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Rubrique Feng Shui

Feng Shui et Charmes Taoïstes par Georges Charles 

 

L’Antre du Tigre et les Veines du Dragon...

Après la découverte par William Harvey, en 1628, que le sang circulait...ce qui avait été mis en évidence en Chine au sixième siècle avant notre ère...l’invention de la vaccine par Edward Jenner (1749-1823) alors que celle-ci était déjà pratiquée en Chine depuis le dixième siècle...de l’imprimerie par Gutenberg en 1448 alors que les premiers billets de banque imprimés portent le monogramme de l’empereur Tien Sheng (1023) de la dynastie Song...de la brouette et de la machine à calculer attribuées à Blaise Pascal (1623-1662) alors qu’elles étaient d’un usage très courant depuis près d’un millénaire dans toute la chine...de la boussole, de la poudre à canon, de l’alcool, du sismographe, du vent solaire...et de dix mille autres choses encore que nous nous attribuons généreusement sans le moindre état d’âme, ni, par ailleurs la moindre conscience scientifique alors que nous sommes les premiers à nous prétendre cartésiens, il ne faut pas s’étonner que deux ou trois barbus revendiquent désormais la paternité de la fameuse hypothèse Gaïa, cheval de bataille et fer de lance du pacifique New-age californien. Suivant cette hypothèse, la terre serait un organisme vivant qui réagirait, plus ou moins violemment, aux diverses agressions que nous lui faisons subir et qui, comme tout un chacun, serait tantôt en pleine forme, tantôt perturbée par des influences extérieures. Mais il semble, également dans ce domaine, que nous ne soyons pas les premiers, loin de là, à nous soucier de la bonne santé de la terre et même du traitement éventuel de ses diverses perturbations...et des conséquences de ces perturbations sur notre santé physique et psychique. La vision totalement pessimiste d’une planète inerte échappant à toute influence extérieure sur laquelle vivrait un homme moderne, sorte de Robinson Crusoé, ne dépendant que de lui-même et du bon vouloir de sa science conquérante et dominatrice date à peine de deux siècles. La plupart des civilisations qui ont, ou ont eues, une vision macrocosmique de l’univers ou de la planète, et elles sont nombreuses, n’ont jamais cessé d’affirmer que la vie émanait de cet univers, de cette terre et que cette vie reproduisait ses effets dans le microcosme humain. Parmi ces civilisation, celle de la Chine possède l’immense avantage de ne jamais avoir coupé les racines d’une tradition plusieurs fois millénaires et de toujours continuer à en recueillir les fruits...ceci, le plus souvent, sans pour autant rejeter la science occidentale moderne. Ce fait, par exemple, n’avait pas échappé à Charles François Dupuis, Membre de l’Institut, lorsqu’il rédigeait, en 1822, pour les Editions Chassseriau, son " Abrégé de l’origine des cultes " dont voici un court passage.

