Que sont les arts martiaux vietnamiens ?

par l'Ecole "Poing des Huit Portes" (Bat Môn Quyên). Membre de la Convention des Arts Classiques du Tao

 

En Chine la question ne se pose pas. Les arts martiaux de la Chine sont des arts martiaux chinois ! Lapalisse n'aurait pas mieux dit.
Le Wing Chun, le Hung Gar, Le Xing I, le Tai Ji Quan, le Choy Lee Fut, Le Ba Gua Zhang, Le Tang Lang, sont des styles. Ils composent le vaste patrimoine des arts martiaux chinois… Ils puisent dans le passé historique de la Chine leur source, affichant les affiliations, les courants d'influence, les fondateurs. Le doute n'est donc pas possible. Pourtant, les styles, les écoles ne se ressemblent pas. Le Hung Gar a une pratique qui lui est propre et qui est différente de celle du Ba Gua Zhang ou du Wing Chun.

Il devrait en être de même au Vietnam, mais le problème de l'histoire des écoles et donc de leur origine et des influences qui les ont modelées est différent et ce, pour plusieurs raisons.

1  Comme le précise monsieur Chau Phan Toan dans une interview accordée à maître Pham Co Gia pour le magazine d'arts martiaux Karaté-Bushido «  beaucoup de maîtres d'arts martiaux vietnamiens refusaient de laisser leur nom à la postérité. Aussi on les appelait par le lieu où ils étaient nés ou par l'endroit où ils exerçaient. Plusieurs patriarches d'écoles sont ainsi inconnus de leurs successeurs.  »

2  La différence apparaît aussi à cause d'un homme, l'empereur Quang Trung, qui au XVIIIeme siècle va mettre en place des écoles d'états militaires, avec des concours mandarinaux à l'échelle nationale, élaborant ainsi un « standard », une référence, une définition de l'art martial militaire. Ce que l'on nommait le Vo Thuat Co Truyên, (art martial traditionnel) allait devoir répondre à des critères très stricts d'efficacités et d'authenticités, car pour se présenter aux concours et espérer devenir mandarin militaire, les épreuves étaient rigoureusement sélectives !

Comme l'explique une thèse rédigée à l'université de Nice (www.net4war.com/history4war/dossiers/vietnamxix/introduction05.htm), il existe une profonde dichotomie sur laquelle repose l'art militaire vietnamien : « l'armée professionnelle de l'état et le peuple. Cette dualité n'est pas toujours effective et n'intervient que lorsque certaines conditions sont réunies. Dans le cadre des guerres opposant l'Etat vietnamien au Champa à l'époque féodale, qui ne nécessitait que la confrontation d'armées régulières, le sort du conflit était généralement hasardeux pour le Viêt-Nam. De même lorsque le peuple s'oppose à l'invasion étrangère et qui plus est française, en 1858, sans le soutien de l'armée gouvernementale, la résistance s'étiole malgré de grands chefs. Quoiqu'il en soit, lorsque le pays est menacé dans son indépendance, "le peuple uni comme un seul homme se lève de façon consciente et de lui-même contre les agresseurs étrangers" de concert avec l'armée régulière. »

Deux grands courants d'écoles se sont donc développés au Vietnam : les écoles militaires, qui préparaient au concours de mandarin militaire, et des courants de pratiques pour le peuple et par le peuple, pour assurer la défense de sa maison, de son village, de ses proches.

Ce que mettent en exergue ces différents points, c'est que :

Premièrement  : il est facilement compréhensible dans un pays sans cesse sous domination ennemie ou divisé par des luttes intestines, que les détenteurs d'un savoir martial cherchent à se protéger par l'anonymat, car ils risquaient d'être les premiers persécutés. Il n'est pas étonnant alors que des traditions martiales se soient développées parfois « sans fondateur », laissant ainsi des écoles se développer sans une historique bien affirmée, handicapant les successeurs d'un désir légitime de reconnaissance et d'affiliation.

Deuxièmement  : Il y a eu une nette cassure entre « le militaire » et « civil » mais la tendance générale était de rejoindre les écoles militaires, car elles seules assuraient un réel prestige social. N'importe qui pouvait se présenter aux concours militaires d'état, autant les élèves travaillant dans des écoles militaires que le simple paysan. Ceci a contribué à développer les arts martiaux dans toutes les couches de la société vietnamienne de l'époque, car même le plus humble, par le biais des concours pouvaient s'élever au rang de mandarin.

Troisièmement  : le contre effet des concours, eut pour effet que des maîtres, refusant cette sélection, se mirent à enseigner leur art pour aller à contre courant de l'état. Mais même alors ce contre effet joua aussi en faveur du développement des arts martiaux, avec les maîtres qui fuyaient les honneurs et se réfugiaient dans les montagnes ou se cachaient avec quelques rares disciples.

