STAGES DE QUEBEC, DE BROSSARD et DE MONTREAL NOVEMBRE 04
Georges Charles

Une sympathique série de stages d'inititiation et de pratique au Québec

C'est, cette année, à l'initiative de Marie-Andrée Lett et de Richard Payette que je me suis rendu au Québec pour diriger et animer une série de stages d'initiation et de pratique des Arts Classiques du Tao.
Marie-Andrée Lett est acupuncteure et enseignante des Arts Classiques du Tao à Laval, en proche banlieue de Montréal, et Richard Payette, assisté par Rachelle Lemelin, enseigne le Taijiquan et le Qigong à Brossard, à La Prairie et à Saint Hubert, également en proximité de Montréal.
Il s'agissait d'une part de proposer à des pratiquants ayant déjà participé à un précédent stage de parfaire leurs connaissances dans la pratique du Tao-Yin Chi Kung (Daoyin Qigong) et du Xingyiquan de l'Ecole San Yiquan, et , d'autre part d'apporter une information globale, ou un complément d'information, sur les pratiques chinoises de santé à un public motivé.
Trois soirées avaient donc été prévues à Québec et à Longueuil-Brossard et un stage de trois journées à Montréal.

Nos amis avaient donc organisé une soirée de cours-conférence à Québec, ce qui nous a permis de visiter cette ville et de nous retrouver avec des passionnés des pratiques chinoises le midi dans un magnifique restaurant chinois végétarien, le Zen, situé sur l'avenue René Levesque.

Petit autel dédié à Guan Yin au Restaurant Zen de Québec

Les quelques convives d'un excellent repas végétarien

Cuisine végétarienne excellente comme savent la préparer les Bouddhistes chinois puisqu'ils reproduisent la texture, l'odeur, la saveur et très probablement l'énergie (positive !) des aliments les plus prisés des gastronomes chinois mais tout en n'utilisant que des produits strictement végétaux.
On est donc très loin, et fort heureusement, des galettes végétariennes grassouillettes et particulièrement indigestes que l'on ingère dans certains salons parisiens.
On y retrouve donc très naturellement du "poisson", du "poulet", du 'porc", du "canard" végétaux cuisinés de multiples façons comme le veut la tradition authentique.
Cela change bien évidemment du tout vapeur insipide et des tartes au potimaron et à la courge spaghetti !
Et cela nous a permis d'évoquer de nombreux souvenirs dans une atmosphère particulièrement détendue et conviviale, le tout dans un cadre exceptionnel et surtout très authentique.
Le soir le cours-conférence a eu lieu à "La Maison de la Santé" avec un public assez restreint mais très motivé et attentif.
Puis Marie Andrée et Xavier Dumont, qui m'accompagnait lors de ce voyage, et moi-même avons goûté à l'hospitalité québécoise d'un Bed and Breakfast,
le "B&B de La Tour", 1080 Avenue de la Tour, où nous avons été réellement reçus d'une manière charmante.

Le redoutable Château Frontenac à) Québec.



Une autre vue de cet énorme hotel !

Après une excellente nuit et un copieux petit déjeuner nous avons continué la visite de cette ville historique très attachante et de son redoutable Château Frontenac qui est, en fait, un gigantesque hôtel construit à la fin du XIXe par la compagnie du Chemin de Fer.
Après une promenade dans le Vieux Quebec, nous avons repris la route de Montréal en choisissant le chemin des écoliers, ou plutôt la Route du Roi qui longe le Saint Laurent. Ce qui a été l'occasion de découvrir la cuisine locale dans une petite auberge de bord de route à Deschambault et de prendre le bac pour traverser le Saint-Laurent entre Saint-Ignace et Sorel..

Coucher de soleil sur le bac du Saint-Laurent

Deux soirées à BROSSARD chez Richard Payette

Richard Payette nous attendait à Longueuil (Brossard) dans une très belle salle prêtée par la communauté chrétienne de l'Eglise de la Résurrection.

