Les pratiques de longue vie en Chine Georges Charles
Depuis plusieurs millénaires, il existe en Chine un complexe impressionnant de théories, de principes, de techniques, de pratiques et de recettes censées permettre à l’individu de bénéficier d’une longue espérance de vie tout en menant celle-ci à son terme dans les meilleures conditions. Il n’est pas de texte classique qui ne fasse référence, d’une manière ou d’une autre, référence à cette espérance qui eut, et qui possède encore, une influence sur la pensée philosophique, sur la médecine, sur la cuisine, sur l’habitat, sur les pratiques corporelles fussent-elles sportives ou martiales et, dans une certaine mesure, sur l’organisation même de la société...donc de la politique. Ce complexe, dans les deux sens du terme, implique que l’âge, et même le grand-âge, demeure considéré positivement puisqu’il est le gage d’une vie bien gérée et réussie, donc d’un exemple à suivre. Comme très souvent, en Chine, on retrouve dans ce fait une notion très simple de continuation et de pérennité qui prend sa source dans un syncrétisme philosophoci-religieux basé sur le concept que " Les Trois Enseignements ne font qu’Un " (Sanjiao Heyi). Cette théorie, née pendant la dynastie des Han (206 av. JC. 22O apr. JC) implique bien évidemment les courants de pensée issus du confucianisme, du taoïsme et du bouddhisme qui, mis en pratique dans la vie quotidienne, se fondent dans une unité réunissant des cultures savantes et des recettes populaires. Plus que partout ailleurs on retrouve donc une symbiose entre la tradition classique et le folklore, la pensée scientifique et les recettes de bonnes femmes (ou de bonne fâme...), la religion et le pragmatisme, l’ancien et le nouveau, le meilleur et le pire...Donc, en utilisant un cliché éculé, du Yin et du Yang. Dans un précédent article Patrick Shan nous expliquait quelles furent les contorsions nécessaires pour tenter de faire cohabiter la théorie plusieurs fois millénaire de la Médecine de l’Empereur Jaune avec la dialectique marxiste léniniste à la sauce chinoise et le modernisme pragmatique à l’occidentale. Si cela n’était vrai qu’à l’échelon de la médecine tout serait encore trop simple ! Lorsque l’on croit la Chine réveillée pour aborder d’un pas décidé notre troisième millénaire c’est qu’elle rêve tout simplement à un futur conforme à ce que fut sa puissance d’antan. Or, en Chine, la notion de temps n’existe pas puisque même au niveau des conjugaisons de la langue le passé, le présent et le futur se confondent. " Autrefois " c’était hier soir ou il y a trois mille ans... " Prochainement ", cela peut donc être après demain matin ou dans quelques siècles... " De nos jours " peut donc aussi bien signifier la semaine dernière que depuis l’avènement de la république sans, par ailleurs, préciser de laquelle il s’agit. Entre " autrefois je suis étudiant à Paris " et " prochainement je suis en retraite " il existe donc une large marge se limitant, malgré tout à la durée d’une vie humaine. Il en va autrement si on affirme " autrefois le médecin explique à son patient quelles sont les plantes utiles à sa santé " ou " prochainement la Chine devient un pays démocratique " ceci avec une marge d’erreur probable de quelques millénaires. Lorsqu’on se réfère, par exemple, à l’Empereur Jaune, toujours lui, bien malin est celui qui serait capable de préciser s’il s’agit de celui dit de l’époque des Cinq Empereurs et qui aurait accédé au pouvoir en 2697 av. J.C. ou de son illustre successeur qui inaugura la dynastie des Qin (Tsin) en 221 avant notre ère. Ces deux Empereurs Jaunes se confondent souvent en un à qui on attribue sans sourire l’invention du calendrier, de l’acupuncture, des pratiques de longévité, la normalisation de l’écriture et des essieux de charrettes...Dans ces conditions particulières à la Chine Laozi (Lao Tseu), Kongzi (Confucius), Fo (le Bouddha), Wangdi (l’Empereur Jaune), Le Grand Timonier, l’Or devenu depuis peu le Dollar se confondent allègrement dans une vaste entreprise sans début et sans fin satisfaisant, ou peu s’en faut, la population la plus nombreuse et la plus industrieuse de la planète. Si il existe toujours quelques contestataires, marginaux et minoritaires par essence, il demeure donc, dans une sorte de fond sonore, pour ne pas parler de musique d’ambiance, des solutions incontournables et ayant fait leurs preuves pour régler le principal problème de l’être humain...la vie. Un proverbe chinois résume admirablement cette philosophie hautement matérialiste : " Lorsque tu te réveille le matin et que tout va bien c’est probablement que tu es mort ". Cela implique que des valeurs