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Dans la conception du jardin Zen l’homme ne domine pas la nature
mais s’y conforme et s’y intègre
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Une composition subtile et naturelle |
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Les plus célèbres jardins Zen se situent au Japon
et le plus connu d’entre-eux est, sans conteste, le jardin de pierre
du temple Ryoanji à Kyoto qui fut aménagé en
1499 et qui est simplement composé de pierres moussues au
nombre et au rythme de sept, cinq, trois disposées sur du
sable blanc harmonieusement ratissé.
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Ces rochers représentent symboliquement les "Iles dans
la grande mer", "les sommets de montagne dans la mer de
nuage" ou "la tigresse traversant un lac avec ses petits"
sinon "les seize Rakkan (Arharts ou moines bouddhistes) déambulant
et méditant"suivant l’endroit où l’on se place
pour observer ou méditer.
La tradition populaire affirme à ce sujet qu’il existe en
fait seize pierres et non quinze car une des pierres de la composition
demeure toujours invisible et ceci quel que soit l’endroit où
on se place.
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Même un survol du jardin ne fait apparaître que quinze
pierres et les moines refusent toujours de donner tort ou raison
à cette hypothèse. Mais, il s’agit ici d’une expression
artistique et symbolique poussée jusqu’à l’extrême
comme seuls les Japonais savent le faire.
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Originellement le jardin Zen est né en Chine où il
servait tout simplement de lieu de méditation et de pratique
aux moines. La plupart des monastères étant situés
en montagne, il fut pris l’habitude d’utiliser des rochers pour
agrémenter le lieu de méditation qui était
souvent fort restreint en raison de la conformation du terrain.
Ce jardin était aussi très généralement
le lieu où se trouvait le puits ou une réserve d’eau.
Lorsque le Chan originel se fit connaître en Corée
sous le nom de Sôn puis au Japon sous le nom désormais
plus connu de Zen, entre le septième et le neuvième
siècle, la tradition d’utiliser des rochers et des pièces
d’eau se transmit également. Au Japon, ces jardins de temple
(Tei ou Niwa) s’agrémentèrent des compositions particulières
à la religion locale qu’est le Shinto.
On y retrouve donc des lanternes de pierre (Ishi Doro), des tablettes
votives dédiées aux divinités de la nature
(Kami) ainsi que des portiques (Tori) qui les caractérisent
et les différencient des jardins d’origine. Mais, la réelle
particularité de ces jardins est une conception philosophique
particulière où l’homme ne domine pas la nature mais
y participe harmonieusement.
Le jardin, considéré comme une création humaine
par excellence, ne s’oppose donc pas à la nature mais s’y
intègre harmonieusement tout en réduisant celle-ci
à des proportions... plus humaines. Le jardin doit donc se
présenter comme un paysage naturel, sinon idéal, où
l’art de la composition doit s’effacer au profit de l’image que
l’on se fait de la représentation symbolique d’un lieu de
séjour divin.
Le jardin est donc l’emplacement où on honore les divinités
de la nature comme l’autel familial est celui où on honore
les divinités ancestrales. Il est donc avant tout un microcosme
servant à retenir les énergies subtiles et bénéfiques
qui, petit à petit, viennent l’habiter. Peu importe sa taille
car une simple pierre peut alors se transformer en lac ou en montagne
au gré de la composition.
Le jardin joue donc un rôle essentiel d’espace intermédiaire
entre le sacré et le profane, l’invisible et le visible,
le subtil et le grossier, l’interne et l’externe. Il permet, par
exemple, de passer de l’extérieur, la cité, à
l’intérieur, le foyer... donc du public au privé et,
ce faisant, de se dépouiller des contraintes excessives de
la société... et de la pollution.
Le jardin permet donc de se purifier puis de se régénérer
avant de passer le seuil de la maison. Ce rôle est particulièrement
important dans les "jardins de thé" (Roji) qui
mènent aux "pavillons de thé" où
s’effectue la cérémonie traditionnelle du thé
(Chado ou Cha No Yu). L’énergie bienfaisante et naturelle
du jardin pénètre dans la maison par l’intermédiaire
des fameuses compositions florales de l’Ikebana, essence même
du microcosme...
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Quelques règles essentielles |
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Les jardins japonais surprennent toujours quelque peu les visiteurs
qui ne savent pas toujours où poser les pieds. Comme il existe
un art de la composition des jardins il existe également
un art de les regarder et de s’y promener.
