Après deux participations en tant que sport de démonstration, le Taekwondo a été promu sport olympique le 4 septembre 1994 et sera donc particulièrement présent aux Jeux de Sidney en l’an 2000. La France espère, plus que jamais, y tirer son épingle du jeu.
Ce que l’on sait moins est que ce sport moderne possède une très longue histoire chevaleresque et une tradition authentique.

 

La Corée entre continent et mer... et entre Chine et Japon.

Lorsque l’on regarde une carte il est facile de constater que la péninsule coréenne sépare, selon certains, ou réunit, selon d’autres, l’immense continent chinois aux multiples îles formant l’archipel japonais. Il se situe donc à la jonction exacte entre les deux cultures.

Dès des temps très anciens les arts et traditions du "Pays du matin calme", aussi nommé "Pays de l’Hermite" ont donc été fortement influencés tant par l’histoire et la culture issue des steppes mongoles que par l’histoire et la culture chinoise.
La Corée fut le creuset où se mélangèrent ces deux influences primordiales qui, intégrées et assimilées, influencèrent à leur tour le Japon. La Corée possède donc une histoire beaucoup plus ancienne que celle du Japon puisqu’on l’estime à plus de quatre mille années.

Ce que le Japon a connu, la Corée l’a connu avant lui et, dans de nombreux cas, a fortement influencé ce dernier. La pensée, l’écriture, la philosophie, la religion, les arts et techniques, les armes, les stratégies, les pratiques guerrières issues de la tradition chinoise passèrent d’abord par la Corée, s’y transformèrent et s’y adaptèrent avant de s’épanouir, enfin, au Japon. Pour ne donner qu’un exemple, le Bouddhisme Chan parvint Indes en Chine en 520 de notre ère…
Il devint le Sôn en Corée aux alentours de l’an 800 sous la dynastie Silla... et ne deviendra le Zen au Japon qu’au début de l’an 1000.
L’un ses principaux Maîtres du Sôn coréen, Sosan Hyujong (1520 1604) est toujours considéré comme un héros national pour avoir pris la tête d’une armée composée de milliers de moines qui s’opposèrent victorieusement à l’occupation japonaise et restaurèrent la prédominance du Bouddhisme Sôn coréen sur le Bouddhisme Zen Sôtô japonais que les occupants voulaient imposer de force.

Cette civilisation coréenne fut donc florissante et influença fortement le Japon pendant plusieurs siècles. On retrouve ainsi en Corée la plus ancienne imprimerie, datée de plus de deux siècles avant Gutenberg ainsi que le plus ancien observatoire astronomique d’Asie.
Mais, la proximité et la concurrence de ces deux puissants voisins n’était pas sans poser de problème et l’histoire coréenne est émaillée de diverses batailles et invasions.

La Corée connaît une première défaite importante infligée par les armées de l’Empereur de Chine Wu Ti en 108 avant notre ère... en 1592 elle est encore envahie par le Japon et subit une occupation de six années... elle devient protectorat japonais en 1907 et est annexée par ce pays de 1910 à 1945 puis officiellement coupée en deux depuis l’accord d’armistice de 1953 et une guerre qui aura duré trois ans et occasionné de très nombreuses pertes humaines et destructions diverses.

La Corée, souvent comme le Vietnam, possède donc une très ancienne histoire militaire ou "martiale" où l’on retrouve toujours, quoi qu’on fasse, l’influence très profonde de la Chine et celle, parfois très visible, du Japon... et un grand souci d’indépendance vis à vis de ces deux encombrants voisins. De ce fait, la Corée possède une réelle authenticité car elle veille jalousement à conserver ses propres traditions et à les mettre en valeur... sans pour autant nier une histoire riche et commune avec ses proches voisins.

 

Les anciens arts chevaleresques des Trois Royaumes...

La période la plus florissante concernant le développement des Arts Chevaleresques, ou "arts martiaux" bien que Mars demeure totalement inconnu dans ce domaine particulier concernant l’Asie et plus encore la Corée, demeure la période des Trois Royaumes de Koguryo, Paekche et Silla.

