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Le temps passant décidément très vite on en est désormais à la septième année du désormais traditionnel stage de Paulhac en Margeride.
En fait il y a désormais deux stages.
Un premier stage de découverte et d'initiation, donc une première semaine du lundi matin au vendredi soir.

Le premier stage : déjà une bonne bande !
Un deuxième stage de perfectionnement, donc une autre semaine également du lundi au vendredi.
Le premier stage permet ainsi à celles et ceux qui souhaitent découvrir les Arts du Tao, et notamment le Tao Yin Qigong, le travail du bâton et les fondements essentiels de la pratique chevaleresque et énergétique liés à l'Ecole San Yiquan d'aborder ces pratiques avec l'aide et la participation de nombreux anciens et enseignants.
C'est aussi le moment pour ceux-ci d'être confrontés à la responsabilité de transmettre et d'échanger en dehors des habituels cours hebdomadaires où l'on se retrouve, somme toute, entre habitués et pratiquants.
Et cela permet évidemment à celles et ceux qui viennent de débarquer de s'immerger dans la pratique avec l'aide de nageurs et de nageuses expérimentés.
Cette image rappelle un stage d'été à Erdeven, il y a bien longtemps déjà, où chaque matin un vieux marin breton venait nous observer sur la plage.
Au bout de quelques jours de sa présence discrète mais assidue un ancien s'en vint lui demander si cette pratique l' intéressait.
Le vieux marin, habillé de rouge comme c'était jadis la tradition en Bretagne lui répondit qu'il était fort intéressé car il ne savait pas nager.
Savoir nager, dans l'ancienne marine bretonne, n'était pas bien vu car en cas de coup dur il fallait avant tout ramener coûte que coûte le bateau à bon port et non sauter à l'eau dès que le temps se gâchait.
Ceux qui savaient nager portaient donc la poisse à l'équipage car on n'était pas certain de leurs réactions.
Mais l'heure de la retraite venue la tentation était forte de pouvoir, enfin, faire quelques brasses dans cette eau si claire et si redoutée.
Notre marin voulait donc apprendre à nager mais se méfiait de l'eau, fut-elle salée, comme tout bon marin breton qui se respecte.
Et il nous observait car il était persuadé que nous étions des touristes, donc des parisiens, qui apprenaient à nager debout sur le sable.
Mais assez méfiant il attendait de pouvoir constater les résultats de cette étude et de voir la mise en application de la méthode dans l'eau.
Malheureusement pour lui, cette année là l'eau était bien froide et les pratiquants préférèrent demeurer au sec sur le sable.
Il fut très déçu d'apprendre qu'il ne s'agissait pas d'un cours de natation mais d'une pratique chinoise parfaitement inutile en ce qui le concernait car il était en bonne santé et savait se défendre depuis qu'il était mousse.
Mais l' anecdote demeure.
Comme celle, par ailleurs, d'un autre stage d'été, en 1979, dans la Drôme à Montbrun les Bains, stage interdisciplinaire de la Fédération Française de Ritsu Zen, où chaque matin des pratiquants de Zen s' alignaient impeccablement, en tenue japonaise, dans une prairie pour méditer.
Nous les regardions du bour de la route avec un autre enseignant, Claude Schrayer.
Un paysan qui passait arrêta son tracteur, en descendit et nous rejoint pour poser la question fatidique 'Ils font quoi ?".
Ce à quoi Claude Schrayer répondit fort laconiquement j'en conviens "Ils font Zazen !"
Et le cultivateur remonta dans son tracteur, tout satisfait, et repartit vers le village.
A midi, en rentrant dans l'épicerie-tabac-buvette avec quelques élèves le silence se fit.
Et un silence provençal ou peu s'en faut, disons méridional, c'est un silence opaque.
Et on entendit " C'est les Zinzins" !
Et on nous observa avec une certaine commisération pensant qu'il s'agissait des pensionnaires d'un service psychiatrique venus se calmer en pleine nature.
C'est vrai qu'il faut probablement être un peu zinzin pour se déguiser en japonais puis, rester sans rien faire, assis dans la plaine au soleil, si ce n'est que de recevoir des coups de bâtons !
Il est vrai qu'il y a peu de temps, dans le Pas de Calais, un groupe de pratiquants d'Aïkido fut cerné, sur une plage des environs du Touquet, par une importante force de police et de gendarmerie.
On les avait avertis qu'un groupe d'activistes d'Al Qaida s'entraînait clandestinement dans les dunes
De fait, comme souvent en Aïkido, il avait de nombreux barbus
parmi ces dangereux terroristes vêtus très bizarrement et essayant de s'embrocher avec des sabres et des bâtons.
Il fallut la sagacité d'un officier pour, tout à coup, comprendre la méprise...Aïkido, Al Qaida c'est du presque pareil au presque même.
Bon sang, mais c'est bien sûr !
Heureusement car un peu plus nos sympathiques barbus, dont l'Art n'est qu'Amour et compassion, risquaient fort de se retrouver à Guantanamo dans un tout autre déguisement.
Comme quoi on a une vision interne des choses qui n'est pas nécessairement partagée par l'observateur lambda.
On pense pratiquer un art d'éveil et de santé et on se retrouve catalogué comme zinzin ou terroriste, au choix.
A Paulhac, depuis sept ans, on a fini par s'habituer à voir des individus gesticuler en cadence soit dans un terrain situé en plein village soit dans un petit bois local jouxtant la route menant de Paulhac au Malzieu.
On fait déjà presque partie du paysage local.

