Sur la piste du Kung-Fu ! Et de certains qui l'ont fait
Roman historique du Kung Fu en France
Luke et Charles Duchêne
Editions BTF concept


ISBN : 978-2-917878-01-9
prix conseillé : 19 euros
162 pages

 

Le point de vue de Georges Charles

Courant 2008 j'ai été contacté par un auteur, Charles Duchêne, connu pour ses romans de politique-fiction et pamphlétaire et particulièrement sur l'un d'entre-eux concernant un Président de la République en exercice dont nous ne citerons pas le nom.
Il me disait vouloir réaliser un essai, ou un roman historique, sur la situation du "Kung-Fu" en France et qu'il souhaitait avoir un entretien avec moi sur ce sujet.
Le fait qu'il m'ait juré n'être pas journaliste me décida d'accepter sa proposition.
En effet si je comptais, à ce jour, le nombre de journalistes, encartés tricolores, qui m'ont fait perdre mon temps dans des projets semblables je gagnerai très probablement quelques années d'espérance de vie.
Il est donc venu me rencontrer, en mai, à Nesle Normandeuse ca qui nous avait semblé plus pratique que de se retrouver à Paris.
Il était accompagné de ce qu'on appelle à mon âge un jeune homme, Richard, enseignant de Kung-Fu et passionné au look très particulier de "fondu" des Arts Martiaux.
Si on excepte sa très grande taille, look que je devais avoir à la fin des années soixante quand j'étais moi-même tombé dans le chaudron.
Et nous avons engagé un tour d'horizon.
Résumer cinquante ans de pratique et près de quarante ans d'enseignement (puisque mon premier cours date de 1969 sur le campus de l'Universté de Philadelphie !) en deux ou trois heures n'est pas chose facile.
Et on a bien été obligés de mettre le nez dans les archives pour bien resituer les choses dans leur contexte d'époque.
Et c'est vrai que là je les ai un peu fait flipper car des archives je dirais pas qu'il y en a des tonnes mais au moins quelques quintaux.
Les tonnes c'est les bouquins.
Ainsi j'ai pu reconstituer un parcours qui m'a mené du Judo (avec Riva* et Dupuis à Enghien) en passant par le Karaté (avec Plée à la "Montagne" et plusieurs Japonais qui se nommaient Murakami, Mochizuki (à l'époque cela s'écrivait Motiduki !), Kasé, Nanbu (avec 2 N)...), puis par le Tae Kwondo (avec Lee Kwan Young au Plessis Robinson...où on était 4, les deux frères Olivier et Thierry Streit de Bossy, Tamburini alian "Tambu", et moi-même), parallélement à l'Aïkido avec Dominique Balta (un des premiers "jeunes" élèves de Noquet puis de Noro) et, enfin, ma découverte des "chinoiseries" en 1969 aux USA et ma rencontre avec Wang Zemin qui m'enseignera près de dix années...à Paris.
* Désolé d'avoir omis le terme de Maître pour chacun d'entre-eux mais à partir d'un certain temps et surtout d'un certain âge cela finit par être fastidieux et surfétatoire.
En passant rapidement sur des épisodes militaires et protection rapprochée.
Pour en arriver aux Arts Classiques du Tao et à l'Ecole San Yiquan.
J'ai essayé de répondre aux questions le plus directement possible.
On est, ensuite, demeurés en contact pour des raisons confraternelles entre auteurs.
Et il y a quelques jours j'ai appris que le "bouquin" était sorti !
Chapeau pour l'éditeur car, de mon coté, je suis plus habitué à des deux ou trois ans de délai...après avoir fourni le manuscrit final.
Et Charles Duchêne m'a proposé de venir dans "ma campagne" pour me le présenter.
Et on a donc été casser une petite croûte au resto local.
Et jeter un oeil sur le livre en question.
