|
Il entreprit alors une carrière officielle bien remplie mais émaillée
de coups d’éclats qui ne lui valurent pas que des amitiés. Il tenta,
ainsi, de réformer en profondeur tant le système carcéral que celui
des examens officiels. Son souci de justice et d’équité lui valut
de nombreuses mutations. Il se spécialisa dans la révisions des
procès et fit libérer bon nombre d’innocents puis condamner leurs
détracteurs.
En 1506 il s’en prit à l’eunuque Liu Chin qui, profitant de son
pouvoir, avait fait jeter en prison un policier, Tai Hsien, qui
enquêtait sur la corruption... puis ceux qui avaient voulu le défendre.
Le policier fut libéré mais l’eunuque réussit à convaincre l’empereur
de faire administrer quarante coups de bâton à Wang qui fut, en
outre, contraint de s’exiler dans le Guizhou (Kouei-Chou).
L’eunuque Liu tenta alors de le faire assassiner plusieurs fois
et Wang ne dut la vie sauve qu’à sa compétence dans l’art du combat.
Il fut même contraint, alors qu’il était cerné par les sbires de
Liu, de simuler un suicide en jetant ses vêtements dans une rivière.
Cet épisode eut la conséquence d’affaiblir sa santé car, depuis
celui-ci, Wang eut toujours de graves problèmes pulmonaires... il
était resté plusieurs heures jusqu’à la tombée de la nuit dans l’eau
glacée.
Sans moyens Wang n’en continua pas moins ses activités mandarinales.
Cette situation difficile tant sur un plan matériel que moral renforça
sa volonté et en 1508, il eut une illumination où il eut une la
vision globale d’une unité fondamentale entre la pensée et l’action
unissant la terre, le ciel et les dix mille êtres.
Après une année de réflexion il décida de transmettre cette doctrine
de l’unité du savoir et de l’action dans la " pureté du cœur
" (Xinxue). Il réunit plusieurs disciples avec l’aide de l’académicien
Jo Shui (1466 1560) et décida alors de clarifier et de répandre
ce qu’il considérait comme la véritable doctrine de Konzi (Confucius)
ce qui lui valut à cette doctrine la dénomination de " néo-confucianisme
idéaliste " dont il devine, naturellement, le chef de file.
En 1510, l’eunuque Liu étant décédé Wang fut réhabilité et nommé
magistrat instructeur à Lu ling dans le Jiangsu (Kiangsi).
Il reprit alors une carrière mandarinale officielle qui le mena
à Nanjing (Nankin) puis à Beijing (Pékin) où il devint le " Maître
Supérieur des Cérémonies d’Etat ". C’est lors d’un de ses
voyages de retour sur ses terres de Yue que furent rédigées, par
l’un de ses disciples Hsu Ai (1487 1517), les " Instructions
pour la vie pratique ".
Pendant deux années de séjour à Nanjing (Nankin) sa réputation ne
cessa de grandir et il compta parmi ses disciples plusieurs de ses
supérieurs hiérarchiques.
Par la suite il rédigea lui-même les " Questions sur la
Grande Etude " (Daxue Wen) qui demeure son texte majeur.
Il proposait une nouvelle lecture du texte de Kongi (Confucius),
dépoussiéré des formules toutes faites et proposa de revenir aux
anciennes versions du texte classique... ce qui ne fut pas du goût
de tout le monde.
C’est à cette époque qu’il commença à critiquer ouvertement la "
boutique de Confucius " (Kongzi Dianzhu) qui servait
à cautionner le pouvoir des corrompus. Il est à signaler que cette
expression imagée fut reprise par les étudiants de la Place Tian
Amen en 1989... preuve que l’enseignement de Wang n’a pas été perdu
pour tout le monde.
Comme il devenait probablement gênant, on lui proposa, en 1517,
un nouveau poste aux confins du Guangxi (Kiangsi) et du Guangdong
(Kwantung) où sévissaient des hordes armées. Il réorganisa les forces
armées et mit en place des milices paysannes après avoir recruté
les experts locaux de l’art du combat... en cinq mois la situation
était redevenue normale.
Non content de cela il décida de réhabiliter les anciens bandits
et de les transformer en " nouveaux citoyens " en
leur confiant la sécurité de la province... Cette réussite lui valut
des félicitations de l’empereur lui-même.
Pour le remercier il prit son fils adoptif à sa charge en tant qu’officier
lui allouant les revenus de cent familles et un titre héréditaire.
|