" - De l’univers animé et intelligent - Avant de passer aux applications de notre système et aux résultats qu’il doit donner, il est bon de considérer dans l’univers tous les rapports sous lesquels les anciens l’ont envisagé. Il s’en faut de beaucoup qu’ils aient vu dans le monde qu’une machine sans vie et sans intelligence mue par une force aveugle imbécile et nécessaire. La plus grande et la plus saine partie des philosophes ont pensé que l’univers renfermait éminemment le principe de vie et de mouvement que la nature avait mis en eux et qui n’était en eux que parce qu’il existait éternellement en elle. L’homme n’avait pas encore la vanité de se croire plus parfait que le monde. Celui-ci paraissait animé par un principe de vie qui circulait dans toutes ses parties et qui le tenait dans une activité éternelle. On crut donc que l’univers vivait comme l’homme et comme les autres animaux, ou, plutôt, on crut que ceux-ci ne vivaient que parce que l’univers, essentiellement animé, leur communiquait, pour quelques instants, une infiniment petite portion de sa vie éternelle qu’il versait dans la matière inerte et grossière. Venait-il à la retirer à lui, l’homme et l’animal mourraient et l’univers, seul, toujours vivant, circulait sans se soucier des débris, animé par son mouvement éternel et organisait de nouveaux êtres. Ce principe de vie, le feu actif ou la substance subtile qui le vivifiait en s’incorporant à sa masse immense en était l’âme universelle. C’est cette doctrine qui est renfermée dans le système philosophique des Chinois sur l’Yang et sur le Yin dont l’un est la matière céleste, mobile, lumineuse et l’autre la matière terrestre, inerte et ténébreuse dont tous les corps se composent. L’univers fut donc regardé comme un être vivant qui communique se vie (Yang) à tous les êtres qu’il engendre pas sa fécondité éternelle (Yin). Non seulement il fut réputé vivant, mais encore souverainement intelligent et peuplé d’une foule d’intelligences partiellement répandues dans toute la nature et dont la source est dans son intelligence suprême et immortelle. Le monde comprend tout ; il est animé et doué de raison...Voilà l’idée que les anciens eurent de l’âme ou de la vie et de l’intelligence universelle, source de vie et des intelligences distribuées dans tous les êtres particuliers, à qui elles se communiquent par des milliers de canaux subtils. C’est de cette source féconde que sont sorties les intelligences innombrables placées dans le ciel, dans le soleil, dans la terre, dans les éléments et généralement partout où la cause universelle semble avoir fixé le siège de quelque action particulière. Ainsi les Chinois continuent, tout en respectant cette force unique et ultime, de rendre un culte aux Esprits placés dans le soleil et dans la lune, dans le ciel et dans la terre ainsi que dans tous les éléments. Tous ces esprits, suivant les lettrés, sont des émanations du Grand Comble, c’est à dire de l’univers et de l’âme universelle qui le meut. Les Chen (Shen) chez les Chinois de l’école du Tao composent une administration d’esprits et d’intelligences rangées en diverses classes et chargées de différentes fonctions dans la nature et par conséquent dans l’homme...Voilà un des grands mystères de l’ancienne théologie ". Dupuis