Quelques gens bizarres qui gesticulent avec des bâtons
L'an dernier on a même eu droit à un entrefilet dans le canard du coin.
Lorsqu'il y a deux pages pour expliquer comment Albert Durasson a battu au points, à la belote, Emile Dugenou à la finale opposant l'équipe locale de Trouffière la Grande et celle de Mauléou sous Roufignac, c'est presque rassurant de passer aussi inaperçus. Lorsqu'on regroupe plus de soixante dix personnes dont certaines viennent du Canada, de Guyane et même de Chine.
Au moins on est certains qu'on ne dérange pas trop.
Et c'est très bien ainsi.
Et c'est presque devenu un secret entre les habitants de Paulhac et le groupe.
Un peu comme si on était au maquis.
C'est pas la peine de le crier sur tous les toits.
On descend rapidement au Malzieu faire des courses au 7 à 7 et à la boulangerie voisine en se regroupant dans des voitures et on remonte aussi rapidement à Paulhac.
Ni vus ni connus.
Et de temps à autres on organise une expédition plus conséquente au "super-marché" le plus proche, c'est à dire à Saint Chély ou à Saugues.
La première vraie grande surface étant près d'Aumont Aubrac sur le bord de l'autoroute généralement bondé.
Et le dimanche, jour de repos bien mérité, on se retrouve en délégation dans les brocantes ou à la foire aux jambons et aux fromages de Saint Alban.
Le reste du temps on pratique.
Cette année il a fait frais mais nous avons pu, néanmoins, assurer tous les cours en extérieur !
Les 3/4 de la France demeurant sous les averses.
D'aucuns ont donc conclu, un peu hâtivement peut-être, que le "Bâton Magique" était quand même assez efficace.
La pluie tombant en dehors des heures de pratique, au petit matin ou à la nuit tombée.
Et comme la pluie était tombée la récolte des champignons fut exceptionnelle.
Et chaque soir il y avait exposition mycologique sur la table du gîte de groupe.
Et il fallait déterminer les espèces comestibles, du moins mangeables.
Au bout de trois jours la récolte devint exponentielle et on décida de ne garder que les meilleures espèces.
A la fin j'étais un peu débordé et ne pouvais plus tout vérifier.
Il fallait parfois que je me précipite dans les casseroles pour tenter de déterminer ce qui y fricottait en douce.
Une super tarte aux myrtilles préparée et cuisinée au Gîte
Mais, à priori, les cours de détermination ont porté leurs fruits car personne ne s'est empoisonné.
Et il s'en est cuisiné des champignons bizarres, pourtant.

Un beau bolet bien sympathique

Et son cousin Pomme de Pin !

Et des girolles ! On a flouté la photo pour garder le secret du lieu .
Et sans parler des framboises et des myrtilles récoltées après le cours dans le petit bois.
Avec la sempiternelle guerre entre les zélateurs de la tarte et les adorateurs du crumble.
Tandis que pendant ce temps, à l'auberge, les pensionnaires
découvraient ou redécouvraient la saveur des plats du terroir, du vrai.
Donc de la cuisine ethnique !
Avec tripoux, sac à l'os, canard rôti, cailles sur canapé, truffade, aligot et saucisses améliorées aux pommes de terre, blettes, épinards et autres herbes parfumées.
Et évidemment le redoutable plateau de fromage.
Qui impressionne toujours nos amies Québécoises.
Et qui permettait à Joël, le Marseilais-corse de service, de se tailler "une part d'homme" dans le bleu.
Une amie acupuncteure, justement québécoise, qui avait, auparavant suivi un stage de tendance "zen pas macrobiotique mais presque" avoua qu'elle ne s'attendait pas tout à fait à cela...mais que cela lui convenait fort bien !
Mais vue la température montagnarde, la nourriture montagnarde fut, finalement, bien appréciée et bien utile.
Il y a des lieux et des moments où la salade de concombres ne suffit pas à la récupération
!
Et comme d'habitude il y eut les cours "in" donc officiels et dirigés et les cours "off" donc libres.
Et les cours à la carte pour celles et ceux qui souhaitaient se reposer des fatigues de l'année, prendre quelques vacances ou simplement prendre le temps de pratiquer à leur mesure..
Tintin fut largement battu aux points puisque la doyenne des pratiquantes avouait l'âge coquet de quatre vingt quatre printemps !
A ce niveau là on ne peut plus parler de débutante dans la pratique mais d'exemple pour les pratiquants.
Un repas au Gîte
Et elle finit le stage en pleine forme, faisant presque passer nos vétérans pour des poulets du jour.
Et revint à Marseille comme elle était venue : en moto !
C'est peut-être un cas assez exceptionnel mais on comprend bien la différence qui existe entre cette pratique là et une pratique sportive où à trente cinq ans on est "fini".
On peut encore commencer à pratiquer à quatre vingt quatre ans !
Et avoir envie de continuer.
Et un autre à l'Auberge du Bon Accueil
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