Nul n’est prophète en son pays

Le mandarin, philosophe et homme d’action Wang Yang Ming (Wang Yangming, Wang Shou Jen, Wang Shouren, Po An) (1472 1529) demeure encore assez méconnu de nombreux Chinois et à plus forte raison de la plupart des Occidentaux qui, pourtant, étudient la pensée et l’histoire de la Chine.

Paradoxalement Wang Yang Ming est, actuellement, toujours très cité au Japon et en Corée où il demeure encore un modèle.
Il est vrai que de grands auteurs japonais comme I. Nitobe auteur de " Bushido Soul of Japan " (Kodansha) ; M. Shibata traducteur du " Kojiki ", du " Gorin No Sho " (Maisonneuve) ; Y. Mishima auteur de " Confession d’un masque " et du " Rêve dans le Pavillon d’Or " ; J. Tanizaki auteur de " La vie secrète du Seigneur de Musashi " (Gallimard) le citent abondamment dans leurs divers ouvrages.

Dans sa préface de " La vie secrète du Seigneur de Musashi ", Tanizaki, afin de justifier la démarche de son roman, précise : " Wang Shou Jen a écrit : " Il est facile de vaincre des bandits tapis dans la montagne, mais il est difficile d’écraser l’ennemi caché dans notre coeur " .
Il est de fait que son souci de justice et d’équité (Yi), sa rectitude (Zheng) personnelle, sa volonté d’acier, sa croyance dans un idéal universel en faisaient un modèle particulièrement cher au coeur de tous ceux qui ne souffraient pas la compromission avec la corruption généralisée du pouvoir politicien.

Sa formule célèbre " Connaissance et action ne font qu’un " et sa " Doctrine en quatre axiomes " :

" Bien et Mal ne se trouvent pas dans la substance originelle de l’Esprit ".

" Bien et Mal apparaissent seulement quand s’active l’Intention ".

"  Bien et Mal se reconnaissent cependant grâce à la faculté du Savoir Inné ".

" Bien se pratique et mal se repousse grâce à la Rectification par l’Action ".

(Instruction pour la Vie Pratique – 1527) Traduction Wang Tse Ming (1978).

firent de lui un maître à penser qui motiva en profondeur pendant plusieurs siècles l’esprit du " Bushido " tel qu’il fut décrit par Nitobe et pratiqué par Mishima d’une façon que d’aucuns jureront, à juste titre, plus qu’excessive.

Il suffit de rappeler que Yukio Mishima, auteur d’avant garde et cinéaste, prit d’assaut, à la fin des années soixante, le grand quartier général des forces armées japonaises à Tokyo, captura une partie de son état major et, devant les caméras de télévision se suicida rituellement par Seppuku ( on dit vulgairement Hara Kiri = se trancher le bide ) avant de se faire trancher la tête par un assistant qui se suicida à son tour et ainsi de suite pour les dix huit hommes du commando qu’il avait formé et entretenu.
L’affaire fit évidemment grand bruit puis fut étouffée car on craignit que ce mauvais exemple ne donne des idées à une jeunesse japonaise en mal d’idéal.
Mishima voulait " simplement protester " contre la dérive mafieuse de la politique japonaise gangrenée par les " affaires " et infiltrée par les Yakusa et contre la passivité de la police et de l’armée. Les Occidentaux ne virent dans cette réaction que le résurgence de l’ultra-nationalisme nippon et insistèrent sur le fait que Mishima " entretenait une milice privée " aux mœurs plus que douteuses.

Qu’une simple " milice privée " constituée d’une bande de grandes folles et menée par une sorte de Freddy Mercury japonais ait pu envahir un quartier général des forces armées, en plein jour, dans la capitale japonaise, prendre en otage tout un état major et plusieurs officiers généraux, puis se suicider rituellement en cadence avec des sabres de Samouraï devant les caméras médusées de la télévision nipponne ne suscita, évidemment, aucune autre question ni aucune réaction.
Lorsqu’on évoque désormais Mishima on le fait avec un air gêné ou concupiscent. Faute de mieux. Mais on comprend, par ailleurs, pourquoi les autorités chinoises fussent-elles impériales, républicaines ou populaires se méfient quelque peu de Wang Yang Ming et, surtout, des réactions qu’il pourrait provoquer chez ceux qui prennent sa doctrine au pied du mot et à la lettre.
On comprend aussi pourquoi les autorités chinoises, en 1949, mirent à prix la tête de l’un de ses descendants sous le prétexte que celui-ci prolongeait l’enseignement de son illustre ancêtre en lui rendant simplement hommage.

 
Wang Yang Ming, on connaît mais la " boutique Confucius " passe toujours assez mal !