| Les Cinq couleurs de l'Empereur Jaune |
Pendant près d'un millénaire, en Chine impériale,
le Feng Shui faisait partie intégrante de la médecine chinoise classique
et était officiellement enseigné dans le cadre du Grand Collège
Médical (Taiyi Yuan).
Ce n'est qu'au début du XX ème siècle que l'impératrice Mandchoue
Cixi (Tseu Hi), voulant prendre exemple sur les occidentaux, supprimera
cette spécialisation jugée par trop ésotérique. Or, de tous temps,
cette médecine chinoise classique avait remarqué que les couleurs
de l'environnement, des habits et même de la nourriture influait
profondément sur la santé.
Cette pratique médicale étant, en réalité, plus basée
sur l'entretien de cette santé que sur le traitement des maladies,
le médecin se devait alors de pouvoir apporter à son patient de
nombreux conseils concernant son mode de vie, ses habitudes, sa
nutrition, son exercice... et son habitat.
C'est évidemment dans ce dernier cadre que le Feng Shui, ou géobiologie
chinoise trouvait ses applications les plus évidentes. En fonction
de l'activité, du lieu, de la saison et même de l'âge de la vie
il convenait alors de trouver les couleurs les mieux adaptées à
l'individu et à sa famille.
Cette forme de chromothérapie nommée Yanseyi - littéralement
médecine par les teintes - prenait racine dans la plus authentique
tradition classique de la chine antique puisque ses bases en avaient
été fixées par le très fameux Empereur Jaune (Qingshi Wang Ti) désormais
bien connu grâce à la récente découverte de son fabuleux tombeau
gardé par son armée de terre.
Cet empereur fut à l'origine de nombreuses recherches sur la santé
et la longévité ainsi que sur les recettes de pouvoir et demeure
connu de tous les acupuncteurs pour avoir fait rédiger le fameux
"Traité de la Médecine Interne de l'Empereur Jaune" (Wang Ti
Neijing Suwen).
Celui-ci est considéré comme la bible de l'acupuncture depuis plus
de deux millénaires et est un peu à la médecine chinoise ce que
le code Napoléon est au droit français...
Or, au chapitre 4 du Suwen on y retrouve l'affirmation
suivante :
" La couleur verte de l'Est,
de l'Orient, pénètre jusqu'au foie ; son symbole est le Bois et
son chiffre est le 8.
La couleur du Sud est le rouge,
qui va directement au cur ; son symbole est le Feu et son
chiffre est le 7.
La couleur du centre est le jaune
qui va à la rate ; son symbole est la Terre et son chiffre est le
5.
La couleur de l'Ouest, de l'Occident, est le blanc qui va
aux poumons ; son symbole est le Métal et son chiffre est le 9.
La couleur du Nord est le noir qui va aux reins ; son symbole
est l'Eau et son chiffre est le 6 ".
Dans la chapitre 56 du Neijing il reprend le même
principe en ajoutant, cette fois-ci, les saveurs correspondantes
:
" Les organes correspondent chacun à une couleur, nous retrouvons
les symboles suivants : la couleur jaune correspond à la rate et
au doux ; le vert au foie et à l'aigre ; le noir aux reins et au
salé ; le rouge au cur et à l'amer ; le blanc aux poumons
et à l'âcre ".
Dans le chapitre 64, enfin, il définit avec précision
les variations du teint en fonction des affections communes et même
des variations saisonnières. Il s'agit donc là de données très classiques
n'ayant que de lointains rapports avec le "New-age" californien
ou le psychédélisme post-baba des années 1970.
L'Empereur Jaune, lui-même, ne faisait, à son époque, que de reprendre
les affirmations plus anciennes encore du Livre des Rites (Liji
ou Li Ki), l'un des " Cinq Grands Classiques " de la Chine
antique et plus particulièrement les chapitres traitant du " Petit
Calendrier des Xia " (Xia Siao Zheng ou Hsia Siao Tcheng) (2207
1766 Av. J.C.).
Et les Observances Mensuelles (Yue Ling) dont on a retrouvé une
version complète dans le tombeau de la Marquise de Dai. Ces divers
chapitres indiquent à l'Empereur, en fonction des saisons, les diverses
manières de se vêtir et de se nourrir pour entretenir sa santé.
On y apprend, par exemple, que " Au premier mois de l'été,
le Fils du Ciel occupe la salle purpurine située à gauche (Yang)
du Ming Tang (Palais de l'Illumination) et qu'il y circule dans
le char rouge. Celui-ci est attelé de chevaux roux à queue noire
et porte des bannières rouges. Il se vêt d'habits écarlates ornés
de corail et de jade sang de b'uf... ".
Il en va de même pour chaque période saisonnière.
