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L'éducation par le judo et la stratégie du Judo
Par Georges Charles |
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Le
Maître Kano était un haut fonctionnaire très
écouté et parfois entendu.
En Octobre 1893, lorsqu’il
était Doyen de l’Ecole Normale Supérieure il fit une
conférence très remarquée devant plusieurs
hauts fonctionnaires du cabinet spécial de l’Empereur.
Le texte de cette conférence parvint au Consul de France
à Tokyo qui le transmit au Ministère des Affaires
étrangères.
Par la suite, cette fameuse conférence
fut éditée, en version largement expurgée,
sous le titre " l’éducation par le judo "
et publiée par le collège des Ceintures Noires.
Il paraît intéressant, aujourd’hui, d’en souligner
les principaux points.
Laissons donc parler le Maître Kano.

Le Maître Jigoro Kano, Fondateur du Judo
Il s'agit ici du Baron Kano, titre qu'il reçut de l'Empereur lui-même.
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Le testament secret du Maître Jigoro Kano - Fondateur du Judo |
" Vous voulez connaître le véritable secret du Judo ?
Le Judo tel que je l’ai conçu est une métaphore scientifique.
Il apporte une réponse précise à plusieurs problèmes actuels.
Le premier est la préoccupation du peuple japonais et de son Empereur qui a ouvert l’ère de la prospérité Meiji.
Afin d’écraser les étrangers il convient tout d’abord de savoir céder (Joi) en utilisant la souplesse (Ju), c’est à dire ouvrir les portes du Japon, accepter la technique étrangère afin de pouvoir la copier et d’utiliser, ainsi, leur propre force, leur technologie pour les culbuter en dépensant un minimum d’énergie.
Ce principe d’utilisation rationnelle de l’énergie motivant la métaphore scientifique du Judo peut être ainsi appliqué à l’amélioration de l’activité d’affaire.
L’étude et l’application de ce principe essentiel dans toute sa généralité est beaucoup plus important que la simple pratique du Jujutsu.
Ce n’est pas seulement par le procédé que j’ai suivi que l’on peut arriver à saisir ce principe.
On peut arriver à la même conclusion par une interprétation rationnelle des opérations quotidiennes en affaires ou par un raisonnement philosophique abstrait. Cette métaphore Judo s’adresse bien à l’ensemble de la nation japonaise : mettre l’étranger dehors mais également indiquer aux anciens samurai comment réussir dans les affaires tant japonaises qu’internationales.
Pour faire du profit il faut utiliser gratuitement la force et l’énergie des autres : force du travail et énergie de création.
Je puis ajouter que la rationalisation des savoir-faire (know-how) médiévaux, qui ont fait la force et la réputation de notre Empire, peut être appliquée dans tous les domaines et particulièrement dans l’industrie. Une fois que l’on a bien compris l’importance réelle de ce principe essentiel, il peut être appliqué à tous les aspects de la vie et de l’activité tant sociale que professionnelle et nous permettre de mener la vie la plus haute et le plus rationnelle.
L’Education par le principe de la métaphore scientifique du Judo forme l’ouvrier, le paysan, le commerçant, l’étudiant mais également le cadre, le patron ou le militaire... etc à l’économie, dans son travail mais aussi dans ses loisirs.
Ne constatons-nous pas chaque jour que l’énergie dépensée pour l’acquisition d’une connaissance utile est souvent employée à l’acquisition d’une connaissance qui n’est pas seulement préjudiciable à nous-même, mais aussi à la société.
Finalement c’est bien de l’ensemble de la société dont il est question ici et non à un simple groupe de pratiquants.
Le but final du Judo est donc d’inculquer à l’homme inclus dans la société une attitude de respect pour le principe de l’efficacité maximale et du bien-être de la prospérité mutuelle et de le conduire simplement à observer ce principe.
Enfin, il me semble que si cette métaphore scientifique du Judo venait à se développer en dehors de nos frontières, sans que les étrangers en connaissent les principes essentiels, elle serait un vecteur des plus favorables au développement de nos exportations.
En effet, chaque pratiquant de Judo, formé à la méthode japonaise et fier de l’être, serait plus favorable à l’acquisition de biens provenant directement de notre production nationale.
L’éthique morale et physique développée par le Judo en ferait un représentant honorable de notre civilisation, de notre culture et de nos produits vis à vis de ses compatriotes.
La métaphore scientifique du Judo représente donc le fer de lance de notre implantation à l’étranger dans les années futures. Cela n’a pas de prix ".
Jigoro Kano
Cette conférences, aux dires de l’informateur fut longuement
acclamée et ponctuée de nombreux " Banzai ! "
... " Dix Mille Années pour l’Empereur ".
Cette conférence fut reprise par le Maître Kano devant la Diète japonaise quelques années plus tard.
Il commença son discours de la façon suivante :
"Messieurs, croyez vous qu'un homme de mon âge et de ma condition perdrait son précieux temps à enseigner comment simplement jeter quelqu'un par terre ?
Non, Messieurs, le Judo est une métaphore scientifique et je vais vous expliquer maiontenant pourquoi..."
Et il reprit l'argumentation développée dans sa conférence.
Que
dire de ce document qui fut, par ailleurs, en partie publié
dans la brochure " Les bases fondamentales du Judo "
éditée par le Collège National des Ceintures
Noires ?
Tout d’abord qu’il y a simplement prescription puisque le Maître
Kano s’exprimait dans le contexte politico-économique spécifique
à la transition entre la période post-médiévale
du Shogunat de l’ère d’Edo (1615-1668) et le renouveau de
l’ère Meiji qui vit la modernisation, sinon l’occidentalisation,
du Japon dit moderne.
Le Maître Kano ne faisait que suivre
les indications de Inouye Kaoru quant au but recherché :
faire du japon une des premières puissances occidentales.
Le Judo fut un des moyens utilisés avec le succès
que l’on sait.
Précisons encore que les Arts Martiaux, Judo y compris, furent
rattachés le 1er Juillet 1899 au Ministère
de la Guerre et que Jigoro Kano fut immédiatement nommé
Président du Centre d’Etude des Arts Militaires Japonais.
Les liens entre le Judo et la politique furent, à cause de
la position de Jigoro Kano et de ses relations influentes, pendant
longtemps étroits.
Plusieurs des plus hauts gradés du Kodokan mirent leurs connaissances
au service de causes très diverses.
On peut, par exemple
citer le cas de Shiro Saigo qui fut le conseiller personnel et le
garde du corps de Sun Yat Sen, futur fondateur de la République
Chinoise lorsqu’il était réfugié au Japon.
Pour sa part Ryohei Uchida, l’un des tous premiers disciples de
Kano, et l’un des piliers du Kodokan, fut l’un des fondateurs de
la fameuse " Société du Dragon Noir "
(Kokuryu Kai) qui, sous l ‘égide de Mitsuru Toyama,
regroupait l’élite des nationalistes japonais : Nakamura,
Sasaki, Obuko, Tanaka, Kazuo, Takamura, Obata, Nakajima etc et qui, pour
la plupart, descendaient des plus grandes familles de samurai et
dont le but avoué était le retour aux valeurs traditionnelles
du Japon médiéval et le rejet pur et simple des valeurs
occidentales.

