Le tir à l'arc et le Tao-Yin

Une autre vision de la pratique du Qigong !

 


Qi Gong

 

Où il est question d'Art Chevaleresque !

Lorsqu'en 1936 Eugen Herrigel (1884 1935), diplomate et disciple du Maître Awa, publie "Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc" (Zen in der Kunst des Bogenschiessens) il n'est pas encore question d' "Art Martial", fut-ce avec des majuscules ou des guillemets.
Il s'agit tout simplement d'expliquer aux occidentaux que l'art japonais du Kyudo dépasse, et de loin, le simple fait technique de planter à distance une flèche dans une cible.
Il y est question de se réaliser au travers d'une pratique spécifique qui appartient de plein droit au "Ritsu Zen", donc à une forme de "méditation active" liée un courant philosophique, humaniste et religieux appartenant au Bouddhisme.
Plus précisément au Bouddhisme de la branche du Dhyâna, née aux Indes, et connue en Chine sous la dénomination de Chan (Tchan).
Or la racine sanscrite du Dhyâna signifie "agir centré" que l'on a traduit par "méditation". Les premiers traducteurs occidentaux, généralement des Pères Jésuites, qui transcrirent ce sanscrit avait une connaissance du grec et du latin, donc des racines et des significations, sinon des signifiants.
Ils utilisèrent donc le terme "méditation" dans sa signification originelle de "agir-centré" donc "medius" (au centre, ce qui se situe au milieu, comme le médius se situe au mileu des doigts) et "axion" (agir, faire, actif).
De fait, les Indiens différenciaient deux formes de "méditation", la forme active, le Dhyâna et la forme passive, ou assise : Asana Dhyâna.
Dans ce cas Asana signifie "assise" puisqu'il s'agit d'un rituel brahmanique destiné à "offrir un siège" à une divinité que l'on souhaite honorer.
Par la suite Asana est devenu synonyme de la "posture" que l'on utilise, par exemple, en Yoga.
Originellement il était donc question de "Méditation" (Dhyâna) ou "Agir centré" et de "Méditation en posture assise" (Asana Dhyâna) ou "Agir centré en position assise".
Les Chinois préférèrent utiliser les termes de Zhan Chan - Méditation debout donc active - et de Zhou Chan - Méditation assise donc passive. Ce qui fut traduit en Corée par Sa Sôn et So Sôn puis au Japon par Ritsu Zen et Za Zen.
Malheureusement les termes "actif" et "passif", ayant remplacé "debout" et "assis", furent pris au pied de la lettre.
La pratique se tournant vers la "non-intervention", voire la "non-action", et l'intériorisation, voire l'introspection, on abandonna donc peu à peu la pratique originelle, devenue suspecte, pour la remplacer par une posture dite de "Recueillement parfait".
Les formes chinoises, probablement issues des Indes, de "gymnastique bouddhiste" telles que le Yijingking Yusuijing aussi nommées Yi-Jin-Jing (I Chin Ching, Yi Gin Ching, Yi Jin Fa, Joo Yeok en coréen, Eiki Kinkyo en japonais) furent donc peu à peu oubliées et dépréciées.
A tel point que la musculation, le bodybuilding, sinon la "gonflette", et le stretching ont peu à peu remplacé ces méthodes classiques tant au temple de Shaolin, berceau du Chan en Chine, que dans les Kwoon, Tao Jang et autres Dojos japonais et clubs occidentaux !
Entre l'Etre simplement humain et le paraître il a fallu choisir.
Et il nous reste maintenant l'Art Martial américanisé, le "Martial Art" pratiqué par des "Martial Artists", qui a détrôné l'Art Chevaleresque si cher à Herrigel.
Comme il faut choisir entre la fédération et l'école traditionnelle, le diplôme et la connaissance, la médaille et la réalisation.
Entre la "bravoure chevaleresque" de celui qui s'oppose à la violence, comme le décrit le caractère chinois Wu ou le caractère japonais Bu que l'on retrouve dans Wushu ou dans Budo ou Bujutsu puisque le sinogramme (caractère) décrit le fait d'arrêter une lance - celui qui par sa rectitude arrête l'usage des armes - et le caractère martial lié à la divinité romaine de la guerre, Mars, ou Ares chez les grecs, il y a tout un univers qui semble quelque peu oublié de nos jours.
Donner comme exemple un égorgeur psychopathe en jupette de cuir qui se revêt des peaux de ses ennemis écorchés vifs - dixit la tradition latine - ne semble pas être conforme à l'image de la sagesse ou, simplement, du bon sens.
Mais on a les héros qu'on peut.
Donc les ennuis qu'on veut.

