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Origine historique : YUE FEI (1103 - 1142)
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L’origine de la création de cet art interne
remonte au Général YUE FEI (Yao Fei ou Yuen
Fei) (1103 1142), patriote et héros national chinois, connu
comme le " Général protecteur des frontières
".
Egalement appelé Peng Ju, il naît
dans le comté de Tang Ying de la province de Henan au sein
d’une famille de l’ethnie Hakka.
Cette ethnie est réputée en Chine, et jusqu’au Japon,
pour ses qualités de droiture et de bravoure :
"Les Hakkas font preuve d’un fort sentiment d’unité,
de diligence, de patience, d’un enthousiasme sans borne pour l’éducation,
ainsi que d’un esprit martial sans pareil "
(I. Nitobe Bushido- La Voie du Guerrier).
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Cette ethnie très particulière a
fourni à la Chine bon nombre d’individus exceptionnels comme
Wen Tianxiang, héros de la dynastie Song, Hong Xiuquan instigateur
des la révolte des Tai Ping, les maréchaux Zhude (Chu
Teh) et Linbiao (Lin Piao) mais également Sun Yatsen, Deng
Xiaoping, Li Peng.
Sur la demande de Yue Fei, lorsqu’il était encore adolescent,
sa mère lui tatoua dans le dos la formule " Sois
loyal à ton Pays ".
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Ses qualités martiales exceptionnelles lui
valurent de gravir tous les échelons de la hiérarchie
militaire et de devenir général à trente trois
ans. Il fut alors chargé de défendre les frontières
du Nord contre les invasions répétées des Jin
à l’époque ou Hangzhou était la capitale de
la dynastie des Song du Sud.
Il réorganisa l’armée et lui redonna confiance ce
qui lui permit de ne jamais perdre une bataille et de pacifier,
sans brutalité, le nord de la Chine. Adoré par ses
officiers et ses soldats il était respecté par ses
ennemis qui appréciaient sa droiture dans la parole donnée.
Yao Fei était réputé pour combattre à
la tête de ses troupes au coeur de la mélée
et pour donner l’exemple en payant de sa personne, refusant, par
exemple, de manger différemment de l’homme de troupe avec
lequel il partageait volontiers son repas. Avant Patton il déclara
" Une troupe est comme une nouille et ne se pousse pas,
il faut toujours la tirer ! ".
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Yue Fei fut également l’un des premiers
généraux à se soucier de la bonne santé
de ses armées ce qui l’incita à créer une forme
gymnique toujours très pratiqué et connue sous le
nom des " Huit Brocards Précieux "
(Baduanjin ou Pa Tuan Chin).
Ce nom particulier provenait des étendards de soie utilisés
par les divers corps de troupe et portant, en insigne, les Huit
Trigrammes (Bagua) du Yijing.
Il s’agit donc là d’une forme classique de " Qigong
" qui était destinée à entretenir la vitalité
des soldats et des officiers.
Pour les soldats il créa également
une forme de combat à main nue nommée Yi Yue San
Shou (Main Longue de Yue ) également connue, par la suite,
sous la dénomination plus populaire de " Boxe des
serres de l’Aigle ".
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Mais Yue Fei était également un grand
expert dans le maniement de la lance.
A ce sujet il avait créé une forme de lance particulière
connue sous la dénomination de " Yue Fei Gu Liang
Jiang " (Lance fondue à un crochet de Yue Fei).
Cette arme était particulièrement redoutable et efficace
dans les combats contre les cavaliers Jin et se composait d’une
hampe assez courte (1m70), d’un fer droit et d’un crochet. Ce dernier
était dissimulé sous un étendard triangulaire
de soie plombé.
L’autre extrémité de l’arme était constituée
par une masse de bronze qui équilibrait le tout et permettait
des attaques puissantes et dévastatrices.
Le bois de la hampe permettait de bloquer les attaques ; le fer
droit de porter des attaques en estoc (pique) ; le crochet d’utiliser
la taille (coupe) ; l’étendard de soie plombé permettait
de fouetter sèchement ; la masse de bronze de frapper avec
puissance.
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Cette arme utilisait déjà le principe
des " Cinq Eléments " (Wuxing) : la hampe
représentant le Bois (Est), le fer droit l’Eau (Nord) (pique),
le crochet représentait le Métal (Ouest) (Taille),
l’étendard représentait le Feu (Sud) (Frappe) tandis
que la masse représentait la Terre (Centre) (puissance et
blocage).
Le maniement de cette " Lance fondue à un crochet
" était donc également basé sur le
principe des " Cinq Mouvements " qui s’engendrent
et se dominent mutuellement : Eau, Bois, Feu, Terre et Métal.
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L’Eau éteint le Feu mais engendre le Bois.
Le Bois épuise la Terre mais engendre le Feu.