Réponse à quelques questions

La pratique de la Posture de l'Arbre à La Résurrection - Longueil

Accompagné de Rachelle Lemelin il nous présenta une bonne trentaine de pratiquantes et de pratiquants de tous âges qui, habituellement, étudient le Taijiquan et le Qigong sous leur direction commune.
Richard Payette, sous ses allures de solide québécois qui ne dépareilleraient pas les bûcherons locaux, est quelqu'un qui a traduit, adapté et publié le très fameux ouvrage de Laozi (Lao Tseu) : le Daodejing (Tao Te King) et ceci d'une manière très subtile.
Et qui enseigne le Taijiquan de l'Ecole Yang sous une forme très classique ainsi que plusieurs méthodes de Qigong avec non moins de subtilité.

Richard Payette enseigne le Taijiquan et le Qigong au Québec


Sur le plan de l'efficacité, il proposait déjà à ses élèves un CD de Georges Charles en avant première puisque celui-ci n'était pas encore disponible pour les élèves parisiens de ce dernier et était arrivé en tant que maquette dans sa valise !
Après un rappel historique de l'origine et du développement du "Qigong" et des "Arts Internes" ainsi que des bases fondamentales motivant ces pratiques, nous avons pu entreprendre la forme d'initiation Kai Men Shi ("Ouvrir les Portes de la Pratique").
Cette forme simplifiée comporte les principes fondamentaux du Tao-Yin (Daoyin) de l'Ecole de la Clarté du Joyau Ecarlate (Ling Pao Ming Siu Dan Pai Tao Yin Fa) et s'effectue en une vingtaine de minutes lorsqu'elle est assimilée.
On y retrouve, par exemple, les mouvements fondamentaux qui permettent de "calmer le coeur et de pacifier l'esprit" (An Xin Jing Shen) ; d'éveiller les sens et de concentrer l'énergie (Kai Tang He Qi) ; de mobiliser l'énergie en stabilisant la posture "Dong Qi Xi Tai" mais également des automassages essentiels permettant d'apprendre comment tonifier, disperser, répartir, mobiliser, stabiliser, libérer et harmoniser l'énergie vitale.
Cette forme comporte également le travail de l' "Ouverture des Douze Portes" de la tradition des Praticiens du Tao (Taojia).
Elle préfigure le travail debout, assis et couché étudié dans la pratique de la "Méditation Active" (Zhan Zhuang) et permet également une préparation physique, respiratoire, énergétique et spirituelle puisqu'elle explique simplement les différents symboles (Xiang) utilisés dans le Tao-Yin du Ling Pao Ming.
Elle permet également d'aller de l'Unité (Yi) à la Multitude (Wan) pour revenir à la Vacuité (Wuji) de l'Illimité.
Elle est donc très caractéristique des "praticiens" du Tao qui ne se contentent pas de lire les textes mais de les appliquer simplement pour "entretenir la Voie".

Agir centré avec conscience ou le sens authentique de la méditation.