Pourtant, la vision occidentale de la Chevalerie ne différait pas trop de celle qui fut prônée en Extrême-Orient, preuve en est ce poème extrait du Roman de la Rose de Jean de Meung, mort en 1305 :

LA VRAIE NOBLESSE

Je réponds que nul n'est racé
S'il n'est aux vertus exercé
Noblesse c'est coeur bien placé
Car gentillesse de lignée
N'est gentillesse de rien
Si un grand coeur ne s'y adjoint

Quiconque vise à la noblesse
D'orgueil se garde et de paresse
S'exerce aux armes, à l'étude
Dépouille toute turpitude
Humble coeur ait courtois et doux
En toute occasion pour tous
Sauf envers ses seuls ennemis

Quand l'accord ne peut être mis

Ce qui diffère, par contre, c'est que l'arc, considéré en Orient comme l'arme la plus noble est considéré en Occident comme une arme de manant ou de croquant.
Donc utilisé par la piétaille, la valetaille et la ribaudaille !

Au Japon, comme en Chine et en fait dans tous les pays de tradition confucianiste, le tir à l'ar fut considéré, au même titre que la calligraphie ou que la poésie, comme un art noble.
Le fameux Livre du Cérémonial (Yili ou I Li), partie intégrante du Livre des Rites (Liji ou Li Ki) dont on attribue la rédaction à Kongzi, donc à Confucius, traite très longuement et avec une précision minutieuse du tir à l'arc dans tous ses aspects : 37 pages pour le Tir de l'arc et 40 pages pour le Grand Tir de l'Arc dans la version de Séraphin Couvreur.

En voici un simple extrait :

"Le Prince se préparant à tirer à l'arc, il se découvre le bras gauche, met son doigtier au pouce de la main droite et une manche de cuir sur le bras gauche, prend son arc, enfonce trois flèches sous sa ceinture, en tient une quatrième des deux mains, ainsi que son arc. Le prince conserve sur le bras gauche la manche de sa tunique rouge, le prince fait flèchir son arc pour voir si il a l'élasticité voulue..."

Ce qui implique bien évidemment que les princes se devaient, nécessairement, de savoir et de pouvoir tirer à l'arc dans un grand cérémonial réunissant toute la cour et que, par conséquence, il se devaient naturellement de montrer l'exemple à tous.

Pour ceux qui en douteraient encore voici ce que relate Marcel Granet dans La Civilisation Chinoise (Albin Michel) (page316)

"La vraie épreuve de noblesse, car les nobles sont avant tout des guerriers, est la joute du tir à l'arc.
Elle ne conserve rien de la brutalité d'une épreuve d'habileté ou de bravoure au sens vulgaire de ces mots : c'est une cérémonie musicale réglée comme un ballet où l'on doit se montrer habile aux beaux saluts et brave dans ses habits. Tous les mouvements doivent se faire en cadence et la flèche qui n'est point partie sur la note juste ne peut jamais toucher le but, ou du moins ne compte pas.
Les archers en avançant, en reculant, en tournant, en se retournant doivent toucher au coeur (Tchong ou Zhong) des règles rituelles; Au dedans une correcte (Tcheng ou Zheng) attitude de l'âme, au dehors une droite (Tche ou Zhi) attitude du corps.
Voila ce qui pemet de dire qu'on a touché le centre (Tchong) de la cible.
Et c'est ainsi que se fait connaître la Vertu (Tö ou Te ou De).
D'un prince qui tout le jour tire à l'arc sans qu'aucune flèche ne dévie on dira tout de suite qu'il peut régner : il peut écarter les calamités ! "