Déjà j'ai été fort surpris d'avoir un chapitre entier me concernant, ce qui est fort sympa.
Puis, si on excepte quelques coquilles ou imprécisions, que ce que j'avais dit soit relaté presque strictu-senso sinon verbatim.
Ce qui différencie Charles Duchêne de la plupart des "journalistes" auxquels j'ai eu affaire jusqu'ici qui en prenaient largement à leur aise en racontant à peu près n'importe quoi n'importe comment.
Entre temps j'ai évidemment eu le temps de jeter un coup d'oeil sur les chapitres concernant mes collègues et néanmoins confrères concernés par l'ouvrage.
Et j'ai pu avoir leur point de vue personnel sur le Kung-Fu son origine en France et son évolution, ce qui ne manque pas d'intérêt.
On aimerait bien, évidemment, qu'il y ait UN pionnier.
Et chacun est presque persuadé d'être celui-ci.
Mais il faut se rendre à l'évidence il y a bien eu plusieurs pionniers, chacun étant pionnier dans son propre domaine.
Pour moi le premier demeure néanmoins le Révérent Père Joseph Amiot SJ qui décrivit et fit pratiquer le "Cong-Fou des Bonzes de Tao-Ssè" à la Cour de Louis XV (donc le Kung Fu taoïste !) .
Il est indétrônable mais toujours oublié !
Passons.
Et, après, c'est une question de termes.
Les Arts Vietnamiens sont-ils du Kung-Fu ? Le Kung-Fu kempo est-il du Kung-Fu ? Le Kempo est-il du Kung-Fu ? Le Kung-Fu est-il réellement du Kung-Fu ? Le Taijiquan est-il du Kung-Fu ?
Si on accepte que oui, alors le Kung-Fu en France remonte aux années 30 où des Viernamiens l'enseignaient dans des cellules syndicales chez Renault à Billancourt !
Si on accepte que non il faut alors attendre le scission entre les arts vietnamiens, les arts sino-vietnamiens et les arts chinois dans les années 70.
Mais alors le Kung Fu ne se nommait pas Kung-fu mais Boxe Chinoise !
De même que le Qigong ne ne nommait pas Qigong mais Gymnastique Chinoise !
Avec Hoang Nam qui se trouvait assis le cul entre trois chaises avec son "Kempo" et son "Taidji"; ses titres (officiels !) de Karaté et ses copains Vietnamiens qui ne savaient pas encore qu'ils faisaient du "Viet Vo Dao" puisqu'ils étaient tous enseignants de "Kung-Fu Kempo" !
Et nos amis Chinois, débarqués dans les années 80, persuadés apporter la bonne parole et le "Kung-fu Wushu" officiel et chorégraphique donc chinepopisé.
Chacun a donc agi à sa façon et suivant ses moyens.
C'est ce que relate ce livre et ceci, il faut le dire, très honnêtement et sans trop d'ambages puisque il se situe, ce qui est très rare, "hors fédération".
Ce n'est donc pas un discours officiel et c'est cela qui est intéressant.
Ce n'est donc pas LA vérité mais une certaine vérité et même plusieurs vérités qui peuvent tout à fait cohabiter.
Ce n'est un secret pour personne que Dan et moi ne nous apprécions que fort modérément.
Mais l'un comme l'autre nous avons eu notre "raison d'être" et l'avons encore probablement.
J'ai l'habitude de dire qu'il a eu des élèves que je n'aurai pas eu puisqu'il leur proposait autre chose que ce que je proposai aux miens.
La pire catastrophe pour l'un comme pour l'autre aurait été d'échanger nos élèves.
Il a beaucoup apporté aux siens.
Et c'est, en fait, cela qui compte pour la Pratique et pour son évolution.
Et il en va de même pour les autres "profs".
Qu'on se retrouve, ensemble, dans ce bouquin est simplement un fait et aussi une reconnaissance.
Après on pourra toujours critiquer des points de divergeance ou des erreurs involontaires.
Mais il faut d'abord le lire !

Me consernant j'ai deux ou trois points à préciser afin d'éviter des malentendus.

