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Wang Yang Ming est donc souvent cité, ne serait-ce que par
les étudiants " intellectuels "
de la place Tien An Men qui furent écrasés par des
chars en 1989, et qui reprochaient au régime en place d’utiliser,
une fois encore et une fois de plus la fameuse " Boutique
de Confucius " (Kongzi Dianzhu) donc le détournement
pur et simple de la doctrine confucéenne au profit du pouvoir
et de la répression.
Ce qualificatif des " boutiquiers de Confucius "
fut utilisé par Wang Yang Ming en 1525 pour stigmatiser les
intrigues et la corruption de la cour impériale et des mandarins
et lettrés compromis dans une falsification habile des préceptes
de la Grande Etude (Daxue) à leur seul profit.
Quelques temps avant sa mort Wang Yang Ming avait, avec l’aide de
ses disciples, entrepris une fameuse " Enquête
sur la Grande Etude ". Or, les enquêtes
étaient sa grande spécialité et, probablement,
celle-ci aurait fait grand bruit dans le landerneau confucianiste
bien confit dans ses habitudes.
Le principe de Wang Yang Ming était de prendre au mot Confucius
et de le prendre mot-à-mot dans son souci de " Rectitude "
(Zheng) et de " Rectification des noms "
(Zhengming).
Confucius dans la " Grande Etude "
affirmait " Gouverner (Zheng) c’est être dans
la Rectitude (Zheng) " (XII, 17) et il expliquait,
un peu plus tard (XIII, 3) que pour Gouverner (Zheng) (c’est à
dire tenir le gouvernail ) il convenait tout d’abord de " Rectifier
les noms " (Zheng Ming = littéralement
rectitude des noms).
Donc de rendre aux mots leur juste valeur.
Or, Wang Yang Ming demeurait persuadé que le texte publié
officiellement, et donc utilisé officiellement, avait été
détourné de son sens originel le manque de rectitude
des noms, donc des mots, impliquant le manque de rectitude dans
le gouvernement qui, alors, se transformait en " boutiquier ".
Lorsqu’il est question de la " boutique de Confucius "
ce n’est donc pas tant Confucius qui est accusé mais les
" boutiquiers " en charge du gouvernement
qui utilisent ses textes détournés à leur seul
profit. Ceci quel que soit le gouvernement.
Lorsque l’on parle de Wang Yang Ming dans les " milieux
officiels " chinois, on note assez immédiatement
un refroidissement brutal de l’atmosphère.
Citer Wang Yang Ming n’est donc pas très bien vu que ce soit
à Pékin, à Taipei (Taipeh, capitale de Taiwan
ou Formose), ou même à Singapour où l’on se
flatte encore de respecter Confucius comme modèle de gouvernement.
Il est à noter que le Confucianisme, tel que dénonce
Wang Yang Ming, est toujours considéré officiellement
comme l’une des trois " doctrines philosophiques
d’état " (avec le Bouddhisme et le Shintoïsme)
du Japon.
Il est également de fait que certains de ses fameux aphorismes,
toujours très appréciés de la contestation
comme " Comprendre c’est déjà contester ",
" En certaines circonstances ne rien faire c’est
déjà agir ", " connaissance
et action ne font qu’un, agir est facile " font
toujours quelque peu désordre dans les officines ministérielles
et la forme de la casquette du garde en faction à l’entrée
du bâtiment n’est que d’un intérêt très
relatif.
La " boutique Confucius " demeure
toujours, au bout de cinq siècles, toujours en travers de
la gorge de ceux qui citent " le maître Kong "
pour justifier leur pouvoir sur autrui au nom d’une quelconque tradition
à géométrie variable.
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