Au Japon l'art chevaleresque le plus noble consistait, devant l'empereur, en la cérémonie annuelle du "Tir à l'arc à cheval" ou Yabusame.
Cette cérémonie fut entreprise pendant la période de Nara (645 724) et se perpétue de nos jours où trois grandes familles, les Clans Miura, Takeda et Ogasawara incarnent cette tradition plus que millénaire.

Dans la tradition chinoise tant que dans la tradition japonaise l'arc représente, en quelque sorte, l'aboutissement d'un idéal.

Donc un symbole essentiel concernant l'étude, la pratique et la réalisation des Arts Classiques du Tao.

 


 

 

Où il est doublement question d' Arc !

Ce n'est donc pas un simple hasard si les caractères Kyudo, désignant le Tir à l'Arc rituel japonais, Art Chevaleresque si il en est, et les caractères Tao-Yin (Daoyin et par extension Do In) sont semblables à un trait près : La corde de l'arc est visible, donc importante, dans le caractère Yin (entretenir) alors qu'elle se fait discrète dans le caractère Gong (arc).
Aussi étrange que cela puisse paraître, ce rapprochement n'avait jamais été effectué, donc publié, à ce jour, du moins à notre connaissance.
Voilà qui est fait et qui sera, heureusement, repris.
Il suffit de comparer les deux versions chinoise du Tao Yin (Daoyin) et japonaise du Kyudo pour comprendre qu'il existe bien une relation plus que sérieuse entre ces deux pratiques.

Il est donc significatif que Wang Yang Ming (Wang Shou Ren ou O'Yomei) dans le Chuanxi Iu II explique à propos de l'étude (Xue) :

"Il en va de même pour l'étude du tir à l'arc : il faut empoigner l'arc, fixer la flèche dessus, le bander et viser la cible. Pour apprendre à calligraphier il faut étaler le papier, saisir le pinceau et en tremper la pointe dans l'encrier. De tous temps et en tout lieu, rien n'a jamais pu s'appeler "étude" qui n'ait impliqué de l'action. Se mettre à étudier c'est déjà agir".

Dans son ouvrage Histoire de la pensée chinoise (Editions du Seuil), Anne Cheng explique :

"connaître la nature humaine consiste d'abord à la mettre en oeuvre et agir revient surtout à approfondir la connaissance de soi : on peut alors parler de connaissance "authentique" qui, engageant la totalité de l'être, est déjà action. Pour Wang Yangming, qui fut lui-même homme d'action, il n'est pas de véritable étude sans pratique (gongfu) avec ce qu'elle comprend d'entraînement quotidien au contact de la réalité".

 

Les caractères chinois Tao Yin (Daoyin) : la corde en plus !

 

Les caractères japonais Kyudo (Voie de l'Arc) : la corde en moins !

