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| par Georges Charles |
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| Qui n’a jamais été
intrigué, au restaurant chinois, par la présence plus
ou moins discrète d’éléments décoratifs
constitués par des papiers imprimés de couleur comportant
des signes étranges ou des graphies abstraites ? Ils se trouvent
face à la porte d’entrée, au dessus de la caisse,
derrière les bouteilles du bar, sur la porte de la cuisine,
aux toilettes et vont, parfois, jusqu’à envahir les
murs au dessus des tables. En cherchant bien on en trouverait probablement
aussi sous la table et, peut-être même, sous la moquette
elle-même !
A première vue il peut s’agir de calligraphies étranges
rédigées en caractères très anciens
et dont l’impression laisserait à désirer. Le
contraste entre ces simples feuilles de papier de couleur avec les
tableaux et les laques dûment encadrés ou les dragons
et phénix de plastique n’en est que plus évident.
Visiblement ils ne sont pas indispensables à l’agencement
des lieux et ont été rajoutés à la décoration
habituelle. En réalité, ils agissent discrètement
à votre insu et, si on en croit leur omniprésence,
ils sont certainement utiles à quelque chose. Dans l’optique
pragmatique des Chinois, s’ils ne servaient à rien
il y a déjà belle lurette qu’ils auraient disparu.
Mais, en fait, il y a exactement deux mille quatre vingt trois ans
qu’ils fonctionnent.
C’est, en effet, en 84 av.J.C. que le Maître
taoïste Shang, connu sous le nom du maître céleste
Shang (Sang Tianshi) ou son patronyme
plus commun de Shang Daoling (Shang Tao
Ling) mit au point un procédé de communication
avec les “entités spirituelles” (Shen)...
donc les “Divinités” du panthéon
et de la mythologie chinoise. Par le biais de la méditation
et de l’alchimie interne (Nei Dan Gong) il
découvrit la capacité de visualiser les mouvements
de ces entités pour, ensuite, les reproduire sur un support
matériel.
Cette forme d’écriture automatique fut donc à
l’origine des Charmes taoïstes (Fu ou
Fulu). Il suffisait alors à l’adepte
de fixer la figure en question pour établir une communication
avec l’entité spirituelle concernée. Celle-ci
ne pouvait que satisfaire à la demande qui lui était
faite. Une fois celle-ci réalisée, le contrat avait
été honoré et il suffisait alors de brûler
le charme afin de se libérer de toute influence contraignante.
Cette méthode eut assez rapidement de nombreux résultats
et trouva un prolongement dans la rationalisation du procédé.
Un groupe de Maîtres taoïstes ne tarda pas à
créer une “Ecole des Charmes et des Talismans”
(Fu Lu Pai). Les figures tracées par ces
maîtres reproduisaient tout d’abord les mouvements de
la nature, les tourbillons des cours d’eau, les volutes de
la brume qui s’accroche à la montagne, le passage du
vent dans les branches d’un pin, la surface d’un étang
sous la pluie, le vol d’un papillon dans une prairie, les
traces laissées sur le sable par la brise marine, la reptation
d’une racine entre des rochers, le contre-jour du soleil dans
les bambous...
En harmonisant le plein et le vide ils créèrent il
y a près de deux millénaires une forme d’art
à la fois abstrait et fortement figuratif. Le mouvement de
l’énergie vitale, le Qi, se retrouvant
“piégé” sur une simple feuille
de papier par le biais d’une calligraphie magique (Ling
Shu) il devenait alors possible d’amener chez soi
l’énergie profonde et subtile d’une source, d’un
arbre, d’un rocher et de modifier l’ambiance d’un
lieu par l’intermédiaire de ces charmes. Cette pratique
fut à l’origine de la calligraphie en forme de nuage
ou “écriture moutonnante” (Yunzhuan)
encore utilisée dans bon nombre des charmes destinés
à écarter les esprits malfaisants et les énergies
perturbatrices. L’énergie développée
par une chute d’eau permettait d’éviter l’incendie
ou celle d’un rocher rendait une porte inviolable.
De fil en aiguille, de nombreux charmes trouvèrent une vocation
très pratique et souvent très terre à terre.
Ils permettaient, et permettent toujours, d’attirer la clientèle
solvable, d’écarter les indésirables et les
inopportuns, de permettre une meilleure conservation des produits
ou de faciliter la digestion de ceux qui n’étaient
plus de toute première fraîcheur. Les taoïstes,
non contents de se limiter à la reproduction des volutes
d’encens ou aux ébats des carpes sous un pont tentèrent
de fixer les mouvements de l’esprit pendant la méditation
ainsi que les manifestations de l’énergie dans les
organes et les méridiens pendant la pratique de l’alchimie
interne ou du “Qigong” qu’ils
avaient également inventé.
