Le "Qigong" un art millénaire qui se tourne vers l’avenir de la santé...

La Santé de l’avenir

Par Georges Charles


Qi Gong

Votre corps doit s'exprimer !

Il y a quelques années un professeur de médecine, prix Nobel de surcroît,
affirmait : "La santé c’est le silence du corps".


Depuis, heureusement les choses ont quelque peu changé et on s’est petit à petit rendu compte qu’un corps qui s’exprime n’est pas forcément malade.

Ce manque d’expression corporelle comme credo médical rappelle un peu trop le fameux panneau "Hôpital Silence" ou celui, non moins redoutable, de la "Voie sans issue" que l’on retrouve à l’entrée de nombreux cimetières.

 

Hopital silence !
Hôpital Silence - Chut ! Taisez-vous ! Fermez-là ! Ta gueule !


Cette vision de la santé par défaut, donc négative, est particulièrement déprimante.

Elle implique une médecine uniquement basée sur la maladie puis sur son absence.

Or, il est de coutume d’affirmer, qu’à l’inverse, la médecine chinoise est une médecine basée sur la santé puisque le médecin chinois percevait une indemnité tant que ses patients se portaient bien mais cessait d’être payé lorsqu’ils tombaient malades.


A l’inverse de son collègue occidental il avait donc tout intérêt à axer son action principale, sinon tous ses efforts de praticien, sur la prévention.

Il est significatif de constater que les pratiques chinoises de santé étaien jadis regroupées sous le vocable générique de Yang Sheng Fa, littéralement pratiques, ou techniques, qui entretiennent la vie.

Les sages de la Chine classique avaient remarqué que la vie, et son entretien, passaient par le mouvement, la respiration, la circulation et l'activité du Shen (pensée ou Esprit).

Il convient donc de faciliter tout ce qui entretien le mouvement, la respiration, la circulation et l'activité cérébrale.

A l'opposé, en Occident le médecin constate le décès lorsqu'il n'y a plus de mouvement, plus de respiration, plus de circulation et plus d'activité cérébrale.

Donc lorsque ces fonctions ont cessé.

Et on peut alors parler de "médecine légale" qui est la médecine des morts !

Pourquoi n'existerait-il pas, à l'opposé une médecine des vivants qui ne soit pas pour autant illégale !

Dans cette hypothèse il est donc fort probable que la médecine chinoise se soit plus volontiers tournée vers une vision empirique mais pragmatique de la santé que vers le traitement scientifique de la maladie.

Cette conception chinoise d’une santé positive est donc principalement basée sur le mouvement et l’expression.

Et même et surtout l'expression corporelle puis le fait de s'exprimer librement.

 

Rétablir le mouvement, faciliter le mouvement, harmoniser le mouvement, accroître le mouvement, utiliser le mouvement sont autant d’étapes essentielles qui caractérisent cette médecine originale que nous découvrons peu à peu.


Pour ce faire l’acupuncteur utilise l’aiguille et le moxa - petit cône d’armoise qui se consume lentement en chauffant un point spécifiquement choisi - qui ont pour fonction de mobiliser ce fameux Qi (qui se prononce Tchi en chinois et Ki en japonais).


Le masseur utilise ses doigts et ses mains, parfois même ses coudes et ses pieds, toujours pour mobiliser ce Qi dans les membres, les méridiens ou les organes.


Le praticien de pharmacopée chinoise utilise les substances végétales, minérales et animales dans la même optique.

On dit, en effet, que telle ou telle substance agit sur le mouvement de l’énergie d’un méridien ou d’un organe et, ainsi, permet de traiter telle ou telle affection.


Le diététicien chinois agit, quant à lui, et toujours pour les mêmes raisons, grâce aux saveurs, aux couleurs, aux odeurs, au textures et aux natures des aliments.

Aucun Chinois ne s’étonne donc lorsque son médecin, à qui il porte autant de confiance que nous portons en notre propre médecin, lui indique que tel aliment de telle couleur cuit de telle manière et assaisonné de telle façon agit sur l’énergie du cœur ou des reins et peut, en conséquence, permettre d’éviter un type d’affection ou en traiter un autre.


Le praticien de "Qigong", également considéré en Chine comme un praticien de santé, donc un médecin à part entière suivant sa qualification et sa spécialisation, utilise quant à lui le souffle et le mouvement.


En fait "Qigong", qui se prononce en réalité Tchi-Kong, signifie littéralement "Travail du Souffle" (ou pratique énergétique !).

