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L’approche purement intellectuelle du Yijing est donc facile lorsqu’il
s’agit d’examiner et de comprendre les monogrammes (1 trait) puisqu’il
s’agit simplement d’une valeur positive ou d’une valeur négative,
laquelle peut d’ailleurs demeurer stable ou évoluer dans
son contraire. Elle est aisée lorsqu’il s’agit encore des
bigrammes (2 traits) puisqu’il s’agit des " Quatre Figures "
(Shi Xiang) correspondant aux orients (Sud, Nord, Est, Ouest) ou
aux saisons (Eté, Hiver, Printemps, Automne) ou aux éléments
fondamentaux de l’énergétique chinoise (Feu, Eau,
Bois (ou Vent), Métal)... ou aux périodes de la vie...
etc mais se complique quelque peu avec les Huit Trigrammes (Bagua)
d’autant plus que ceux-ci peuvent être placés de deux
façons différentes autour d’un axe central suivant
qu’il s’agisse de la disposition dite de Fuxi (Fou Hi) ou du " Ciel
Antérieur " (avant la création du Ciel
ou ordre nouménal) ou de la disposition dite de Wen Wang
(Roi Wen) ou du " Ciel Postérieur "
(après la création du Ciel ou ordre phénoménal).
A partir des trigrammes l’analyse intellectuelle ne suffit plus
pour définir une valeur spécifique à chacun
d’entre-eux et il devient nécessaire d’utiliser une valeur
purement symbolique, donc plus ou moins arbitraire puisque le symbole
en cause peut être perçu différemment ceci en
fonction du contexte culturel.
Il s’agit donc, qu’on le veuille ou non, d’un système conventionnel
auquel on accepte d’adhérer ou non. Ceci est encore plus
vrai pour les hexagrammes qui nécessitent, en ce qui concerne
les commentaires habituels, une adaptation puis une interprétation
tout à fait subjective. A partir de là il existe plusieurs
hypothèses...
Soit on utilise le texte classique, le plus proche possible des
anciennes éditions chinoises, soit on utilise une adaptation
plus ou moins libre de textes chinois plus ou moins anciens, soit
on utilise une adaptation très libre de ces mêmes adaptations...
Il devient donc très difficile de déterminer si le
texte de l’hexagramme considéré est un mot à
mot issu directement du chinois ancien (Traduction de la version
du Yijing de Mawangdui datant du second siècle avant notre
ère)... si le texte provient de la traduction directe d’un
ouvrage chinois plus récent, donc déjà adapté...
si le texte est une simple adaptation d’une quelconque traduction...
ou s’il s’agit purement et simplement d’une nouvelle relecture de
la énième adaptation de la traduction la plus en vogue.
Dans ce cas s’agit-il encore du Yijing ? Que lire et que comprendre ?
Entre " Rencontrer le chef de la tribu des Fei, rien
de désastreux ne surviendra, mais seulement pendant la prochaine
décade. Aller de l’avant on sera récompensé "...
" Rencontrer le maître équivalent ;
bien qu’une décade, pas de culpabilité, en entreprenant
il y a des louanges "...
" Rencontrer par hasard un maître bien apparié,
bien que pendant une semaine. Pas de faute. Aller amène à
se surpasser "...
" On obtient une aide ou une amitié importante.
Ne pas sacrifier toutefois sa personnalité et son idéal "...
" Ne jamais chercher à être plus haut que
les autres "...
" Il rencontre un compagnon qui lui ressemble comme un
frère. Pas de blâme. Amélioration si vous progressez "...
" Bien que n’étant pas égaux, ils se suivent
s’entraidant mutuellement. Ils tentent une entreprise et peuvent
achever leur œuvre. Ils méritent des louanges "...
Et encore s’agit-il ici des traductions du même passage issues
des ouvrages réputés comme les plus sérieux.
D’autre part, la plupart de ces " auteurs "
s’accordent sur le fait que cet hexagramme, le cinquante cinquième
en l’occurrence, Feng ou Fong, représente l’image (Xiang)
de l’abondance, de la pléthore et qu’il se compose de deux
trigrammes : à sa base le Feu (Li), soleil ou éclair,
clarté, clairvoyance et à son sommet l’Eveilleur,
le tonnerre (Zhen), l’impulsion, la croissance.
Eclair et tonnerre se manifestent. Clarté à la base,
mouvement au sommet caractérisent cet hexagramme dont l’ancienne
graphie désignait un vase rituel destiné au sacrifice
placé sous deux épis symbolisant la récolte
abondante.
Energétiquement, avant que s’opèrent d’éventuelles
mutations, cet hexagramme se compose de trois bigrammes : à
la base le Petit Yang (Est, printemps, renaissance, énergie
du Bois) ; au centre le Grand Yang (Sud, été,
abondance, énergie du Feu) ; au sommet le Grand Yin
(Nord, hiver, décadence, énergie de l’eau). Il est
visible que ce qui est extrême, l’abondance (Eclair et tonnerre)
ne pourra se maintenir. Lorsque le développement atteint
son apogée commence alors le déclin. Si on transcrit
les bigrammes par de simples postures le bigramme inférieur
représente quelqu’un à genoux, le bigramme médian
quelqu’un debout, le bigramme supérieur quelqu’un allongé.
Dans la conception taoïste il s’agit d’un rituel d’offrande...
dans un premier temps l’officiant s’agenouille devant le vase rituel ;
dans un second temps il se relève, s’avance vers l’autel
et présente l’offrande au ciel, dans un troisième
temps il se recule et se prosterne profondément face au sol.