J'ai, à cette occasion, expliqué aux stagiaires que le Kyudo décrit par Eugen Herrigel dans "Le Zen dans l'Art Chevaleresque du tir à l'arc" (Albin Michel) n'était en réalité que la version active, donc debout, du Zen japonais. Il est en effet simplement question, concernant le tir à l'arc rituel, de Ritsu Zen, donc de "Zen debout", ce qui le différencie du Za Zen (Zazen) ou "Zen assis". Les deux formes provenant du chinois Zhan Chan (Chan debout) et Zuo Chan (Chan assis), elles-mêmes provenant de l'indien (sanscrit)
Dhyana qui se prononce T'ian'na et qui signifie simplement méditation.
Or, en sanscrit "Dhyana Asasa", abrégé en "Dhyanasana" signifie "méditation en posture (assise)".
"Asana" désigne, en effet, un rite brahmanique consistant à offrir un siège (asana) à la divinité qu'on invoque.
Lors du passage du Bouddhisme vers la Chine, au premier siècle de notre ère, puis sous l'apport du fameux Bodhidharma (Daruma, Potitamo, Damo, Ta Mo...) ce "Dhyanasana" devint tout simplement le "Tian'na-san", ce qui fut traduit en caractères chinois par "T'Chan Na San Na" ce qui se traduisait littéralement par "Offrir un siège pour méditer".
Puis par "Méditation Assise" qui se traduisit alors par Zuo Chan.
Lorsque cette pratique passa en Corée elle devint naturellement le Zô Sôn.
Puis au Japon le Za Zen.
Depuis, bien qu'on l'oublie trop souvent, on distingue toujours le Dhyana du Dhyana Asana comme on distingue le Zhan Chan du Zuo Chan et le Ritsu Zen du Zazen.
Donc la pratique de la méditation de la pratique de la méditation assise.
Qu'on le veuille ou non, la méditation inclut une forme globale puisqu'il s'agit en sanscrit classique comme en français classique "d'agir centré".
Médius désigne en effet ce qui est au centre, comme le médius se situe entre auriculaire et annulaire d'un coté et index et pouce de l'autre.
Le médius est donc "le doigt centré".
Action (axion puis ation) signifie simplement acte, agir avec la notion de mouvement.
Dans cette hypothèse où les mots conservent leur juste valeur (Zheng Ming) il ne peut donc exister de "méditation passive" puisqu'il s'agit alors d'un contresens fondamental.
Mais on peut tout à fait "agir centré" tout en restant assis.
Cela rappelle la formule de Wang Yang Ming (Wang Shouren ou O'Yomei) (1472 1529)
"Dans certaines circonstances ne rien faire c'est déjà agir".
De ce fait les étudiants de la Place Tiananmen (Place de la Porte de la Paix Céleste) qui justement déployèrent une banderole portant le titre d'une lettre de protestation de Wang Yang Ming à l'Empereur "Non aux boutiquiers de Confucius !" savaient donc très bien ce qu'ils faisaient en restant assis et en refusant d'aller étudier.
Mais cette subtilité échappa bien évidemment aux sinologues, commentateurs, journalistes et politiciens qui se bornèrent à affirmer, une fois encore, que "les étudiants contestaient Confucius".
En suivant mot à mot le précepte de Wang Yang Ming et en s'asseyant au centre de la Place ils rendaient au mot Méditation son juste et unique sens d'Action Centrée donc parfaitement consciente et d'une redoutable efficacité.
C'est ce qui fut intolérable au régime des "boutiquiers" de Confucius, de Karl Marx et de Mao qui envoya les chars.
Lorsqu'en Occident, dans nos démocratures, l'on met le mot Zen à toutes les sauces, y compris à celui de la publicité, de la réclame, on s'essuie les pieds à bon compte en oubliant ce fait.
Agir centré, Méditer, ce n'est pas faire une sieste en se déguisant et en faisant brûler un peu d'encens de super-marché dans un environnement musical de resto chinois ou d'épicerie bio tout en ayant bonne conscience d'avoir regardé le Dalai Lama à la télé et d'avoir acheté trois cartes postales à une association humanitaire pour obtenir une déduction d'impôts.
C'est autre chose encore.
Ce n'est donc pas un simple hasard si les caractères Kyudo, désignant le Tir à l'Arc rituel japonais, Art Chevaleresque si il en est, et les caractères Tao-Yin (Daoyin et par extension Do In) sont semblables à un trait près : la corde de l'arc qui a été retirée et qui est donc visible dans le Tao-Yin.
Aussi étrange que cela puisse paraître, ce rapprochement n'avait jamais été effectué, donc publié, à ce jour, du moins à notre connaissance.
Voilà qui est fait et qui sera, heureusement, repris.
Il suffit de comparer les deux versions chinoise du Tao Yin (Daoyin) et japonaise du Kyudo pour comprendre qu'il existe bien une relation plus que sérieuse entre ces deux pratiques.
Il ne s'agit donc pas d'un simple hasard si Wang Yang Ming (Wang Shou Ren ou O'Yomei) dans le Chuanxi Iu II explique à propos de l'étude (Xue) :

"Il en va de même pour l'étude du tir à l'arc : il faut empoigner l'arc, fixer la flèche dessus, le bander et viser la cible. Pour apprendre à calligraphier il faut étaler le papier, saisir le pinceau et en tremper la pointe dans l'encrier. De tous temps et en tout lieu, rien n'a jamais pu s'appeler "étude" qui n'ait impliqué de l'action. Se mettre à étudier c'est déjà agir".

