Nei Jia, Arts du poing externe
   

Le Xingyiquan, poing du l'unité de l'intention et de la forme

Le Poing de l’Unité du Corps et de l’Intention de l’Ecole du Poing des Trois Harmonies

 


XINGYIQUAN ou HSING I CHUAN


San Yiquan et Xingyiquan - La branche et le tronc -
Calligraphie de Emmanuel Pedon pour San Yiquan

Le Xingyiquan (Hsing I Chuan) est avec le Taijiquan (Tai Chi Chuan) et le Baguazhang (Pa Kua Tchang) l’un des " Trois Arts du Poing Interne "
( San Neijia Quan) de la Chine.

Xing représente la " forme " ou le " corps " , donc la structure corporelle et matérielle

Tandis que Yi représente l’intention, le vouloir.

Quan (Chuan) désigne le poing et par extension l'Art du Poing ce que certains occidentaux ont traduit, hâtivement, par "boxe" ou "art pugilistique".

Il s’agit donc littéralement du " Poing de l’Unité (ou Harmonie) du Corps et de l’Intention " .

C’est du moins ce qui est précisé lorsqu’on écrit les caractères composant la transcription habituelle.

Mais le Xingyi ne se contente pas, heureusement, de s’écrire puisqu’il se pratique.

Du Xingyiquan (Hsing I Chuan) à gauche de l'illustration
à San Yiquan (San I Chuan) à droite de l'illustration
C'est simplement une autre façon de voir les choses mais la filiation demeure.

Le San Yiquan est l'Ecole de Xingyiquan dirigée par Georges Charles
Cliquer ici

 

" Agir est facile "


Xingyi signifie également " Agir est facile " .
Il s’agit, dans ce cas d’un paradoxe développé par Wang Yangming ou Wang Shuren (Wang Shu Jen) (1472 - 1529), ancêtre de Wang Tseming (Tai Ming Wong) (1909 2002), paradoxe qui fut repris par le premier président de la République de Chine Sun Yat Sen (Sun Wen) : " Xingyi Zhinan " (Hsing I Chih Nan ):

" Agir est facile, savoir est difficile ".

D’une manière plus ésotérique encore Xingyi Quan peut encore se lire comme

" Art de modifier la destinée " .

Entre Xingyi (Xing = forme Yi = unité)
" Unité de la Forme " et
Xingyi (Xing = destinée YI = transformation, mutation)
" Transformation de la Destinée " il existe tout un monde dont il convient, peut-être, de découvrir le " centre " ou " juste milieu ".

Les lettrés chinois apprécient les homophones, c’est à dire les mots qui se prononcent de la même manière mais qui possèdent des significations fort différentes.
Il y a donc ce qui est " écrit " et ce qui est " dit ".
Si il s’agit, de plus, de lettrés praticiens comme l’étaient Wang Yangming ou Wang Tseming il y a, en plus, ce qui est démontré, donc pratiqué dans l’action.

"Entre ce qui est écrit, statique et immuable et ce qui est démontré, donc dynamique et changeant, il existe encore un autre univers et de multiples compréhensions et interprétations possible.

"Il y a ce qui est écrit, il y a ce qui est dit, il y a ce qui est montré, il y a ce qui existe et il y a autre chose encore.
Entre ce qui est écrit et cet "autre chose encore" (Hua) que l'on ne peut pas même expliquer se situe une autre approche de la réalité"

Wang Yangming.

En Chine une importante partie de la tradition, surtout lorsqu’elle est ésotérique (Neijia) se transmet par la pratique, donc par le geste-symbole, avant de se formuler par la parole et de se concrétiser (mise en forme donc structuration exotérique Waijia) par l’écrit.

Dans ces pratiques secrêtes, sinon discrètes, l'écrit était peu utilisé et la transmission s'effectuait de bouche à oreille et surtout de peau à peau !