sures, issues de ces " Trois Enseignements " et de ceux qui en découlent, ont la vie dure. Dans le chapitre confucéen, ou confucianiste, on relève le Ren (Jen), à peu près intraduisible, qui considère que l’homme vit au milieu de ses semblables et qui vise donc à instaurer une relation tant profitable à soi qu’à autrui dans le respect de l’autre et surtout d’une hiérarchie pyramidale incontournable. Chacun se doit donc, par le biais de la réforme personnelle, de se retrouver à sa place en pratiquant la " vertu du juste milieu " (Zhongyong). La recette est simple puisqu’il s’agit, en fait, de penser et d’agir comme il se doit. Quand on demandait à Confucius en quoi consistait cette vertu il affirmait " Que l’Empereur se comporte en empereur, que le Prince se comporte en Prince, que le Ministre se comporte en ministre, que le Père se comporte en père et que le Fils se comporte en fils ". En extrapolant il est donc important que la personne âgée apprenne à bien vieillir et que les plus jeunes lui facilitent cette étude. On en arrive donc assez rapidement à la piété filiale (Xiao) sans laquelle il n’existe ni Ren ni juste milieu. Elle a pour but de relier les divers éléments en présence...les morts et les vivants au travers du culte des ancêtres, l’empereur (ou le président...) avec ses sujets, le supérieur et le subordonné, le père avec le fils, le frère aîné avec le frère cadet...ect.
Cela se complique quelque peu lorsque ces liaisons se croisent dans les rapports mari et femme, belle-mère et belle fille, grand-père et petite fille et devient un casse-tête chinois quand il convient de préciser les relations subtiles entre l’ami du cousin et la nièce du contremaître. En cas de litige ou de doute, et ils sont nombreux, l’âge demeure le critère absolu. Qui dit âge dit ancien. L’ancienneté dans tous les domaines demeure donc le mètre étalon indispensable à l’organisation rationnelle d’une échelle de valeur fort pratique. L’ancien prime donc sur le récent, l’habitué sur le nouveau, le plus vieux sur le plus jeune. Dans toute la Chine on se prépare donc assez tôt à être ancien habitué et vieux. La gérontocratie chinoise possède encore de beaux jours devant elle et si on note ces toutes dernières année un certain rajeunissement des cadres, dans les très hautes sphères il demeure encore bon nombre d’octogénaires et de nonagénaires sinon de centenaires. Notre Sénat, à coté de certaines chambres, semble encore constitué de poulets du jour. Lorsqu’on apprend que l’idéogramme de la piété filiale (Xiao) représente tout simplement un enfant (Zi) portant sur son dos un vieillard (Lao) on imagine que toute la société chinoise, toujours fortement imprégnée de confucianisme, met un point d’honneur particulier à respecter les cheveux blancs. L’idéogramme Lao représente, par ailleurs, un homme dont les cheveux et la barbe blanche flottent dans le vent. Sur certains sujets Confucianistes et Taoïstes ne font pas toujours bon ménage mais, dans le cas particulier de l’âge, donc de la longévité ils semblent, pour une fois en harmonie. Il serait difficile qu’il en soit autrement puisque cette fameuse piété filiale si chère aux confucianistes se compose justement des deux idéogrammes Zi et Lao qui, écrits horizontalement au lieu du vertical, forment simplement le nom de l’auteur du Daodejing...Laozi. Le " Vieil Enfant " constitue donc un autre modèle de sagesse et de longévité et, de tous temps, les adeptes du Tao ont recherché, par les moyens les plus divers, sinon l’immortalité, du moins à vieillir plus jeunes. La plupart des préceptes et des pratiques taoïstes visent donc à protéger, à entretenir puis à amplifier l’énergie vitale en vue d’une longue vie (Yangsheng) bien remplie et se terminant en apothéose. Les Bouddhistes, pour ne pas être en reste, proposent depuis le sixième siècle de notre ère, donc l’arrivée de Boddhidharma (Potitamo ou Daruma) au Monastère de la Petite Forêt (Shaolin Shi) un ensemble de pratiques corporelles et prophylactiques permettant également de conserver le plus longtemps possible la santé et la vitalité. Les Patriarches de ce Temple ont toujours, malgré leur grand âge, mis un point d’honneur à les transmettre aux plus jeunes. Ces " Trois Enseignements qui n’en font qu’Un " (Sanjiao Heyi) sont donc à l’origine d’un vaste complexe qui a principalement pour but de permettre d’atteindre, sans trop de contrainte, cette fameuse longévité (Shou) qui demeure le souhait le plus estimé de plus d’un milliard d’invidus réputés pour leur pragmatisme. La principale particularité de cette pratique de longue vie est donc sa longévité ce qui est la meilleure preuve de sa vitalité.