eut le seul tort, pour être crédible, de naître trop tôt et ailleurs qu’en Californie...Il nous permet, par contre, de mieux comprendre comment et pourquoi fonctionne cette fameuse géomancie chinoise que l’on nomme Feng-Shui. Nous commençons à admettre l’existence de l’acupuncture et , n’en déplaise à certains, quelques millions d’utilisateurs en France, pourtant pays réputé pour son monopole médical, attestent qu’il ne s’agit désormais plus d’un quelconque épiphénomène marginal lié à une quelconque influence sectaire ou obscurantiste. Or, cette même acupuncture dont on aimerait certainement en Occident qu’elle sache se limiter à la jonction uniquement technique entre un point défini et une aiguille stérilisée procède directement de la théorie développée par Dupuis...à savoir que le corps humain est la projection microcosmique de l’univers, ou du Tao, incluant le Ciel et la Terre dans un macrocosme global. L’acupuncture a pour but essentiel de rétablir, de faciliter, d’accroître la circulation de l’énergie vitale (Qi) dans l’être humain (Ren). Elle utilise, pour ce faire, divers moyens...aiguilles de diverses formes, de diverses tailles, moxas qui consistent à faire brûler des boulettes ou des cônes d’armoise sur des points particuliers...mais également, si on élargit le système à la médecine chinoise classique, des massages et automassages, des substances médicinales, des aliments spécifiques, des pratiques psychosomatiques particulières (" QiCong ", Daoyin, méditation taoïste...) ceci en fonction des âges de la vie, des saisons de l’année, des heures de la journée. Les méthodes d’investigation et de diagnostic se basent, quant à elles, sur l’observation, la palpation (particulièrement par la prise des pouls), la comparaison. Le tout prend appui sur les fondements essentiels de la pensée chinoise à savoir le principe d’une unité essentielle, le Tao ; d’une dualité dynamique, Yin/Yang...aboutissant aux Cinq mouvements de l’énergie, Eau, Bois, Feu, Terre, Métal du cycle des sédentaires et aux Six énergies périphériques du cycle des nomades. Aussi étrange que cela soit aux yeux d’un occidental , cela fonctionne puisque l’acupuncture soigne et guérit des millions de patients chaque année en Chine et dans la plupart des pays d’Extrême-Orient...Vietnam, Corée, Japon, Thaïlande...et désormais jusqu’en Occident où l’acupuncture, avec l’homéopathie est la forme de médecine non-conventionnelle la plus utilisée. Ces mêmes fondements essentiels de la pensée chinoise, nous l’avons vu avec Dupuis, insistent sur le fait que ce système fonctionne dans le rapport du macrocosme univers/ciel/terre avec le microcosme être/être humain. La majorité des praticiens qui utilisent l’acupuncture traditionnelle admettent ce fait. Ils admettent également le fait de pouvoir soigner et guérir l’être humain en utilisant l’acupuncture sinon ils utiliseraient vraisemblablement l’allopathie occidentale. Par contre, ils s’étonnent souvent que le Feng Shui puisse fonctionner, avec strictement les mêmes paramètres, en ce qui concerne l’environnement direct de l’être humain...donc le macrocosme le plus proche. Puisque l’être humain est la projection microcosmique du macrocosme Terre (Ti)/Ciel(Tian) par le biais de sa structure (Ti) et de son énergie (Qi) il n’y a aucune raison pour que les mêmes principes qui sont utilisés pour traiter cet être humain microcosmique demeurent inopérants en ce qui concerne le macrocosme. De tous temps ont été établies des relations entre ce microcosme humain et ce macrocosme naturel...à savoir que la structure (Ti désignant les os et articulations) correspondent aux rochers ; que la forme (Xing, désignant les muscles et les tendons) correspond à l’humus ; que l’essence (Jing désignant les principes liquides) correspond aux rivières et aux lacs ; que le souffle (Qi désignant tout ce qui est gazeux) correspond aux vents...le tout demeurant animé par l’esprit (Shen). Il fut même établi une comparaison avec les mers puisque le corps humain contient quatre océans essentiels : l’océan de la nourriture, l’océan des moelles, l’océan des énergies, l’océan de l’esprit. De même que le corps humain est parcouru de canaux subtils d’énergie et de points de rencontre de ces canaux la terre comporte également des " Veines de Dragon " et des " Cavernes du Tigre "...correspondant tout simplement aux méridiens (Jing) et points d’acupuncture (Xue). Le Feng Shui, littéralement Vent Eau, ce qui correspond au souffle (énergie ou Qi) et à l’essence (principe essentiel ou Jing), a donc pour but de régulariser les énergies du Ciel (Vent/Dragon) et de la Terre (Eau/Tigre) en utilisant les mêmes principes que ceux de l’acupuncture. Le Feng Shui, à cet effet, faisait jadis partie de la médecine chinoise classique car il permettait grâce à un meilleur choix de l’habitat ou à un rééquilibrage des énergies perturbées de celui-ci d’éviter que le patient soit lui-même perturbé par des énergies pathogènes ou délétères (Sha Qi). La médecine chinoise classique se basant sur la prévention, le Feng Shui était donc considéré comme essentiel. Ce n’est que très récemment, au tout début de ce siècle, sous l’influence occidentale que le Feng Shui fut rejeté au rang des superstition malfaisantes. Il n’en continue pas moins à être utilisé, comme l’acupuncture, par des millions de personnes et fait, avec le retour à l’économie dite libérale, un retour en force. On reparle donc à nouveau, dès que l’on construit un immeuble, un quartier, un aéroport ou une ville nouvelle du " Souffle du Tigre et des Veines du Dragon " et rien ne se fait plus dans ce domaine de la construction ou de l’agencement de locaux sans consulter un expert en Feng Shui. Le phénomène chinois a récemment gagné les Etats-Unis et, par contre coup, la Grande Bretagne...Il ne va donc pas tarder à débarquer sur le continent.

Une simple affaire d’équilibre dans le juste milieu.