Quatrièmement  : l'art martial au Vietnam s'est développé d'une manière officielle, par le biais des écoles militaires d'état afin de lutter contre l'ennemi extérieure et aussi d'une manière officieuse, car tout le monde n'avait pas la culture nécessaire pour se présenter aux concours. Il fallait connaître des Quyên précis, ainsi que des textes de stratégies militaires.

Cinquièmement  : Des écoles se développèrent aussi pour lutter parfois contre l'état, au gré des révoltes familiales désirant obtenir le contrôle du pays et parfois avec l'état, mais sous forme de guérilla. Il va sans dire que ces écoles restaient dans l'ombre. Cette prolifération de conflits et donc de moyens pour s'y opposer, fit que le Viet Nam développa une richesse extraordinaire de courants de pratique différents, militaires et civils, adaptés pour la défense du territoire autant que pour les luttes intestines.

Un texte anglais parut sur Internet sur l'histoire des arts martiaux au Viet-Nam précise (cclib.nsu.ru/projects/satbi/satbi-e/martart/vietnam.html) :  “ Many martial arts were created during XVI-XVIII centuries, when Vietnam was separated in several states. It was a good situation for the developing of martial arts. Many martial arts surfaced during the Tay Son Rebellion (1771-1788), the first serious attempt for unifying the country. The rebel's base was in Binh Dinh Province which still is a place with many martial arts.
The country was finally united at the beginning of XIX century. But during the period of 1858-1884 Vietnam was conquered by France and became its colony. During the colonisation martial arts had to be kept underground and were transferred in family schools only, from father to son. Studying was kept secret, students sweared to never use their martial art without serious reason and to not divulge its secrets.”1

Ce texte tend à confirmer aussi le fait que bon nombres d'écoles, durant la colonisation par les français, apprirent à se développer dans l'ombre, s'entourant de secrets et de précautions, rendant là aussi encore plus difficile le dénombrement exacte des écoles vietnamiennes.
C'est indirectement de cette culture du secret que s'est formé le Viet Vo Dao, qui soutenu par le gouvernement inquiet de voir se développer au Vietnam des pratiques externes telles que le Taekwon Do, le Karaté ou le Judo, favorisa un enseignement de masse, ouvert à tous : “The revival of the tradition in Vietnamese martial arts is connected with Nguyen Loc (1912-1960). He was born in Son Tay (Ha Tay Province, near Hanoi). In 1938, he founded the first club of Vo Thuat for all interested people (including foreigners!). He named his school Vovinam Viet Vo Dao (often referred to as "the best from Vietnamese martial arts").”2

La guéguerre qui a pu (ou peut toujours) exister ensuite sur « mon école est meilleure que la tienne » a peu d'importance.
Autant les écoles civiles que les écoles militaires ont participé à l'histoire du Viet Nam, et participent actuellement à sa richesse culturelle et martiale.

C'est tout ce qu'il est important de retenir  !

 

1 « Plusieurs arts martiaux ont été créés entre le XVIeme et le XVIIIeme siècles, alors que le Viet Nam était séparé en plusieurs états. C'était une situation propice au développement des arts martiaux. Plusieurs de ces arts ont émergé durant la rebellions des Tay Son (1771-1788), la première sérieuse tentative d'unification du pays. Le foyer de la rébellion se situait à Binh dinh, qui était déjà une place de plusieurs arts martiaux. Le pays fut finalement unifié au début du XIXeme siècle. Mais durant la période allant de 1858 à 1884, le Vietnam fut conquit par la France et devint une colonie. Durant la colonisation les arts martiaux durent être pratiqué dans l'ombre et furent transmis dans des écoles familiales uniquement, de père en fils. Etudié se faisait en secret, les étudiants devant jurer de ne jamais utilisé l'art martial sans de sérieuses raisons et de ne pas divulguer ses secrets. »

2 Le renouveau de la tradition au niveau des arts martiaux traditionnels du Vietnam s'est fait avec Nguyen Loc (1912-1960). Il était natif de Son Tay (province de Ha Tay, près d'Hanoi). En 1938, il fonde le premier club de Vo Thuat pour tous ceux qui pouvaient en être intéressé (même les étrangers !). Il appela son école Vovinam Viet Vo Dao (souvent affirmée comme étant « le meilleur des arts martiaux du Viet Nam »)



Histoire d'une méprise ou méprise de l'Histoire ?

Une question de logique... et de terminologie.

Autres faits d'importances...

Un cas d'école.

Une histoire pourtant récente !

Une question de reconnaissance.

Que sont les arts martiaux vietnamiens ?

Un peu d'histoire.

Comment se définissent les arts martiaux de la région de Binh Dinh ?

En conclusion…