Dans son ouvrage Histoire de la pensée chinoise (Editions du Seuil), Anne Cheng explique :

"connaître la nature humaine consiste d'abord à la mettre en oeuvre et agir revient surtout à approfondir la connaissance de soi : on peut alors parler de connaissance "authentique" qui, engageant la totalité de l'être, est déjà action. Pour Wang Yangming, qui fut lui-même homme d'action, il n'est pas de véritable étude sans pratique (gongfu) avec ce qu'elle comprend d'entraînement quotidien au contact de la réalité".

 

Les caractères chinois Tao Yin (Daoyin) : la corde en plus !

Les caractères japonais Kyudo (Voie de l'Arc) : la corde en moins !

Il va de soi que la pratique du Tao-yin du Ling Pao Ming transmise au sein de l'Ecole du Poing des Trois Harmonies - San Yiquan - contient à la fois un enchaînement particulier du "Tir à l'Arc" ainsi qu'une explication, qui y est couplée, basée sur la calligraphie.
Cet enchaînement implique la structure (Ti) correspondant à la pierre à encre, la forme (Xing) correspondant à la pierre d'encre, l'essence (Jing) correspondant à l'eau qui permet de liquéfier l'encre, au mouvement (Dong) qui réunit les trois (San), au pinceau qui correspond au souffle (Qi), à la feuille de papier qui correspond à l'intention (Yi), à l'image qui correspond à l'esprit (Shen) et à ce qui est engendré, c'est à dire "autre chose encore", donc la calligraphie et son effet. Le but de la calligraphie est de provoquer quelque chose : elle agit.
La calligraphie, comme le tir à l'arc, est donc "action centrée", méditation au sens propre du terme.
Dans le tir à l'arc on saisit l'arc (Structure Ti), on tend la corde (Forme Xing), on place la flèche (Souffle Qi), on voit la cible (Intention Yi), on vise la mouche (Esprit Shen) et on décoche (Wuwei - Non Intervention -). La "Non Intervention" est l'acte essentiel du tir à l'arc qui permet d'aboutir à "autre chose encore" (Hua) qui permet la transformation (Yi).
"Dans certaines circonstances, ne rien faire c'est déjà agir" explique Wang Yang Ming. Dans le tir à l'arc, comme dans la calligraphie, dans le Tao-Yin ou la méditation c'est l'instant décisif où, lorsque tout est en place, il suffit de ne pas intervenir pour que l'acte essentiel se réalise.
Le décocher de la flèche ou la libération de l'image (Xiang).
Dans ce cas "Agir est facile !" (Xing Yi) ajoute Wang Yang Ming dans Da Xue (La Grande Etude).
"Agir Centré en attirant à soi la Voie" (Tao-Yin) ou
"Agir Centré en facilitant la progression sur le Chemin" correspond à une conception de vie que n'aurait pas désavoué Wang Yang Ming et qui se base sur l'équilibre et la rectitude dans le respect d'autrui et de la nature.
Pas dans un endormissement servile.

"Rien n'a jamais pu s'appeler étude qui n'ait impliqué de l'action !"