Il existe, en Chine, plusieurs écoles de Feng Shui traditionnelles dont les plus anciennement connues sont l’Ecole Zong Miao (Tsung Miao), dite école Cosmique ou céleste, créée par Wang Jie (Wang Chih) représentant la tendance dite du Fujian (Fukien) axée sur le contrôle des énergies (Qi) en fonction des saisons et l’Ecole Guang Se (Kuang Se), dite école tellurique ou terrestre, créée par Yang Yunsung (Yang Yun Song), représentant la tendance dite du Guangxi axée sur l’étude du terrain, donc des " formes " (Xing). Entre ces deux tendances dont la première est considérée comme " Yang " ou " spirituelle " sinon ésotérique et la seconde, considérée comme " Yin " ou " matérielle " sinon exotérique il existe de très nombreuses variantes et chaque praticien de Feng Shui possède, en fait, sa propre méthode. Mais leur immense majorité vise à établir, lors de la construction, ou à rétablir lors d’un contrôle ultérieur de celui-ci, un équilibre. Exactement comme en médecine chinoise classique ou en acupuncture il convient avant tout de rétablir une circulation harmonieuse de l’énergie entre le Yin et le Yang (Tiao Zheng Yin Yang) soit en tonifiant (Bu Fa) soit en dispersant (Xiao Fa). Cette harmonisation (He Fa) s’effectue avec divers moyens. Il convient, avant tout, de rechercher et de chasser d’éventuelles énergies pathogènes ou perturbatrices tout en soutenant l’énergie saine (Fu Zheng Yu Qu Xie). Ces énergies perturbatrices ou pathogènes, parfois appelées perverses, sont généralement liées à des circulations perturbées de l’énergie céleste ou cosmique (Shen Qi) ou à des stagnations de l’énergie terrestre ou tellurique (Jing Qi). Dans le premier cas, il s’agit généralement d’une mauvaise orientation générale de l’habitat par rapport à l’environnement ou plus particulière d’une pièce dans celui-ci, voire d’un meuble ou d’un objet particulier dans une pièce. On utilise alors les fameuses boussoles géomantiques (Lo Jing Qie ou Lo Ching Chieh) comportant jusqu'à trente huit divisions concentriques permettant d’obtenir une grande précision quant à la détermination de l’orientation particulière d’un lieu. On peut également déterminer d’éventuelles influences extérieures sur la circulation de ces énergies célestes...arbres particuliers, constructions dominantes, collines ou montagnes de formes spécifiques... Dans le second cas on recherche, à l’aide de divers moyens, d’éventuelles cavités, circulations souterraines ou la présence de matériaux (filons de métal, poches de sable, anciens puits comblés) ou d’objets (tombes, ossements, armes, ruines...) dans le sol. Diverses gravures anciennes, dont certaines de la dynastie Han attestent, à ce sujet, l’utilisation de baguettes de sourcier, de pendules ou de divers instruments très proches des antennes actuellement utilisées en géobiologie. Il est toujours bon de se souvenir que les pionniers de la radiesthésie, utilisant tant le pendule que la baguette, furent le plus souvent des missionnaires ayant exercé en Chine ou en Indochine (R.P. Mermet, R.P. La Croix à l’Henri, R.P. Marie Bernard...). Ceci étant fait on modifie éventuellement les données afin de procéder à ce rééquilibrage. C’est à ce niveau que commencent les problèmes et que, par conséquence, s’exerce l’ingéniosité humaine. Il est facile de comprendre que si le praticien de Feng Shui possède la connaissance éventuelle du problème il n’a pas forcément les moyens de régler celui-ci. Toute la difficulté du Feng Shui réside donc dans l’utilisation des moyens pour parvenir à un équilibre ceci en fonction des circonstances rencontrées.

Mettre la théorie en pratique...et faire coïncider les buts et les moyens.

Si il est toujours possible, et relativement facile, de déplacer un meuble dans une pièce, d’ajouter dans celle-ci une plante verte, un aquarium ou une pierre décorative il est déjà moins aisé de proposer le changement d’affectation des pièces dans un habitat ou de convaincre les autorités locales de couper un arbre à tel endroit pour en replacer un à un autre endroit ou même de modifier la forme du toit d’un bâtiment administratif gênant la circulation des énergies célestes. Il sera de même difficile de proposer le détournement d’un cours d’eau souterrain sous le prétexte qu’il perturbe les énergies telluriques d’un quelconque magasin qui ne réalise pas le chiffre d’affaire adéquat. Que dire, alors, du fait de raser une colline, de la déplacer puis d’en modifier la forme. Tout le monde n’est pas l’empereur de Chine qui demandait, dans son palais, de faire creuser un lac puis de créer une colline...ce qui se fit pourtant à Pékin avec cinq lacs et diverses collines artificielles dont la plus connue est la fameuse colline de charbon sur lequel le dernier empereur de la dynastie Ming, Zhongcheng, se pendit, en 1643, à un sophora planté par Kublai Khan. De plus, si certaines modifications demeurent assez faciles à réaliser, d’autres sont d’un maniement moins aisé. Prenons quelques exemples concrets. Si nous nous basons sur les " Cinq Orients ", eux même dépendant des " Cinq Mouvements " ou " Cinq Eléments " qui sont :

au Nord : l’Eau, correspondant au grand Yin, à la couleur noire, à l’énergie de l’hiver

