STAGE D'ETE DE PAULHAC EN MARGERIDE (SAISON 2006)
par Georges Charles


LE MILLESIME 2006

Le Stage d'Initiation

 

Le temps passant décidément très vite on en est désormais à la septième année du désormais traditionnel stage de Paulhac en Margeride.
En fait il y a désormais deux stages.
Un premier stage de découverte et d'initiation, donc une première semaine du lundi matin au vendredi soir.


Le premier stage : déjà une bonne bande !


Un deuxième stage de perfectionnement, donc une autre semaine également du lundi au vendredi.
Le premier stage permet ainsi à celles et ceux qui souhaitent découvrir les Arts du Tao, et notamment le Tao Yin Qigong, le travail du bâton et les fondements essentiels de la pratique chevaleresque et énergétique liés à l'Ecole San Yiquan d'aborder ces pratiques avec l'aide et la participation de nombreux anciens et enseignants.
C'est aussi le moment pour ceux-ci d'être confrontés à la responsabilité de transmettre et d'échanger en dehors des habituels cours hebdomadaires où l'on se retrouve, somme toute, entre habitués et pratiquants.
Et cela permet évidemment à celles et ceux qui viennent de débarquer de s'immerger dans la pratique avec l'aide de nageurs et de nageuses expérimentés.
Cette image rappelle un stage d'été à Erdeven, il y a bien longtemps déjà, où chaque matin un vieux marin breton venait nous observer sur la plage.
Au bout de quelques jours de sa présence discrète mais assidue un ancien s'en vint lui demander si cette pratique l' intéressait.
Le vieux marin, habillé de rouge comme c'était jadis la tradition en Bretagne lui répondit qu'il était fort intéressé car il ne savait pas nager.
Savoir nager, dans l'ancienne marine bretonne, n'était pas bien vu car en cas de coup dur il fallait avant tout ramener coûte que coûte le bateau à bon port et non sauter à l'eau dès que le temps se gâchait.
Ceux qui savaient nager portaient donc la poisse à l'équipage car on n'était pas certain de leurs réactions.
Mais l'heure de la retraite venue la tentation était forte de pouvoir, enfin, faire quelques brasses dans cette eau si claire et si redoutée.
Notre marin voulait donc apprendre à nager mais se méfiait de l'eau, fut-elle salée, comme tout bon marin breton qui se respecte.
Et il nous observait car il était persuadé que nous étions des touristes, donc des parisiens, qui apprenaient à nager debout sur le sable.
Mais assez méfiant il attendait de pouvoir constater les résultats de cette étude et de voir la mise en application de la méthode dans l'eau.
Malheureusement pour lui, cette année là l'eau était bien froide et les pratiquants préférèrent demeurer au sec sur le sable.
Il fut très déçu d'apprendre qu'il ne s'agissait pas d'un cours de natation mais d'une pratique chinoise parfaitement inutile en ce qui le concernait car il était en bonne santé et savait se défendre depuis qu'il était mousse.
Mais l' anecdote demeure.
Comme celle, par ailleurs, d'un autre stage d'été, en 1979, dans la Drôme à Montbrun les Bains, stage interdisciplinaire de la Fédération Française de Ritsu Zen, où chaque matin des pratiquants de Zen s' alignaient impeccablement, en tenue japonaise, dans une prairie pour méditer.
Nous les regardions du bour de la route avec un autre enseignant, Claude Schrayer.
Un paysan qui passait arrêta son tracteur, en descendit et nous rejoint pour poser la question fatidique 'Ils font quoi ?".
Ce à quoi Claude Schrayer répondit fort laconiquement j'en conviens "Ils font Zazen !"
Et le cultivateur remonta dans son tracteur, tout satisfait, et repartit vers le village.
A midi, en rentrant dans l'épicerie-tabac-buvette avec quelques élèves le silence se fit.
Et un silence provençal ou peu s'en faut, disons méridional, c'est un silence opaque.
Et on entendit " C'est les Zinzins" !
Et on nous observa avec une certaine commisération pensant qu'il s'agissait des pensionnaires d'un service psychiatrique venus se calmer en pleine nature.
C'est vrai qu'il faut probablement être un peu zinzin pour se déguiser en japonais puis, rester sans rien faire, assis dans la plaine au soleil, si ce n'est que de recevoir des coups de bâtons !
Il est vrai qu'il y a peu de temps, dans le Pas de Calais, un groupe de pratiquants d'Aïkido fut cerné, sur une plage des environs du Touquet, par une importante force de police et de gendarmerie.
On les avait avertis qu'un groupe d'activistes d'Al Qaida s'entraînait clandestinement dans les dunes
De fait, comme souvent en Aïkido, il avait de nombreux barbus parmi ces dangereux terroristes vêtus très bizarrement et essayant de s'embrocher avec des sabres et des bâtons.
Il fallut la sagacité d'un officier pour, tout à coup, comprendre la méprise...Aïkido, Al Qaida c'est du presque pareil au presque même.
Bon sang, mais c'est bien sûr !
Heureusement car un peu plus nos sympathiques barbus, dont l'Art n'est qu'Amour et compassion, risquaient fort de se retrouver à Guantanamo dans un tout autre déguisement.
Comme quoi on a une vision interne des choses qui n'est pas nécessairement partagée par l'observateur lambda.
On pense pratiquer un art d'éveil et de santé et on se retrouve catalogué comme zinzin ou terroriste, au choix.
A Paulhac, depuis sept ans, on a fini par s'habituer à voir des individus gesticuler en cadence soit dans un terrain situé en plein village soit dans un petit bois local jouxtant la route menant de Paulhac au Malzieu.
On fait déjà presque partie du paysage local.