Il est à remarquer, pour chaque chapitre, que l'on traite d'abord
de la couleur du palais, puis de cette du char, des chevaux et des
bannières pour arriver ensuite aux habits et aux ornements pour
continuer par la boisson et la nourriture et pour éventuellement
finir par les plantes médicinales. On va de l'essentiel à l'important
puis au secondaire pour parvenir au superflu.
Il est en effet considéré que la bonne santé prime sur la maladie...
et qu'il y a nul besoin d'utiliser des remèdes si la santé a été
justement préservée par le respect des principes essentiels.
Au chapitre I du Neijing, l'Empereur Wang Ti ne saurait
être plus clair à ce sujet : " Le peuple me verse l'impôt,
souvent il est malade ; il est bien à plaindre ! Aussi je ne veux
pas qu'il absorbe à tort et à travers des tisanes de produits toxiques
qui le rende plus malade encore. Je souhaite donc qu'il soit traité
avec les aiguilles et des procédés moins dangereux ! ".
Cela explique la tradition qui voulait que le médecin, fonctionnaire
impérial, perçoive son salaire tant que ses patients demeuraient
en bonne santé et cesse d'être payé lorsqu'ils tombaient malades.
Cette médecine basée sur la santé et la vitalité considérait donc
en premier lieu l'essentiel et l'important, donc ce qui est simple
et efficace, et en dernier le secondaire et le superflu, donc ce
qui est compliqué et inutile.
Notre conception médicale basée exclusivement sur la maladie tend
nécessairement à entretenir celle-ci ne serait-ce que pour des raisons
économiques... elle considère donc en premier lieu le superflu et
le secondaire et évité de traiter de l'important et de l'essentiel.
Le Feng Shui par les couleurs prôné par l'Empereur
Jaune et par plusieurs médecins illustres dont les fameux Wato (Hua
To) (141 208) et Sun Si Miao (581 682) dans son "Traité de la
Mer d'Argent" est donc considéré, en occident, comme une plaisanterie
de salon.
Le petit milliard de Chinois qui utilise encore avec succès cette
conception médicale, que certains persistent encore à assimiler
à du charlatanisme, ne s'en portent pas plus mal et à moindre coût
puisque l'espérance de vie en Chine est, à six mois près, équivalente
de la notre... pour un coût médical quarante fois moins élevé.
Mais c'est probablement ce qui dérange le plus les rationalistes
qui, généralement, possèdent un portefeuille d'actions bien garni
dans l'industrie pharmaceutique.
Il convient également de se souvenir que le corps médical est, de
très loin, la profession la mieux représentée à l'Assemblée Nationale
et que ce sont ces mêmes politiques qui fixent les directives générales
concernant la santé et les moyens d'entretenir celle-ci. Or, dans
la conception occidentale de la "santé" par absence de maladie,
comme de la démocratie par absence de dictature, un médecin sans
malade ne serait plus médecin...donc probablement plus député.
De nombreux Chinois affirment donc avec raison, et on les comprend,
qu'il vaut mieux demeurer empiriquement en bonne santé par les méthodes
chinoises que de se faire scientifiquement soigner par la médecine
occidentale.
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| L'utilisation des couleurs en Feng Shui |
Le Feng Shui traditionnel se base sur la capacité
de rééquilibrer les énergies de l'environnement et de l'individu
en apportant d'une manière rationnelle des élément extérieurs tels
que des structures, des formes, des sons, des parfums, des couleurs,
des symboles...
Or, les couleurs demeurent un élément très subtil et très énergisant
de ce que l'on peut apporter à un site, à un lieu, à une pièce,
à un élément décoratif, à un vêtement, à un bijou, à un maquillage...
et jusqu'à la décoration d'une table ou à l'harmonisation des couleurs
d'un plat en fonction des circonstances de la vie, de la saison
de l'année ou du repas dans la journée.
Ce que nous faisons assez intuitivement en occident, ou à la suite
d'une tradition transmise oralement... donc des us et coutumes,
fait partie, en Chine, d'un enseignement plus formel.
Nous n'utilisons pas les mêmes couleurs dans les
habits destinés à un mariage ou à un enterrement. Cela est peut-être
du folklore pour certains mais mêmes les chefs d'état s'y conforment
de bonne grâce.
Jadis un repas de première communion ainsi que les fleurs qui l'accompagnait
ne ressemblait pas à un repas de mariage qui, lui-même, différait
du repas de Noël.
Le bleu était réservé pour les petits garçons et le rose aux petites
filles. On n'offrait pas des roses rouges à une jeune fille ni des
jonquilles à une femme mariée.
