Nei Jia, Arts du poing externe
   

Le Xingyiquan, poing du l'unité de l'intention et de la forme

Le Poing de l’Unité du Corps et de l’Intention de l’Ecole du Poing des Trois Harmonies

" Agir est facile "

Le Xingyiquan (Hsing I Chuan) est avec le Taijiquan (Tai Chi Chuan) et le Baguazhang (Pa Kua Tchang) l’un des " Trois Arts du Poing Interne " ( San Neijia Quan) de la Chine.

Xing * représente la " forme " ou le " corps " , donc la structure corporelle et matérielle
tandis que YI représente l’intention, le vouloir.

Il s’agit donc littéralement du " Poing de l’Unité (ou Harmonie) du Corps et de l’Intention " .

C’est du moins ce qui est précisé lorsqu’on écrit les caractères composant la transcription habituelle.

Mais le Xingyi ne se contente pas, heureusement, de s’écrire puisqu’il se pratique.

San Yi Chuan
San Yi Chuan


Xingyi signifie également " Agir est facile " .
Il s’agit, dans ce cas d’un paradoxe développé par Wang Yangming ou Wang Shuren (Wang Shu Jen) (1472 - 1529), ancêtre de Wang Tseming (Tai Ming Wong) (1909 2002), paradoxe qui fut repris par le premier président de la République de Chine Sun Yat Sen (Sun Wen) : " Xingyi Zhinan " (Hsing I Chih Nan ):
" Agir est facile, savoir est difficile ".
D’une manière plus ésotérique encore Xingyi Quan peut encore se lire comme
" Art de modifier la destinée " .

Entre Xingyi (Xing = forme Yi = unité)
" Unité de la Forme " et
Xingyi (Xing = destinée YI = transformation, mutation)
" Transformation de la Destinée " il existe tout un monde dont il convient, peut-être, de découvrir le " centre " ou " juste milieu ".

Les lettrés chinois apprécient les homophones, c’est à dire les mots qui se prononcent de la même manière mais qui possèdent des significations fort différentes.
Il y a donc ce qui est " écrit " et ce qui est " dit ".
Si il s’agit, de plus, de lettrés praticiens comme l’étaient Wang Yangming ou Wang Tseming il y a, en plus, ce qui est démontré, donc pratiqué dans l’action.
Entre ce qui est écrit, statique et immuable et ce qui est démontré, donc dynamique et changeant, il existe encore un autre univers et de multiples compréhensions et interprétations possible.

"Il y a ce qui est écrit, il y a ce qui est dit, il y a ce qui est montré, il y a ce qui existe et il y a autre chose encore. Entre ce qui est écrit et cet "autre chose encore" (Hua) que l'on ne peut pas même expliquer se situe une autre approche de la réalité" Wang Yangming.

En Chine une importante partie de la tradition, surtout lorsqu’elle est ésotérique (Neijia) se transmet par la pratique, donc par le geste-symbole, avant de se formuler par la parole et de se concrétiser (mise en forme donc structuration exotérique Waijia) par l’écrit.


En un mot comme en cent le Xingyi peut s’écrire mais surtout se pratique :

Salut de l'Ecole San Yi Chuan, "Ching Long Pai Fu Shot Yin"

Poing du mouvement de l'eau, Tsuan Chuan

La transcription des caractères peut prendre une toute autre valeur que celle qui est livrée, par écrit, au monde profane donc qui ne pratique pas et se contente de rechercher des explications sans vouloir s’impliquer ni s'appliquer.

Ce profane se retrouve donc dans l’attitude de celui qui lit une carte de restaurant alors que le pratiquant est à table.
" Savoir est difficile ! "
Celui qui goûte le plat, par contre, en connaît la saveur (sapor) ce qui est plus aisé.
Il suffit donc de goûter la pratique pour en connaître la saveur.

Le premier peut, à force de lire des cartes de restaurants, devenir un " savant " puisqu’il sait.
Le second, à force de pratiquer peut, par contre, devenir un " sage " puisqu’il entretient la " sapience " donc la capacité de définir les saveurs.
En Chine on qualifie d’idiot ou d’insensé celui qui ne sait pas même distinguer les saveurs (Wu Pu Qu Feng).
Il ne suffit donc pas de savoir, il faut faire et alors :
" Agir est facile ! " .
Mais, Xingyiquan (Hsing I Chuan) demeure un terme assez générique incluant trois grands courants :
le courant orthodoxe (Laojia ou " Ancienne Ecole " ;
le courant de forme naturelle ou de la spontanéité (Ziran ou Tseujan) ;
le courant dit de " synthèse " (Zong Hejia).

 

A cause de leur implantation géographique ces trois courants se définissent également comme le courant (Ecole) du Hunan (Hunanjiao) pour la forme orthodoxe ou ancienne, le courant du Shanxi (Shanxijiao) pour la forme naturelle, le courant du Hubei (Hubeijiao) pour la forme de synthèse bien que cette dernière soit en fait originaire des deux provinces Shanxi-Hubei.

Dans le cas de l’école de forme naturelle, le Maître Li Lo Neng (Li Neng Jan), afin de se différentier de la forme dite orthodoxe ou ancienne changea l’appellation Xingyiquan en Yiquan (Poing de l’Intention) car il estimait cette intention (vouloir, volonté (Yi) plus importante que la " forme " (Xing).

Il faut à ce sujet rappeler que le caractère chinois Xing (Hing) est le même que celui utilisé au Japon pour désigner les " Kata " ou " formes pré-arrangées " .

Le Maître Li Lo Neng ayant dans sa pratique et son enseignement supprimé les
" formes " au profit d’une pratique plus spontanée préféra donc se référer à Yiquan.

L’habitude étant prise ses successeurs se référant à cette forme spontanée (Ziran ou Tseujan Men) continuèrent à nommer cette pratique Yiquan (I Chuan) ou lui donnèrent un nom particulier spécifique à chacune des Ecoles.

C’est ainsi qu’on retrouve dans cette tendance de forme dite naturelle les Ecoles :
Yiquan (I Chuan) ( " Poing de l’Intention " ) ;
Dachengquan (Ta Cheng Chuan) ( " Poing du Grand Achèvement " ) de Wang Xiangzhai;
Wuxingquan* (Wu Hsing Chuan) ( " Poing des Cinq Mouvements " ) de Guo Yunshen;
Wuyinfa* (Wu Yin Fa) ( " Techniques préparatoires " ) de Guo Yunshen
Liannanquan* (Lien Han Chuan) ( " Poing des Générations en Cercle " ) de Wang Tseming;
San Yiquan (San Yi Chuan) ( " Poing des Trois Harmonies " ) de Georges Charles;
Neilianquan
(Nei Lien Chuan) ( " Poing de la Fusion Interne " ) de J.W. Squier
sans oublier le
Taikiken fondé par le maître japonais Kennichi Sawai et qui est attaché à ce courant particulier.

* Toujours étudiées et pratiquées au sein de l'Ecole San Yiquan (San Yi Chuan)


Photo de Véronique Willemin
Extraite de "Mystère des Arts Martiaux"
Guy Trédaniel Editeur

Extraits de l'
Encyclopédie des Arts Martiaux
(Quatrième Edition)(cliquez ici pour commander)

de Gabrielle et Roland Habersetzer Editions Amphora :

Cliquez ici pour en savoir plus:
Que dit l'Encyclopédie des Arts Martiaux de G. et H. Habersetzer sur l'Ecole
San Yiquan, sur ses origines, sur la filiation, sur la généalogie de l'Ecole ?
Egalement des extraits du Dictionnaire des Arts Martiaux de P. Lombardo.