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C’est
toujours avec un immense plaisir que je revois, " Les
55 Jours de Pékin "...
Autant de bonne-mauvaise foi me comble particulièrement d’aise
mais un film est un film et celui-ci est particulièrement
spectaculaire avec ses méchants grimés en chinois
d’opérette auprès desquels Christopher Lee en Fu Manchu
est presque crédible.
La scène ou Matt Lewis, incarné par Charlton Heston,
en précurseur de Rambo, ridiculise un boxeur est un modèle
du genre. C’est probablement également la toute première
apparition du " Kung-fu " au cinéma.
En parlant de boxeurs je ne comprend toujours pas l’acharnement
que vous avez, en France, à écrire ce mot à
l’anglaise en l’affublant d’une ridicule majuscule... Boxers. Cette
ridicule et détestable habitude est un résidu de snobisme
du début du siècle où il convenait de faire
semblant de parler anglais en donnant à n’importe quel propos
du " lady ", du " gentleman ",
du " mistress ", du " fair-play "...
Le " Boxer " semble donc être une race
chinoise quelque peu étrange qui à l’instar du chien
de même race s’acharne sur sa proie et qu’on remet en place
d’un bon coup de pied dans l’arrière train. Or, un boxeur,
fut-il Chinois est tout simplement un type qui pratique de la boxe.
La
traduction occidentale n’est pas aussi mauvaise qu’il paraît
puisque le mouvement en question se nommait, à l’origine
" Yiho Quan " (Yi-Ho Kiuan ou Yi Ho Chuan) ce
qui signifie " Poing (Quan) de Justice et de Concorde ".
Ce n’est que par la suite qu’il se nommera " Yiho Duan "
(Yi-Ho Tuan) ou " Corps de le Justice et de la Concorde "
en référence à un corps d’armée.
Ce terme Quan est le même que celui utilisé en Taijiquan
et est, habituellement, traduit par " Boxe ".
Le Taijiquan
est la Boxe du Grand Faite. Celui qui pratique un " art
du poing " (Quan Shu) est donc considéré
à plein titre comme un boxeur... un boxeur chinois peut-être,
en référence à la " Boxe Chinoise
Traditionnelle ", mais un boxeur quand même.
Il existe bien de la boxe anglaise, de la boxe française,
de la boxe américaine, de la boxe thaïlandaise pourquoi
n’existerait-il pas de la boxe chinoise ?
Cette référence à la boxe est d’une extrême
importance car elle permet de comprendre réellement la révolte
des boxeurs et de tenter de restituer un peu de vérité
dans un fatras de mensonges qui arrangent tout le monde, occidentaux
capitalistes comme chinois communistes.
Originellement,
le mouvement naît, en effet, dans le Shandong (Shantung) où
en 1896 il se fait connaître sous l’identité du Dadao
Hui (Ta Tao Houei), Société du Grand Sabre, organisation
secrète et populaire qui se réfère au fameux
Monastère de la Petite Foret, Shaolin Shi, Shorinji en Japonais,
situé dans le Hunan.
Cette organisation reprend le principe de plusieurs sociétés
secrètes qui se réfèrent également à
ce fameux monastère berceau initial du Bouddhisme Chan (qui
deviendra le Zen !) réputé pour ses " Arts
Martiaux "... donc ses pratiques de " Boxe Chinoise ".
Ces sociétés, qualifiées de Triades (San Ho
Hui), sont " Les Trois Bâtons d’encens ",
" l’Eventail Blanc ", " La société
du Ciel et de la Terre " nées à Shaolin
pour " Soutenir les Ming, Détruire les Xing "
(Fan Ming, Fu Tsing).
Il s’agissait donc bien d’un mouvement xénophobe... mais
destiné à chasser les Mandchous considérés
comme des envahisseurs étrangers, des barbares du nord (Pei
Nan).