Il va de soi que la pratique du Tao-yin du Ling Pao Ming transmise au sein de l'Ecole du Poing des Trois Harmonies - San Yiquan - contient à la fois un enchaînement particulier du "Tir à l'Arc" ainsi qu'une explication, qui y est couplée, basée sur la calligraphie.
Cet enchaînement implique la structure (Ti) correspondant à la pierre à encre, la forme (Xing) correspondant à la pierre d'encre, l'essence (Jing) correspondant à l'eau qui permet de liquéfier l'encre, au mouvement (Dong) qui réunit les trois (San), au pinceau qui correspond au souffle (Qi), à la feuille de papier qui correspond à l'intention (Yi), à l'image qui correspond à l'esprit (Shen) et à ce qui est engendré, c'est à dire "autre chose encore", donc la calligraphie et son effet. Le but de la calligraphie est de provoquer quelque chose : elle agit.
La calligraphie, comme le tir à l'arc, est donc "action centrée", méditation au sens propre du terme.
Dans le tir à l'arc on saisit l'arc (Structure Ti), on tend la corde (Forme Xing), on place la flèche (Souffle Qi), on voit la cible (Intention Yi), on vise la mouche (Esprit Shen) et on décoche (Wuwei - Non Intervention -). La "Non Intervention" est l'acte essentiel du tir à l'arc qui permet d'aboutir à "autre chose encore" (Hua) qui permet la transformation (Yi).
"Dans certaines circonstances, ne rien faire c'est déjà agir" explique Wang Yang Ming. Dans le tir à l'arc, comme dans la calligraphie, dans le Tao-Yin ou la méditation c'est l'instant décisif où, lorsque tout est en place, il suffit de ne pas intervenir pour que l'acte essentiel se réalise.
Le décocher de la flèche ou la libération de l'image (Xiang).
Dans ce cas "Agir est facile !" (Xing Yi) ajoute Wang Yang Ming dans Da Xue (La Grande Etude).
"Agir Centré en attirant à soi la Voie" (Tao-Yin) ou
"Agir Centré en facilitant la progression sur le Chemin" correspond à une conception de vie que n'aurait pas désavoué Wang Yang Ming et qui se base sur l'équilibre et la rectitude dans le respect d'autrui et de la nature.

Pas dans un endormissement servile.

 

 

Ce qu'on ne vous a pas dit sur l'arc !

" Il n'est pas de véritable étude sans pratique (gongfu) avec ce qu'elle comprend d'entraînement quotidien au contact de la réalité".
Wang Yangming coté par Anne Cheng dans Histoire de la Pensée Chinoise (Seuil)

Voilà un bon principe clairement énnoncé !

Comme il semble donc difficile de parler d'arc si on ne connaît pas du tout son mode d'emploi et son utilisation.

Comme il est difficile de parler de Tao-Yin si on ne pratique pas.

Lorsqu'on observe le caractère Yin composant le terme Tao-Yin on se rend compte qu'il s'agit d'un arc et d'une corde.
Lorsqu'on observe le caractère Gong qui signifie plus simplement arc, on se rend compte que la corde n'est pas indiquée.

Yin (Ricci 5778), dans ce cas signifie "tendre la corde d'un arc", par extension étendre, guider, conduire, introduire, amorçer.
Ricci ajoute "Tao-Yin : Mener, guider, diriger. Gymnastique pour parvenir à l'immortalité".
Ce qui est confirmé par Couvreur qui explique encore : "Retirer ou contracter et étendre, se retirer ou se contracter et s'étendre. Etendre et replier les membres, sorte de gymnastique prescrite aux malades".

Lorsqu'il est question de Yin, la corde de l'arc est visible car il convient, comme au tir à l'arc, de placer cette corde sur l'arc pour le tendre. Si l'arc n'est pas tendu il ne peut pas être bandé pour le tir et celui-ci n'aura pas lieu.
C'est la vision occidentale du "non-agir" - pas d'arc, pas de corde, pas de flèche, pas de cible, pas de mouche, pas de décocher, pas de tir, pas d'archer, pas de Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc !
Mais beaucoup de bla-bla-bla puisqu'on se trouve obligé de remplacer l'action par l'explication sans qu'il n'y ait implication ni application.

La vision relatée par Zhuangzi, leMaître du Wuwei, est toute autre.

Elle est reprise par Wang Yang Ming :

Il convient de placer la corde sur l'arc pour le tendre, c'est la préparation (Yi Yin).

De saisir et de présenter l'arc. C'est ce qui s'attache à la structure corporelle (Ti) (os et articulations), cela correspond à l'hiver.

D'éprouver la corde comme précisé dans le Cérémonial. C'est ce qui s'attache à la forme corporelle (Xing) (Muscles et tendons), cela correspond au printemps.