Le Feu fond le métal mais produit la Terre (cendre).
La Terre absorbe l’Eau mais génère le Métal
(cristallisation, minéralisation).
Le Métal coupe le Bois mais produit l’Eau.
De plus, le mouvement particulier de l’étendard servait
à transmettre des ordres sur le champs de bataille donc à
communiquer aux différents corps de troupe l’ordre de mouvement.
Le mouvement lié à l’Eau signifiait le recul et la
mise en place d’embuscades.
Le mouvement lié au Bois indiquait un déplacement
de l’extérieur vers l’intérieur donc un contournement.
Le mouvement lié au Feu signifiait la charge frontale, l’assaut.
Le mouvement lié à la terre indiquait de maintenir
la position, de demeurer sur place.
Le mouvement lié au Métal signifiait un mouvement
de l’intérieur vers l’extérieur, donc une maneoeuvre
d’aile comme un " coup de faux " (Sichelschnitt ou manoeuvre
de Von Schlieffen reprise par Von Manstein en 1939 lors du Kriegspiel
de la Bataille de France) retombant sur l’ennemi.
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Ces ordres donnés par Yao Fei et répercutés
par les officiers se son état major, Niu Gao et Zhang Xian,
représentaient donc déjà un souci évident
de stratégie très élaborée, issue des
préceptes de Sunzi (Sun Tseu) à une époque
ou, en Occident, on se contentait le plus souvent de la charge frontale.
Il est intéressant de savoir que Yao Fei eut l’idée
de coupler les " Huit Trigrammes " (Bagua) des drapeaux
des corps de troupe (Baduanjin) avec les mouvements d’ordres indiqués
par les " Cinq Etendards " (Wu Junqi) correspondant aux
Cinq Mouvements (Wuxing) :
la Tortue-serpent noire, ou Guerrier en cuirasse, pour l’étendard
du Nord ;
le Dragon vert pour l’étendard de l’Est ;
le Phénix rouge pour l’étendard du Sud,
l’Etendard Impérial Jaune pour le Centre ;
le Tigre blanc pour l’étendard de l’Ouest.
Ce faisant Yao Yei reproduisait le concept cosmologique très
classique des " Quatre Palais " saisonniers,
correspondant aux mouvements du " Boisseau Boréal
" (Teou) ou " Grande Ourse " dans le
ciel au cours des saisons, le " Centre du Ciel
" étant occupé par l’Etoile Polaire (Tai Yi)
symbolisant l’Empereur ou son représentant en l’occurrence
le Général dans son état major.
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Grâce à cette discipline basée
sur le respect de la parole donnée, grâce à
l’entraînement des troupes au combat armé et à
poing nu, grâce à une stratégie hautement élaborée
Yue Fei mena toujours ces opérations militaires avec réussite
et un minimum de pertes.
Son immense popularité au sein même des régions
reprises aux Jin puis pacifiées ne lui valurent pas que des
amitiés à la cour de l’empereur Gaozong (Kao Tsung
ou Chen Yen).
Le premier ministre de cet empereur, Qin Hui, aidé de sa
femme Wangshi et des conseillers Mo Qixie et Wang Jun organisèrent
une conspiration pour faire tomber Yao Fei et l’accusèrent
de haute trahison. Yue Fei et son fils furent donc convoqués
à la cour de Hangzhou où ils se rendirent sans la
moindre médfiance, capturés et exécutés
sommairement.
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Seulement 21 ans plus tard, en 1165, par décret impérial
signé par l’Empereur Xiaojung (Hsiao Tsung ou Kien Tao) et
sous la pression de l’opinion publique, Yue Fei sera réhabilité
à titre postume, élevé à la dignité
de Maréchal (Yuanshuai) et totalement réhabilité.
Un temple lui sera élevé en 1221 à proximité
de Hangzhou. Ce temple sera plusieurs fois modifié et agrandi
en 1715, 1918, 1979.
En 1961 la République Populaire de Chine déclarera
Yue Fei comme " Héros National " et placera sa
tombe et le temple comme un monument national majeur et trésor
historique.
A la porte de ce temple, devenu l’objet d’un pèlerinage
que tout Chinois se promet d’effectuer un jour, les statues de ceux
qui trahirent Yue Fei, le ministre félon et sa femme agenouillés
et enchaînés, accueillent les visiteurs.
Malgré les pancartes d’interdiction, il est difficile aux
autorités d’empêcher ceux qui viennent en visite de
leur cracher dessus ou de les gifler ces statues sont donc particulièrement
bien polies par ce traitement particulier qui dure depuis des siècles.
Tous les dirigeants chinois, y compris Sun Yat Sen, Chiang Kai Shek
et Maozedong (Mao Tse Toung), se sont, un jour, rendus sur cette
tombe qui demeure l’un des endroits les plus visités de Chine.
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