Ils essayèrent également de percer les secrets de
la matière en se plaçant, par le biais de la méditation
(Nei Gong) tantôt dans un organe, tantôt
à l’intérieur d’un rocher. Ils transcrivirent
leurs impressions par le biais de l’écriture spontanée. |
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| Onze mille
charmes recensés : |
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De ces travaux étranges naquit une infinité de figures
encore plus étranges qui furent recensées par un alchimiste
du nom de Gehong (Ko Hung) (284-364
ou 283-343) dans une importante encyclopédie des pratiques
taoïstes, le Baobouzi Neipian (Pao
Pou Tseu) (“Le Traîté Interne
du Maître qui embrasse la simplicité”)
au chapitre du Daozhang (Tao Tchang)
(“Canon Taoïste")... et
qui regroupait la description précise de onze mille cinq
cent vingt charmes.
Ce Daozhang fut sans cesse réédité
en secret jusqu’en 1190 où l’empereur Jian
Yu (Chien Yu) (1139-1194) de la dynastie
des Song ordonna que cet ouvrage fut officiellement
publié sous son autorité. En 1281l’empereur
Shi Cong (Shih Tsung) (1260-1294),
alias Kubilai Khan, de la dynastie mongole des
Yuan ordonna que tous les exemplaires du Daozhang
soient brûlés car les talismans, selon lui, s’opposaient
à sa puissance et mettaient en cause l’ordre établi.
Quelques fragments furent néanmoins sauvés des flammes
et, en 1436 au début de la Dynastie Ming
une nouvelle édition fut réalisée sous le patronage
de l’empereur Cheng Tung (1436-1450). Elle
ne comportait malheureusement plus que 1464 figures officiellement
répertoriées.
Cette nouvelle édition du Daozhang sert
toujours de référence et est encore publiée
de nos jours. Elle servit de référence au Révérend
Père Doré pour la rédaction de son “Encyclopédie
des superstitions chinoises” et qui fut le premier
occidental à traiter de ces charmes et à en décrire
plusieurs avec leurs applications.
La particularité de ces charmes taoïstes, par rapport
à la majorité des amulettes et autres talismans, réside
dans leur large spectre d’utilisation car on en retrouve dans
tous les domaines ayant un rapport avec les activités humaines.
Il existe ainsi des charmes spécifiques à la restauration
et à l’alimentation, des charmes destinés aux
architectes, d’autres aux artisans, aux militaires, aux lettrés,
aux marins.
On retrouve, par exemple, toute une série de charmes médicaux
(Zhouyuge) rattachés à l’acupuncture
classique et destinés, par leur simple présence, à
renforcer l’action du thérapeute ou de ses aiguilles.
Ces figures sont ainsi censées canaliser et focaliser l’énergie
vitale (Qi) sur une partie corporelle ou un organe
précis. Ils représentent souvent la visualisation
d’un circuit de l’énergie interne et peuvent,
de ce fait, aider à la méditation taoïste utilisant,
par exemple la “marche du souffle dans les organes”...
donc la conduite du Qi au travers d’exercices
particuliers.
Certains, encore, permettent une vibration subtile qui “calme
l’esprit (le Shen) du patient”
pendant la séance. Certains de ces charmes peuvent, encore,
être ingérés par le patient soit sous la forme
de cendre mêlée à une décoction soit,
simplement, sous la forme d’une boulette.
Les esprits forts ricaneront mais, en Occident, dans la plupart
des hôpitaux dépendant pourtant de l’Assistance
Publique et sous l’égide des professeurs les plus compétents
on administre chaque jour des milliers de placebos qui n’ont
rien à envier aux antiques méthodes chinoises. Dans
ce dernier cas, le malade sait au moins ce qu’il ingère.
Quitte à avaler une boulette inerte il vaut peut-être
mieux absorber une pincée d’art abstrait deux fois
millénaire qu’un sucre industriel de mauvaise qualité. |
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| Les Charmes
du Feng Shui... |
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Il existe, enfin et surtout, de très nombreux
charmes permettant de rééquilibrer l’environnement
immédiat en contrôlant les excès et les défauts
de la présence ou de la circulation d’énergie.