à l’Est : le Bois, correspondant au petit Yang, à la couleur verte (bleu/vert), à l’énergie du printemps

au Sud : le Feu, correspondant au grand Yang, à la couleur rouge, à l’énergie de l’été

au Centre : la Terre, correspondant à l’équilibre Yin/yang, à la couleur jaune, à l’énergie de la canicule

à l’Ouest : le Métal, correspondant au petit Yin, à la couleur blanche, à l’énergie de l’automne

on peut facilement imaginer diverses combinaisons. Si l’habitat est orienté de telle manière que l’énergie de l’Est fait défaut il est toujours possible de planter un ou plusieurs arbres dans le jardin, soit d’aménager un massif floral...si on ne dispose pas de jardin il conviendra de disposer de plantes vertes, ou mieux d’arbres miniatures (bonsaï ou leur équivalent) dans la maison. Il sera possible d’accroître l’énergie défaillante en utilisant des décorations ou des aménagements en bois : lambris, meubles, cloisons mobiles...et même de disposer des éléments décoratifs prenant le bois, ou par extension le végétal, comme modèle...peintures, estampes...les chinois utilisent à cet effet des calligraphies classiques désignant le bois (Mu) ou la forêt (Lin) ou des charmes taoïstes (Fu Lu) représentant l’énergie du Bois. Si le Bois est, par contre, en excès il est possible d’utiliser le métal...pour restreindre physiquement le bois (coupe pure et simple...) ou pour en limiter l’énergie en disposant divers objets de métal dans l’environnement direct, pièces de la maison, ou indirect. Il est également possible, dans ce cas d’utiliser l’élément de la Terre pour tempérer l’énergie du Bois. Concernant l’Eau, le processus est à peu près semblable puisqu’il est possible de faire creuser un lac, un étang, une mare ou, plus simplement, de disposer d’une fontaine ou encore plus prosaïquement d’un simple aquarium...si tout cela est impossible un simple bol contenant quelques graviers colorés et que l’on remplit d’eau claire chaque jour peut faire l’affaire à moins qu’on ne préfère quelques estampes représentant une chute d’eau ou une calligraphie évoquant cet élément. Cela est, par contre, moins facile pour le feu où il convient, on le comprend aisément, de plus jouer sur le symbole ou la couleur que sur la flamme. De nos jours il s’agit, par ailleurs et plus souvent, d’un excès de cet élément lié aux diverses perturbations électromagnétiques, lignes à haute ou moyenne tension, transformateurs, appareillages électriques que d’un défaut lié à une mauvaise orientation géographique. Notre civilisation souffre plus d’excès de feu et de métal (tout ce qui est synthétique est rattaché à cet élément !) que de défaut de ces deux éléments. Il est donc possible en jouant sur l’orientation réelle ainsi que sur l’utilisation d’énergies liées aux cinq mouvements, utilisée également sous sa forme abstraite ou symbolique, de modifier l’état énergétique d’un lieu...et par contre coup de régulariser l’état énergétique de ses occupants ou usagers. De ce simple fait qui est l’enfance de l’art du Feng Shui on comprend mieux l’utilisation de certains éléments considérés, à tort, comme uniquement décoratifs que sont les arbres miniatures, les plantes vertes (dont le bambou), les compositions florales, les instruments en bois...mais également les poteries anciennes (qui sont, comme leur nom l’indique, rattachés à la Terre)...les armes et instruments de métal (...dans les textiles, la soie est également attachée à cet élément)...les bassins, aquariums et autres bocaux ainsi