Les principes essentiels :
Une importante loi de la métaphysique chinoise précise " L’énergie (Qi) meurt où commence (Sheng) (...où naît ; où s’engendre...) la forme (Xing) sauf ci celle-ci est animée d’un mouvement (Dong) ". Ce principe a été exprimé d’une autre manière par Zhang Zai (Tchang Tsai) (1020-178), précurseur des néo-confucianistes de la dynastie Song, dans le Yishuo (Explications sur les mutations) puis repris dans le Zhengmen (Initiation correcte) : " Le Qi (énergie vitale, principe vital) prend son origine dans le vide. Il est pur, un et sans forme. Sous l’effet de la stimulation il donne naissance au Yin/yang et, ce faisant, se condense en figures visibles. Lorsqu’une créature naît, le Qi, jour après jour entre en elle et se condense. Lorsque cette créature atteint et dépasse sa maturité, le Qi se retire graduellement d’elle et se disperse ". Cette loi et cette affirmation incitèrent à considérer que d’une part le mouvement animant la forme est essentiel à la survie et que d’autre part il convient d’éviter d’atteindre le point de non-retour, le dépassement de la maturité, où l’énergie se retire et se disperse. Le principe essentiel des principes de longévité consiste donc à favoriser le mouvement, donc à éviter la stase, tout en évitant de gaspiller l’énergie ce qui provoquerait un vieillissement prématuré. Cela se résume, en chinois, par une formule toute simple " Serrer ferme (Pi Quan) et conserver l’Unité (Zhou Yi). Il est possible de comprendre alors que si les structures anciennes sont animées par un mouvement de régénération, ceci sans effort excessif, elles sont alors susceptibles de se pérenniser sans pour autant devenir obsolètes.
Ce fait est observé au niveau de la pensée chinoise en ce qui concerne les enseignements propres au confucianisme, au taoïsme et au bouddhisme qui, bien que fort anciens, n’ont jamais cessé de s’adapter tout en conservant leur identité. Cela a toujours fortement influencé, et influence encore, la politique et, partant, la vie de chaque jour. Le fameux principe de " piété filiale ", par exemple, est, dans la plupart des pays d’Extrême-Orient (Chine, Corée, Japon, Singapour...) toujours le modèle servant de base au système de retraite. Il demeure aux enfants et aux descendants directs de prendre en charge les parents âgés. Ces derniers se font, par contre, un devoir de ne pas surcharger la famille par des dépenses de santé excessives en restant, le plus longtemps possible, en bonne forme. Cela, en Occident, nous semble une utopie mais, sur place, fonctionne très bien. Excessivement rares sont donc les personnes âgées dans le besoin ou abandonnées à la charge de l’état. Cette recherche de prospérité et de respect mutuel entre les générations n’engage au niveau de l’état, donc du contribuable, que très peu de charges. Un ministre singapourien affirmait, en bon français et non sans humour, il y a peu de temps " dans vos pays, à force de confier aux autres le soin d’organiser votre retraite elle se transforme peu à peu en déroute... ". Mais, cela nécessite bien évidemment de ne pas attendre la dernière extrémité pour entreprendre et pour prévoir. Aucun des systèmes, des principes, des méthodes, des recettes de longévité ne constitue en lui-même une panacée de dernière minute. De nombreux occidentaux s’étonnent, par exemple, de la vivacité, de l’équilibre, de la précision, de la tenue de personnes très âgées qui pratiquent le Taijiquan ou les " QiCong ". Ces personnes âgées constituent donc évidemment un exemple que l’on souhaiterait imiter. On oublie simplement de préciser que dans l’immense majorité des cas ces personnes ont commencé cette pratique justement avant d’être âgées et ne font donc que l’entretenir sans effort tant sur un plan physique que dans la mémorisation du système. Ce dernier est simplement intégré dans leur vie habituelle depuis des années. Lorsqu’une personne chinoise ou japonaise âgée pratique depuis plusieurs années, voire depuis plusieurs dizaines d’années, son équivalent occidental envisage de s’inscrire prochainement à un cours. Jusque dans le calendrier il est significatif de constater que les saisons chinoises sont en avance sur les nôtres. Lorsque l’oriental prévoit et agit l’occidental constate...et souvent critique.