Il s'agit avant tout d'une pratique, d'un acte d'éveil et d'ouverture, d'éveil vers la vie et d'ouverture vers la Voie qui permet la rencontre de la Terre, de l'Etre Humain, du Ciel dans l'unité et la multitude du Tao.
Que l'on soit en Inde, en Chine, en Corée, au Japon, en France au Québec ou ailleurs et ceci dès que l'on pratique en cherchant simplement à "agir centré avec conscience".
Il n'est donc pas question d'un "autrefois" ou d'un "autrepart" tels que nous le proposent platoniquement les traducteurs des classiques comme le Daodejing (Tao Te King) : "Les anciens qui savaient pratiquer le Tao étaient si fins...gnia,gnia, gnia..." (chapitre XV) mais d'un amour physique et immodéré de la vie, de son mouvement et de son énergie.
"De tous temps ceux qui pratiquent la Voie sont..."
Et cela se suffit.
Pouquoi nous obliger à penser au passé, comme de par le passé, comme avec le passé, comme de passé, comme dépassé alors qu'il faut agir au présent et faire ici ?
Cette notion de pratique vivante sinon vécue permet de comprendre qu'elle existe encore et toujours et qu'elle est bien présente.
Ainsi "le sens strict de chacune de ces expressions" n'échappe pas à celle ou celui qui pratique "les déplacements de l'ours, les étirements d'oiseau, les barbotages du colvert, les bondissements du gibbon, les regards de hibou, les yeux fixes de tigre qui sont autant de moyens adoptés par les hommes qui souhaitent "nourrir leurs formes".
(Huainan Zi - Philosophes taoïstes II - VII Des esprits essentiels - 8b 9a - Bibliothèque de la Pléiade NRF Gallimard) où le traducteur, commentateur, présentateur, annotateur et Québécois de surcroît se prend les pieds dans le tapis comme le fit, jadis, son collègue autrefois renommé, Etiemble dans le N°I de la même collection.
Il suffit, en effet, d'avoir simplement pratiqué ou assisté à une pratique, pour comprendre le sens strict de ces expressions liées au mouvement des animaux et ceci sans en faire un plat.
Lorsqu'il est affirmé "l'auteur prend ici ses distances avec ces pratiques mécaniques" c'est, d'une part, très mal connaître ce système énergétique et symbolique, justement diamétralement opposé à une "pratique mécanique" et, d'autre part fort mal connaître Liu Han, le Prince de Huainan, donc l'auteur, qui en aucun cas ne rejette ces pratiques mais explique, par ailleurs, qu'il "convient de se méfier de ceux qui ne connaissent que les postures", ce qui est très différent.
En fait le traducteur, quelle que soit sa compétence de traducteur et au delà, de sinologue, ne connaît pas même les postures.
Il lui est donc difficile de traiter du sujet qui, justement, traite des postures !
De même que notre Etiemble national et anti-hexagonal morigénait dans sa préface un enseignant de Tai Chi (Taijiquan) qui avait eu le seul tort d'affirmer, à la télévision de surcroît, qu'il enseignait le Tai Chi Yang !
Or pour Etiemble, évidemment, le Tai Chi ne pouvait pas être plus yang que yin au regard des "zozotes qui yanguisent leur alimentation".
En ignorant superbement qu'il existe bien une école Yang de Tai Chi puisqu'il s'agit en l'occurrence de la Famille (Jia) Yang comme il existe une Famille Chen ou une Famille Wu dans ce domaine particulier.
Et le plus drôle c'est qu'il prétendait, dans la même page, avoir lu l'excellent ouvrage de sa consoeur Catherine Despeux qui traitant pendant plus de deux cent pages du...Tai Chi de la Famille Yang !
En fait l'ouvrage que celle-ci lui avait gentiment envoyé avait probablement servi d'étrennes à sa concierge puisqu'un individu de sa condition, et Membre de l'Institut de surcroît, n'allait quand même pas s'abaisser, comme il le dit si bien, à "poser la colonne vertébrale comme ceci sur le bassin et de secouer mollement la main comme cela pour obtenir une effet" (Philosophes Taoïstes I Préface d'Etiemble page XVI Editions de la Pléiade NRF Gallimard).
Amusant également de constater que ces deux mêmes sommités commentent la même erreur en traduisant Yang Xing ("nourrir la forme") par "nourrir leurs formes".
Il ne s'agit pas de "formes" fussent-elles "agréables et féminines" comme le suggère Etiemble en se moquant des fameuses "zozotes" mais d'un terme classique à toutes les pratiques énergétiques et médicales qui désigne la structure corporelle dans son ensemble : os, articulations, tendons, muscles, vaisseaux, organes, viscères.
Dans ce cas particulier Yang Xing est conçu comme "pratique de nutrition" (Yinshi) qui consiste à "nourrir la forme" comme d'autres pratiques visent à "nourrir l'essence" (Yang Jing), à "nourrir le Souffle" (Yang Qi), à "nourrir l'Esprit" (Yang Shen) et même à "nourrir la Vie" (Yang Sheng).
Précisons pour les héritiers d'Etiemble qu'il ne s'agit pas non plus du même Yang que dans Yin/yang.
Nous ne souhaitons pas, en effet, nous retrouver habillé pour l'hiver et presque pour l'éternité, et par erreur, dans une future préface de "Philosophes Taoïstes III" de la fameuse Pléiade !
Mais nous constatons qu'il est toujours difficile d'accorder les violons entre ceux qui savent, les savants, et ceux qui font, les facteurs !
C'est en cette dernière qualité, que je revendique, que je délivre ce message !

