|
Prenez le temps de rester debout !
Depuis plus de trente ans chaque week-end de l'année scolaire, ou peu s'en faut, je dirige un stage en Province.
Ce week-end du 13 et 14 décembre j'étais à Strasbourg chez nos Amis de l'Association Shen Chi.
J'avais pensé qu'il était plus pratique de m'y rendre en train qu'en voiture.
J'ai donc, plus de quinze jours avant le départ, acheté les billets aller-retour Paris Strasbourg.
Jusqu'ici rien de très anormal puisque cela se passe ainsi depuis 1974.
Mais maintenant il y a le TGV et on peut donc prendre le temps d'aller plus vite.
En prenant mes billets j'ai eu le tort de ne pas les éplucher soigneusement puisque le billet de retour portait la mention "Voiture 5 - place selon disponibilité", ce qui ne m'a évidemment pas été signifié par l'agent commercial qui les a établi.
Et je me suis rendu compte de ce petit "détail" le jour du départ.
Un billet "illisible" et pour cause !

Le fameux billet avec "place selon disponibilité" c'est à dire debout si le train est complet et si le chef de train ou les contrôleurs ont autre chose à foutre qu'à s'occupper des voyageurs munis de ce type de titre de transport à plein tarif mais à places au rabais.
Merci M. Pepy de nous faire aimer le TGV !
A la gare de l'Est j'ai voulu échanger le billet de retour à une borne mais celui-ci était "illisible" dixit l'automate.
Comme j'étais en avance j'ai demandé quelques explications à un agent commercial, jadis on disait un employé, qui m'a sympathiquement expliqué qu'il faudrait que je recherche une éventuelle place assise puisque le train était complet.
Le voyage aller s'est bien passé.
Le stage aussi.

Le groupe du dimanche après-midi de l'Association Shen Chi de Strasbourg
A Strasbourg, c'est du sérieux et comme j'étais invité par mon Ami Bertrand Becker, dit "Boum-Boum", on a fait pas mal d'Externe avec la Forme du Tigne et de la Grue de Hung Gar, les Poings Dragon, le deuxième Tao de Bâton, le Bâton du Général Yue Fei, le Kai Men Shi et du Xingyiquan de l'Ecole San Yiquan, le tout avec des applications.
En gros une bonne douzaine d'heures de pratique assidue et quelques repas également strasbourgeois.
Mais surtout de quoi en "avoir plein les pattes".
A la gare de Strasbourg, archi-comble, après deux Km de marche, les voitures n'étant plus très bien vues et un vin chaud au petit marché de Noël de la dite gare, autre tentative infructueuse d'échange du billet, la première classe, elle-même, affichant complet.
L'agent commercial de service m'a expliqué qu'il suffisait que je monte dans la voiture 5 et que j'attende le contrôleur qui allait me désigner une éventuelle place assise.
Ce que j'ai fait.
Toutes les places étaient évidemment occupées ainsi que les strapontins, les couloirs encombrés de valises, de paquets et de sapins de Noël ainsi que que nombreuses japonaises hilares et de militaires en treillis lépoard.
Faute de place, même debout, je me suis donc réfugié à la voiture bar en me disant bêtement "je vais probablement y trouver une place assise".
Les Roumains ont volé les sièges de la voiture bar du TGV Est !
Mais à ma grande surprise cette fameuse voiture bar ne comportait aucun siège, tout juste des appuis-dos obligeant le consommateur à demeurer debout.
Appuyé mais debout.
On doit se méfier des SDF jusque dans le bar du TVG et y enlever les sièges de peur qu'ils ne s'y assoient ou ne s'y couchent.
A moins que des Roumains aient volé les sièges sans que personne ne s'en soit rendu compte
Le fameux bar avec ses sièges pour SDF : on ne s'assied pas, on s'adosse !
Donc je me suis appuyé debout après avoir posé ma valise, mon manteau, mon sac de voyage par terre sur un sol médiocrement propre et même proprement sale. Collant.

