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Qui était Wang Yang Ming ?
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Si il s’agissait d’un obscur révolutionnaire ou d’un quelconque
agitateur, voire d’un marginal asocial, tout irait pour le mieux
dans le meilleur des mondes.
Malheureusement la description qu’en donnent certains sinologues
comme J.F. Billeter : " la tension entre recherche
spirituelle et confucianisme officiel s’accroît et devient
chez Wang Yangming incompatibilité déclarée.
Pour avoir introduit cette rupture Wang Yangming est
devenu le personnage clé de l’histoire du confucianisme des
Ming. Son influence a été énorme sur ses disciples
comme sur ses détracteurs et rien ne peut être dit
de l’histoire des idées au XVIe et au XVIIe siècle
qui ne ramène à lui d’une manière ou d’une
autre "... ou comme Anne Cheng, déjà
citée, dans son Histoire de la Pensée Chinoise parue
au Seuil en 1997 : " Cependant, loin de se
cantonner à la réflexion philosophique, son insatiable
curiosité se porte tour à tour sur la préparation
des concours mandarinaux, les arts militaires et les techniques
taoïstes de longévité son enseignement philosophique
sur la " conscience morale innée " se
double d’une carrière officielle bien remplie, consacrée
notamment à la lutte contre les bandes armées
" donne une toute autre image de ce personnage.
Notez, en passant, la référence d’Anne Cheng aux " arts
militaires " (en chinois Wushu) et aux " techniques
taoïstes de santé " (en chinois Daoyin
Fa).
Lorsque l’on se souvient que l’un des principes essentiels de l’enseignement
de Wang Yang Ming, " connaissance et action ne font
qu’un ", est de mettre en pratique ce qu’on étudie,
il y a donc de très fortes chances pour que cette " curiosité "
n’ait pas uniquement été platonique mais bel et bien
suivie d’effet donc de pratique.
Wang Yang Ming ne cessa ainsi d’insister sur un édit impérial
datant de 1462 et qui précisait justement : " L’étudiant
doit s’appliquer à acquérir le savoir et à
le mettre ensuite en pratique " et n’eut de cesse
de le faire appliquer. Implicitement il est donc admis que Wang
Yang Ming pratiquait les " arts militaires ",
donc le Wushu, et les " techniques taoïstes
de santé ", donc le Tao-yin et qu’il devait
nécessairement les transmettre dans son enseignement afin,
simplement et naturellement, de demeurer en accord avec ses principes.
Toute autre hypothèse serait remettre en cause la probité
morale et le sens de la rectitude de Wang Yang Ming qui, alors,
aurait perdu du temps à étudier quelque chose qu’il
ne pratiquait pas et à pratiquer quelque chose qui ne serait
pas suivi d’une transmission pour les générations
futures.
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Plusieurs textes affirment également qu’il échappa
à un assassinat commandité par l’eunuque Liu Chin
grâce à sa " compétence dans
l’art du combat " (Instruction pour la vie pratique
– introduction de Wing-Tsit Chan citant le Nien-pu, le Ming Shih,
le Hsing Chuang) or, en chinois " compétence
dans l’art du combat " se lit textuellement et
intégralement " Kung-Fu Wushu ".
Voilà au moins qui a le mérite d’être particulièrement
clair mais ne motive que fort peu les traducteurs non avertis.
Il est maintenant permis de se poser la question sur ce que pouvait
donc bien pratiquer Wang Yang Ming. Dans ce cas il suffit de se
souvenir qu’en 1500 " il retourna dans le Yueh (Yue)
pour se reposer et construisit une petite maison dans le Yang Ming
Tung sur le flan de la montagne Hui-Chi et se dénomma lui-même
Yang Ming, à partir de quoi vint la dénomination de
l’honorifique maître Yang Ming de Yueh ".
Or, ce fameux Yueh (ou Ye) est le fief de Yueh Fei (Yue Fei ou Yao
Fei) le " Général patriote protecteur
des frontières " dont la tombe et le temple
se situent toujours sur ce site désormais fameux à
proximité d’Hangzhou. Yue Fei est, lui-même, considéré
comme celui qui fut à l’origine, grâce à une
forme de lance qu’il adapta à la pratique à main nue,
du Xingyiquan (Hsing I Chuan) (Poing de l’Unité du Corps
et de l’Intention), mais également d’une pratique énergétique
connue comme les " Sept précieux brocards "
(Baduanjin ou Pa Tuan Chin) ce qui fait, nous n’en doutons pas,
beaucoup de coïncidences troublantes.
L’un des paradoxes essentiels développés par Wang
Yang Ming et repris, quelques siècles plus tard, par Sun
Wen (Sun Yat Sen) le premier président de la République
Chinoise est " Agir est facile, savoir est difficile ",
ce qui se lit, en chinois " Xingyi Zhinan "
(Hsing I Chih Nan).
Le Xingyi (Hsing I) semble donc avoir été particulièrement
cher au coeur de Wang Yang Ming et probablement de ses descendants
qui souhaitaient entretenir cet héritage au cours des siècles
dans ce qu’ils nommaient " l’enseignement particulier " (Siren
Xue).
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Cet enseignement " privé ",
" personnel " ne pouvait se transmettre
par l’écrit puisqu’il demeurait " interne "
et devait permettre de mieux comprendre (prendre en soi) la doctrine
globale de Wang Yang Ming sans le recours d’artifices. Wang Yang
Ming affirmait, non sans un certain humour :
" Il y a ce qui est écrit et il y a ce
qui n’est pas écrit. Il y a ce qui est dit et il y a ce qui
n’est pas dit. Il y a ce qui est montré et il y a ce qui
n’est pas montré. Entre ce qui est écrit et ce qui
n’est pas montré il existe un vaste monde où se perd
celui qui est mal éclairé. Savoir lire est nécessaire,
savoir écouter est important mais savoir regarder au travers
des choses et des êtres pour voir ce qui n’est pas montré
est essentiel ".
Concernant Wang Yang Ming, se baser sur le seul écrit
est donc illusoire mais nécessaire.
Anne Cheng, à la fin de son paragraphe sur Wang Yang Ming
ajoute, enfin : " En affirmant la nécessité
d’une pensée engagée, Wang Yangming créait
une alternative à l’ " école du principe "
jugée trop spéculative.
Son enseignement devait connaître une fortune considérable
en Corée puis au Japon où il était encore vivant
dans l’esprit des réformateurs de l’ère Meiji en 1868.
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Une pensée holistique qui
remet quelques pendules à l’heure et fait pleurer quelques
crocodiles
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