Ces
sociétés secrètes destinées originellement
à rendre la Chine aux chinois sont multiples. On relève,
par exemple
le " Lotus Blanc " (Pai Lien Kiao),
les " Poignards de Justice " (Siao Tao Hui),
les " Végétariens " (Tchai Kiao),
la " Raison Céleste " (Tien Li Kiao ",
les " Lanternes Rouges " (Hong Teng Kiao),
les " Lanternes Bleues " (Lan Teng Kiao),
les " Sourcils blancs " (Pai Mei Kiao)... sans
oublier
le " Grand Faite " (Tai Ji Kiao),
les " Huit Trigrammes " (BaGua Kiao),
le " Grand Achèvement (Da Cheng Kiao)... la particularité
essentielle de toutes ces sociétés (Kiao), associations
(Hui) ou confréries (Tang), et ceci sans la moindre exception
est de prendre appui sur la pratique de la " Boxe "
(Quan, Chuan, kiuan, Tchuan... ).
Elles se réunissent sur un " Quan Zhang "
(Kiuan Tchang) ou " terrain de Boxe " pour pratiquer
"... des étranges exercices gymniques particuliers à
chaque secte, cette " Boxe Sacrée " qui
doit leur procurer une harmonie totale du corps et de l’esprit..."
Ces mouvements s’accompagnent de formules incantatoires, de hurlements
scandés et de curieuses passes magnétiques. Ce sont
de véritables possédés, peut-être sous
l’effet de quelques drogues euphorisantes et extatiques. Ils invoquent
l’appui de Chen Wou le Dieu de la Magie et celui de Kouan Ti, le
patron des bandes armées.
Et beaucoup ne sont que des adolescents, des enfants mêmes,
garçons et filles, dont certains n’ont qu’une douzaine d’années.
Ce sont d’ailleurs les pires. Certes si ces boxeurs en herbe s’en
étaient tenus à leurs séances de chausson et
de savate, leur rôle n’aurait eu d’intérêt que
pour l’histoire rétrospective de la gymnastique.
L’ennui c’est qu’ils incarnent aussi l’éveil d’un nouveau
patriotisme chinois. Leur nationalisme est certes aveugle, étroit,
farouche, ignorant mais parfaitement légitime. Cet éveil
du patriotisme chinois s’est produit par les fautes accumulées
des nations civilisées.
A commencer par celles de messieurs les Anglais ". Dr
Matignon " Dix ans au Pays du Dragon " Editions
Maloine (Paris 1901).
Nous y voilà donc... Il existait, en 1900, quelques occidentaux
au courant de ce qu’était cette fameuse " boxe "
et surtout de ce qu’étaient les " boxeurs ".
Du
coté Chinois on écrivait à la même époque
" Ces sociétés n’avaient pas d’organe dirigeant
unifié. Le Tan (autel) était son organisation de base
dont les membres étaient en général des jeunes
gens, des jeunes filles et des jeunes femmes groupés dans
des Hong Teng Tchao (lanternes rouges). Les femmes d’âge moyen
formaient les Lan Teng Tchao (lanternes bleues).
Les membres des Hong Teng Tchao portaient des lanternes rouges comme
signe distinctif et prenaient part au combat en première
ligne avec bravoure. Ils étaient étroitement unis
et observaient tous une stricte obéissance aux ordres.
Dans les combats ils s’organisaient en Pan commandé par un
Chetchang, " chef de dix combattants ", dix
Ban formaient un Tatouei commandé par un Paitchang " chef
de cent combattants ". A Pékin on regroupa vingt
cinq Tatouei tous composés de jeunes gens et de jeunes filles
appartenant aux Lanternes Rouges des sociétés du Poing
de la Justice ".
En arrivant à Pékin, ces terribles boxeurs avaient
jurés "
de capturer et de sacrifier un Dragon femelle et deux vieux Tigres "...
soit l’impératrice elle-même, le vieux prince Xing
(Ching) et le ministre chargé de la politique étrangère
Li Hungchang. (Lin Yutang dans " Pékin cité
impériale ").
L’impératrice
Cixi (Tseu Hi) et le gouvernement impérial composé
en immense majorité de Mandchous ne pouvaient pas voir d’un
bon œil ce déferlement pro-chinois sur la capitale. Les fameux
slogans " Destituer les Xing (Mandchous), restaurer les
Ming (Chinois) " et les allusions au sacrifice du Dragon
et des Tigres laissaient peu d’illusions quant aux intentions des
" Boxeurs ".