 

 

LE STAGE DE MONTREAL

C'est désormais devenu une habitude de nous retrouver depuis plusieurs années au Dojo situé 2020 avenue du Mont Royal Est à Montréal.
Le lieu de pratique se situe au premier étage d'un petit immeuble situé dans l'une des artères les plus animées de Montréal.
Ses nombreuses boutiques et surtout ses innombrables petits et sympathiques restaurants incitent à la déambulation d'une foule jeune et bigarrée. C'est, en quelque sorte, le quartier latin de Montréal qui serait un judicieux compromis entre le Boulevard Saint Michel et la rue de la Huchette.
Seule déconvenue cette année la boutique "Chez Wong" qui jouxtait la porte d'entrée était en travaux de réfection.
Cette coïncidence me rappelait qu'au tout début des années 70 je me rendais justement "Chez Wong", rue Monsieur Le Prince à Paris, afin d'y retrouver Tai Ming Wong, alias Wang Tse Ming, qui y tenait une boutique fort semblable où les abalones en boites côtoyaient les poteries et les cages pour oiseaux chanteurs. Et les plantes vertes ainsi que des arbres miniatures, les Penjing, alias Bonsai qui n'étaient pas encore à la mode et que Wang entretenait minutieusement tout en espérant ne pas les vendre. Surtout à des occidentaux. Sans parler d'une collection assez impressionnante de pierres d'encre et de pinceaux de calligraphie.
Boutique qui était la façade d'une entreprise d'import export florissante puisque Wang s'était spécialisé dans les racines de ginseng très réputées dans la communauté asiatique.
Et de champignons magiques (Ling Zhi) dont il vantait déjà les mérites. Sans parler des ailerons de requin et des nids d'hirondelles qu'il allait lui-même choisir en Thaïlande deux fois par an.
Heureusement la salle de pratique était toujours là avec sa terrasse donnant sur les toits de Montréal et une invraisemblable collection de chats de gouttière venant tour à tour rendre visite à un labrador noir fort habitué à ce va et vient.
Et même un écureuil assez curieux qui nous observa un bon moment par la fenêtre.
En une après midi bien remplie et deux journées fort studieuses nous avons pu boucler un programme assez conséquent prévu à la fois pour une initiation et un perfectionnement.
Comme souvent de nombreux stagiaires étaient des thérapeutes, acupuncteurs et ostéopathes.

Le groupe du dimanche après midi
à gauche et T shirt blanc Richard Payette.