De placer la flèche et de tendre l'arc. C'est ce qui s'attache au mouvement de l'énergie (Dong Qi) (circulation et souffle), cela correspond à l'été.

De porter toute l'intensité de son regard sur la cible. C'est ce qui s'attache à l'intention
(Yi), cela correspond à la cinquième saison de Terre.

De viser la mouche, donc le centre de la cible. C'est ce qui s'attache à la libération de l'esprit (Shen) et du souffle (Qi). La mouche représente le miroir dans lequel se voit l'archer.

De procéder par le principe de la non-intervention (Wu Wei) au "décocher de la flèche"
C'est l'acte essentiel du tir qui consiste à laisser faire. C'est le principe du Retour (Fu) qui est le mouvement du Tao.

Si la flèche atteint la cible on se rapproche du Tao !

"La juste mesure permet la pratique. Pratiquer c'est chercher à atteindre un résultat.
Atteindre ce résultat c'est s'approcher du Tao.
Il faut afffirmer ce fait"

(Zhuangzi - Tchouang Tseu II 2)

"La juste mesure permet la pratique, la pratique amène un résultat, le résultat représente le succès, parvenir au succès est proche du Tao,
il faut affirmet les faits".

(Zhuangzi - Tchouang Tseu II 2 - traduction Liou Kia Hway).

On comprend alors qu'il s'agit plus que d'un simple tir puisqu'en libérant son esprit lors du décocher l'archer se rapproche du Tao.

Concernant le Tao, le sinogramme ancien montre la tête d'un homme recouverte d'un couvre chef à cornes placée à coté d'une route sinueuse.
Il s'agit d'un chef de clan, donc l'insigne distinctif bien connu des préhistoriens est une coiffe portant des bois de cert ou de renne, et qui indique le bon chemin, la bonne voie aux membres de son clan comme le chef de la harde guide celle-ci vers sa destinée.

On retrouve ici deux symboles distinctifs très anciens puisqu'attachés à la préhistoire : l'arc et la tête du chef de clan revêtue d'une coiffe à cornes.
Dans les deux cas, l'arc de Tao-Yin, comme le chef - ou la tête - de Tao, c'est ce qui se trouve le plus élevé dans la hiérarchie.
C'est probablement qu'il y a une raison et qu'il existe une toute autre mesure entre le Tao-Yin Fa (Pratiques d'entretien de la Voie) ou le Tao-Yin Chi Kung (Daoyin Qigong) ou Pratique énergétique de l'entretient de la Voie et le "Qigong" en tant que simple "travail respiratoire" tel qu'il est souvent proposé de nos jours.
Le premier est une Voie, le deuxième un vulgaire expédient.

C'est ce qu'exprime le Prince de Huai Nan (Wainan), Liu Han, dans le chapitre VII du Houai Nan Tseu (Wainanzi ou Wai Nan Zi) au IIeme siècle avant J.C.

"Méfiez vous particulièrement des gymnastes, ils ne connaissent que les postures. Ils appliquent l'art du coeur selon un schéma purement corporel.
Là où il faut entendre les relations parfaite au travers des souffles de la Terre et du Ciel, ils entendent les échanges entre l'appareil respiratoire de l'homme et l'air extérieur.
Tout le reste de leurs exercices physiques est prescrit dans la même optique insuffisante. Nous savons bien que les immortels comme Wang Kiao et Tche Sang Tseu pratiquaient cette respiration des gymnastes (pratiquants de la gymnastique taoïste), mais eux ne s'en tenaient pas là.
Ceux qui veulent s'enliser dans le "Yang Xing" (nourrir la forme - forme uniquement corporelle) n'ont qu'à suivre ces gymnastes.
Libres à eux.
Nous leur disons simplement que les Tchen Jen (Zhen Ren) ou "Etres Réalisés", n'ont pas pratiqué cette voie là"


C'est la différence qui existe entre l'Art Chevaleresque décrit par Herrigel et les arts martiaux fédéraux.
C'est la différence qui existe entre le tir à l'arc sportif et le Kyudo ou le Grand Rituel du Tir à l'Arc à la Cour d'un Prince décrit par Kongzi dans le "Cérémonial".