Les principaux membres de la Société du Dragon Noir - Kokuryu-Kai -
Société secrète ultra-nationaliste.
De droite à gauche : Nakamura, Sasaki, Okubo, Tanaka, Kazuo, Uchida, Toyama, Takamura, Uyesugi, Obata et Nakajima.
Mitsuru Toyama, chantre du nationalisme nippon et fondateur de la
Société du Dragon Noir - Kokuryu-Kai -

Ryohei Uchida, bras droit de Toyama à la tête de la Société du Dragon Noir

Les hauts gradés du Kodokan dans les années 1920
De gauche à droite à partir du premier rang :
Ryohei Uchida, Kamisaburo Isuka, Sakuzo Uchida, Ikan Miyakawa.
En arrière :
Isogai Nagaoka, Moro Izaemon, Jigoro Kano (assis), Yamashita, Kuroda

Ryohei Uchida est le deuxième à partir de la gauche
Photo prise au Kokuryu-Kai club de la préfecturede Kanagawa
Uchida étairt un expert reconnu en Judo, Sumo, Kendo, Iaido et Aikijutsu
C'était très probablement aussi l'éminence grise de Kano auprès des nationalistes
Au vu des excellentes relations qu’entretenaient
Uchida et Kano ce dernier ne pouvait ignorer ce fait.
Uchida, en
sus de son haut grade au Kodokan, était également
considéré comme un expert de premier plan en Sumo,
en Kyudo (tir à l’arc), en Kendo , en Iaïdo (sabre),
en Jojitsu (bâton) et en Jujutsu...
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