Le Judo s’exporte vers l’Occident...

A la même époque et à l’occasion de son premier voyage en Europe, en tant qu’attaché du Ministère de la Maison Impériale, le Maître Kano présenta, en 1889, une première démonstration de Judo à Marseille.
A son retour au Japon, il accepta comme élève personnel un certain Yakumo Koizumi, de son véritable nom Lafcadio Hearn (1850 1904), un célèbre écrivain américain d’origine irlandaise et grecque. En 1895, il publia, à Boston, le premier ouvrage occidental sur le Judo. Hearn était l’ami du président Théodore Roosevelt et il parvint à le convaincre de la valeur exceptionnelle du Judo.

Le Président invita donc, en 1902, Yoshiaki Yamashita, l’un des principaux experts du Kodokan, aux Etats Unis. L’intérêt du Président pour le Judo en fit assez rapidement une pratique à la mode dans les meilleurs milieux.
En Grande Bretagne plusieurs experts dont Miyaki, Yuko Tani et Uyenishi, connu sous le surnom de Raku, créèrent le fameux Budokwai Dojo de Oxford Street où, assez rapidement vinrent s’entraîner plusieurs français dont le lutteur Guy de Montgrilhard et le Maître d’Armes Jean Joseph Renaud. (Illustration page 67 The Text book of Jujutsu)
Le premier, sous le pseudonyme de Ré-Nié, ouvrira en 1904 le premier cours de Judo-Jujutsu à Paris. Comme les premiers élèves du Kodokan, il relèvera de nombreux défis dont il sortira vainqueur... jusqu’au jour où il sera battu par un lutteur russe.

Suivant les annales du Kodokan, le premier Français ayant obtenu la fameuse ceinture noire au Japon est l’Enseigne de Vaisseau Le Prieur qui séjourna à Tokyo de 1908 à 1911. Ses activités de pionnier de l’aéronautique, il fut l’inventeur des fusées Le Prieur, copiées sur un modèle chinois, utilisées avec succès contre les dirigeables pendant la première guerre mondiale, ne lui permirent pas de consacrer suffisamment de temps au développement du Judo.
Il effectua néanmoins, à son retour en France, en 1911 plusieurs démonstrations spectaculaires... et incita l’Etat Major à adjoindre des mouvements de Judo dans l’instruction des Officiers, parallèlement à la Boxe Française.

En 1924, un autre expert du Kodokan, Keinichi Ishiguro, crée plusieurs Dojo à Paris... Mais c’est en 1933, sur la demande de Jigoro Kano alors en visite en France et sur l’invitation de Moshe Feldenkrais, animateur du Jujutsu (Jiu Jitsu) Club de France, que le fameux Mikinosuke Kawaishi donnera son véritable essor au Judo français.
Excellent technicien, fin psychologue, personnage à la fois attachant et énigmatique il formera, jusqu'à son retour au Japon en 1944, plus d’une cinquantaine de ceintures noires. Il sera, par exemple, l’inventeur des fameuses ceintures de couleurs désormais utilisées dans le monde entier et jusqu’au Japon.
Le Kodokan n’utilisait, en effet, que les ceintures blanches, marrons et noires... Kawaishi Shihan, pour des raisons pédagogiques y adjoindra les couleurs jaune, orange, verte et bleue.
Il reviendra en France en 1948 et se fera assister, dès 1950, par un jeune expert du nom de Shozo Awazu qui sera à l’origine d’un Judo beaucoup plus sportif.
Cette tendance sera encore accrue par Ishiro Abe, qui axera l’essentiel de son enseignement sur les techniques de compétitions. Cela sera à l’origine de multiples scissions dans le Judo français et d’un grave conflit entre les " traditionalistes ", représentés par le fameux " Collège des Ceintures Noires ", et les " progressistes " de la Fédération Française de Judo. Depuis, hormis quelques rares anciens " Gardiens de la Voie ", comme Michigami Sensei, le Judo résolument sportif, compétitif et olympique est totalement majoritaire.

En 1964, aux Championnats du Monde de Tokyo, le Hollandais Anton Geesink remportera la victoire finale sur Soné, marquant, en quelque sorte, le glas de la suprématie Nipponne.
Le Judo deviendra discipline olympique en 1972 et compte désormais plusieurs dizaines de millions de pratiquants de par le monde. Dans cette évolution, la France tire particulièrement bien son épingle du jeu puisqu’elle compte désormais plusieurs champions du monde dans les diverses catégories ainsi que de nombreux champions olympiques...
Le Français David Douillet a réussi l’exploit de devenir à la fois champion du monde toutes catégories et plusieurs fois médaillé d’or aux Jeux Olympiques. Cela ne s’était encore jamais vu dans l’histoire du Judo !
Cela ne l’empêche pas d’affirmer qu’il lui reste beaucoup à progresser pour atteindre l’essence véritable de cet Art, ce qui prouve sa réelle modestie.

 

Le Maître Jigoro Kano... un traditionaliste réformateur.
Le testament secret du Maître Kano.
Un problème de terminologie... Jujutsu... ou Jiu Jitsu ?