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YI JING : Traité de la simplicité originelle...
Si l’on passe sur le fait, désormais habituel dès
que l’on traite de la langue chinoise, que la transcription occidentale
des caractères originels permet, au choix, de nommer l’ouvrage
en question Yijing, Yi King, Yi Tching, I Tching, I Ching, I Ging,
I Jing, Tchi Tching... en faisant grâce des tirets et apostrophes,
le premier caractère, YI (2356 caractère du Dictionnaire
Ricci), désignait dans sa graphie originelle le soleil dardant
ses rayons au travers d’une ondée nuageuse.
Quelle image... ! Le soleil dans la Ciel (Tian), un nuage
(Yun), une ondée bienfaitrice et chatoyante (Yu), parvenant
sur Terre (Ti).
Pour tous ceux qui, comme le décrit Laozi (Lao Tseu) dans
son quinzième chapitre du Daodejing (Tao Te King ),
" De tous temps excellent dans la pratique de la Voie "
(Shan Wei Dao) tout est dit. Entre Ciel (Tai Yang) et la Terre (Tai
Yin) se manifeste le Jeu (Shi) des Nuées (Shao Yang) et des
Ondées (Shao Yin). Il s’agit bel et bien du " Jeu
des Nuages et de la Pluie " (Yun Yu Shi) de l’alchimie
taoïste qui permet au " Souffle Spirituel "
(Shen Qi) de descendre et au " Souffle Essentiel "
(Jing Qi) de s’élever, ceci provoquant les " Mutations "
(Yi). Jingshen (Essentiel/Spirituel) désigne ainsi la parfaite
et sublime connaissance, le Grand Œuvre.
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Cette manifestation symbolique se retrouve, par ailleurs, dans
les deux premiers Trigrammes du Roi Wen : Li (Le Feu Céleste)
et Kan (l’Eau de l’Abime) utilisés en Alchimie Interne (Nei
Dan). Li, en effet, correspond au Cœur qui engendre le Shen (Esprit)
tandis que Kan correspond aux Reins qui engendrent le Jing (Essence).
Esprit et Essence sont respectivement la manifestation du Yin authentique
et du Yang véritable qui sont à la base dynamique
du travail alchimique puisqu’issus du Ciel Antérieur - avant
la création du Ciel ou ordre nouménal - (Xan Tian)
mais agissant dans le Ciel Postèrieur - après la création
du Ciel ou ordre phénoménal - (Hou Tian).
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Ciel Antérieur - Ciel Postérieur |
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Cette image est fort pratique, en effet, mais il semble fort peu
improbable que ce charmant reptile, néanmoins quelque peu
frileux de nature, ait pu être observé couramment dans
la Chine du nord à l’époque Shang d’où est
censé provenir le Yijing. Cette vision sympathique, primaire
et reptilienne du YI semble donc très tardive et un peu trop
tirée par les cheveux pour être totalement honnête.
Quoi qu’il en soit, caméléon ou pas, YI représente
à la fois l’origine, la simplicité et la capacité
de transformation ou de changement d’apparence. Au second siècle
de notre ère Zhen Xuan (127 200) écrivait déjà
" Yi n’est qu’un seul caractère mais qui possède
trois significations essentielles : Yi comme Bu Yi " Intangible
comme l’origine " ; Yi comme Jian Yi " Simple et
facile " ; Yi comme Bian Yi " changement et mutation "...
". Il est traduit par facile, aisé, commode,
simple, facile d’abord, puis par mutation, changer, modifier, transformer,
échanger avec... JING (979 caractère du Dictionnaire
Ricci) représente originellement une quenouille portant deux
cocons de ver à soie se séparant peu à peu
sous l’action du mouvement accolés à une équerre
qui représente la terre, donc la stabilité, de laquelle
émane un force, presqu’un son, s’élevant vers le ciel.
Il s’agissait donc anciennement d’un métier à tisser
et d’un savoir faire, d’une compétence (Kung) se manifestant
dans une trame solide.
Peu à peu cela prit le sens d’enseignement essentiel puis
d’ouvrage magistral destiné à transmettre la Tradition...
ce que l’on traduit désormais par classique ou canon. C’est
le livre fondamental qu’on étudie en classe, la base absolue
du savoir et du pouvoir mandarinal.
Ce n’est donc pas un hasard si le YIJING, depuis la dynastie des
Han (206 Av.J.C.) est classé en tête des Cinq Classiques
(Wujing) et ceci avant le Livre des Odes (Shi Jing), le Livre des
Documents (Shu Jing), le Livre des Rites (Li Ji), le Livre des Annales
des Printemps et des Automnes Chun Qiu)... C’est dire l’importance
de cet ouvrage.
Dans sa préface du " Livre des Changements de
la Dynastie des Tscheou ", publié aux Annales
du Musée Guimet, le révèrent Père P.L.F.
Philastre ne s’est donc pas trompé en affirmant " Le
Yi king est considéré par les Chinois comme le plus
important et le plus ancien monument de leur littérature ;
toutes les écoles sont d’accord sur ce point ".
Il est à noter que Philastre utilise à dessein l’antique
appellation de l’ouvrage en question à savoir le ZHOU YI
(Mutation des Zhou) ce qui, traditionnellement, fait remonter la
première rédaction de ce traité à la
dynastie Zhou ou Chou), au onzième siècle avant notre
ère.
A cette époque on précisait, par ailleurs, que l’origine
des premiers textes remontait déjà à la dynastie
des Shang (1765 1122 av.J.C.) où l’on procédait à
des actes de divination par scapulomancie. Cela consistait à
jeter des omoplates de bovins ou de félins dans le feu et
à interpréter les fissures obtenues en fonction des
figures (Xiang) répertoriées par les praticiens précédents
de la dynastie Xia (Hsia) (2207 1766 av. JC). Ceux-ci, suivant la
tradition, avaient obtenu ces fameuses figures à partir de
carapaces de tortues (Gui ou Kuei) ( caractère 2834 du dictionnaire
Ricci - radical 213 -).