La première caractéristique est que ces jardins disposent
souvent d’un "tapis de pierre" (Ishidatami) qui
permet, tout simplement, d’y marcher sans avoir à se salir
les pieds. Jadis, la plupart des japonais de la bonne société
portaient des socques de bois à hauts talons (Geta) qu’ils
laissaient à l’entrée de la maison ou, s’ils étaient
d’un rang moindre, des sandales de paille.
Dans un cas comme dans l’autre cela se révélait très
glissant sur un sol meuble. Il fut donc pris comme habitude de réaliser
comme un gué de pierres qui traversait le jardin en suivant
ses courbes et en les accentuant. Ce dallage se devait, évidemment,
de paraître le plus naturel possible tout en faisant en sorte
que l’eau puisse s’écouler sans provoquer de flaques inharmonieuses.
Il s’agit donc d’un chemin sinueux qui relie les diverses parties
du jardin entre-elles et communique tant avec l’extérieur
qu’avec l’habitation et les éventuelles dépendances.
Ce "tapis de pierre" doit simplement permettre,
dans un espace généralement rfestreint, de rendre
la promenade la plus longue et la plus agréable possible.
Certaines pierres servent au simple passage tandis que d’autres
incitent à marquer une pause. La disposition harmonieuse
de ce tapis de pierre incite donc à un rythme particulier
au jardin. Les pierres destinées à marquer une pause
permettent de contempler l’ensemble du jardin ou, au contraire,
une composition particulière comme la margelle d’un puits
sur laquelle repose une louche de bois destinée à
recueillir l’eau, un ensemble de rochers et de mousses, une lanterne
de pierre ou un minuscule étang.
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Les arbres ne sont pas exclus, au contraire, de ces compositions
mais sont mis en valeur par le choix des essences et une taille
très particulière que l’on retrouve dans la pratique
des Bonsaï (arbres miniatures) qui étaient originellement
destinés aux minuscules jardins entretenus par les moines
des montagnes (Yamabushi).
Les bouleaux et les érables (liquidembar) y sont particulièrement
appréciés ainsi que les arbres fruitiers dont la floraison
est attendue avec la plus grande impatience.
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Le prunier et le cerisier en fleur sont, ainsi, devenus les emblèmes
du Japon médiéval et de son romantisme guerrier. Ne
dit-on pas que le Samurai, comme la fleur du cerisier au printemps,
ne vit que pour un l’instant ultime où il tombe emporté
par le vent divin (Kamikaze) de l’histoire ?
A vrai dire seuls les Japonais ont pu imaginer, à cet effet,
de créer par sélections successives, des arbres fruitiers
ne produisant surtout aucun fruit qui serait venu, malencontreusement,
tacher les pierres du jardin.
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Les diverses parties du jardin représentent symboliquement
des étapes qu’il convient de franchir les unes après
les autres et dans un ordre précis pour parvenir, petit à
petit, à l’illumination ou, au moins, à la sérénité.
On escalade donc une montagne minuscule comme on enjambe une rivière
ou qu’on traverse un lac grâce à une pierre plate qui
suggère un pont.
Lorsqu’il existe un pont, en dos d’âne comme il se doit, celui-ci
ne sert qu’à empêcher les esprits malfaisants de se
déplacer en ligne droite tandis que le portique (Tori) de
bois coloré en rouge ne se situe surtout à aucune
entrée et moins encore à une quelconque sortie...
ce qui serait d’un vulgaire affirmé. Il ne marque que le
passage des divinités (Kami - littéralement "Feu"
(Ka) et "Eau" (Mi) familières à
l’endroit) or, celles-ci ne pourraient entrer ou sortir puisqu’elles
sont partout présentes.
Enfin, des barrières ou des haies, parfois simplement constituées
de quelques bambous, permettent de situer des limites abstraites
et, paradoxalement, d’agrandir le lieu par un jeu subtil d’ombres
et de lumières. En fait ce qui caractérise le mieux
ce type de jardin est l’extrême économie de moyen qui
permet, malgré tout, de suggérer un espace à
la fois restreint et infini utilisant le symbole et l’abstraction
pour mieux synthétiser la nature dans ce qu’elle a de plus
harmonieux.
Le jardin est donc composé tant pour le spectateur ou le
promeneur que pour la nature elle-même qui s’y reflète
sans contrainte. On est donc à l’opposé du jardin
à la Française et de sa rigueur cartésienne.
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