Quelques gens bizarres qui gesticulent avec des bâtons


L'an dernier on a même eu droit à un entrefilet dans le canard du coin.
Lorsqu'il y a deux pages pour expliquer comment Albert Durasson a battu au points, à la belote, Emile Dugenou à la finale opposant l'équipe locale de Trouffière la Grande et celle de Mauléou sous Roufignac, c'est presque rassurant de passer aussi inaperçus. Lorsqu'on regroupe plus de soixante dix personnes dont certaines viennent du Canada, de Guyane et même de Chine.
Au moins on est certains qu'on ne dérange pas trop.
Et c'est très bien ainsi.
Et c'est presque devenu un secret entre les habitants de Paulhac et le groupe.
Un peu comme si on était au maquis.
C'est pas la peine de le crier sur tous les toits.
On descend rapidement au Malzieu faire des courses au 7 à 7 et à la boulangerie voisine en se regroupant dans des voitures et on remonte aussi rapidement à Paulhac.
Ni vus ni connus.
Et de temps à autres on organise une expédition plus conséquente au "super-marché" le plus proche, c'est à dire à Saint Chély ou à Saugues.
La première vraie grande surface étant près d'Aumont Aubrac sur le bord de l'autoroute généralement bondé.
Et le dimanche, jour de repos bien mérité, on se retrouve en délégation dans les brocantes ou à la foire aux jambons et aux fromages de Saint Alban.
Le reste du temps on pratique.
Cette année il a fait frais mais nous avons pu, néanmoins, assurer tous les cours en extérieur !
Les 3/4 de la France demeurant sous les averses.
D'aucuns ont donc conclu, un peu hâtivement peut-être, que le "Bâton Magique" était quand même assez efficace.
La pluie tombant en dehors des heures de pratique, au petit matin ou à la nuit tombée.
Et comme la pluie était tombée la récolte des champignons fut exceptionnelle.
Et chaque soir il y avait exposition mycologique sur la table du gîte de groupe.
Et il fallait déterminer les espèces comestibles, du moins mangeables.
Au bout de trois jours la récolte devint exponentielle et on décida de ne garder que les meilleures espèces.
A la fin j'étais un peu débordé et ne pouvais plus tout vérifier.
Il fallait parfois que je me précipite dans les casseroles pour tenter de déterminer ce qui y fricottait en douce.


Une super tarte aux myrtilles préparée et cuisinée au Gîte


Mais, à priori, les cours de détermination ont porté leurs fruits car personne ne s'est empoisonné.
Et il s'en est cuisiné des champignons bizarres, pourtant.


Un beau bolet bien sympathique


Et son cousin Pomme de Pin !


Et des girolles ! On a flouté la photo pour garder le secret du lieu .