Dans une certaine mesure l’énergie est mise en relation avec
le foie et la vue puis avec le cœur et le toucher et enfin avec
les reins et l’ouïe. Voir, prendre, écouter... ou savoir,
comprendre, entendre. Il existe, enfin, des relations subtiles entre
les divers traits de l’hexagramme... le premier et le quatrième,
le second et le cinquième, le troisième et le sixième...
ce qui permet de considérer une autre image (Xiang) de l’hexagramme
originel.
Cette vision pragmatique du Yijing puisqu’elle passe par le corps,
par l’action symbolique vécue physiquement est, en particulier,
celle qui fut développée, à partir des pratiques
taoïstes, par les maîtres du Bagua Zhang (Paume des Huit
Trigrammes), l’un des trois grands " Arts Martiaux "
(Wushu) internes (Nei Jia Quan). Le Maître Sun Lutang (Sun
Fukuan), connu sous le surnom de " Maître aux Trois
Paumes " (1861 -1932) donne à ce sujet quelques
explications dans son fameux " Bagua Quan Xue "
(Etude sur les Huit Trigrammes) : " L’art des Huit
Trigrammes se matérialise dans les multiples mutations qui
ne connaissent aucune limité. Mais ces mutations ne peuvent
pas être séparées des Huit Trigrammes, les Huit
Trigrammes des Quatre manifestations, les Quatre manifestations
des Deux Phénomènes, les Deux Phénomènes
de la pulsion du Qi Unique et le Qi Unique du Vide originel lequel
est dépourvu de signes matériels. Tous les changements
viennent du vide et y retournent ainsi que le repos contient le
mouvement potentiel. La compréhension vécue de ceci
au travers de la pratique permet, bien qu’utilisant le corps, de
parvenir à l’oubli. Celui qui parvient à atteindre
cet état est capable de voir sans regarder , d’entendre sans
écouter, de palper sans toucher, de faire des changements
sans bouger, de triompher sans intervenir. Ceci est l’art de penser
sans avoir d’idées, d’agir sans se contraindre et c’est là
que consiste l’obéissance de l’homme au Tao. Cet Art du Poing
(Quan Shu) est donc l’incarnation du principe créateur du
Tao ".
Le maître Sun dans l’avant propos de son traité de
Bagua explique le but de cette pratique : " En étudiant
et en pratiquant le Bagua, nous avons pour but de consolider notre
santé en suivant les règles exposées et sans
violer les principes de la nature. Ce faisant on acquiert le savoir-faire
de l’autodéfense et l’on en tire grand profit pour préserver
son intégrité. Cela permet, peu à peu, d’aboutir
à la compréhension de la meilleure méthode
de transformation (Yi) de l’esprit (Shen) et, finalement de permettre
à cette pratique d’exercer une influence sur le cours des
événements eux-mêmes ".
Consolider la santé en respectant la nature et autrui, retrouver
son autonomie, éveiller l’esprit, exercer une influence sur
le cours des événements est déjà un
autre programme que la simple divination. Il ne s’agit donc plus
d’une simple spéculation pour intellectuel assis mais de
la mise en œuvre pragmatique d’une alchimie de la pensée
et du mouvement aboutissant à l’acte ultime de création.
1/ Suivant Anne CHENG dans Histoire
de la pensée chinoise (Editions du Seuil) : " Wang
Yangming est devenu le personnage clé de l’histoire du
confucianisme des Ming. Son influence a été énorme
sur ses disciples comme sur ses détracteurs et rien ne peut
être dit de l’histoire des idées au XVIe et au XVIIe
siècle qui ne ramène à lui d’une manière
ou d’une autre... Son insatiable curiosité se porte tour
à tour sur la préparation des concours mandarinaux,
les arts militaires et les techniques taoïstes de longévité...
Son enseignement devait connaître une fortune considérable
en Corée puis au Japon où il était encore vivant
dans l’esprit des réformateurs de l’ère Meiji en 1868 ".
2/ Ling Pao Ming (Clarté du
Joyau Ecarlate). C’est avec les Ecoles du Mao Chan ( Admirable
Montagne) et du Jing Dan (Cinabre d’Or) l’une des trois grandes
traditions du Taoïsme des Praticiens de l’Alchimie Interne
(Neidan).
3/ Wang
Xiangzhai (Wang Hsiang Chai ou Yu Sen), décédé
à Pékin à la fin des années soixante,
fut le disciple en Taiji Quan (Tai Chi Chuan) de Zhang Qinlin (Chang
Qin Lin) et en Xingyi Quan (Hsing I Chuan) de Guo Yunshen (Kuo Yun
Shen) connu sous le pseudonyme de Fo Jun Sha (La paume dévastatrice
du Bouddha).
A été à l’origine du renouveau des pratiques
énergétiques en République Populaire de Chine.
Fondateur du Dachengquan (Ta Tcheng Chuan), synthèse entre
le Taiji Quan, le Bagua Zhang et le Xingyi Quan et diverses méthodes
basées sur le contrôle du souffle (" QiGong "),
il représente un courant de pratique situé entre la
tradition ancienne et classique liée au courant taoïste
et le pragmatisme caustique prôné par Deng Xaoping...
" Peu importe qu’un chat soit noir ou gris, l’important
est qu’il attrape des souris ".
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