que les éléments évoquant l’eau...donc très pragmatiquement le " liquide "...donc la fortune. Si dans votre restaurant chinois préféré existe un tableau photographique animé représentant une chute d’eau n’en concluez pas immédiatement que le propriétaire du lieu est totalement dénué de sens artistique...il n’habite pas là mais utilise ce lieu pour " faire du liquide " et est peut-être, chez lui, amateur de l’art des Song ou des Tang. De même pour l’aquarium qui trône à l’entrée du restaurant...le patron déteste peut-être le poisson mais sait que les " carpes d’or " (Jin Yu), nous vulgaires poissons rouges, apportent la fortune. Une carpe d’or (Jin Yu) dans un bassin (Tang) signifie mot à mot : " De l’or (Jin) en abondance (Yu) dans la maison (Tang) ". Si il ajoute une tortue (Gui) cela permet d’assurer la longévité de l’entreprise et de domestiquer les esprits pervers (fantôme se dit Gui ou Kouei ...). Lorsqu’on possède un Gui (tortue) et que celui-ci est satisfait les autres Gui (fantômes), trouvant la place occupée, passent leur chemin ! C’est souvent aussi simple que cela. Lorsqu’on sait, en outre, que les énergies perturbatrices se déplacent en ligne droite il suffit de ne pas utiliser celles-ci ou de casser la perspective par l’usage judicieux de divers éléments...cloisons mobiles, plantes, carillons. Cela explique la présence de petits ponts à dos d’âne dans les jardins, de lanternes, d’allées sinueuses, de toits à bords remontants, de portes rondes...ect. De même les Bagua (Pa Kua) ou " Huit Trigrammes " comportant un miroir sont un barrage exceptionnellement efficace contre ces énergies perturbatrices et autres Gui puisque lorsqu’ils s’y reflètent ils sont tellement terrorisés qu’ils s’enfuient au plus loin. Un terrain perturbé peut se traiter grâce, comme en acupuncture, à l’implantation de rochers à formes spécifiques...ou plus simplement en plantant des arbres aux endroits déterminés. Il semble que ceci ne soit pas une théorie uniquement chinoise si on considère, en Occident, l’implantation de rochers, menhirs et autres dolmens, sur des lieux considérés de tous temps comme symboliques de la manifestation puissante de l’énergie tellurique (Carnac, Gavrinis, Stonehenge)...Comme en Chine il semblait exister une explication cosmique (calendrier des solstices et des équinoxes, phases lunaires et luni-solaires) mais également, ce qui est souvent oublié, une explication tellurique. Ceci sans pour autant écarter une explication tout à fait humaine...sépulture collective ou tombeau de chef. Ce faisant il est probable que nos lointains ancêtres, experts en Feng Shui ou son équivalent universel, traitaient la terre en la puncturant suivant des canaux subtils à des endroits précis. Mais il est déplaisant pour l’occidental cartésien d’imaginer qu’un lointain ancêtre plus ou moins poilu en savait plus que lui et la majorité de nos scientifiques dans ce domaine de la géobiologie...donc de l’écologie. Concernant la Chine ou le Japon ces traditions ne se sont jamais perdues et n’ont subies, très récemment, qu’une courte éclipse. Le cadre dynamique ou le directeur de société de Shanghaï, Hong Kong ou Sapporo trouve donc tout à fait normal et naturel d’utiliser un moyen efficace pour équilibrer son habitat, son lieu de travail ou son entreprise puisque cela fonctionne. Le fait que cela soit scientifique ou empirique ne lui pose aucun problème puisque le résultat est, généralement, là.

Les charmes taoïstes...ou le Feng Shui subtil.