Page 91
il s'agit, bien évidemment, de Wang Zemin (Wang Tse Ming) qui est mon prof chinois de 1969 à 1979 et non Wang Xiangzhai qui est son professeur de 1939 à 1949.
La même erreur avait été commise dans un "Karaté" par Bénoliel dans les années 80.
Je ne suis donc pas l'élève direct de Wang Xiang Zhai mais de Wang Tse Ming qui fut néanmoins son disciple et dont le nom, qu'on le veuille ou non, est gravé sur sa tombe.
Il eut le seul tort d'avoir eu un ancêtre très connu, Wang Yang Ming, et sa tête fut mise à prix pour cette seule raison, il dut donc quitter le Chine et se réfugia en France en 1949.
Là afin de couper court à toute recherche il prit un nom vietnamien, celui de Wong Tai Ming (Tai Ming Wong) et fut "naturalisé" sous cette identité. Ce qui visiblement ne plaît pas trop à eux qui sont demeurés sur le Continent et sous le régime marxiste-léniniste à la sauce chinepop et qui ont donc collaboré à cette dictature pendant ses années les plus sanglantes. Wang Tse Ming (Zemin) me disait souvent "J'ai été contraint de partir Wang (Xiangzhai) a été contraint de rester".
Je précise encore que depuis 1949 jusqu'à la fin des années 70 il était le seul à enseigner une branche de "Yiquan-Dachengquan" en France sous le nom de sa propre école, comme la tradition confucéenne l'exigeait, Lien Han Chuan (Liannanquan), le "Poing des générations circulaires" ou de "l'engendrement continu".
Nul, avant 1949 n'aurait repris le nom de l'école de son propre Maître ou du Maître de celui-ci.
Il était alors hors de question d'enseigner le Yiquan (nom de l'école personnelle de Li Nenjan ou Li Lo Neng) ou le Ta Cheng Quan (Dachengquan), nom de l'école personnelle de Wang Xiangzhai.
Lorsque le Maître, chef de file de l'Ecole et donc de la transmission de celle-ci, donnait l'autorisation d'enseigner à un disciple il le conseillait sur le nom qu'il conviendrait de donner à la "nouvelle" école.
Celles et ceux qui utilisaient le nom de l'Ecole du Maître Héritier restaient "attachés" à celle-ci et pouvaient enseigner à titre d'assistants ou d'enseignants "internes" mais n'avaient pas reçu l'autorisation de fonder leur propre école (considérée comme un "Clan", une "Famille" (Jia ou Gar).
Il est de fait que certains ne demandèrent jamais l'autorisation d'enseigner en dehors de la structure mère et restaient attachés à celle-ci.
Mais le Maître Héritier qui, lui-même avait reçu l'autorisation de "transmettre" pouvait la transmettre à son tour à un enseignant pour diverses raisons.
Le même phénomène existe en Aïkido où bon nombre de Maîtres réputés ont reçu du Fondateur, Morihei Ueshiba, l'autorisation de "transmettre" l'Aïkido au sein de leurs propres écoles qui alors ne se nomment plus Aïkido mais Ki Non Michi, Ki No Nagare, Katsugen Kai, Yoseikan Budo, Yoshinkan...
Mais dans ce cas il faut alors différencier celles et ceux qui "font de l'Aïkido" (comme on fait la Thaïlande, les Pyramides, son âge, la gueule...en touristes) et celles et ceux qui "transmettent" l'enseignement d'un Maître spécifique et qui alors précisent le nom de l'Ecole.

A la même page, j'ai bien été acheteur chez Gibert Jeune mais, entre-temps, j'avais changé de boulot ét était devenu cadre dynamique (adjoint au Directeur des ventes) dans l'agro-alimentaire.
En 1976 j'abandonne donc cette dernière fonction pour me consacrer exclusivement à l'enseignement.