Lorsqu’un lieu manque d’énergie apportée
par l’élément Eau il est évidemment
possible de faire creuser un lac, un étang ou un bassin,
ceci en fonction des moyens dont on dispose. Il est aussi possible
de disposer un aquarium ou un simple bocal rempli d’eau qui
symboliseront cet élément défaillant s’ils
sont disposés au bon endroit. Mais il est aussi possible
de se référer au Daozhang et de choisir
un charme efficace qui remplira cette fonction.
Lorsque ce charme sera disposé à la place adéquate
il compensera, à moindre frais, le manque d’énergie.
Ce charrme peut simplement représenter une calligraphie ancienne
(Su -antique -) ou magique (Ling
- magique, merveilleuse... ) du caractère “Eau”
ou d’un des nombreux caractères désignant un
lac, un étang, une chute d’eau, un rideau de pluie...
Ce caractère Ling (caractère 3187
du dictionnaire Ricci) traduit par merveilleux, prodigieux, magique
signifiait, de par son ancienne graphie “offrir
au ciel du jade ou certaines danses en vue d’obtenir la pluie”
Wieger dans son dictionnaire des caractères chinois ajoute
: “C’est le premier effet que demanda à
la magie un peuple dont la vie dépend de la pluie”.
Il peut également être la transcription, par écriture
spontanée, de la visualisation attachée à l’observation
subtile d’un phénomène naturel...
Grâce à ce principe, on imagine facilement
les très nombreuses applications en Feng
Shui de ces innombrables charmes. Ils permettent
de réorienter une pièce à peu de frais, de
créer une ouverture ou, au contraire, d’obstruer une
entrée ou une dépression, d’amener du lourd,
du pensant, du massif où on manque de stabilité...
ou, au contraire de rendre léger et impalpable ce qui bloque
la circulation de l’énergie. Le charme, dans ce cas,
évite les contraintes excessives. Il est facile de constater
qu’il manque une fenêtre dans une pièce mais
moins aisé de réaliser celle-ci sans entreprendre
des travaux et des démarches. Il n’est pas dit qu’il
y ait, simplement, le droit de creuser une fenêtre, dans ce
cas, en sus d’un habile jeu de miroirs, un charme “fenêtre”
sera donc utile et pratique pour régler le problème
rapidement et à moindres frais.
Un charme “montagne” rendra
une porte infranchissable aux intrus... car, en passant devant cette
porte ils ne “sentiront” pas
la chose facile à renverser ou à escalader. Il en
va de même pour une porte de cave portant, soigneusement disposé,
un charme “abîme” ou
“oubliette”... les amateurs
de bons vins à peu de frais passeront leur chemin préférant
une cave plus accueillante et plus accessible.
Comme on s’en doute donc ces charmes jouent donc sur l’esprit
(Shen) mais il est entendu, en Chine et depuis
toujours que le Shen (esprit) dirige le Qi
(énergie)... en agissant sur le Shen on influe donc directement
sur l’énergie d’une personne et même de
son environnement direct ou indirect. Un charme “grosse
pierre” représente donc une énergie
fort pesante et l’esprit le ressent ainsi... ajoutant encore
du poids à ce charme qui, pourtant, ne pèse que quelques
grammes. On est dans le domaine particulier du virtuel mais c’est
le but recherché puisque le charme en question représente
l’énergie intrinsèque, donc virtuelle, de la
grosse pierre en question.
Les chinois parlent plus volontiers de l’ordre
du “Ciel Antérieur”
(Xiantian Tu) de la grosse pierre, donc de son
énergie initiale ou nouménale, avant même qu’elle
ne se matérialise. Lorsqu’elle se matérialise
dans l’ordre du “Ciel Postérieur”
(Houtian Tu) ce nouménal devient alors phénoménal.
On peut désormais peser, mesurer, sonder, analyser, décrire
cette pierre...
Elle possède donc désormais une taille, un volume,
une densité, un poids, un nom et existe de manière
concrète mais cela ne l’empêche pas de continuer
à disposer de son énergie antérieure donc de
celle de la grosse pierre avant qu’elle devienne grossière.
Par le biais de certaines pratiques classiques cette énergie
du ciel antérieur est perceptible et peut, dans certaines
conditions, être utilisée. C’est aussi simple
que cela ! |
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| Principes de l’action de ces
charmes. |
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Plusieurs chercheurs occidentaux se sont penchés assez récemment
sur ces charmes et sur l’éventuelle action de ceux-ci.
Il existe donc, à leur sujet, plusieurs hypothèses.