Ces carapaces étaient jetées dans le feu et rapidement
sorties à l’aide de baguettes d’achillée (Shi) (caractère
4387 du Dictionnaire Ricci) - littéralement " bâtons
utilisés par les sorciers " - Suivant la manière
dont la carapace retombait sur le sol, le nombre et la forme des
fissures provoquées par le feu, l’oracle (Gui Shi - Divination,
littéralement tortue et baguettes -) pouvait être rendu.
Si la carapace retombait face bombée (ronde) vers le haut
il s’agissait d’un " signe céleste "
( considéré par la suite comme Yang). Si la carapace
retombait face plate (carrée) vers le bas il s’agissait d’un
" signe terrestre " (considéré
par la suite comme Yin). De même les fissures en nombre impair
(Yang) figuraient le Ciel, les fissures en nombre pair (Yin) figuraient
la Terre.
Ce mode de divination remontant à la plus haute antiquité
préfigure déjà l’utilisation toujours actuelle
des baguettes d’achillée (Shi) et des sapèques (pièces
chinoises percées d’un trou carré) (Yasheng - littéralement
soumission/triomphe ou Qian). De même que pour les antiques
carapaces, les sapèques possèdent symboliquement une
face céleste (Yang) et une face terrestre (Yin)... et les
baguettes désignent toujours le pair et l’impair... donc
le Yin et le Yang.
De tout ceci il est déjà possible de tirer quelques
conclusions... la première est que la polémique stérile
entre ceux qui utilisent les baguettes et ceux qui préfèrent
les pièces n’a pas de raison d’être en dehors des querelles
de clochers habituelles aux " cent écoles "
et destinées à amuser le larron en prétendant
noyer le poisson. Les uns comme les autres respectent, ou suivent,
la tradition des devins. La seconde est que la tradition authentique
n’a que peu faire des écrits tardifs et des commentaires
sur les commentaires qui accompagnent d’autres commentaires qui,
eux-mêmes, proviennent de traductions récentes.
Comme le soulignait malicieusement Wang
Tse Ming, " Lorsqu’ un concept parfait issu de la
grande tradition taoïste est commenté par un confucianiste
(Les Dix Ailes de Kongzi), traduit par un Jésuite (Philastre),
disséqué par un analyste (Wilhelm), expliqué
par un Kabbaliste (Perrot), critiqué par un universitaire
sceptique (Etiemble) et utilisé par un adepte du New-age
californien il ne faut pas s’attendre à connaître la
vérité, toute la vérité et rien que
la vérité ! ". Ceci est d’autant
plus vrai lorsque le savoir transmis directement de maître
à disciple, depuis toujours, donc ici et maintenant, est
en apparente contradiction avec ce que l’on fait dire à un
quelconque texte servant, peu ou prou, de référence
ultime ailleurs et avant hier. C’est la toute petite différence
entre ceux qui lisent dans Laozi (Daodejing XV) " De
tous temps ceux qui pratiquent la Voie... " et ceux
qui traduisent " Ceux de jadis étaient des maîtres
habiles... ".
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Prenons l’exemple de l’écriture chinoise que la tradition
fait remonter à Wangdi, le troisième des Cinq Empereurs
(Wudi Chi), soit aux environs de 2697 av. J.C. Cela était
simplement admis par tous jusqu'à ce que des historiens occidentaux
ne cessent et ne recessent de remettre en cause ce principe ceci
au nom d’un autre principe.
L’Occident était riche et on ne prête qu’aux riches...
Les " savants " occidentaux finirent donc
par faire admettre aux Chinois que l’écriture chinoise ne
commençait qu’avec le bronze, donc sous la dynastie Zhou
(Chou) (XI eme siècle Av. J.C.) jusqu’au jour où ils
découvrirent avec stupéfaction une écriture
beaucoup plus ancienne sur des os dits de dragon ( Chia Ku Wen ou
culture des inscriptions sur os) datée de la fin de la dynastie
Shang (entre le XVIIeme et le XV eme siècle av. J.C.).
Puis, ces mêmes " savants " découvrirent
une écriture plus ancienne encore gravée cette fois-ci
sur des carapaces de tortue dont ils finirent par admettre qu’elles
pouvaient dater de la dynastie Xia (Hsia 2207 -1766 av. J.C.).
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Ecriture archaïque de
la dynastie Hsia |
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Actuellement, des investigations au carbone 14 et par thermoluminescence
permettent d’estimer, scientifiquement, que certaines de ces fameuses
carapaces remontent, en fait, au troisième millénaire
avant notre ère... Les Chinois admettent donc désormais,
grâce à la science occidentale, que leur écriture
remonte probablement à l’époque présumée
de Wangdi. Il aura donc fallu attendre cinq millénaires et
le Professeur Dugenou pour apprendre, enfin, ce que tout le monde
savait depuis trois millénaires grâce à la tradition
simplement transmise de bouche de maître à oreille
de disciple.
Qu’il s’agisse d’un ordinateur, d’un papier imprimé, d’un
rouleau de soie, d’une plaque de bambou, d’une inscription sur bronze,
d’une omoplate de bœuf ou d’une carapace de tortue le Yijing demeure
le Yijing ceci depuis la nuit des temps.
S’agit-il plutôt du " Traité de l’intangible
comme l’Origine ", du " Traité du
Simple et facile " ou du " Traité
du Changement et des Mutations " ?
Zhen Xuan suggère qu’il est tout cela à la fois et
il a probablement raison.
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