Qi (Chi ou Tchi) représente, en effet à la fois le souffle, l’énergie et la vitalité.

Gung (Kong ou Kung) décrit un travail réalisé.

C’est le même caractère que l’on retrouve dans le fameux "Gongfu" (... le "Kung-Fu" de Bruce Lee ou de Kwai Chang Caine... ).

Dans les deux cas il s’agit d’un terme très récent mais percutant destiné à l’exportation vers l’Occident de pratiques chinoises fort anciennes.

Ce fameux "Qigong" fait donc partie, depuis fort longtemps, de l’arsenal médical chinois permettant au patient chinois d’éviter de nombreuses maladies et donc au médecin chinois de dormir sur ses deux oreilles.


Ce "Travail du Souffle" qui favorise la santé et qui est principalement basé sur la coordination entre mouvement, respiration, sensation est désormais présent et pratiqué en Occident et en France où il connaît, par ailleurs, un certain engouement. Il permet de retrouver l’essence de la signification étymologique, souvent oubliée, de la "respiration" : relier, mettre ensemble (Re) l’esprit (Spir) et l’acte (Ation, axion, action)... et probablement de mieux aboutir à la méditation comme "Agir (Ation) Centré (Médius)".


Ce simple fait d’agir centré, donc en conservant l’équilibre du mouvement et de l’énergie, permet simplement d’éviter de se retrouver désorienté, déboussolé, déséquilibré, désaxé et, par contre coup de renforcer des défenses naturelles très utiles à préserver la santé et l’équilibre.

 

N’est-ce pas un projet d’avenir ?

 

Un passé historique et culturel authentique...

Concernant la Chine et ses multiples inventions, dont on ne retient souvent que la boussole, la poudre à canon, le papier monnaie il devient habituel de se référer à la nuit des temps ou à des pratiques plusieurs fois millénaires... ce qui invite souvent au scepticisme.

 

Pour ce qui est du "Qigong" il est, heureusement, possible d’être plus précis. En effet, en avril 1972 il a été procédé à la mise à jour du tertre funéraire de Mawangdui contenant la dépouille de la marquise de Dai, femme du premier ministre du roi de Qin. Hormis le fait que le corps de la marquise était parfaitement conservé et que le tombeau contenait un véritable trésor archéologique on y retrouva un document peint sur soie comportant une quarantaine de personnages pratiquant une étrange gymnastique.

A coté de chacun d’entre eux figurait un caractère désignant un organe et un son. Il s’agissait donc d’une pratique médicale basée sur l’art du mouvement et du souffle nommé, à l’époque, Daoyin Tu (Pratique d’entretien de la Voie).
Les archéologues datèrent précisément la date de l’inhumation en 184 av. J.C.

 

Tao-Yin Tu de Mawangdui
Le rouleau de soie nommé "Daoyin Tu" - Traité du Yao Yin - retrouvé dans la tombe N°3 de Mawangdui et daté de 198 Av. J.C.

 

Extrait du Daoyin Tu - traité du Tao-Yin - de Mawangdui

Chaque posture est mise en relation avec un son et un organe particulier .

 

 

 

Historiquement cette pratique existe donc depuis plus de deux millénaires.

Parallèlement il existait de nombreux textes classiques ayant trait à cette pratique puisque Lie Tseu (Liezi), l’un des auteurs taoïstes les plus connus et publié à La Pléiade, affirmait déjà "Qui expire et aspire en soufflant fort et en soufflant faible, qui crache l’air vicié et absorbe l’air frais, qui se suspend comme l’ours et s’étire comme l’oiseau, celui là ne recherche que la longévité". (Chapitre XV).


Or, ce texte est considéré comme datant du quatrième siècle avant notre ère et les pratiques décrites par notre philosophe existent toujours et sont encore pratiquées au sein même du "Qigong" le plus classique.

Ces pratiques basées sur la maîtrise du souffle et du mouvement ont donc toujours été considérées, en Chine, comme faisant partie intégrante d’un authentique héritage historique et culturel.

En fait, tous les textes classiques, y compris ceux de Confucius (Kongzi) y font allusion à un moment ou à un autre.


Pour l’Occident, l’histoire du "Qigong" commence avec le père Joseph-Marie Amyot (1718 1793), un Jésuite ayant été vicaire apostolique à Pékin, et qui présenta le "Cong-Fou des Bonzes de Tao-Ssè" à la cour de Louis XV.