La nutrition (Yinshi)
Elle demeure la base fondamentale des principes de " Longue Vie " (Yangshen) et constitue le meilleur moyen d’entretenir la santé. Cela était connu en Occident (...que ton aliment soit ton médicament...) mais a quelque peu été oublié. On redécouvre donc depuis peu les " nutriments " et autres " nutricaments ", sortes de cautères sur une jambe de bois au vu des multiples déséquilibres alimentaires générés par l’uniformisation industrielle de nos plats cuisinés dont la pire expression demeure le fast-food. On prétend donc dynamiser des aliments dont on a enlevé toute vitalité. Hormis dans le domaine du " Bio " on ne considère donc que le quantitatif au détriment du qualitatif et l’aliment au détriment de la cuisine. Cette tendance incite même ceux qui étudient la diététique chinoise à ne prendre en compte que l’aliment en fonction de ses particularités et à ne considérer que les textes médicaux en oubliant l’essentiel qui est le global. De ce simple fait les " aliments de longue vie " prennent le pas sur la " cuisine de longue vie " et deviennent l’arbre qui dissimule la forêt. Pourtant, ces principes fondamentaux de " diététique " avaient déjà été exprimés par Kongzi, alias Confucius...Ce dernier, pourtant très cité à tors et à travers par les beaux esprits qui lui attribuent sans vergogne à peu près n’importe quelle affirmation enchinoisée, est toujours passé sous silence dès qu’il s’agit de simplicité et d’efficacité...On préfère donc ce qui est compliqué et inutile car cela est plus rentable. " Les règles prescrivent de se conformer aux saisons de l’année, d’offrir des repas du pays où l’on est, de s’accomoder aux désirs de l’esprit, aux inclinaisons de l’homme, à la nature des choses. Ainsi chaque saison aura ses productions particulières, chaque terrain ses plantes favorites, chaque homme les mets qui lui conviennent. Ce que la saison n’a pas produit, ce que le sol n’a pas nourri, un homme sage ne l’offre pas. Si les habitants d’une montagne aride offraient du poisson, si les habitants du bord d’un lac offraient des sangliers, un sage dirait qu’ils ne connaissent pas les règles de santé. En ce qui concerne ces règles, il faut considérer en premier lieu le temps (l’âge), en second lieu l’ordre établi par la nature (les saisons), en troisième lieu la qualité (le terroir), en quatrième lieu ce qui convient à la condition des personnes et des circonstances (le moment donné) et en cinquième lieu la proportion (les recettes) ". Chapitre 8 Article 1 Liji (Li Ki) Livre du Rituel. Que dire de plus que Confucius ? Ces quelques lignes en disent beaucoup plus que de multiples ouvrages sur le sujet de la diététique tout en laissant une large liberté d’interprétation et d’application. Si on ajoute à cela le respect du juste milieu (Zhongyong), donc d’éviter l’excès et le défaut, l’excès de défaut et le défaut d’excès on aboutit à quelque chose de très réaliste dans le domaine de la cuisine de santé. Inutile de se couvrir la tête de cendres pour ingérer de l’insipide ou de l’artificiel mal préparé sous le seul prétexte que c’est bon pour la santé puisque scientifique. Concernant la nutrition de longue