Ce qui permit d'opérer un lien entre la tradition chinoise et son symbolisme et la conception occidentale du mouvement respiratoire primal, ou primaire (MRP) que les étazuniens nomment CRI (cranial rythmic impulse - impulsion rythmique crânienne).
Nous avons donc pu travailler en sensation sur l'ouverture des Portes de la Terre de l'Etre Humain et du Ciel en correspondance avec les trois diaphragmes de l'ostéopathie et évoquer les points communs existant entre les deux pratiques.
C'est devenu un lieu commun d'évoquer ce fait, surtout en Amérique du Nord, mais, ma modestie dut-elle en souffrir, cela fut fait pour la première fois en ce lieu, à Montréal, lors de mon premier stage que j'ai dirigé au tout début des années 80.
A l'époque je travaillais en effet avec Franck et Tania Gilly qui étaient les élèves de De Sambucy puis de Marc Bozetto et Bob Bénichou, les pionniers de l'ostéopathie en France, co-fondateurs de ATMAN-COA.
De Sambucy a été le premier à m'encourager à transmettre cet enseignement.
Franck et Tania, ainsi que Pierre Yves Dodin suivaient alors mes cours de "Gymnnastique Taoïste" à Enghien les Bains et ce fut avec eux, puis avec Marc Bozetto, que nous avons évoqué la relation existant entre cette conception chinoise de l'énergétique taoïste du Grand Flux et de la respiration embryonnaire et la conception occidentale et ostéopathique des trois diaphragmes et du mouvement respiratoire primal.
Il est fort probable que d'autres aient pu le faire parallèlement mais ces constatations ont été publiées, à l'époque, dans la revue du Collège Ostéopathique ATMAN COA, ce qui était alors une première.
Depuis, heureusement, l'idée à fait son chemin.
Mais je tenais à préciser que celui-ci est parti de Montréal puisqu'à l'époque j'avais également eu affaire à des thérapeutes que j'ai eu le plaisir de revoir encore cette année et l'an dernier.
Et que j'avais eu l'honneur et le plaisir de leur confier pour la première fois les bases de cette constatation : des concepts en apparence différents, principalement à cause des mots employés, peuvent représenter la même réalité vécue par l'Etre Humain.
Et cette réalité du mouvement du "grand flux", donc du Taiji qui se met en mouvement, semble tout à fait universelle, donc intemporelle.
Mais chacun, bien évidemment, veut avoir raison, seul dans son coin, et tirer à lui la couverture afin de mieux s'enfermer dans une conception dogmatique et restreinte mais représentant un marché potentiel, donc une chasse gardée.
Par la suite nous avons également travaillé sur les Cinq Eléments ainsi que sur leurs applications dans le domaine de l'énergétique puis de l'Art du Poing du Xingyiquan.
Ce qui a évidemment permis de pratiquer et d'échanger avec un et plusieurs partenaires dans un esprit ouvert et ludique.
Pourquoi faire mal quand on peut faire du bien ou simplement faire ?


 

 

ET UN TOUR AU QUARTIER CHINOIS !

Il serait difficile de passer à Montréal lorsqu'on est passionné par la Chine et d'oublier d'aller rendre une petite visite au quartier chinois !
Celui-ci se situe juste à coté d'un important quartier d'affaire aux imposants gratte-ciel
Il est constitué par un quadrilatère comprenant un quartier de maisons basses et est délimité par une porte chinoise du meilleur effet.
On y trouve bon nombre de boutiques, d'épiceries asiatiques, de magasins de confection, de pharmacies et surtout de restaurants très authentiques.
On peut donc y déguster de nombreuses spécialités des provinces chinoises comme les Dim Sum de Canton qui sont proposés sur chariots roulants et dans de très nombreuses variétés.
Mais également des cuisines du Sichuan (Seutchuan), de Shanghaï, du Hunan, du Fujian ainsi que des cuisines asiatiques assez diverses.
Ce qui les différencient des restaurants "chinois" de Paris est qu'on y trouve justement des plats authentiquement chinois et non uniquement des plats de brasserie cantonnaise influencés par des cuisiniers vietnamiens ou cambodgiens.
Il existe donc une grande différence entre un restaurant du Sichuan et un restaurant cantonnais où et l'autres proposent des spécialités autres que les pâtés impériaux, le porc au champignons noirs, le canard aux ananas et les bananes flambées!
Et les plats sont servis, comme en Chine, non à la portion individuelle mais en petite (Xiao) moyenne (Zhong) ou grande (Tai) quantité et ceci en fonction du nombre de convives.
C'est simplement cela qui est assez dépaysant.
Les pharmacies chinoises, quant à elles, présentent un bel étalage de racines de ginseng mais aussi et surtout de multiples espèces de "champignons magiques" (Lin Zhi) utilisés dans la pharmacopée chinoise classique. Dont le champignon parfumé (Mu Xiang) aussi nommé Shiitaké et dont on extrait, en Occident, le lentinan puisqu'il s'agit, en fait, du lentin du tremble (Lentinus edodes). Mais également diverses formes très décoratives de ganodermes lucides qui sont toujours très représentés dans l'imagerie taoïste. En observant ces champignons avec Marie Andrée Lett et Xavier Dumont, je leur faisait remarquer que, bien que de la même espèce botanique, ils pouvaient varier quant à leur prix de un à dix en fonction de l'endroit de récolte.