Et sans parler des framboises et des myrtilles récoltées après le cours dans le petit bois.
Avec la sempiternelle guerre entre les zélateurs de la tarte et les adorateurs du crumble.
Tandis que pendant ce temps, à l'auberge, les pensionnaires découvraient ou redécouvraient la saveur des plats du terroir, du vrai.
Donc de la cuisine ethnique !
Avec tripoux, sac à l'os, canard rôti, cailles sur canapé, truffade, aligot et saucisses améliorées aux pommes de terre, blettes, épinards et autres herbes parfumées.
Et évidemment le redoutable plateau de fromage.
Qui impressionne toujours nos amies Québécoises.
Et qui permettait à Joël, le Marseilais-corse de service, de se tailler "une part d'homme" dans le bleu.
Une amie acupuncteure, justement québécoise, qui avait, auparavant suivi un stage de tendance "zen pas macrobiotique mais presque" avoua qu'elle ne s'attendait pas tout à fait à cela...mais que cela lui convenait fort bien !
Mais vue la température montagnarde, la nourriture montagnarde fut, finalement, bien appréciée et bien utile.
Il y a des lieux et des moments où la salade de concombres ne suffit pas à la récupération !
Et comme d'habitude il y eut les cours "in" donc officiels et dirigés et les cours "off" donc libres.
Et les cours à la carte pour celles et ceux qui souhaitaient se reposer des fatigues de l'année, prendre quelques vacances ou simplement prendre le temps de pratiquer à leur mesure..
Tintin fut largement battu aux points puisque la doyenne des pratiquantes avouait l'âge coquet de quatre vingt quatre printemps !
A ce niveau là on ne peut plus parler de débutante dans la pratique mais d'exemple pour les pratiquants.


Un repas au Gîte


Et elle finit le stage en pleine forme, faisant presque passer nos vétérans pour des poulets du jour.
Et revint à Marseille comme elle était venue : en moto !
C'est peut-être un cas assez exceptionnel mais on comprend bien la différence qui existe entre cette pratique là et une pratique sportive où à trente cinq ans on est "fini".
On peut encore commencer à pratiquer à quatre vingt quatre ans !
Et avoir envie de continuer.

Et un autre à l'Auberge du Bon Accueil


Le Stage de perfectionnement

 


Là c'est presque le Maquis !

Le deuxième stage regroupait donc ce que nous appelons les "anciens".
Rassurez vous la plupart sont encore jeunes mais pratiquent déjà depuis un bon moment.
Et certains d'entre eux, et nécessairement d'entre elles, enseignent.
Donc transmettent un savoir et un savoir faire même si ils ne le font pas trop savoir.
Un stage avec plus de vingt "profs" dont un certain nombre de thérapeutes c'est pas une mince affaire !
Surtout lorsque certaines et certains pratiquent depuis plus de vingt ans et enseignent aussi depuis un bon moment.
Puisque des enseignants et des enseignantes qu'elles ou qu'ils ont formés se réfèrent maintenant à leur enseignement.
Etre le prof du prof d'un prof c'est, qu'on le veuille ou non, une certaine responsabilité surtout lorsque ils ont chacun amenés quelques anciens qui, peut-être, souhaiteront un jour, à leur tour devenir prof.
Et pire encore, c'est quand tout ce beau monde est venu non pour professer mais pour pratiquer et échanger entre profs.
Et demander au prof du prof du prof ce qu'il pense de tel mouvement, de telle variante entrevue chez un autre prof, de telle explication ou ssi il s'agit bien de tel ou tel caractère chinois ou de tel ou tel hexagramme du Yijing.
Et si ce champignon est comestible et dans ce cas si il serait meilleur en sauté ou en omelette.
Et où en est la contre-enquête sur la bête du Gévaudan.
Et si on a prévu de parler des Moxas et de l'armoise à fleurs jaunes.
Et quand sortira le DVD sur les armes.
Mais si ces questions ne se posaient pas, le stage de perfectionnement n'aurait pas lieu d'être.
Ou il serait très ennuyeux.
Mais ce n'est jamais le cas puisque les "anciens" et les "profs" ainsi que les ami(e)s sont fidèles au rendez-vous et acceptent de partager cette semaine au "maquis", donc dans des conditions extrêmement sympathiques mais assez inhabituelles par les temps qui courent.
Et que la plupart ont déjà retenu leur place pour l'an prochain.
Cette année, comme au stage de Nantes, j'ai eu le grand plaisir d'inviter un ami de longue date et un enseignant très qualifié puisqu'il exerce ce métier et transmet cette pratique au Conservatoire National d'Art Dramatique de Bordeaux.
En la personne de Thierry Borderie qui s'est proposé de se charger de la transmission de l'Eventail (Shan) de l'Ecole San Yiquan.