En un mot comme en cent le Xingyi peut s’écrire de nombreuses manières mais surtout se pratique :

"Les chemins varient, le sommet demeure unique"

 

Salut de l'Ecole San Yi Chuan, "Ching Long Pai Fu Shot Yin"

Poing du mouvement de l'eau, Tsuan Chuan

La transcription des caractères peut prendre une toute autre valeur que celle qui est livrée, par écrit, au monde profane donc qui ne pratique pas et se contente de rechercher des explications sans vouloir s’impliquer ni s'appliquer.

Ce profane se retrouve donc dans l’attitude de celui qui lit une carte de restaurant alors que le pratiquant est à table.
" Savoir est difficile ! "
Celui qui goûte le plat, par contre, en connaît la saveur (sapor) ce qui est plus aisé.
Il suffit donc de goûter la pratique pour en connaître la saveur.

Le premier peut, à force de lire des cartes de restaurants, devenir un " savant " puisqu’il sait.

Le second, à force de pratiquer peut, par contre, devenir un " sage " puisqu’il entretient la " sapience " donc la capacité de définir les saveurs.

En Chine on qualifie d’idiot ou d’insensé celui qui ne sait pas même distinguer les saveurs (Wu Pu Qu Feng).

Il ne suffit donc pas de savoir, il faut faire et alors :
" Agir est facile ! " .

LES TROIS COURANTS DU XINGYIQUAN


Mais, Xingyiquan (Hsing I Chuan) demeure un terme assez générique incluant trois grands courants :
le courant orthodoxe (Laojia ou " Ancienne Ecole " ;
le courant de forme naturelle ou de la spontanéité (Ziran ou Tseujan) ;
le courant dit de " synthèse " (Zong Hejia).

 

A cause de leur implantation géographique ces trois courants se définissent également comme le courant (Ecole) du Hunan (Hunanjiao) pour la forme orthodoxe ou ancienne, le courant du Shanxi (Shanxijiao) pour la forme naturelle, le courant du Hubei (Hubeijiao) pour la forme de synthèse bien que cette dernière soit en fait originaire des deux provinces Shanxi-Hubei.

Dans le cas de l’école de forme naturelle, le Maître Li Lo Neng (Li Neng Jan), afin de se différentier de la forme dite orthodoxe ou ancienne changea l’appellation Xingyiquan en Yiquan (Poing de l’Intention) car il estimait cette intention (vouloir, volonté (Yi) plus importante que la " forme " (Xing).

Il faut à ce sujet rappeler que le caractère chinois Xing (Hing) est le même que celui utilisé au Japon pour désigner les " Kata " ou " formes pré-arrangées " .

Le Maître Li Lo Neng ayant dans sa pratique et son enseignement supprimé les
" formes " au profit d’une pratique plus spontanée préféra donc se référer à Yiquan.

L’habitude étant prise ses successeurs se référant à cette forme spontanée (Ziran ou Tseujan Men) continuèrent à nommer cette pratique Yiquan (I Chuan) ou lui donnèrent un nom particulier spécifique à chacune des Ecoles.

C’est ainsi qu’on retrouve dans cette tendance de forme dite naturelle les Ecoles :

Les diverses Ecoles du courant "évolutif" du Xingyiquan

Liuheyiquan (Liu Ho I Chuan)

C'est le nom utilisé par le Général Yue Fei pour qualifier son enseignement du "Poing de l'Intention et des Six Harmonies"
Ce nom particulier et la référence à Yue Fei figure sur la tombe de Guo Yunshen.
Yue Fei fut donc historiquement le premier à utiliser le terme Yiquan.


Yiquan (I Chuan) ( " Poing de l’Intention " )


Précisons encore que ce terme de Yiquan fut déjà utilisé par Yue Fei dans son écrit "Yue Fei Liuheyiquan" - ou "Poing de l'INtention et des Six Harmonies du Yue Fei"
Ce terme de Yue Fei fut repris, seul, par Li Lo Neng (Li Neng Jan) le Maître de Guo Yunshen (Kuo Yun Shen alias Fo Jun Sha - la "Paume Assassine du Bouddha" alias la "Paume Divine".
Celui-ci à son tour utilisera le terme de Yiquan dans le premier nom de son Ecole de Xingyiquan, le Wuxingyiquan (Poing de l'Intention des Cinq Formes") qui deviendra par la suite le Wuxingquan ou "Poing des Cing Formes" .
Ensuite le terme de Yiquan, toujours seul, sera repris après 1949 par Wang Xiangzhai alors qu'originellement son Ecole se nomma Dachengquan.
Il utilisera donc parrallélement les deux termes de Yiquan et de Dachengquan ce qui fut à l'origine d'une certaine confusion.