Suivant ses propres écrits "il souhaitait présenter cette pratique aux médecins et physiciens de l’Europe pour soulager et soigner quelques affections comme cela se faisait en Chine".

Il rédigea un mémoire à ce sujet et réalisa des illustrations qui sont font toujours autorité.

Par la suite de nombreux auteurs, souvent des médecins, comme Berne ou d’Estradère publièrent des ouvrages incluant cette pratique au massage.
Mais le cas le plus significatif demeure encore celui de Ling (1776 1839), le "créateur" de la gymnastique suédoise qui utilisa les travaux du Père Amyot à son avantage.

Son propre disciple, Dally affirmait à ce sujet : "La doctrine de Ling, tout entière, théorique et pratique n’est qu’une sorte de décalque daguerréotype du Cong-Fou des Tao-Ssé de Amyot; c’est le vase de Dresde, le splendide vase chinois, avec ses figures chinoises, revêtues de teintes européennes" (Dally -cynésiologie - 1887 folio 155).


Tout ceci n’aurait aucune importance si Ling n’était considéré par les auteurs actuels de l’histoire du sport comme le créateur du renouveau de la gymnastique sportive occidentale !

Qu’on le veuille ou non, historiquement, le "Qigong" a donc eu une réelle influence sur la pratique sportive en Occident et n’est donc pas une "nouveauté" uniquement liée à une quelconque mode "New-age".


En tant que pratique orientale de santé c’est la première discipline qui fut décrite et pratiquée en Occident.

Le "Cong-Fou des Bonzes de Tao-Ssè", décrit par Amyot, donc le "Qigong" des praticiens du Tao, s’implanta en France avant l’acupuncture... mais aussi avant le Yoga et avant les "arts martiaux" japonais comme les anciennes écoles de Jujutsu qui furent à l’origine du Judo et de l’Aïkido.

Conf Fou de Amiot ancêtre du Qigong
Une des planches publiées par le Révèrent Père Amiot et décrivant le "Cong-Fou des Bonzes de Tao-Ssè" vers 1750.

 

Il est amusant de constater que le Père Amiot utilise le terme de Cong-Fou donc Kung Fu (ou Gongfu) et non celui de Qigong ou Chi Kung !

Existerait-il une parenté entre le Kung-Fu Wushu et le Qigong ?

 

 

Les principes essentiels du "Qigong"

Le but du "Qigong" est de permettre de rétablir une circulation harmonieuse de l’énergie dans les membres, les méridiens d’acupuncture, les organes par le biais de postures et de mouvements effectués en coordination avec la respiration et la sensation.

Cette hypothèse est communément admise par les praticiens de la médecine chinoise classique et les acupuncteurs traditionnels mais peut, évidemment, être critiquée par ceux qui pensent et affirment qu’il ne s’agit pas de disciplines scientifiques.

Mais, dans ce cas, sans qu’il soit alors question de pratique énergétique, ni même de circulation d’énergie, il est possible de constater que le "Qigong" permet de régulariser la tension artérielle, de faciliter la circulation sanguine, d’opérer un travail de profondeur sur des groupes musculaires habituellement peu motivés, d’entretenir la mobilité articulaire et de provoquer, par le biais du travail respiratoire profond, une oxygénation accrue.

 

Circulation du du "Qi"

 

Le Qigong comme pratique de santé

 

La mobilisation articulaire effectuée sans contrainte a été comparée par certains médecins à un massage profond.

Au delà d’un certain aspect ésotérique, que l’on peut rattacher aux principes qui motivent la pensée et la philosophie chinoise, il s’agit donc d’une pratique psychico-corporelle qui a motivé plusieurs thèses médicales attestant de son utilité.


Son intérêt essentiel réside dans le fait que le "Qigong" de santé peut être pratiqué quotidiennement sans contrainte essentielle jusqu’à un âge très avancé.

En ce qui concerne le "Qigong" thérapeutique, celui qui est utilisé en Chine dans le cadre des instituts médicaux pour traiter des affections particulières (hypertension, insomnie, problèmes de digestion, rééducation post-opératoire... )

Il est convenu d’affirmer qu’il doit être prescrit et pratiqué sous contrôle médical, ou du moins sous le contrôle d'un praticien confirmé en énergétique ou en médecine chinoises, car il peut présenter quelques contre-indications.


Suivant un précepte de la sagesse chinoise qui affirme que ce qui peut soigner un malade peut, par contre, rendre malade une personne bien portante.