Il ne fait pas très chaud cette année mais l'éventail est de sortie !


Sous la direction de Thierry Borderie


Cette transmission avait été abandonnée depuis plus de vingt ans car à l'époque elle ne motivait pas les pratiquants comme elle le fait de nos jours.
L'éventail est à la mode et il aurait été dommage de laisser un patrimoine disparaître au profit de chorégraphies hasardeuses.
Il fut en effet enseigné au Officiers du Clan Wang de Yue détachés à la cour impériale en tant que responsables de la sécurité de l'Empereur.
Or, en sa présence on ne pouvait pas porter d'arme et l'éventail seul était toléré.
Ce faisant il dépassait alors l'épée qui était pourtant le symbole de la noblesse et de la loyauté puisqu'il se substituait à celle-ci.
Les Membres du Clan Wang de Yue se faisaient donc un devoir d'apprendre le maniement de celui-ci afin, le cas échéant, de pouvoir accomplir leur mission auprès de l'Empereur.
Et il n'était donc transmis qu'à ceux en qui on avait une totale confiance.
C'est donc l'arme "Jia Ren" des "Gens du Clan".
Il symbolise à la fois la terre, donc le carré lorsqu'il est replié, l'Etre Humain Réalisé (Zheng Ren) lorsqu'il se déploie, le Ciel lorsqu'il tourne et le Tao lorsqu'il entre en mouvement au coeur d'une sphère don 'le centre est partout et la périphérie nulle part"
Le Maîitre Ueshiba était lui-même un Grand Initié de cette pratique de l'éventail.
Mais la plupart de ses disciples jugeaient cette pratique trop ésotérique et incompréhensible.
Le cours d'éventail de Paulhac eut un grand succès tant parmi les profs que les anciens et même auprès de plus jeunes.
Inutile de dire que cet éventail plait, aussi, à la gente féminine !
Comme quoi il y a un moment pour tout
Mais qu'il n'est pas nécessairement bon, non plus, d'être trop en avance sur le temps.



Quelques précisions sur le Maquis du Mont Mouchet

"Qu'on le veuille ou non, il faut toujours que les choses finissent par rentrer dans l'ordre"
Charles de Gaulle.

Le lieu de pratique de notre stage d'été se situe au pied même du Mont Mouchet au coeur de la Margeride, donc en plein Gévaudan qui lui-mêle se situe en Auvergne.


Le Monument aux Maquisards du Mont Mouchet

Cet endroit très particulier s'est rendu célèbre pour au moins deux raisons.
Il s'agit d'une part de l'épicentre de l'affaire de la fameuse Bête du Gévaudan, qui a fait d'abord couler pas mal de sang et ensuite pas mal d'encre et à laquelle nous avons consacré une contre-enquête pricédant de plus de trente années de recherches sur le site.

Et d'autre part du site d'un des cinq principaux maquis de France pendan la dernière guerre mondiale.

Le sommet du Mont Mouchet regroupe donc un espace du souvenir, un monument national des Maquis et un musée de la résistance.

Le Musée de la Résistance du Mont Mouchet



Le pique nique est interdit mais on peu quand même boire et manger.
Faut pas rigoler avec ça !

Plusieurs villages situés sur les pentes de ce même Mont Mouchet ont été détruits par les troupes nazies et leurs alliés collaborateurs qui y ont commis des atrocités.
Ces villages, dont Paulhac en Margeride ont reçu la Croix de Guerre et la Médaille de la Résistance.

Mais, malheureusement au Vercors et comme au Plateau des Glières et dans d'autres maquis encore (Montmélian...) une trop forte concentration de combattants mal équipés, mal armés, mal conseillés, s'étant réunie en ces lieux, contrairement à toutes les règles de la guerre clandestine, le maquis du Mont Mouchet a été liquidé peu après le débarquement américain en Normandie.

Beaucoup de sang a donc coulé mais, somme toute, fort peu d'encre pour expliquer ce fait qui ne semble pas être du au simple hasard de la guerre.

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