vie, donc destinée non pas aux vieillards mais à tous ceux qui souhaitent vieillir plus jeunes, les règles essentielles tiennent dans un petit nombre de principes simples et efficaces qui, pour cette raison, ne sont que rarement suivies : Ne pas consommer d’aliments trop riches ni trop pauvres ; ne pas consommer trop d’aliments crus ni d’aliments trop cuits ; ne pas consommer d’aliments ou de boissons trop froids ou trop chauds ; ne pas consommer d’aliments trop durs ou trop mous ; ne pas consommer d’aliments trop salés ou trop sucrés ; ne pas consommer d’aliments trop acides ou trop amers ; ne pas consommer trop d’épices ou trop d’excitants (...vin, alcool, café, chocolat) ; éviter de passer un repas, de manger trop souvent ou de passer à table trop tôt ou trop tard ; éviter l’excès de produits trop sauvages (gibiers, fruits de mer, fruits et légumes sauvages) ou trop élaborés ; éviter les produits insipides ou à saveur et odeur trop forte ; éviter d’avoir trop faim en passant à table et de ne plus avoir faim en sortant de celle-ci ; éviter les trop grandes quantités du même produit et les mélanges trop complexes ; éviter le trop froid en été et le trop chaud en hiver...
Demeurent, évidemment, les fameux " aliments de longue vie " ainsi que certains adjuvants qui commencent, par ailleurs, à être connus en occident...les champignons parfumés (Lentinus enodes) alias Shii Take, Xiang Gu ou Mu Er contenant plusieurs substances antivirales, antitumorales dont le fameux lentinan désormais utilisé en tri-thérapie...Les ailerons de requin(Yu Qi) et les nids d’hirondelles(Yan Wo), plats très réputés mais qui commencent, à juste titre, à être décriés par les défenseurs de la nature...le ginseng (Renshen) dont les multiples propriétés, si la racine est de qualité, ne sont plus à remettre en cause et qui, traditionnellement est utilisé en adjuvant dans la cuisine...le champignon du thé (aspergillus orizae) qui sert à ensemencer de nombreuses préparations (sauce de soja, tamari, tempeh, miso... sans oublier le saké) et à préparer le " kombucha ", boisson régénérante ressemblant au kéfir...les abalones (Bao Yu), ou ormeaux qui, consommés frais ou séchés régénèrent l’énergie vitale (Qi) et le principe essentiel (Jing)...les champignons nuages Yun Er), une espèce de champignon parasite du bois (Helvella sinensis) qui se consomme en entremets sucrés...Un champignon parasite (Cordyceps sinensis) ou Yertsa Kombu qui allié à la chair du canard servi en potage est souverain contre les rhumatismes...La méduse séchée et salée (Shui Mu) ; les huitres séchées et fumées (Xiang Hao) ; l’holoturie ou bêche de mer (Hai Shen) utilisés tant en médecine traditionnelle qu’en cuisine...sans oublier les letchis séchés (Li Zhi), les dattes rouges (Mi Zao), les azérolles ou prunes séchées et salées, la racine de lotus...ect. Mieux vaut oublier les os de tigre, les écailles de pangolin, la vésicule biliaire d’ours, la corne de cerf, les testicules de castor, les hippocampes, gecko et autres foetus séchés...et la corne de rhinocéros qui sont plus du domaine du folklore malsain que des préceptes authentiques animant les principes de l’art de longue vie.
