Gongfu) n'avait pas encore été importé des USA où il devint à la mode dans le début des années 80 avant d'être récupéré et repris par les Chinois eux mêmes avant de nous le refiler entre des paires de chaussons et des boites de leetchis.

Il était alors question, à l'époque, de "Yoga Chinois" ou de "Gymnastique Chinoise Traditionnelle" sinon, plus rarement de "Gymnastique Taoïste".

La dialectique peut-elle casser des briques ?
Ce dernier terme étant à manipuler avec précaution puisque nombre de braves gens qui avaient assez mal vécu Mai 68 le confondaient avec "maoïste".
Il est de fait que le détournement des dialogues de certains films de "Kung-Fu" (on disait alors de "cape et d'épée chinois" ou "western-soja" et "Wou Sa Pien" chez les sinologues branchés) par les situationnistes y était pour quelque chose !
Ces films, "Du sang chez les Taoïstes", "La dialectique peut-elle casser des
briques ?" "Karaté-moto", achetés à bas prix et distribués par la Société de l'Oiseau de Minerve passaient dans un cinéma d'Art et d'Essai situé rue de l'Ecole de Médecine.
Ne disposant pas de traducteurs de chinois les importateurs avaient trouvé le truc génial de faire doubler les dialogues tout en les détournant totalement mais en utilisant une dialectique marxiste totalement décalée.
Les Maîtres Taoïstes citaient donc allègrement du Mao, du Engels ou du Kiekkegaard tandis que les prêtres Shaolin déclamaient du Liu Chao Shi et du Louise Michel à tour de bras. Tout en se rossant à qui mieux-mieux. La salle était pliée de rire.
Nino Ferrer chantait à tue-tête "Le quart de rouge, c'est la boisson du garde rouge !"

Il est bon de savoir, également, que le premier institut "officiel" de "Qigong" fut créé à Pékin en 1981, cette pratique ayant plus ou moins été interdite auparavant comme "superstition douteuse et relent du passé" et n'était surtout pas destinée à l'exportation !


Quelques autres références occidentales :
Les seules références occidentales demeuraient alors "Le taoïsme et les religions chinoises par Henri Maspéro" chez NRF Gallimard (4eme trimestre 1971) qui présentait "La gymnastique Daoyin" et les "méthode de gymnastique de Chisongzi Daoyin Fa" et "méthode de gymnastique de Pengzu Daoyin Fa" proches du "Cong-fou des Bonzes de Tao-ssè" du Père Amiot et "Pour comprendre le Yoga - synthèse orient-occident et analyse du Kong-Fou" de A. et M. de Sambucy et J.J. Laubry aux Editions Dangles (2eme trimestre 1973).

De fait, Maspéro fut donc le premier à utiliser le terme classique de Daoyin (Tao Yin ou Tao In - qui donna Do In en japonais !) et qui valait bien le terme bidouille de "Qigong".

Un contact avec De Sambucy qui incite Georges Charles à créer un cours de "Gymnastique Chinoise Traditionnelle" en 1976
Le Docteur De Sambucy avait été le professeur de Franck et Tania Gilly lors de leurs études de kinésithérapeutes. Ils pratiquaient la "Boxe Chinoise" au JJCE d'Enghien sous la direction de Georges Charles et présentèrent ce dernier à Sambucy. Ayant appris lors de cette rencontre que Georges Charles enseignait le "Yoga Chinois" dans le cadre des préparations à la "Boxe Chinoise", il l'incita tout simplement à créer un cours spécifique de cette pratique. Ce qui fut fait en 1976 sous la dénomination de "Gymnastique Chinoise Traditionnelle" au JJCE d'Enghien puis au Dojo de la Montagne Sainte Geneviève, chez Henri Plée. Ce premier cours permit à Georges Charles de rapidement nouer des contacts avec des acupuncteurs comme André et Gabriel Faubert ainsi qu'avec les premiers ostéopathes qui implantaient cette thérapie en France et qui vinrent suivre ses cours.

Et quelques Enseignants d'Arts Martiaux qui découvrent cette pratique
Mais également avec des enseignants d'Arts Martiaux qui découvrirent alors une autre façon de travailler.
Ce fut le cas de Dominique Balta, l'un des plus anciens enseignants formé par le Maître Masamichi Noro qui enseignait encore l'Aïkido, de Christian Bernapel l'un des plus anciens enseignants formé par Roland Habersetzer et qui enseignait encore le Karatedo. Et également de Pierre Portocarrero, un ami de près de trente ans. Egalement un Karatéka qui allait faire du chemin. Et pas mal d'autres encore.
La "Gymnastique Chinoise" se fit donc connaître dans le milieu "martial".
"Toute modestie mise à part si j'avais été enseignant de danse au lieu d'être enseignant de "Boxe Chinoise", le "Qigong" serait actuellement affilié à la danse". ( dixit G. Charles) et probablement que le Taijiquan (on disait alors Taï-ki K'iuan - sans oublier les apostrophes et les trèmas !) aurait suivi le même chemin.
Ce fut donc, probablement avant la lettre, l'un des tous premiers cours de "Qigong" en France.