L’une d’entre-elles est que ces charmes représentent
une idéalisation puis la matérialisation graphique
du mouvement d’une énergie donc la représentation
abstraite de celui-ci concrétisée par un état
d’esprit (Shen) à un moment donné
et dans un lieu, ou cadre, particulier. Certains de ces charmes
sont ainsi liés aux structures (Ti) ou aux
formes (Xing) sinon aux mouvements (Dong)
liés aux Cinq Eléments (Wuxing ou
Wou Hing) de la cosmogonie taoïste et qui
sont l’Eau, le Bois (ou le Vent), le Feu, la Terre, le Métal.
Ces “Cinq Mouvements” représentent
donc des symboles (Xiang) liés aux Orients,
aux saisons, aux organes et organisent ce qui se manifeste sur terre.
On retrouve ainsi une hypothèse importante trouvant, en Occident,
son origine dans les travaux du Baron de Reichenbach, vers 1850.
Ces travaux impliquaient différentes expériences effectuées
à l’aide d’aimants et de pendules et tendant
à prouver la présence d’un spectre électromagnétique
se matérialisant par le biais d’un matériel
optique.
Puis, vers 1905, à la suite des travaux du Colonel Rochas,
il fut admis que ces émissions n’appartenaient pas
au spectre électromagnétique connu mais à un
tout autre système qualifié alors de non-cartésien.
Ces diverses expériences furent ensuite reprises et développées
par Turesse, Bélizal, Chaumery, Morel. Ces mêmes émissions
particulières, qualifiées alors d’ondes de forme
furent encore mises en évidence. Ces divers chercheurs tentèrent
de les concilier avec les théories de l’époque
et leurs applications dans le domaine de l’électro-magnétisme.
Il fut alors scientifiquement admis que ces “ondes
de forme” possédaient en réalité
deux aspects, l’un magnétique et l’autre électrique
et qu’elles rentraient, ainsi, dans une bande encore inexplorée
du spectre électromagnétique.
On retrouva, comme en Chine jadis, une différentiation
entre ce qui était mesurable, le phénomènal
(ordre du Ciel Postérieur ou Houtian) et
ce qui ne l’était pas, le nouménal (ordre du
Ciel Antérieur ou Xiantian). Depuis d’autres
recherches, menées notamment au CNRS par plusieurs chercheurs
dont Jacques Ravatin, spécialiste en physique mathématique,
ont mis en évidence que ces “ondes de formes”
ne sont pas des ondes et n’appartiennent pas aux champs électromagnétiques.
Il a donc eté proposé une nouvelle terminologie :
“émissions dues aux formes”.
Suivant ce chercheur l’univers physique ne demeure qu’un
aspect relatif d’un univers plus vaste. L’univers physique
restreint à la capacité de localisation d’un
objet grâce à l’utilisation de points de repères...
distance, vitesse, force est alors qualifié de local.
Dans l’univers total, par contre, ces points de repère
disparaissent et il est alors qualifié de global puisque
cette capacité de localisation disparaît. Entre l’univers
restreint du monde physique, le local, et l’univers total
qualifié de global, il existerait certains domaines intermédiaires
agissant entre ces deux faces du réel. Donc des passages
du local au global et des projections du global dans le local. Il
s’agirait, dans cette dimension intermédiaire, du monde
encore assez peu connu et encore peu exploré, si on excepte
quelques exceptions comme celles des charmes, du “fractal”
auquel appartient ces “émissions dues aux
formes”.
Rejoignant les théories taoïstes, Ravatin en arrive
à différencier puis à distinguer les niveaux
qualitatifs du physique (Terre) du vital (Homme) et du Psychique
(Ciel). De cette théorie des “émissions dues
aux formes” liée au local, au fractal et au global,
il en résulte qu’un objet, fut-il éventuellement
limité à sa conception graphique ou même symbolique
(dessin, écriture, projection abstraite) peut se faire le
récepteur, le condensateur, l’amplificateur et l’émetteur
de ces émissions et, par conséquence, agir sur l’environnement
direct... impliquant une action ou une réaction dans le domaine
du physique (local), du vital (fractal) ou du psychique (global).
Des “émissions dues aux formes”
mais également dues au “mouvement”...
donc à la pratique des méthodes taoïstes comme
le Taijiquan, le Daoyin Qigong, le Xingyi, le Bagua...
Toutes ces formes décrites par le Daozhang n’ont pas
encore été étudiées... et pour cause.