Encore un simple exemple.
Le dictionnaire classique de la langue chinoise de Couvreur paru en 1890 et qui reprend le dictionnaire classique de l'Empereux Kang Hi (Kang Hsi ou Kangxi),
le Kang Hi Tseu Yien, imprimé en 1716, donne dès le premier caractère Yi (Un) la définition suivante :

" Où la matière primordiale Un a produit le deux.
Tenir l'arc tantôt débandé, tantôt bandé.
Tantôt repos, tantôt mouvement.
Tantôt ordre, tantôt trouble ".

Et ce qu'on vous a encore moins montré !

Dans Tao-Yin, ou Daoyin, la corde qui se tient à coté de l'arc doit être disposée sur l'arc afin de tendre celui-ci.
Tao-Yin signifie, en effet, "entretenir la Voie" mais aussi "Etendre et Contracter".
Le terme ancien était : Tao-Yin Shen Ti "Etendre et contracter Ciel (Esprit) et Terre"
En s'étendant et en se contractant dans le principe du Tao-Yin Shen Ti on opère cette "relation parfaite au travers des souffles de la terre et du ciel".
Encore faut-il placer la corde sur l'arc (préparation ou Yi Yin Fa), donc tendre celui-ci afin qu'il puisse être bandé afin de pratiquer le tir et le décocher.
Pour placer la corde sur l'arc il faut tenir celui-ci entre les jambes : entre-tenir ( le Yin de Tao-Yin) !
Il convient alors de ployer l'arc (Yin) et de tendre la corde (Yang).
De placer la corde tendue dans l'encoche de l'arc plié
Et on obtient alors l'arc (Gong)
La corde n'est plus visible puisqu'elle fait désormais partie intégrante de l'arc.
Il est donc inutile de la représenter.

Mais on peu désormais utiliser l'arc tendu en le bandant.
Dans ce cas l'arc et la corde se ploient harmonieusement.
Image de la force et de la souplesse.
Le reste n'est que "Non-Intervention"

"Si on me demande qu'est-ce que le véritable esprit de méditation ?
Je réponds qu'il consiste à maintenir en tous temps un coeur bienveillant et compatissant, que l'on parle ou que l'on remue son couse en écrivant, que l'on soit en mouvement ou en repos, que la chance soit bonne ou mauvaise, que l'on soit dans l'honneur ou la honte, ramassant tous ces éléments en un seul acte, dirigeant et concentrant l'énergie avec la force d'un roc de fer sous le nombril"

Hakuin Zenki - Orate Gama -

L'arc détendu donc inversé avec la corde posée

Comparez la photo au deuxième caractère : Yin

 

L'arc détendu et la corde libre

Ployer l'arc et tendre la corde
L'arc est tenu entre les jambes - entre-tenir l'arc -

 

Placer la corde tendue dans l'encoche de l'arc plié (méthode chinoise)
l'intention (Yi) ddoit être dans le regard car c'est un acte essentiel.

Bander l'arc pour l'éprouver - muscles et tendons -

Présenter l'arc entre Terre et Ciel

 

L'arc est revenu en position initiale inversée

 

Tir à l'arc du Tao-Yin et du Baduanjin
Il demeure l'archer et un but : se rapprocher du Tao.

Bibliographie :

Le Zen dans l'Art Chevaleresque du tir à l'arc par E. Herrigel Dervy Libres

TCHAN (ZEN) Textes chinois fondamentaux Témoignages japonais (1976)
Expériences vécues contemporaines Editions 7 Hermès (1970)

Le Traité VII du Houai Nan Tseu - Les esprits légers et subtils animateurs de l'essence
par Claude Larre S.J. Institut Ricci

Dictionnaire classique de la langue chinoise par F.S. Couvreur SJ Kuangchi Press