Une vitrine pharmaceutique à la chinoise !

A l'instar du véritable ginseng sauvage de Mandchourie qui est au ginseng cultivé ce qu'une Maserati est à une Dodoche de bonne-soeur, les champignons sauvages récoltés en montagne valaient dix fois, et parfois cent ou mille fois, le prix de leurs confrères cultivés en plaine.
Sur les conseils de Wang Tse Ming , je me rappelle avoir apporté à Liao Wu Chang à Taipei une boite à chaussures remplie de ganodermes récoltés en forêt de Saint Germain et considérés comme très rares en Chine du Sud et dont le contenu valait à peu près le prix d'un véhicule automobile de moyenne gamme.
J'ai par la suite conseillé à l'un de mes élèves d'utiliser le même procédé vis à vis du même Liao Wu Chang qui lui ouvrit alors toutes les portes en vue de tourner un reportage sur place.
Ces champignons "magiques", comme les racines les plus chères du Ginseng des montagnes de Mandchourie, étaient censés renforcer la vitalité masculine et provoquer des effets assez plaisants à la seule condition de trouver une partenaire consentante.
Mais depuis beaucoup d'eau est passée sous les ponts et les laboratoires pharmaceutiques produisent des substances de synthèse...
Il existe donc une notion très particulière de qualité presque nouménale dont les scientifiques et les savants occidentaux ne tiennent aucun compte lorsqu'ils récupèrent cette partie médicale de la tradition chinoise sans en connaître les fondements classiques.
Les mêmes pharmacies chinoises proposent également des produits assez étranges comme de la corne de cerf, des nids d'hirondelles, des concrétions issues de l'estomac de certains boeufs (bézoard), des hippocampes et des chenilles séchées (cordyceps)... mais ceci, désormais, dans le cadre de la légalité la plus stricte.
Ce qui est une bonne chose.
Nous avons donc fait quelques emplettes utiles puisque ces produits pharmaceutiques chinois, très efficaces et généralement naturels, ne se trouvent que très difficilement en France à cause d'un monopole mis en place sous Pétain.
Puisque un certain nombre de Chinois pratiquent les "arts martiaux" sous diverses formes on trouve dans ces pharmacies de nombreux produits spécialisés sous forme de pilules, d'onguents, le liniments, de patchs.
Et toujours le plaisir de demander à la pharmacienne suspicieuse le fameux et réputé "Yunnan Pai Yao", autrement dit "la poudre blanche du Yunnan" qui n'est autre qu'un complexe hémostatique d'une redoutable efficacité et donc fortement prisé, au propre et au figuré, par les amateurs de plaies et bosses.
Donc par tous ceux qui pratiquent une forme de boxe avec du contact ou qui manipulent des armes autres qu'en carton pâte.
La petite bouteille, en dehors de la fameuse poudre, contient une petite pilule à n'avaler qu'en cas d'urgence, donc de plaie causée par une arme blanche ou une arme à feu !
Ceci dit le produit est d'une redoutable efficacité en cas de coupure ou de plaie ouverte et permet une cicatrisation très rapide.
Mais, heureusement, nous n'en avons eu aucunement besoin.
Et nous avons pu rentrer sur Paris en récupérant, malheureusement, les quelques heures que nous avions perdues à l'aller.
Un autre stage a dès à présent été programmé !