Dès leur arrivée à Pékin, le premier
souci de l’impératrice fut de faire protéger les légations
internationales par l’armée régulière. Mon
excellent ami Eric Bouchaud, dans le N°4 de Tao Yin, rappelle
que le père de Shu Qingchung, dit Lao She, l’un des écrivains
chinois contemporains les plus connus en Occident, auteur de " La
Maison de thé ", " Quatre générations
sous le même toit ", " Le pousse-pousse "...
" En tant que garde impérial est
tué, juste un an après sa naissance, lors de la guerre
des boxeurs en protégeant les légations étrangères
avec son vieux fusil sans munitions ".
On
est donc assez loin du film les " 55 jours de Pékin " puisque
les premiers tués furent effectivement des soldats et des
officiers chinois. Par la suite, les occidentaux tirant sur tout
ce qui bougeait y compris sur les chinois réguliers venus
les protéger l’armée impériale se retira.
Les boxeurs considérant cette manoeuvre comme favorable à
leur action et souhaitant avoir les coudées franches vis
à vis des Mandchous trouvèrent un nouveau slogan :
" Chassons les peuples océaniques ! "...
Puis, naturellement " Exterminons les diables étrangers ! "
sans pour autant préciser de quelle sorte de diables et d’étrangers
étaient concernés. Pendant toute le durée des
événements de Pékin le pouvoir impérial,
s’il laissa faire les boxeurs, n’intervint que très peu dans
la bataille. Il semble également que la fameuse armée
musulmane du Gan Su (Kang Su) se soit bornée à camper
près de Pékin.
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Si
nous regardons la vérité en face, l’autre vérité,
nous constatons que les légations n’ont jamais subi l’assaut
d’une quelconque armée régulière ni de l’armée
musulmane du Gang Su... mais les attaques courageuses et désordonnées
de nos fameux " Boxers "... donc des boxeurs
décrits principalement comme des gamins et des gamines survoltés
qui ont eu l’inconscience de croire en une quelconque invulnérabilité
magique due à la pratique du " Kung-fu ".
Cette croyance en l’invulnérabilité, aussi incroyable
que cela puisse paraître, existe encore de nos jours. Je n’en
veux pour preuve que la publication récente d’un ouvrage
intitulé " Chi Kung I La Chemise de fer "
aux Editions Guy Trédaniel où, en quatrième
de couverture l’auteur, Mantak Chia, très connu dans le milieu
du " Qigong ", explique sans sourire :
" A l’époque précédant l’invention
de la poudre à canon, la Chemise de Fer Chi Kung était
un des principaux arts martiaux qui édifiaient des corps
puissants capable de résister au combat au corps à
corps...
La dénomination " Chemise de Fer " fait
référence à son système particulier
d’exercices respiratoires qui condense en permanence de l’air frais
dans les fascias (tissus conjonctifs) entourant les organes vitaux,
en les rendant presque impénétrables aux blessures
produites par les accidents ou les coups ".
Cette " Chemise de Fer ", cet " air
frais dans les fascias ", ce " presque impénétrable "
fut, en 1900 la cause directe de milliers de morts. Historiquement
la " Chemise de Fer " cela ne fonctionne pas
face aux chassepots et aux baïonnettes des marins bretons.
Mais l’histoire ne nourrit pas les fantasmes et ne motive que très
peu de stages de " Qigong " de la " Chemise
de Fer " !
Il est, par contre, intéressant de se pencher sur l’état
officiel des pertes subies par les militaires chargés de
la défense des légations du 20 juin au 16 Août
1900... sur un effectif total de 461 hommes de huit nationalités
différentes il y eut, en tout et pour tout, 64 tués
et 133 blessés.
Dun coté des civils volontaires il y eut 16 tués et
28 blessés. La proportion de tués et de blessés
est importante au regard de l’effectif total puisqu’il avoisine
les 43%. Cela implique que la défense des légations
fut réellement courageuse et acharnée puisque, par
exemple, pendant la bataille de Verdun la proportion de tués
et de blessés du coté français ne dépassa
jamais, au plus fort de la bataille, 18% des effectifs engagés.