Le plus important de ces trois royaumes, celui de Koguryo, contigu au continent entretenait depuis toujours de bons rapports avec la Chine et développait un art du poing nommé Tangsudo - littéralement la " Voie de la Main des Tang" - ceci en référence à la dynastie chinoise du même nom (618-907). Il est à noter que l’idéogramme Tang ( caractère N° 4738 du Dictionnaire Ricci), qui représente tant cette dynastie qu’un autre nom de la Chine elle-même, donc du continent chinois, se lit Kara en japonais ancien.
Originellement donc Tangsudo et Karatedo s’écrivaient avec les mêmes caractères chinois... et signifiaient " Voie de la Main des Tang "... ou " Voie de la Main issue du Continent ".
Au Japon ce n’est que très tardivement, en 1936, que l’on remplacera le caractère Kara (Tang) signifiant d’origine chinoise par un autre caractère Kara signifiant vide... mais aussi stupide et brutal !

On y trouvait également une forme de lutte, le Cireum ou Ssirum, qui fut introduite sous le règne du roi Chung Hyi. Il s’agissait, à l’origine, de la lutte mongole (Chuai Chiao ou Juaijiao en chinois) dont le nom, dérivé du mongolien Silnem, désigne un combat avec saisie et projection.
C’est cette même lutte mongole qui, originellement, donna, plus tard, le Sumo au Japon. Elle se compose encore de 29 projections principales de mains, 12 projections de jambe, 9 projections de taille. Les deux protagonistes se saisissent la culotte de combat (Sapba) et cherchent à se projeter en dehors d’une enceinte circulaire.
Cette lutte fut à l’origine d’un incident politique fort semblable à celui du Camp du Drap d’Or quand François Premier réussit en 1520, fort peu diplomatiquement, à vaincre Henry VIII, Roi d’Angleterre grâce à une fameux prise connue sous le nom désormais célèbre de "coup du Père François". En effet le Général Kim Tuck Ryong réussit à battre le roi Chung Hae en 1150 ce qui déclencha une crise qui dura près de six ans.

On retrouve donc dans ce royaume de Koguryo deux arts chevaleresques majeurs l’un consistant en des frappes de poing et de pied, l’autre consistant en des projections, immobilisations, luxations.
Le premier fut rapidement considéré comme un art militaire et était étudié en complément des armes alors que le second demeurait d’ordre civil et représentait une lutte sacrée où l’un des deux protagonistes était contraint de toucher terre. Bil existait également dans le Nord de ce royaume une forme de lutte, le Pakchigi, utilisant intensivement les coups de tête et qui provenait de l’antique lutte chinoise utilisant des casques à corne, le Go Ti.

Le royaume de Silla, le plus petit des trois, utilisait de son coté une forme d’art du poing nommé Subak ainsi, également, qu’une pratique des saisies et projections nommé Yu-Sool (littéralement "Art Souple" - ce qui s’écrit et se lit Ju Jutsu (ou Jiu Jitsu) en japonais et China Shu en chinois -). Cet art trouva son développement le plus manifeste sous le roi Sonjo quio instaura des compétitions officielles en 1392.
Le Yu-Sool se caractérisait par une attitude presque exclusivement défensive et utilisait des projections (Mechigi), des saisies (Kuchigi) et des luxations et étranglements de combat (Kuepso Chirigi). Diverses écoles traditionnelles de Yu-Sool fusionnèrent récemment dans ce qui est désormais nommé le Hapkido.

Enfin le royaume de Paekche représentait une forme d’art du poing nommé Tae Kwonpup
( Tae = main, Kwon = pied, coup de pied, Pup = technique de combat) qui est née de la fusion entre la forme de combat développée dans le Temple Sorim, caractérisée par de nombreux sauts, et le Songkae, plus défensif, créé par Chang Songkae.
C’est ce dernier art de combat qui a récemment donné son nom au Taekwondo... littéralement Tae (poing) Kwon (action du pied) Do (Voie)... donc la "Voie du Poing et de l’action du Pied".

Comme en Chine il existait également plusieurs écoles pratiquant intensivement les "frappes sur les points vitaux", le Keupso Chirigi, équivalent du Dian Xue ou Tien Hsueh... donc une spécialisation ayant des rapports étroits avec la médecine classique, chinoise ou coréenne, et, plus particulièrement, l’acupuncture.
Ces diverses méthodes étaient, bien évidemment, secrètes et communes à la plupart des écoles les plus traditionnelles. Comme en Chine, la frappe spécifique des points suivant une méthode particulière et des horaires spécifiques, pouvait entraîner une très violente douleur, un évanouissement, une paralysie temporaire ou définitive, une incapacité d’agir (points de mutisme) ou même la mort immédiate ou différée par blocage de l’énergie vitale dans certains organes.
Ces pratiques pouvaient s’accompagner ou non de rituels plus ou moins magiques censées conférer une certaine invulnérabilité ou, du moins, une grande résistance à la douleur. Cette résistance à la douleur est toujours omniprésente dans les exercices de casse, active ou passive, toujours très spectaculaires dans les arts martiaux coréens et, particulièrement, le Taekwondo.