Dans l’hypothèse taoïste classique, par ailleurs,
cette “émission” ne
se limite d’ailleurs pas aux “formes
“ (Xing) mais implique également le
“mouvement” (Dong).
Certaines pratiques particulières, liées à
la tradition taoïste, comme le Tao
Yin Qigong (Daoyin Fa), le Taijiquan,
le Xingyiquan, le Baguazhang...
permettraient, en quelque sorte, une “émission
due au mouvement”, le pratiquant devenant à
la fois le récepteur, le condensateur et l’émetteur
des ces émissions qui échappent encore à la
conception restreinte et matérialiste du monde physique lié
à l’univers local. Il s’agirait alors, par le
biais du fractal, d’une tentative de fusion avec le global
donc avec le Tao.
Les charmes taoïstes (Fu Lu) ne seraient alors
que de simples clés permettant et facilitant le passage du
local vers le global ainsi que l’influence du global sur le
local. Ou si on se réfère à la terminologie
utilisée par Ravatin à “l’expression
matérialisée d’un univers fractal reliant ces
deux interfaces du réel”.
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| Hypothèse de la présence
d’un “champ de conscience”... |
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Cette autre hypothèse,
plus orientale mais non moins séduisante, implique le simple
fait que la présence d’un charme ou de tout autre support
matériel spécifiquement déterminé ou
du au simple hasard mais reproduisant une “image-symbole”
(Yingxiang) est perçue par le biais de vibrations
(ou émissions) subtiles par son environnement direct.
Cette perception subtile peut, évidemment, demeurer inconsciente
mais peut aussi, au contraire, être consciemment recherchée
et utilisée. La présence ou l’absence d’un
objet ou d’une image symbolique (en grec le symbole, symbalen,
signifie simplement “ce qui éveille”...)
Modifie alors le “champ de conscience”
du lieu, lequel peut être traversé par un individu
plus ou moins réceptif. Cette réceptivité,
consciente ou inconsciente, implique un état particulier
lié à ce lieu, donc à cette présence
ou à cette absence.
De ce fait certains objets ou images symboliques continuent à
manifester leur présence après qu’ils aient
été enlevés ou déplacés. Ils
demeurent, pour un certain temps, inscrits dans ce champ de conscience
auquel ils participent. Dans cette autre hypothèse, le rôle
des charmes est de révéler cette présence ou
cette absence afin de renforcer ou de modifier l’‘état
particulier lié à ce lieu. Cela correspond, en outre,
à l’utilisation traditionnelle d’images, de figures,
d’objets et même de rituels dans le cadre spécifique
du Feng Shui, donc de la géobiologie chinoise
classique.
De ce fait, et une fois encore, l’énergie intrinsèque
d’une rivière, d’un rocher, d’un arbre
peut être remplacé par la figuration de ceux-ci. De
même, certains rituels particuliers visent à agir de
la même manière par le simple biais du geste symbolique.
Un rituel lié à l’arbre amènera, en quelque
sorte, un champ de conscience propre à l’arbre. De
même, la visualisation d’un diagramme représentant
la circulation des énergies à l’intérieur
du corps pourra induire la modification de cette circulation...
et suivant la même hypothèse, une ambiance d’opulence
créée par un simple charme attirera le client... et
son argent. |
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| Fabrication et signification des charmes
taoïstes : |
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Il existe trois catégories principales de charmes (Fu Lu).
Les plus connus et le plus utilisés, donc le plus communs,
sont toujours imprimés suivant des modèles immuables
et souvent très anciens. Ils sont vendus dans les almanachs
chinois et les calendriers. Ce sont, par exemple, les charmes du
nouvel an qui amènent prospérité, santé,
bonheur tout au long de l’année. Ils représentent
le plus souvent une divinité taoïste ou les “Trois
Etoiles du Bonheur” (Fu Lu Su San Xing)
accompagnés du “Huit Trigrammes”
entourant le Taiji ou symbole Yin/Yang.
De couleur jaune ou rouge ils sont destinés à la porte
d’entrée ou à sa proximité immédiate.
Il existe également, dans ce même domaine assez commun,
des feuilles de papier de riz recouverts d’un estampage en
feuilles argentées ou dorées et qui se placent dans
la pièce principale de l’habitation à proximité
de l’Autel des ancêtres ou de son emplacement présumé.
