Une question de logique... et de terminologie.

par l'Ecole "Poing des Huit Portes" (Bat Môn Quyên). Membre de la Convention des Arts Classiques du Tao

 

Il est légitime et important de s'interroger sur cette phrase citée plus haut qui précise au sujet du terme Viet Vo Dao : «  C'est un terme littéraire vietnamien qui remplace les anciens termes “VOTA” ou “VIETNAM VO-THUAT”. Ces expressions évoquent trop l'orgueil national et ne mettent en avant que l'aspect purement technique de l'Art, laissant de côté le sens de la sagesse.  »

Là encore il convient de comprendre les termes tels qu'ils sont employés.
Vo Thuat Co Truyên est l'expression qui signifie : arts martiaux traditionnels.
Vo Thuat est l'équivalant du terme chinois Wu Shu , qui comporte toute la nuance et la finesse que nous lui connaissons, à savoir que Wu Shu indique clairement une volonté de s'opposer à la violence, une idée de rectitude, un idéal, celui du chevalier (cf magazine Génération Tao Hors série n°1, article « de la droiture à la bravoure » par Daoshi Georges Charles ).
En résumé de cet article, on pourrait dire du terme Vo Thuat qu'il a un sens plus nuancé que « art martial », que « art de la guerre ».
Le sens de Vo Thuat (Wu Shu) serait plutôt «  art de celui qui s'oppose à la violence sans faire pour autant usage de celle-ci  ».
Le signe chinois qui y correspond illustre une main qui arrête une lance.
Le terme Wu Shu nous éloigne en fait du dieu Mars, assoiffé de sang, pour nous rapprocher d'une notion de cessation d' utilisation des armes, et donc par extension de la violence.
Ce terme est donc rattaché à la notion essentielle de rectitude, Gishi en japonais, Zheng en chinois, qui désigne l'attitude particulière, morale et physique, liée à la bravoure chevaleresque.
Est brave, comme un chevalier, celui qui cultive et conserve cette rectitude, ce qui lui permet d'éviter l'usage de la violence.
Comme l'expliquait le maître Wang Yang Ming (1472 – 1529 ) : « Il n'existe qu'une rectitude mais dix mille façons de la perdre ».

A la lumière de cette explication, comment est il possible que le terme Vo Thuat évoque de « l'orgueil national » en ne mettant en avant « que l'aspect purement technique de l'art, laissant de côté le sens de la sagesse » ?

Les légitimes fondateurs de l'art martial du Vietnam, ne sont ils pas tous ces hommes et ses femmes, qui au cours des siècles, et ce depuis pratiquement 214 avant J.C. ont affronté l'envahisseur chinois, mongol, français, laotien, cambodgien, américain, etc., se souciant peu d'établir des synthèses mais tentant tout simplement de survivre et d'empêcher la destruction de la culture authentique et unique du Vietnam ?
Ce sont de ces luttes, de cet instinct et de cette volonté de survie que sont issus les arts martiaux vietnamiens, les techniques du Vo Thuat.

Les chevaliers, généraux, hommes d'armes, maîtres d'armes des temps anciens, pratiquant le Vo Thuat, ne se souciaient donc que de « l'aspect purement technique de l'art, laissant de côté le sens de la sagesse. » ?

Peut on vraiment dire cela de personnage tels que les sœurs Trung, l'empereur Tran Hung Dao ou l'empereur Quang Trung, le héros Lê Loi , les maîtres et maîtresses des écoles de Vo Thuat, qui même de nos jours revendiquent leur appartenance légitime au Vo Thuat ?
Tous ces personnages connus et tous les autres, inconnus, « laissaient de côté le sens de la sagesse » ?
Peut on réellement dire cela d'un pays qui dès le Xeme siècle mêla intimement et officiellement à ses arts guerriers le « Tam Gia », les trois doctrines que sont le confucianisme, le bouddhisme et le taoïsme ?
Peut on réellement croire cela alors que les plus hauts concours militaires pour le doctorat en arts martiaux, exigeaient une connaissance littéraire, tactique, stratégique et philosophique exemplaire ?

 

 

 

 

 


Nguyên Trai, grand lettré vietnamien du XVe siècle, écrivait : "Plus la menace extérieure se fait pressante, plus elle commande la paix à l'intérieur de nos frontières. La force ou la faiblesse d'une armée ne dépendent nullement du nombre mais s'inspirent des grandes vertus d'humanité et de justice. Ainsi nous l'ont enseigné le roi moine et le généralissime Trân Hung Dao. Qui possède l'humanité peut s'appuyer sur la faiblesse pour subjuguer la force. Celui qu'anime la justice peut opposer un petit nombre au plus grand nombre". La sagesse ne semble pas être mise de côté dans ses dires…
Peut importe ce qui motive la démarche apparemment hégémonique des fédérations actuelles de Viet Vo Dao qui désirent mettre en avant leurs écoles.

L'important est que l'histoire est altérée par cette déclaration, car avant le Viet Vo Dao existait le Vo Thuat, et rien ne justifie son oubli et encore moins son remplacement !

« Note Importante sur le terme Viet Vo Dao :

Il ne doit être lié qu'au seul style Vovinam. Lors de la création de la première fédération regroupant les arts martiaux vietnamiens en 1973, le Maître Patriarche Le Sang autorisa les fondateurs à regrouper les différents styles sous le nom générique de Viet Vo Dao. Depuis, ce terme continue à être utilisé en France par tous les styles vietnamiens.
Au Vietnam, le terme Viet Vo Dao est exclusivement réservé au Vovinam VVD. »



Histoire d'une méprise ou méprise de l'Histoire ?

Une question de logique... et de terminologie.

Autres faits d'importances...

Un cas d'école.

Une histoire pourtant récente !

Une question de reconnaissance.

Que sont les arts martiaux vietnamiens ?

Un peu d'histoire.

Comment se définissent les arts martiaux de la région de Binh Dinh ?

En conclusion…