L’art de la chambre à coucher
Il s’inclut naturellement dans les pratiques de " longue vie " puisque l’acte sexuel et ses prémices est la meilleure figuration de l’union des contraires au travers de l’échange des énergies Yin/Yang, de l’énergie vitale (Qi) et du principe essentiel (Jing). Il est donc toujours conseillé par les praticiens du Tao qui voient dans les " Jeux des Nuages et de la Pluie " (Yun Yu Shi) un bon moyen d’entretenir la santé et la vitalité et ceci jusqu'à un âge avancé. Diverses pratiques sexuelles s’assimilent, par ailleurs, à la méditation taoïste et aux pratiques d’alchimie interne (Neidan) et permettent, moyennant quelques précautions, de régénérer l’énergie sans pour autant la gaspiller inutilement. La plupart de ces pratiques, contrairement à ce qui est parfois affirmé, nécessitent un accord, une harmonie entre les deux partenaires ainsi que le respect de l’identité de chacun. Il ne peut être question d’utiliser l’autre pour parvenir à ses fins dans une notion de mépris ou de domination. On a, dans ce domaine, beaucoup trop souvent insisté sur le rôle actif de l’homme et sur la passivité de la femme objet qui lui servirait uniquement de moyen. La tradition chinoise indique que l’Empereur Jaune aurait été initié par trois femmes et il est donc peu vraisemblable que le rôle de ces dernières se soit limité à servir de faire valoir à la virilité masculine ceci sans contrepartie. Ce souhait qu’ont la plupart des chinois âgés de vouloir prouver leur virilité à tout prix se manifeste particulièrement dans de multiples recettes permettant de " renforcer le Qi et d’augmenter le Jing " avant l’acte et d’éviter de les gaspiller pendant. Ce faisant ils utilisent de nombreux produits de la pharmacopée traditionnelle, cités précédemment, et se livrent à des pratiques gymniques et respiratoires, ayant certaines relations avec le tantrisme, qui leur permettent, une fois de plus, de se maintenir en bonne forme physique et intellectuelle. Lorsqu’il n’existe pas de restriction sur le nombre d’enfants autorisés par couple, le toujours fameux principe de piété filiale incite à une nombreuse descendance et au fait que celle-ci soit le plus vivace possible. On tient donc réellement compte des circonstances les plus favorables à l’harmonie du couple puisque cette dernière conditionne, pour une grande part, le résultat obtenu à la naissance. Comme pour la nourriture il existe donc des principes simples à respecter pour ce faire...Les moments les moins favorables sont liés aux perturbations climatiques ou individuelles : éviter de pratiquer l’acte sexuel lorsqu’il y a de l’orage, de la tempête, un trop grand froid, une trop grande chaleur, trop d’humidité ou de sécheresse, trop tôt le matin ou trop tard le soir, lorsqu’on est en colère, fatigué, lorsqu’on a trop mangé ou trop bu, lorsqu’on a des soucis, lorsqu’un des deux partenaires n’a pas envie, éviter que l’acte soit trop court ou se prolonge trop longtemps sans parvenir à conclure...En cas de défaillance il est tout à fait admis d’avoir recours à la littérature ou aux estampes érotiques toujours fort prisés lorsque l’interdiction et la censure ne sévissent pas.
Les pratiques psychico-corporelles de longue vie.
Il y aurait de quoi remplir dix ouvrages sur ce sujet puisque toutes les pratiques traditionnelles chinoises visent à entretenir la vie et la vitalité. Qu’il s’agisse d’Arts Martiaux (Wushu), de Taijiquan (Tai Chi Chuan), de " QiCong " de Tao Yin (Daoyin ou Do In en japonais), de massage et d’automassage, sont destinées à protéger la vie et à entretenir l’énergie (Qi) tout en éveillant l’esprit (Shen). Originellement les " Arts Martiaux " (littéralement Wu Shu ou " Art du Brave qui s’oppose à la violence ") servaient plus à l’auto-protection qu’au fait d’attaquer ou de vaincre autrui. Il s’agissait de " renforcer l’interne (l ‘énergie) tout en protégeant l’externe (le corps) " contre toute sorte d’agression. Le principe est simple...rien ne sert de faire attention à sa santé grâce à la nutrition, l’exercice, la respiration si on se retrouve en mauvais point pour s’être fait casser la figure par le premier venu et pour n’importe quelle raison. Le fait de savoir et de pouvoir se défendre rentre donc, très