Partant du simple principe qu’en Chine il n’existait à la fois qu’un seul empereur, quelques princes, un certain nombre, restreint, de privilégiés chacun des représentants du " peuple aux cheveux noirs " représentant les " Cents Noms ", c’est à dire l’immense multitude ne pouvait faire ériger une colline, creuser un lac, planter une forêt ou élever une pagode. Il convenait donc de compenser ce manque de moyen par l’utilisation rationnelle des éléments naturels disponibles...nous avons déjà parlé des arbres miniatures (représentant parfois de véritables paysages avec forêt, pagodons, chute d’eau...)...des poteries et autres estampes plus ou moins décoratives mais servant, en réalité, de projection symbolique. En poussant plus loin encore ce raisonnement et en utilisant l’abstraction, qui est et demeure une des caractéristiques essentielles de la pensée taoïste, certaine maîtres initiés du temps jadis eurent l’idée géniale de reproduire la visualisation particulière d’une énergie ou d’un élément. De la chute d’eau, à la pièce d’eau, à la fontaine, à l’aquarium, au bocal, à la peinture représentant une chute, d’eau, une pièce d’eau à la calligraphie représentant un ou plusieurs caractères désignant l’eau ou son mouvement on passe directement à la représentation abstraite de notre chute d’eau ou d’un lac particulièrement bien choisi. Il suffisait à notre initié de se rendre sur le lieu même de ce qu’il souhaitait transcrire, de se livrer à une méditation particulière aboutissant à une visualisation, de retranscrire cette visualisation sur un support particulier et d’authentifier ce support. Un jeu d’enfant aurait dit Laozi. Sachant que les maîtres initiés dans ce domaine étaient assez rares, qu’il fallait qu’il voyagent sans cesse dans des contrées reculées et dangereuses pour en ramener l’essence des lieux les plus réputés, qu’il convenait, en outre, qu’ils puissent reproduire leurs visions, donc disposent d’un talent artistique et que, de plus, ils souhaitent faire profiter le vulgaire de leurs fabuleuses expériences sans pour autant exiger l’impossible, on préféra répertorier ces manifestations abstraites dans un catalogue. Le premier catalogue de ces " charmes " (Fu Ju) aurait été réalisé en 84 av. J.C., il y a donc deux mille quatre vingt trois ans, par le Maître Taoïste Zhang Daoling (Shang Tao Ling) connu sous le surnom du " Maître Céleste " (Zhang Dianshi ou Shang Tian Shi) fondateur de l’Ecole des Cinq Boisseaux de Riz (Wudumi Dao Jia).

Ce catalogue fut repris par Gehong (Ko Hung), taoïste de renom, alchimiste, médecin et quelque peu magicien dans le Boapouzi (Pao Pou Tseu) ou " Livre de celui qui embrasse le bois brut ", ouvrage ésotérique qui demeure toujours le canon taoïste de la branche des praticiens du Tao (Dao Jiao ou Tao Kiao) et qui cite plus de trois cents charmes ou talismans réputés. Mais, c’est en 1190 sous l’empereur Jian Yu qu’est rédigé, ou plutôt compilé, sous sa demande personnelle le fameux Daozhang, canon taoïste, composé de 1120 fascicules ne comprenant pas moins de 11326 charmes répertoriés et commentés. En 1281, l’empereur Shi Cong alias Kublai Khan jugeant ces charmes dangereux et pernicieux pour son pouvoir ordonne que le Daozhang soit brûlé. Il est néanmoins reconstitué en 1346 à partir de fragments épars mais ne comporte plus, si on peut dire, que 1464 charmes. Cette édition sera complétée entre 1444 et 1447 pour devenir l’édition définitive du nouveau Daozhang qui est encore utilisé de nos jours. Entre temps, en 1304, le successeur de Zhang Daoling à la trente huitième génération est nommé " Guide de la Juste Unité " et opère le regroupement de toutes les écoles utilisant des charmes. Ce regroupement est alors nommé Fu Lu Pai (Courant des utilisateurs de charmes). Il se compose de six écoles : l’Ecole de la Voie de la Paix Suprême (Taiping Dao) ; l’Ecole des Cinq Boisseaux de Riz (Wudumi Dao) ; l’Ecole de la Juste Unité (Zhengyi Dao) ; l’Ecole de la Réalisation de la Vérité (Quanzhen Dao) et l’Ecole du Joyau Magique ou Ecarlate (Lingpaoming Dao). Certaines de ces écoles sont encore très vivaces et existent, notamment, à Hong Kong, Taiwan, Singapour...et aux USA, au Brésil, au Canada. Elles sont généralement connues sous la dénomination de " bonnets rouges " ou de " bonnets noirs ". Elles proposent toujours les fameux charmes à qui en ont besoin mais, malheureusement, se tournent assez souvent vers le folklore et les exhibitions tapageuses cause de leur mauvaise réputation, souvent justifiée, de charlatans. Les authentiques détenteurs du Daozhang ou des méthodes de visualisation permettant de produire ces charmes se font donc, le plus souvent, assez discrets.