Voir à ce sujet l'article de Georges Charles sur la Qigong thérapeutique ou médical
Cliquer ici


Ce "Qigong" thérapeutique ne représente qu’une partie du "Qigong" médical, alors que le "Qigong" de santé est omniprésent dans la vie de tous les jours en Chine.

Ce fameux "Qigong" de santé est, par ailleurs, l’ancêtre du Taijiquan, ou Tai Chi Chuan, que certains nomment "la Boxe contre les ombres" est qui est un art du poing combinant à la fois la pratique de santé, la méditation active, l’autodéfense.


Le principe de son fonctionnement est le même que celui du "Qigong" sinon excepte les applications avec partenaire qui permettent de s’exercer, sans risque et jusqu’à un âge avancé, à l’autodéfense.

Ce "Qigong" de santé, ainsi que le Taijiquan, est représenté par de multiples tendances, écoles ou styles, ayant leurs propres particularités. Il existe, par exemple, des écoles basées sur la reproduction de mouvements offensifs ou défensifs des animaux tandis que d’autres se basent sur une position plus statique consistant à "embrasser un arbre"... ce qui peut se faire tant dans le principe qu’en réalité.


Mais, de nombreuses écoles se basent aussi sur une pratique axée sur le cours des saisons.

Il existe, ainsi, de mouvements printanier, estivaux, automnaux ou hivernaux qui sont souvent basés sur l’observation de phénomènes naturels : le vent qui remue les branches et les feuilles au printemps; la chaleur qui s’élève et fait vibrer l’air en été; l’envol du héron blanc en automne, le ruissellement de la pluie d’hiver sur des ardoises.

Ces pratiques s’accompagnent de sons particuliers qui agissent en profondeur tant sur le psychisme que sur les organes.

Elles peuvent s’accompagner d’automassages faits de frictions et de percussions qui ont pour but de motiver les muscles et de faciliter la circulation.

En quelque sorte le pratiquant se fond dans la nature et s’y harmonise peu à peu en reproduisant les mouvements internes et externe qui la motivent suivant les saisons ou les périodes de la journée.

La plupart de ces écoles utilisent des enchaînement, ou des séquences, très ritualisées qui se transmettent depuis des siècles et constituent un héritage exceptionnel.

 

 

Ce que peut vous apporter le "Qigong"

 

Il s’agit, avant tout, d’une pratique de bien-être qui a pour but d’opérer un rééquilibrage général :


- rééquilibrage physique par le biais de la posture et du mouvement parfaitement contrôlé... on pourrait presque affirmer au millimètre et au milligramme près.
- rééquilibrage émotionnel par le biais du profond travail respiratoire qui peu à peu permet de retrouver son calme intérieur.
- rééquilibrage énergétique par le biais de la circulation de l’énergie suivant les principes de l’acupuncture et du massage oriental.
- rééquilibrage nerveux par le biais d’une oxygénation profonde et d’une rééducation respiratoire.
- et, peut-être, un rééquilibrage psychique, ou spirituel, par le biais de la méditation active et de la compréhension vécue de la pensée chinoise.

Ce qui est rarement précisé est que ce dernier aspect avait particulièrement impressionné les pères Jésuites présents en Chine et qui, séduits par ces pratiques, opérèrent un syncrétisme qui eut très grand succès et permit de réaliser de très nombreuses conversions.

Malheureusement leurs efforts furent anéantis lorsque éclata la "querelle des rites" qui aboutit à une interdiction papale du Pape Innocent IX en 1742.

Le Vatican ne reviendra sur sa décision que le 8 décembre 1939 en déclarant officiellement que ces pratiques ne sont pas incompatibles avec la foi et la religion catholique.

Mais, à l’époque, cette décision passa inaperçue car le monde avait bien d’autres préoccupations.

Le "Qigong" est donc à la fois une pratique corporelle permettant d’atteindre et d’entretenir un certain bien-être sans l’utilisation de moyens extérieurs, une méthode d’entretien de santé permettant de renforcer les défenses immunitaires de l’individu et ceci quelque soit son âge et sa condition physique et une technique faisant partie intégrante de la médecine chinoise classique qui permet le traitement de certaines affections et un art d’éveil permettant, par le biais de la méditation active, un travail sur l’esprit.

Il n’est plus tout à fait utile de se rendre en Chine pour le pratiquer et l’étudier car il existe, en France, de nombreux enseignants qualifiés ainsi de que de nombreux thérapeutes qui l’utilisent et le conseillent.