On évitait certaines associations de couleur ou même, suivant les
circonstances, certaines couleurs. On prétendait que chaque mois
de l'année possédait sa propre pierre précieuse de couleur et que
celle-ci apportait tantôt le réconfort, tantôt la joie, tantôt l'harmonie,
tantôt le calme...
Même le vin était servi, en fonction se sa couleur,
dans un ordre précis que nul n'aurait songé à varier de peur de
passer pour un iconoclaste. Les couleurs de la vie variaient même
en fonction des âges de la vie. Tout cela était, peut-être, un peu
contraignant et fleurait bon le guide des bons usages et l'essence
de violette.
Désormais on habille les bébés de couleurs criardes, sinon de noir,
on se teint les cheveux de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel
jusqu'à un âge avancé de manière à ce que les anciens ne soient
plus argentés mais orangés, on se fait artificiellement bronzer
jusqu'à ce que le teint approche la délicate couleur d'un coton-tige
usagé, on se transforme tantôt en pingouin, tantôt en perroquet
au gré des modes vestimentaires qui ne durent qu'une demie saison
elle-même en demie teinte... et on se croit plus libre et mieux
dans sa peau. Quelle peau ? La peau de la planète ? La peau de la
nature ? La peau de la maison ? La peau de la chambre ? La peau
de la bête ? La peau intérieure ?
Mieux vaudrait peut-être se sentir simplement bien. Etre bien est
de loin préférable à aller mieux. Ce bien être résulte d'une relation
subtile entre l'intérieur et l'extérieur, or, les couleurs comme
les sons, les saveurs, les odeurs sont un vecteur privilégié de
ce mouvement de va et vient qui entretient la vie. Il ne s'agit
donc pas d'une simple apparence superficielle, d'un simple effet
de mode que l'on remet en cause pour un oui ou pour un non.
Les vibrations énergétiques apportées par les couleurs
participent à la vie d'une manière très subtile. Pour les praticiens
taoïstes qui furent à l'origine de la médecine chinoise la couleur
est pure énergie et cette énergie influe très profondément non seulement
sur le psychisme (Shen) mais également sur les organes et sur leurs
fonctions. En quelque sorte les couleurs lorsqu'elles sont pures
nourrissent les organes et facilitent leur fonction.
Par conséquence lorsqu'une couleur est, pour une raison ou pour
une autre, troublée elle peut, en retour troubler l'énergie, donc
la fonction, de l'organe et provoquer un déséquilibre qui, lui-même,
est la porte ouverte au dysfonctionnement ou à la maladie. Laozi
(Lao Tseu), dans le Daodejing (Tao Te King) affirme ainsi, au chapitre
XII, que "Les cinq couleurs aveuglent la vue de l'homme "...
mais enseigne également, au chapitre XL, " Utilise les rayons
de lumière mais fais retour à leur origine "... donc à la
vibration, à l'énergie et aux couleurs originelles issues de la
lumière.
On retrouve donc dans ce principe les sept couleurs de l'arc-en-ciel
qui, finalement, se transforment en lumière, donc en compréhension
(Ming = compréhension, illumination formé des caractères soleil
et lune accolés) et en salut, donc en santé et en joie.
La lumière engendre la vie... la vie se manifeste dans le mouvement
des couleurs.
Lorsque ces couleurs s'harmonisent avec la vie l'énergie
vitale se manifeste dans toute sa force et sa présence.
Les "Quatre Orients" utilisés en Feng Shui :
le Phénix Rouge correspondant au Sud et nécessitant un espace dégagé...
la Tortue Noire correspondant au Nord et à une position stable...
le Dragon Vert correspondant à l'Est et à une capacité de croissance...
le Tigre blanc correspondant à l'Ouest et à un appui protecteur
en sont la plus évidente démonstration puisqu'à chaque orient
et à chaque symbole est lié une couleur essentielle qui permet de
faciliter le mouvement de l'énergie... donc de régulariser l'environnement
et l'habitat.
Ces Quatre Orients, ou " Quatre Figures " (Si Xiang),
peuvent quant à eux se répartir encore dans les " Huit Directions
" ou " Huit Trigrammes " (Bagua) qui sont, en fait, les
directions célestes.
Dans ce cas, dans le sens des aiguilles d'une montre, le Nord demeure
de couleur noire, le Nord-Est est bleu, l'Est vert turquoise, le
Sud-Est violet pourpre, le Sud rouge, le Sud-Ouest rose-carmin,
l'Ouest blanc, le Nord-Ouest gris... tandis que le centre, donc
la position de l'observateur ou de l'Empereur (Wang) demeure jaune
ou brune.