Jadis, la couleur dorée était obtenue en badigeonnant
de sang frais une très fine feuille d’argent ce qui
conférait au charme un pouvoir encore accru. Il est à
noter que l’on rencontre encore dans cette catégorie
un charme-talisman composé d’une plaque de bois octogonale
sur laquelle sont peints les Huit Trigrammes (Bagua
ou Pa Kua) entourant un miroir circulaire. Il a
essentiellement pour but de protéger la maison contre l’intrusion
intempestive des énergies perturbatrices ou des “mauvais
esprits des revenants” (Gui
ou Kouei). Se voyant dans le miroir, ils sont effrayés
par leur propre image et s’enfuient au loin. Ces esprits malfaisants
ne se déplacent qu’en ligne droite et il est donc bon
et utile de multiplier les formes courbes et les chicanes permettant
de limiter leur progression.
La seconde catégorie de charmes, plus particulière,
est imprimée sur demande pour des cas plus particuliers mais
assez généraux : réussite dans les affaires,
protection contre l’inondation ou l’incendie, capacité
d’écarter les indésirables ou les pique-assiettes,
charmes facilitant l’éloquence ou au contraire permettant
d’engourdir la langue d’un interlocuteur malveillant,
charmes permettant d’attirer le client à un endroit
précis ou de faciliter les transactions, les ventes, les
paiements.
En règle générale tout ce qui peut permettre
au possesseur d’un tel charme de faciliter son action dans
tous les actes de la vie ou, au contraire, d’empêcher
les mauvaises actions adverses. Tous ces charmes sont également
dûment répertoriés et correspondent à
des critères précis et immuables. Ils peuvent néanmoins
être fortement personnalisés et comporter un mode d’emploi
assez formel suivant le plus souvent un rituel fort ancien. Ces
divers charmes peuvent être portés sur soi, demeurer
dissimulés dans un objet ou, au contraire, être disposés
à la vue de tous.
La troisième catégorie, plus spécifique
encore, consiste en des charmes effectués uniquement sur
commande précise dans un but déterminé. La
plupart des charmes attachés à la médecine
chinoise classique appartiennent à cette catégorie.
A l’instar de la plupart des talismans ils sont chargés
par la présence d’un fragment d’une éventuelle
relique ou d’une parcelle d’un texte ésotérique.
Il est à noter que la plupart des authentiques sabres japonais
comportent sous le laçage de la poignée des pliages
(origami) effectués à l’aide
de textes bouddhistes ou shintoïstes et que certaines lames
comportent également l’équivalent d’un
charme gravé dans le métal.
La plupart de ces charmes taoïstes peuvent être réalisés
suivant le principe de l’écriture automatique lors
de cérémonies proches de celles du chamanisme. Le
“Devin” (Lingjen),
généralement un prêtre ou un officiant appartenant
aux “Bonnets Noirs” ou aux
“Turbans Rouges” entre en
transe et trace des caractères magiques sur un support authentifié
par l’empreinte de son index ou de son pouce.
Au Japon les empreintes des mains des Sumo sont considérées
comme des porte-bonheur de grande valeur et confèrent force
et courage pendant trois ans. Certains de ces charmes, enfin, effectués
à la demande servent de support à la médirtation
ou à la pratique des Arts Classiques du Tao et reproduisent
parfois les déplacements de l’adepte sur le sol (Pas
de Yu l’Ancien ou de Yu le Boîteux).
Il s’agit alors d’une marche rituelle ou initiatique.
Dans l’Art chevaleresque de la Paume des Huit Trigrammes
(Baguazhang ou Pa Kua Chang),
de tels charmes étaient dessinés sur le sol de manière
à faciliter la compréhension du mouvement et du déplacement
du pratiquant qui, par la même occasion, visualisait les trigrammes,
les hexagrammes et leurs diverses mutations. Lors de cérémonies
d’exorcisme de tels charmes pouvaient être tatoués
ou simplement dessinés ou peints sur le corps du patient.
Il existe toujours des méthodes spécifiques permettant,
par le biais de la méditation active (Taoyin Neigong)
de visualiser ces énergies puis de les reproduire sur un
support suivant le processus de mobilisation, d’accueil, de
conduite, de contrôle et d’utilisation des énergies
du Ciel Antérieur. Ces charmes bien que se voulant d’une
utilité très concrète représentent également
une forme tout à fait méconnue de l’art abstrait
ce qui les rend souvent étranges et décoratifs. Ils
ont surtout le mérite d’exister, paisiblement, depuis
plus de deux millénaires. Ils ont traversé de nombreux
régimes et sont toujours présents. Leur avenir ne
semble aucunement menacé.
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