Qu’est-ce qu’un " Charme Taoïste " ?

Certains les nomment " papiers amulettes ", " calligraphies magiques ", " incantations picturales ", " diagrammes taoïstes "...etc. Leur dénomination classique est " Fu Lu " (Fou Lou) ou " Fu Jou " (Fou Chou).

Fu (caractère 1634 du Dictionnaire Ricci) représentait anciennement une baguette de bambou fendue longitudinalement en deux parties pour servir de lettre de créance ou de contrat liant deux parties. On en remettait une moitié à chacune de ces deux parties, leur concordance devenant, alors, signe d’authenticité. Cela représente donc, par extension, un heureux présage puis un charme ou une amulette. Ce caractère est un homophone de Fu (caractère 1633 du Dictionnaire Ricci) qui représente une faveur céleste, le bonheur, la félicité, une offrande faite en sacrifice pour attirer l’influence favorable des Esprits (Shen) ou divinités. De son coté Chou (caractère 1081 du dictionnaire Ricci) désigne une incantation, une formule magique, une imprécation (deux bouches s’exprimant au dessus d’une baguette magique). Lu (caractère 3258 du dictionnaire Ricci) désigne un registre, par extension le destin, le sort. Littéralement Fou Chou est donc un contrat comportant une formule magique...par extension un charme permettant l’invocation et l’aide des Esprits (Shen)...ou un moyen d’entrer en relation avec l’invisible dans le but de modifier le destin ou le sort. Ces " charmes " ou " contrats magiques " sont utilisés, normalement, dans le cadre spécifique d’un cérémonial rituel (Jiao) ou d’un rite (Li)...eux-même pris dans leur sens originel de liaison (relier, joindre). Ils permettent donc de relier, de joindre, le monde visible, ou phénoménal, nommé en chinois " Ciel Postérieur " (Hou Tian) avec le monde invisible ou nouménal, nommé en chinois " Ciel Antérieur " (Xan Tian). Ils représentent donc, étymologiquement une médiation (médium) entre ces deux mondes. De ce fait ils acquièrent une fonction hautement symbolique puisqu’ils se substituent au concret. Ils sont, le plus souvent, reproduits par estampage (lithogravure, sérigravure, linogravure...) sur du papier de riz de diverses couleurs. Le support, lui-même, peut comporter diverses authentifications...sceaux à l’encre rouge, fragments de textes canoniques, empreintes de doigts ou de main, filigranes, cheveux inclus...Ils peuvent également être peints ou " écrits " à l’aide d’une calligraphie magique en " herbe ", en " nuages "...Dans ce cas il s’agit le plus souvent d’une visualisation particulière. Ils sont, ensuite et le plus souvent, " chargés " lors d’une cérémonie rituelle particulière leur conférant leur efficacité. Enfin, ils sont accompagnés d’un mode d’emploi qui explique comment les utiliser et, souvent, comment les détruire après usage afin de faire cesser leur effet une fois le but cherché obtenu. Il existe des centaines, voire des milliers, de charmes répertoriés en de nombreuses catégories pour de multiples circonstances de la vie : affaires, santé, habitat, famille, jeu...Ces charmes, enfin, correspondent à des caractéristiques définies par le Baopouzi (Pao Pou Tseu) et se classent en deux catégories principales : celles où l’on reconnaît la calligraphie ou la représentation graphique, ou des éléments symboliques définis (sapèques, Taiji Yin Yang, trigrammes, personnages mythiques...) et celles où l’on ne reconnaît rien ni à la calligraphie ni au dessin et qui représentent donc une abstraction. Généralement les traits fins représentent le ciel, les traits épais la terre ; le style arrondi est considéré comme yin, le style carré considéré comme Yang, contrairement à l’art classique ; les caractères les plus utilisés sont Shou (longévité), Fu (bonheur), Sheng (ordre universel), Zhi (commandement), Sha (détruire), Ming (lumière, clarté, illumination), Cheng (réaliser, accomplir), He (harmonie), Tianming (décret du Ciel, destinée favorable), Ping (paix)...sans oublier Maimai (acheter-vendre, le commerce), Lou (prospérité), Jin (argent, or)...


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