De tous temps le jaune, en Chine, a été considéré
comme la couleur impériale par excellence... et de ce fait très
respectée mais peu utilisée en tant que telle. On lui préfère donc
la couleur safran, mélange de rouge et de jaune, l'un tempérant
l'autre comme la terre tempère le feu et comme le feu transfère
son énergie excessive vers la terre.
Dans la tradition chinoise le bleu représente la constance, le perfectionnement,
l'évolution permanente, l'initiation et est donc particulièrement
destiné aux pièces servant aux études, à l'enseignement, au travail
intellectuel ou littéraire.
Le vert représente la renaissance de la nature, la germination,
la force printanière, le courage d'entreprendre et est donc particulièrement
recommandé pour les chambres des enfants et des jeunes gens.
La couleur bleue-turquoise représente la sérénité, la permanence,
la bienveillance, l'autorité tranquille et est donc destinée à la
chambre des parents.
Le vert émeraude représente la richesse de l'esprit, l'intelligence,
le courage et la bravoure et est indiquée pour le bureau de travail.
Le pourpre représente la majesté, la maturité, l'autorité conférée
par l'expérience et est donc utilisé dans la chambre des grands
parents.
Le violet est symbole d'éveil de l'esprit à ce qui demeure invisible
au commun des mortels, à la communication avec les esprits (Shen)
et est donc réservé à l'autel familial des ancêtres.
Le rouge représente la joie, la fête, la vitalité, l'opulence et
se retrouve donc dans la salle de séjour ainsi que sur la porte
principale, généralement sous la forme d'un charme ou talisman.
Le rose carmin représente la sensualité, le contact charnel, le
bien-être et était réservé aux boudoirs, alcôves et salles de bains.
Le blanc représente la pureté, la justice, la décision, l'autorité
de fait et convient aux salles d'audience où s'exerce la loi. C'est
également la couleur qui était utilisée pour l'entrée afin de purifier
les énergie qui entrent et qui sortent de la maison. Le blanc sert,
en quelque sorte, dans ce cas particulier, de sas énergétique.
Le gris est la couleur de la sagesse, de l'expérience longuement
mûrie, de la réflexion et ést utilisé dans les pièces où l'on souhaite
retrouver le calme grâce à la méditation. C'est la couleur idéale
des pièces où l'on souhaite exposer des oeuvres d'art... ou de la
bibliothèque si celle-ci se compose de livres anciens.
Le noir est la couleur de l'intériorisation, de l'immobilité créatrice,
du retour sur soi, de l'humilité... et est, bien évidemment, une
couleur difficile à utiliser... aussi les praticiens du Feng Shui
lui substituent les "jeux d'ombres"... en jouant avec la
lumière sur des cloisons ou des papiers de soie. Dans les maisons
on utilise volontiers les ombres produites par les plantes et plus
particulièrement par les bonsaï et les bambous et projetées sur
une cloison grâce à un éclairage savant.
Il s'agit là des fameuses "ombres chinoises" dont on a fait un jeu...
Certaines calligraphies ou peintures à l'encre de Chine apportent
ces "jeux d'ombre" qui mettent en valeur le mouvement de
la lumière. La plupart des lanternes chinoises traditionnelle produisent
également ces "jeux d'ombre" et ne sont pas seulement décoratives.
Il en va de même de certains mobiles qui, en Chine, sont souvent
de bambou ou de papier découpé. La projection des ombres sur le
mur situé le plus au nord est considéré comme de bonne augure.
Paradoxalement les miroirs provoquent des zones d'ombre très particulières
qui sont considérées comme étant du noir "absolu"... il convient
donc de ne pas les disposer n'importe comment.
Certains meubles chinois laqués utilisent cette couleur noire en
association avec des pierres semi-précieuses ou de la nacre. Le
noir permet de mettre en valeur la lumière et les couleurs... à
condition de ne pas en abuser. Il est facile de constater que les
Chinois apprécient particulièrement les couleurs vives dans la décoration...
mais les couleurs subtiles en ce qui concerne les objets précieux.
Les couleurs antiques " Yanse Su "
comme celle du bronze ancien, du jade, du bois poli, de la laque
ancienne sont donc très appréciées car elles permettent de renforcer
l'énergie vitale en profondeur et de pacifier l'atmosphère d'une
pièce.
L'or et l'argent, dans une certaine mesure, sont, par contre symbole
d'opulence et de richesse et il est bon qu'une simple touche de
ces "couleurs" puisse se manifester dans au moins deux pièces
de la maison.
Enfin, les couleurs "naturelles" (Yanse Jan) comme celles
du bois brut, du cuir, de la toile écrue, de la soie grège, de la
poterie de grès, du carrelage de terre cuite... sont particulièrement
indiquées dans la cuisine... ce qui indique une recherche de la
simplicité et de l'authenticité dans la nutrition.
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