Ces pertes sont malgré tout insignifiantes par rapport à
la dimension historique de l’événement et à
son image véhiculée tant en Occident qu’en Chine.
Un simple calcul de probabilité permet de douter que les
troupes impériales aient pu intervenir dans ce conflit limité
à quatre ou cinq rues de Pékin...
Au 30 Juin 1900, le total des effectifs de l’armée impériale
du nord était de sept cent trente mille hommes... Même
si la moitié de cet effectif était en congé
maladie et le tiers restant en permission plus de cent vingt mille
hommes auraient néanmoins pu déferler sur les légations...
ce qui nous amène à une proportion optimiste de un
contre trois cents.
Il est alors fort probable que si l’armée impériale
n’avait pourtant été équipée que de
gourdins, le pertes occidentales eussent été d’une
toute autre mesure. Il existe donc un extraordinaire décalage
entre les versions reconnues comme historiques, occidentales et
chinoises, et les documents d’époque... photographies de
type retour de chasse en Sologne et journaux des régiments
concernés.
Etrangement les illustrations parues dans la presse sont toujours
très impressionnantes lorsqu’il s’agit de dessins et plus
qu’anodines lorsqu’il s’agit de photos. Ces dernières représentent,
par le plus grand des hasard, les scènes de répression
ayant eu lieu après le siège. Le gouvernement chinois
aurait pu démentir la version idyllique d’une grande révolution
dont le but était de libérer la Chine du joug étranger.
Il s’en est toujours bien gardé... puisque les armées
occidentales avaient tenu tête à quelques millions
de révolutionnaires chinois aidés par l’armée
impériale, donc le pouvoir en place, il fallait conserver
et entretenir cette version dont le refrain sera sans cesse repris
par Maozedong qui voyait dans les boxeurs et surtout dans les " lanternes
rouges " les précurseurs des " gardes
rouges ".
Que
des boxeurs aient lutté à poings nus ou munis de quelques
armes blanches hétéroclites provenant des râteliers
des écoles de " Kung-Fu " contre des
militaires occidentaux et japonais armés jusqu’aux dents
est un fait indéniable... Le contingent japonais eut avec
86% les plus lourdes pertes ce qui s’explique simplement parce que
les soldats et officiers de l’empire du Soleil Levant recherchèrent,
par principe, le corps à corps à l’arme blanche avec
les boxeurs.
Que ces mêmes boxeurs, bien qu’opposés à la
fois au pouvoir impérial mandchou et aux puissances occidentales
occupant la Chine, aient été à l’origine d’une
révolution culturelle est une toute autre histoire puisque,
par principe, ils se voulaient les détenteurs intransigeants
d’une tradition très classique et très conservatrice.
Les fameuses écoles de " Kung-Fu " ne
demeurèrent pas en reste et bon nombre d’entre-elles revendiquèrent
l’honneur d’avoir été présentes sur le terrain
en face des fusils occidentaux et des sabres japonais.
La tradition affirme que le Maître de Bagua Zhang (Paume des
Huit Trigrammes) Zheng Dinghua (Cheng Ting Hua) réputé
invincible, et surnommé le " cobra "
à cause de ses lunettes, aurait tué une centaine de
soldats avant de succomber sous les coups de huit d’entre-eux...
justement des Japonais !
Le total des pertes occidentales approchant les quatre vingt et
les pertes totales japonaises demeurant de 5 tués et 20 blessés
il semble que cette histoire soit quelque peu optimiste. Pourtant,
dans " l’Eté rouge de Pékin "
(Fayard), Mabire relate l’anecdote du lieutenant de vaisseau Darcy,
pourtant réputé comme un excellent tireur, qui ne
parvient pas à toucher deux Chinois qui le narguent. Ce même
Darcy notera le soir même que " cet incident provoqua
une sorte de malaise. Si tous les boxeurs passent ainsi entre les
balles, la partie sera rude... ".
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