Page 96 :
Effectivement trois Enseignants m'on demandé formellement l'autorisation de créer leur propre école : John William Squier (Neilian ou Neil Lien - en souvenir de l'école de Wang Tse Ming qui se nommait Lien Han Chuan ou Liananquan) Jean Marie Ragon (Lan Long Yu Lin) et Georges Mongenoty (Jiu He Quan).
Mais, entre temps, j'ai donné une autre autorisation à Jean Luc Saby pour son Ecole
Wang Yang Ming Long Xue.
Et je précise que d'autres Enseignants de valeur préfèrent enseigner sous l'égide de San Yiquan ce qui n'enlève rien !
La liste de ceux-ci est dans ce site.

Page 97 :
il faut lire "sous le regard bienveillant de l'arrière grand oncle (!) de Georges Charles" et non du grand père !
Georges Charles Gordon, alias Chinese Gordon, alias Gordon Pacha, alias Gordon of Khartoum était le frère du mari de mon arrière grand mère mais effectivement Titou, donc Maréchal des Armées Impériales chinoises avec le Titre exceptionnel de "Gardien du Trône". Il était l'un des seuls (y compris des Chinois et surtout des Chinois !) à avoir le droit de porter la tunique jaune et à approcher l'empereur tout en étant armé. L'Impératrice Tseu Hi l'éleva au titre de Hou ce qui correspond approximativement à celui de Marquis.
Ce titre était héréditaire jusqu'à la fin de l'Empire.
Il a donc cessé d'être !

Enfin j'aimerai donner mon avis sur ce qui est dit page 124

"Il n'est pas possible de refaire l'histoire mais je pense que si des personnages comme Dan Schwartz, Georges Charles, Philippe Ngyuen et Wang Wei Guo peut-être assistés de Maître Hoareau se décidaient à unir leur forces, leur compétence et leur volonté de porter les valeurs du Kung-Fu en faisant abstraction totale des ego et d'un quelconque intérêt financier, la discipline aurait tout à y gagner - et; malheureusement, ces puristes compétents ont été exclus, se sont exclus eux-même de cette organisation ou, plus simplement, n'ont pas voulu y participer"

En ce qui me concerne j'ai déjà donné.
Quand en tant que conseiller technique, ou directeur Technique National, je recevais des convocations pour diriger un passage de diplômes le mardi pour le samedi, mais le samedi passé, il m'était difficile d'agir sereinement !
Et de ne pas démissionner tout en ouvrant ma gueule.
Comme dirait Maigret avec ses "chefs de la police" J'ai vu passer 21 Ministres de la Jeunesse et des sports depuis que je pratique et aucun d'entre-eux n'a tenu ses promesses concernant l'autonomie réelle de nos pratiques.
Pourquoi cela changerait-il ?
J'ai préférer permettre aux Enseignants qui se reconnaissent dans notre courant de se regrouper au sein de la Convention des Arts Classiques du Tao.
Et nous ne nous en plaignons pas.
Je n'estime pas avoir été exclu ni même avoir du m'exclure et ne tiens pas à avoir la casquette de l'Antoine Waechter du Kung-Fu, ni même du Bayron du Kung Fu.
Mais je remarquai il y a quelque temps, lors de notre convention, qu'au lieu de perdre du temps à parler de personnes ou de réglements (divers et variés !) nous préférions pratiquer en paix !
C'est la deuxième fois en peu de temps qu'on cite mon nom dans un contexte "fédéral", ce qui réjouit mon ego surdimentionné.
Mais, justement, comme je lutte contre cet ego je m'abstiendrait bien de le satisfaire en disant "OK, on y va !".
On va encore m'accuser, et c'est déjà fait, de garder mon "regard lointain sur la montagne" ou encore de "m'adosser à celle-ci et de contempler la vallée" !
Si il était question de montagne !
Mais comme le dit l'adage chinois "On trébuche plus souvent sur une taupinière que sur une montagne !"
Et des taupes il y en a beaucoup dans ce vaste domaine.
Donc, je ne bougerai pas !

Mais, par contre, je vous conseille ce livre et c'est ben vrai, comme on dit en Normandie.
Et encore bravo pour cette bonne idée.