Tao-yin.com
Rubrique Feng Shui
Rubrique Feng Shui : l’entrée Par Georges Charles.
Dans le Feng Shui populaire, la porte d’entrée représente la bouche de la maison, or, comme l’affirme un proverbe chinois "Pour vivre vieux il faut faire attention à ce qui entre et à ce qui sort de la bouche". De son coté le Yijing, ou Yi King, le respectable "Livre des Mutations" explique pour l’hexagramme 27 Yi - la bouche - "La nourriture et la boisson y pénètrent, le souffle et la parole s’en exhalent. La bouche symbolise ce dont l’homme a besoin pour nourrir son corps mais aussi son esprit. Aussi, l’homme sage est prudent dans les paroles qu’il prononce et mesuré dans ce qu’il mange et boit". La porte d’entrée pour la maison comme la bouche pour l’individu représente donc le passage indispensable et obligé entre l’externe, le dehors et le grossier, et l’interne, le dedans et le subtil. La porte d’entrée, qui est aussi la porte principale, se doit donc de protéger la maison mais, également, de permettre une circulation harmonieuse de l’énergie vitale (Qi). Cette énergie doit pouvoir rentrer dans la maison mais ne doit pas s’y précipiter ou s’y déverser violemment. Il est bon qu’il existe un léger décalage entre cette porte et l’escalier ou le chemin qui constitue l’accès. Pour un praticien de Feng Shui n’est plus néfaste qu’une route, ou un chemin d’accès qui ressemble à une route, qui aboutit directement à la porte principale. Cela constitue une invitation particulièrement plaisante pour les énergies perturbatrices et les cambrioleurs. Dans cette hypothèse il est bon de disposer soit une chicane quelconque à l’extérieur, jadis, en Chine, on utilisait volontiers un pont à dos d’âne, soit un paravent à l’intérieur. De plus il est alors indispensable de disposer deux gardiens de part et d’autre de la porte. Ceux-ci peuvent être constitués par les deux divinités de la porte, le Général Souffleur (Ha Tsiang) et le Général Renifleur (Heng Tsiang), soit par deux "Lions gardiens du Bouddha" (Chen Fo) que les antiquaires nomment, par simple similitude phonétique, "Chiens Fous". C’est peut-être un peu excessif...sauf pour un temple ou un restaurant chinois. Il est donc possible de remplacer ces "gardiens de la porte" par deux plantes disposées de part et d’autre du palier ou de l’entrée. Le principe du paravent situé derrière la porte d’entrée permet d’éviter que n’importe qui puisse regarder à l’intérieur de la maison. Il est tout à fait possible de le remplacer par une plante verte ou un aquarium. Si cela n’est pas possible un simple carillon suspendu à la porte d’entrée permet de piéger tant l’énergie qui s’y précipite que l’intrus trop discret. Notez qu’il existe des charmes taoïstes (Fu Lu), ou calligraphies magiques, qui renforcent la solidité de la porte aussi bien que le ferait un blindage. Le principe en est fort simple...la calligraphie magique (Fu) représente dans ce cas l’énergie interne d’un rocher ou d’un arbre...Le Daozang (Canon du Tao) décrit ainsi 11520 charmes ayant pour seul but de faciliter la vie de tous les jours de ceux qui les utilisent et compliquer l’existence de ceux qui tentent de la perturber. En face de cette porte d’entrée il est toujours conseillé de placer le très fameux "Bagua" (Pa Kua - littéralement "Huit symboles" ou "Huit Figures symboliques) comprenant un miroir entouré des "Huit Trigrammes du Ciel Antérieur". Les énergies perturbatrices (Sha Qi ou Xie Qi littéralement "souffle pervers" ou "énergies pathogènes") sont piégées par ces huit trigrammes et immédiatement renvoyées dans les huit directions de la rose des vents (le Feng de Feng Shui signifie le vent)...tandis que les esprits maléfiques, les Gui ou Kouei, sont effrayés par leur propre image et s’enfuient terrorisés. Tex Avery n’a rien inventé que les Chinois n’aient déjà expérimenté il y a un ou deux millénaires. Ces esprits maléfiques ne se déplacent qu’en ligne droite et adorent les jardins à la française autant qu’ils détestent les compositions à l’anglaise et, pire encore, les jardins chinois ou japonais avec