A coté des arts du "poing" ou des arts de la "saisie souple" existait également une longue et grande tradition des armes dont il demeure actuellement toujours trace dans le Kung Sool, l’archerie à pied utilisant un arc mongol à double courbure et dont les compétitions se tiennent toujours, au printemps, au Kyoung Mu Dai de Séoul, sur l’emplacement du palais de l’ancienne capitale établie en 1394 sous le nom de Hanyang.
De son coté le Ma Sool, l’archerie à cheval utilisant un art tartare un peu plus long que l’arc mongol, représente également un événement national se tenant le 1er mai dans le Parc de Sajik, au Pavillon des Grues Dorées se Séoul... ce qui est l’occasion de sortir les anciens costumes de la cour impériale.
Les exploits et les costumes des tireurs rappellent ceux des jeunes guerriers de la Confrérie Hwarang qui donna à la Corée l’équivalent japonais du Bushido (Voie du Guerrier ou du Gardien de la Voie). Le Hwarang Do, créé au VIII eme siècle, signifie littéralement "Voie de la Fleur Patriotique" et est basé sur "Cinq Principes Moraux" édictés par le Moine Wong Wang : Loyauté, Piété filiale, Courage, Justice, Droiture.

 

Le Taekwondo... Discipline Olympique.

Il existait donc en Corée, depuis des siècles, de multiples écoles souvent très anciennes et très traditionnelles, donc souvent très fermées sinon secrètes, utilisant, comme en Chine ou, par ailleurs, au Japon, des techniques de pied et de poing, des poussées, des saisies, des projections, des luxations et des immobilisations ainsi que des pratiques d’armes et des pratiques gymniques ou méditatives.

Peu après la fin de la dernière guerre le Général Choi Hong Hi, né le 22 décembre 1918 à Myong Chong en Corée du Nord, eut l’idée de regrouper plusieurs de ces écoles au sein d’un mouvement permettant aux jeunes coréens et coréennes de pratiquer librement ce qui était encore le Tae-Kyon.
Plusieurs écoles traditionnelles comme le "Oh-Do Kwan" (Ecole de réalisation personnelle), le "Chong Do Kwan" (Ecole de la Vague Bleue), le "Mun Mu Kwan" (Ecole des Pins chantants sous la brise)... acceptèrent de créer un programme commun.

Le Tae-Kyon se composait alors principalement de coups de pieds et de sauts qui faisaient sa particularité et donnait à cette pratique un aspect très sportif et très démonstratif. Choi Hong I était, cela se sait moins, l’un des élèves directs de Gichin Funakoshi, un maître d’Okinawa qui implanta le Karatedo au Japon et qui y fonda l’école Shotokan (Dojo des Pins qui ondulent sous le Vent... ), l’une des plus connues et des plus pratiquées au Japon et au dehors du Japon. Il apporta donc sa contribution tant en incluant des formes coréennes traditionnelles qu’un apport japonais issu du Karatedo Shotokan.
Cette fusion entre le Tae-Kyon des principales écoles coréennes et le Karatedo japonais fut à l’origine directe de la création du Taekwondo.

C’est en 1956 que le nom de Taekwondo sera officiellement reconnu par les autorités coréennes.
En 1960, le Général Choi Hong I sera élu président de l’Association Nationale de Taekwondo et cet art, déjà en plein développement, sera alors considéré comme sport national de la Corée du Sud et officiellement utilisé dans les forces armées coréennes.
Par la suite le Taekwondo s’implantera peu à peu dans les divers pays d’Asie... une fédération sera ainsi créée en Malaisie en 1963, à Singapour et à Hong Kong en 1964 puis au Vietnam en 1965.
Parallèlement, une démonstration importante sera effectuée au siège des Nations Unies, à New York, en juillet 1963 et quatre experts coréens demeureront sur place dont Nam Tae Hi et Shin Yun Hun qui permirent son implantation. Par la suite le Major Nam Tae Hi enseignera le Taekwondo aux forces armées vietnamiennes et particulièrement aux fameuses "Brigades du Tigre Blanc" qui se rendront célèbres par leur efficacité en combat au corps à corps.
En France, le Taekwondo sera introduit, fin 1968, par Lee Kwan Young, rapidement réputé pour des casses fantastiques et acrobatiques,... sous la dénomination quelque peu tapageuse de "Super-Karaté" ou de "Karaté Volant" ! Il sera suivi par plusieurs experts de grande valeur qui formeront, à leur tour, de nombreux enseignants français...