Mais, répétons le ce terme "Qigong" n'existait pas encore !
Difficile de structurer quelque chose qui n'existe pas.
Ceux qui prétendent en octobre 2004 (New Génération Tao) que le "Qigong" s'est structuré au milieu des années 80 ont donc un métro de retard puisqu'il existait, sous une autre appellation, en France, depuis plus de 10 ans.

La Fédération Française de Ritsu Zen : un OVNI dans le paysage "martial"
Et qu'il s'était déjà structuré au sein de la FFRZ (Fédération Française de Ritsu Zen) en regroupant déjà plusieurs enseignants de "Gymnastique chinoise" et de "Tai Chi Chuan". Et ceci dès 1977.
Cliquez ici si vous désirez en savoir un peu plus sur cette Fédération.
Où georges Charles était Directeur Technique et enseignant du 3eme Degré en 1979.
Et en précisant que le 1er degrè correspondait déjà à une homologation de 4eme Dan.

Et oui, n'en déplaise à certains, il existait déjà une Fédération de Ritsu Zen en 1977. Donc une pratique du Zazen et du Ritsu Zen.
Donc du Zhou Chan et du Zhan Chan - alias la fameuse "Posture de l'Arbre" - que l'on vient de découvrir la semaine dernière lors d'un séjour en Chine et qui fait couler beaucoup d'encre dans le Landerneau des poussins du jour.

Et que certains prétendent avoir récemment importé ou à être les seuls à disposer désormais d'une exclusivité probablement intergalactique.
A quel titre ?
Le seul document disponible étant généralement, dans ce cas, un billet d'avion pour un séjour de moins de trois semaines.

N'en déplaise à d'autres, le Ritsu Zen ou Zhan Chan en chinois, fut donc structuré en France bien avant le Yiquan, le Dachengquan ou le Taijiquan (ou Tai Chi Chuan) et, malheureusement, Georges Charles y était déjà et encore pour quelque chose.

En parlant de Taijiquan (Tai Chi Chuan) il est à noter que Catherine Despeux venait tout juste de publier sa thèse "Tai-ki k'iuan, technique de longue vie, technique de combat", confidentiellement (Collection de Mémoires de l'Institut des Hautes Etudes Chinoises -10 décembre 1975) , thèse qui sera rééditée avec grand succès en 1981 chez Guy Trédaniel.

Cette thèse de Despeux est citée par Etiemble dans son inénarrable préface des "Philosophes Taoïstes" de NRF Gallimard, collection de la Pléiade (1980).
Il ne l'a visiblement pas lue puisqu'il confond allègrement Taichi Yang (le nom de la famille Yang cité par Despeux) avec le Yin/Yang de la cosmogonie chinoise (page XVI).

Et quelques bouquins encore !
L'ouvrage de Isabelle Robinet "Méditation Taoïste" , publié chez Dervy date de 1979.
Si on excepte "Le secret de la Fleur d'Or" de Lu Tsou, paru en 1969 à la Librairie de Médicis ; "Sur les traces du Tai Ki Tchuan" par Dominique de Wespin publié par André Gérard-Marabout en 1973, et qui traite du massage et d'exercices avec des bâtons,
"Tai-Chi-Chuan ou la sagesse du corps selon le Tao" par Charles Antoni, à l'époque un Baba pas très cool, publié chez EPI en 1977 ; "Le Livre du Kung-fu" de Michael Minick (traduit de l'anglais) Flammarion 1975 ; "Le Kung Fu" de Cesar Barioli Editions de Vecchi 1975, un bouquin de James Kou, un autre de Da Liu et, évidemment le monumental et insurpassable "Soins et techniques du corps en Chine, au Japon et en Inde", Editions Berg 1971.

Avant 1980, en dehors de cela, et des nombreux articles de Georges Charles, point de grand salut !
Si vous en connaissez d'autres nous aurions plaisir à les indiquer.

Et encore, la plupart de ces ouvrages traitaient exclusivement du Taijiquan.

 


Deux articles de Charles Larcher, pseudonyme de Georges Charles jugé trop envahissant,
sur le Yoga Chinois. On reconnaît évidemment du Daoyin Fa en forme assise et les fameux Baduanjin (Pa Touan Chin)
ou "Huit Brocards de Soie" initialement créés par Yue Fei.
Les illustrations sont de Di Mulato
Parution "KARATEKAS" (édité par la revue Karaté - où Georges Charles sévissait sous son vrai nom -) 1977.

Un autre article de Georges Charles sur le Yoga Chinois "Que l'on nomme aussi Yoga Taoïste"
Photo Ciné Karaté N° 28 1977
Il est incontestablement, en France, le premier article à faire référence au "mouvement dans l'immobilité" ou "Mouvement sans mouvement" (Kan Tung Pu Kan Tung ) caractéristique du Ritsu Zen
- donc du Zhan Chan - et de la "Posture de l'Arbre" de Wang Xiangzhai -
Donc du Yiquan et Dachengquan.
En 1977.
Cela fait donc 27 ans.