des lignes sinueuses et des ponts en dos d’âne. Ils exècrent donc tout ce qui est rond ou courbe. Par contre, la disposition d’un grand miroir juste en face de l’entrée principale est à éviter car il renvoie la lumière, donc l’énergie, au dehors et, par conséquence, épuise la maison de son "Qi". Dans la mesure du possible une porte principale suffit car les autres portes sont autant de "bouches" inutiles. Si il existe un garage, il est préférable que la porte de celui-ci soit en retrait de la porte principale et ne semble pas vouloir prendre la place de la porte principale. Une simple haie ou un petit muret sinon quelques bambous séparant les deux portes peuvent éventuellement résoudre le problème. L’entrée est conçue comme un passage intermédiaire entre la bouche, la porte principale, et le corps de la maison qui est le plus souvent une salle de séjour ou une salle à manger. Or, dans le chapitre 42 Laozi (Lao Tseu) affirme " Les dix mille êtres s’adossent au Yin et embrassent le Yang recherchant l’harmonie au sein des vides médians". Ces fameux "vides médians" sont, en fait, pour les praticiens les espaces intermédiaires qui séparent et réunissent les diverses parties d’un tout. L’espace médian entre le bras et l’avant bras est, par exemple, le coude...il sépare et réunit car, sans ce coude, le bras est inutile ou, au moins perd une immense partie de ses possibilités. L’entrée, conçue en tant que pièce, sépare et réunit l’externe, le dehors, de l’interne, le dedans. Il convient donc avant tout que cet espace intermédiaire soit harmonieux et ne serve pas simplement de débarras. Pour les asiatiques, et particulièrement pour les japonais, il existe un autre "espace intermédiaire", celui situé entre la porte principale et la rue. Cette "entrée extérieure" fait écho à l’entrée à proprement parler et se doit d’être particulièrement soignée...ce qui n’est pas souvent le cas en Occident ou cet "espace intermédiaire" subtil sert de dépôt aux poubelles ou de pissotière canine. L’entrée bénéficiera donc d’une ambiance favorable si on y dispose un aquarium, une cage à oiseau ou, à défaut une plante verte vivace. Jadis, en Chine, les individus fortunés se faisaient construire un bassin dans lequel s’ébattaient des poissons rouges (Poissons d’Or (Jin Yu) en chinois) et des tortues (Gui en chinois, l’homophone de Gui (kouei) ou fantôme, énergie perturbatrice...une maison qui est déjà habitée par des Gui apprivoisés donc bienfaisants n’a, en effet, plus de place pour les Gui sauvages et malfaisants !). La cage, en bambou de préférence, peut être vide ou habitée. Si vous n’avez pas envie d’entretenir des oiseaux un subterfuge bien chinois consiste à disposer dans la cage un nid avec un ou deux oeufs de pierre et de maintenir la porte ouverte. Les oiseaux sont simplement de sortie. Il est également possible d’y déposer un oiseau artificiel le plus souvent fabriqué...en Chine. Enfin, les traditionalistes déposeront de part et d’autre de la porte séparant l’entrée de la première pièce une "sentence parallèle" constituée de deux panneaux de bois laqué rouge ou noir avec des caractères gravés et dorés. Il s’agit souvent d’un proverbe de bienvenue ou d’une citation classique ayant un rapport avec la famille de type sérieux ou, parfois même, humoristique de type "Heureux celui qui entre...Heureux celui qui sort". Il est à noter que les anglo-saxons utilisent souvent de telles formules dans leur entrée...ou sur le paillasson. Il s’agit d’une coutume rapportée d’Extrême-Orient...d’un Feng Shui adapté à l’Occident. Dans tous les cas il faut se rappeler que le véritable Feng Shui a pour but de faire en sorte que votre maison s’adapte aux circonstances sans pour autant effectuer d’importantes modifications...il y a donc toujours une solution pour résoudre le problème. Le Feng Shui est donc, en quelque sorte, l’un des ces fameux "espaces intermédiaires" qui méritent d’être pris en considération si on souhaite rétablir une certaine harmonie en réunissant ce qui est séparé ou en séparant ce qui est confus (louan).