Dachengquan (Ta Cheng Chuan) de Wang Xiangzhai.


Ce fut le premier nom de son Ecole lorsqu'il eut l'autorisation de la transmettre délivrée par son Maître Guo Yunshen (Kuo Yunshen alias Fo Junsha la fameuse "Paume Divine" - en fait Fo Jun Sha signifie littéralement la Paume (Jun ou Chuang ou Zhang) Assassine ou Tueuse (Sha) du Bouddha (Fo) ! )
Dachengquan est souvent traduit, improprement, par "Grand Achèvement" ou "Grande Réalisation".
Mais la tradition classique chinoise au même titre qu'elle n'admet pas le principe de "création" ne connaît pas le principe d'achèvement ou de réalisation qui demeure très attaché à la tradition judéo-chrétienne (et donc aux traductions des Pères Jésuites toujours reprises par les sinologues).
Il s'agit plutôt, littéralement, de "Grand Dénouement" qui est en réalité un recommencement.
De même qu'il ne s'agit nullement de "création" mais en fait de "révélation" ou de "manifestation" puisqu'avant il existe "quelque chose", le dénouement implique qu'après il existe encore "autre chose".
Ce dénouement est également la "Grande Simplicité".

Wuxingquan (Wu Hsing Chuan) ( " Poing des Cinq Mouvements " ) de Guo Yunshen.
Qui était à l'origine le Wuxingyiquan "Poing de l'Intention des Cinq Formes".

Wuyinfa (Wu Yin Fa) ( " Techniques préparatoires " ) de Guo Yunshen
En réalité il s'agit de "Wudangpai Tao Yin Fa" ou "Formes préparatoires de l'Ecole du Wudang".

Liananquan ou "Poing des engendrements (génération) circulaires" est le nom de l'Ecole de Wang Tse Ming (Wang Zemin 1909 2002) ou Tai Ming Wong, disciple direct de Wang Xiangzhai et professeur de Georges Charles.

Le nom de Wang Zemin figure bien sur la tombe de Wang Xianghai
cliquer ici
Désolé pour ceux qui réfutaient ce fait.
De leur coté ils peuvent rechercher le nom de leur Maître sur cette même tombe.
Si il était disciple direct de Wang Xiangzhai il figure dessus.

San Yiquan (San Yi Chuan) ( " Poing des Trois Harmonies " ) de Georges Charles;

Neilianquan
(Nei Lien Chuan) ( " Poing de la Fusion Interne " ) de J.W. Squier
sans oublier le

Taikiken fondé par le maître japonais Kennichi Sawai et qui est attaché à ce courant particulier.

* Toujours étudiées et pratiquées au sein de l'Ecole San Yiquan (San Yi Chuan)


Photo de Véronique Willemin
Extraite de "Mystère des Arts Martiaux"
Guy Trédaniel Editeur

Extraits de l'
Encyclopédie des Arts Martiaux
(Quatrième Edition)(cliquez ici pour commander)

de Gabrielle et Roland Habersetzer Editions Amphora :

Cliquez ici pour en savoir plus:
Que dit l'Encyclopédie des Arts Martiaux de G. et H. Habersetzer sur l'Ecole
San Yiquan, sur ses origines, sur la filiation, sur la généalogie de l'Ecole ?
Egalement des extraits du Dictionnaire des Arts Martiaux de P. Lombardo.

 

Les tombes de Wang Xiangzhai et de Guo Yunshen par Yohan Radomski et Georges Charles
Cliquer ici