pragmatiquement, dans le cadre des pratiques de longue vie ! Il semblait, d’autre part, dangereux de mettre sa santé en péril en apprenant à se défendre et en se faisant casser la figure plusieurs fois par semaine pour éviter un hypothétique combat. Traditionnellement ces pratiques se veulent donc respectueuses du corps et ce n’est qu’une dérive récente qui autorise sinon oblige le pratiquant à des actes contraires à ce respect de soi-même et d’autrui. Le fondateur présumé du Taijiquan, Zhan Sanfeng (Chan San Feng), ainsi que ses successeurs des Ecoles Chen, Yang, Hao, Sun...ont souhaité aller encore plus loin et proposer une pratique qui non seulement soit utile à l’autodéfense mais puisse accroître le potentiel énergétique donc vital. Il fut le premier à affirmer " L’Art du Poing ne doit pas servir à écourter la vie des autres mais à prolonger la sienne ". Il ne s’agit donc plus d’une technique de mort impliquant la mortification mais d’un art de vie utilisant la vivification. De ce fait nombreuses sont les personnes âgées qui peuvent pratiquer, à condition de ne pas attendre trop tard, puisqu’il ne s’agit plus d’une technique de combat ni d’une discipline sportive telles qu’on les comprend en Occident. Quand à l’efficacité " martiale " de ces pratiques il convient de savoir et de répéter qu’elles visent plus à obtenir un bon équilibre physique, émotionnel, psychique qu’à se mesurer au GIGN, à une troupe de Ninjas ou à un Samouraï...donc de se croire invincible, ce qui, dans ce domaine est très risqué. C’est cet équilibre profond qui permet, dans une immense majorité de situations, d’éviter de se retrouver confronté à l’agression ou de mieux faire face à celle-ci si elle se produisait malgré tout. Le reste est fantasme. En ce qui est des multiples pratiques énergétiques elles ont pour unique but de permettre à l’énergie vitale de mieux circuler tout en évitant le gaspillage inconsidéré de celle-ci. Elles se basent, au travers de multiples tendances, sur un contrôle conscient de la posture, du mouvement, de la respiration, de la sensation dans le respect des possibilités physiques propres à chacun. Une fois encore, Confucius exprimait un sage conseil en affirmant " En matière de pratique dans les rituels le pauvre n’est pas censé dépenser au delà de ce qu’il peut ni le faible de faire des efforts inconsidérés ". En un mot comme en cent il faut d’abord ne pas surestimer ses moyens et fuir l’enseignant qui prétendrait le contraire surtout lorsqu’il se prétend dépositaire de la tradition chinoise. Plus traditionaliste que Confucius est suspect. Ces diverses pratiques peuvent donc être abordées avec beaucoup de bienfait à la condition expresse de ne pas dépasser ses limites...ne pas maintenir une position trop longtemps, ne pas pratiquer trop vite ou trop lentement, ne pas se bloquer ni se laisser aller, ne pas utiliser de postures ou de mouvement allant à l’encontre des possibilités articulaires, tendineuses ou musculaires...ne pas pratiquer excessivement l’hyperoxygénation ni la rétention respiratoire, ne pas croire l’enseignant qui prétend qu’en vous faisant mal il vous fera du bien, ne pas se laisser entraîner dans ses problèmes particuliers de reconnaissance ou de fédération. Ce faisant vous pourrez pratiquer de longues années sans trop vous poser de question et transmettre ce savoir à vos arrières petits enfants. Mais, n’oubliez jamais qu’il est essentiel de savoir qu’il n’est jamais trop tôt pour bien faire.
Pour en savoir plus :
Sur la nutrition :
Savoir manger pour savoir vivre par Mian Sheng Zhu, Michel Angles, Siavoch Darakchan aux Editions du Rouergue.
Exposé pratique et concret des principes de la diététique chinoise avec de nombreuses recettes.
Sur les pratiques de longévité chinoises :
Les secrets de la longévité par Liu Zhencai Editions en langues étrangères Pékin distribué par E 100 12, résidence de Belleville 75019 PARIS. D’autres titres (diétothérapie, exercices chinois de santé, massages, art de la chambre à coucher...) sont proposés par ce distributeur spécialisé dans les traductions d’éditions chinoises.
H.S. N° 36 et 39 de La Vie Naturelle sur la Médecine chinoise et la diététique chinoise.
Traité d’Energie vitale ; Taiji Quan par l’auteur aux Editions Encre.