En 1972, à Séoul, est inauguré le Centre Mondial du Taekwondo, le Kukkiwon, et les premiers championnats du monde sont organisés l’année suivante. Sous l’impulsion du Dr Un Yong Kim, qui fut le président de la WTF (World Taekwondo Fédération), et qui deviendra Vice Président du CIO (Comité International Olympique), le Taekwondo sera reconnu comme sport de démonstration puis comme sport olympique à plein titre le 4 septembre 1994.
Cela sera considéré comme une belle revanche sur le Karaté qui, à cause de dissensions internes trop importantes, n’est toujours pas reconnu, à ce jour, comme simple sport par le CIO !

Cette importante décision permettra au Taekwondo d’obtenir sa totale indépendance, en France, au sein de la Fédération Française de Taekwondo et Disciplines Associées (FFTDA) et de libérer, ainsi, de la tutelle et de l’emprise du Karaté.
La FFTDA regroupe au niveau national près de 30 000 licenciés répartis dans 600 clubs affiliés. Il est donc désormais possible, tout comme en Judo, de pratiquer le Taekwondo tout en espérant décrocher de l’or, de l’argent ou du bronze aux prochains jeux de Sidney.

Le Taekwondo demeure donc désormais avant tout une discipline sportive, compétitive et olympique... mais il est également possible, en choisissant son club (Kwan, l’équivalent coréen du Dojo japonais ou du Kwoon chinois... ) de se tourner vers une école traditionnelle.
Ces dernières sont très nombreuses aux Etats Unis et au Brésil mais, malheureusement, assez rares en Europe si on excepte l’Allemagne.
Parallèlement au Taekwondo il est possible d’étudier et de pratiquer le Hapkido qui est une synthèse entre les anciennes écoles chinoises (Pakchigi), coréennes (Yu-Sool et Hwarang) et l’Aikijutsu ou l’Aïkido japonais.

Le Taekwondo est principalement basé sur un emploi intensif des jambes que complémentarisent l’action des poings. Les principales formes de défense et d’attaques ont été codifiées sous la forme d’enchaînement traditionnels qu’il est possible de pratiquer seul ou dans des applications codifiées ou libres avec un partenaire. Ces enchaînement et ces applications permettent de juger de la qualité technique du combattant.
Les formes de combat libre se pratiquent soit sans protection mais avec un total contrôle des attaques, soit avec des protections, casque et protège dents, plastron, gants, protège-tibias... et avec des attaques réellement portées bien que précisément définies. Cela permet donc une grande authenticité dans l’assaut... mais limite cette pratique très sportive et très démonstrative aux plus jeunes.
Les combats s’effectuent aux points et au K.O. un peu comme en boxe française ou en boxe anglaise... contrairement à ce que l’on pourrait croire, les sociétés d’assurance l’attestent formellement, il y a paradoxalement beaucoup moins d’accidents corporels en Taekwondo que dans la plupart des autres disciplines olympiques y compris le Judo...

L’autre particularité du Taekwondo est la pratique de la casse en tant que test d’efficacité... ou de discipline de démonstration. Ces casses sont souvent très spectaculaires et permettent surtout au pratiquant de prendre confiance dans ses capacités et de restreindre sa peur du contact.
Il ne faut malgré tout pas en abuser car elles finissent par laisser des séquelles osseuses et articulaires... Un expert en Taekwondo est donc, souvent, celui qui prévoit le temps mieux que quiconque et souvent avant la météo... à cause des vieilles douleurs qui se réveillent !

A coté de cette vision quelque peu guerrière existe, également, au sein des écoles traditionnelles des formes de méditation souvent liées au Sôn, le Zen version coréenne... ainsi que des formes gymniques proches du "Qigong" ainsi que des pratiques complexes de relaxation et de massage qui n’ont rien à envier à leurs homologues chinoises et japonaises sur le plan de l’efficacité.

 

Pour plus d’informations :

Fédération Française de Taekwondo et Disciplines Associées
3615 FFTDA

Site Français concernant le Taekwondo et le Sonmudo, art millénaire coréen.
Sonmudo.org
Un site bien documenté et très vivant avec de très nombreuses photos !