Le même vu d'en face.
C'est très spartiate avec une nuance proutmachère.
Et impossible de s'asseoir !
Et j'ai attendu le fameux contrôleur.
Comme il ne venait pas j'ai pensé qu'il fallait que je recherche moi même la place disponible indiquée sur le billet.
Pas de chance, aucune rombière ne s'étant rompu le col du fémur sur une plaque d'égout givrée, aucun retraité n'ayant été victime d'une intoxication alimentaire foudroyante, aucun journaliste n'ayant été enlevé par des Talibans, aucun gamin n'ayant été kidnapé par un pédophile, aucun militaire n'ayant eu de permission suspendue pour avoir tiré dans la foule tout le monde était bel et bien à sa place.
Le train TGV 2360 était absolument complet.
Je suis donc retourné à la voiture bar après avoir enjambé 172 sacs, 94 valises, 38 paquets fragiles, deux chiens, une douzaine de bambins, 283 paires de godasses diverses et variées et une demie douzaine d'habitués vautrés sur le sol dans ce qu'on nommait jadis les soufflets.
La petite contrôleuse du dimanche soir
Dans la maison Pepy, le PDG de la SNCF, on annonce la couleur !
Tu paye très cher sinon t'es debout.
Guerre économique qui consiste, dans l'espace bide 3eme de TGV, à faire voyager les usagers debout.
Mais au moins ils le disent !
Au bout d'une heure et demie le contrôleur est arrivé.
Ou plutôt la contrôleuse puisqu'il s'agissait d'une charmante dame, ou demoiselle, peut-être, d'un mètre cinquante et pesant probablement trente cinq kg comprenant sa grosse sacoche de contrôleuse couleur vomi de clochard et signée, prétend-on, par un grand couturier.
Prenant le TGV presque tout les WE je suis plus habitué à des contrôleurs, généralement de forte carrure et quelque peu rougeauds avec lesquels on peut, au moins, s'exprimer sans avoir l'air de trop profiter d'un avantage physique et d'un excès de tostéstérone.
Là et lâs, la pauvrette était évidemment toute seule et bénéficiait donc d'un avantage certain.
Ah comme j'aurais souhaité tomber sur Chéri Bibi ou un gros balaise que j'aurais pu secouer quelque peu.
J'ai préféré, gentiment, lui faire remarquer, avec le sourire, que la SNCF rajeunissait et que ce voyage debout me rappelait le bon temps lorsque j'étais en garnison en Allemagne et que les trains étaient bondés de militaires et qu'on voyageait debout tandis que les pékins de civils se prélassaient.
Mais à l'époque on payait pas 78 euros pour Paris Strasbourg.
Elle m'a répondu "C'est normal, Monsieur, on est dimanche soir !"
Ah, voilà, on est dimanche soir et on revient de Strasbourg et c'est normal d'être debout après avoir payé plein pot. !
Je lui ai simplement fait remarquer que lorsque j'ai acheté ce billet on s'est bien gardé de me prévenir que la SNCF pratiquait le sur-booking et même l'over-booking, don,c vendait plus de places que n'en pouvait contenir le train parce que c'était le dimanche et qu'on revenait de Strasbourg par le TGV.
Et que j'allais nécessairement voyager debout et me retrouver, en quelque sorte, un SDF du TGV.
Et elle m'a planté là et a filé comme un petit pet sur une toile cirée, sans un mot de plus.
Après avoir joué au prof, sinon au maître, pendant deux jours il fallait bien reprendre un peu d'humilité et se sentir comme un Roumain unijambiste au feu rouge.
Sans l'éponge qui m'aurait permis de nettoyer quelque peu la crasse collante au vieux café qui maculait le sol et la tablette de verre en forme de haricot.
Avec autant de braves gens qui avaient une place assise et qui dévisageait bizarement ce type debout dans le bar qui dansait d'une jambe sur l'autre à coté de sa valise et de son manteau posé par terre en vrac.
Et qui se demandaient si il fallait me filer la pièce ou me payer une bière.
Et que je devais déranger quand ils venaient acheter un sandwitch mou et un faux café. Comme je devais, ensuite, rentrer en Normandie en voiture je n'ai donc pris qu'une bière que j'ai fait durer le temps du voyage sous le regard suspiscieux du barman aussi poli qu'un hérisson écrasé sur le bord d'une départementale.
Et j'ai vu un autre type qui semblait dans mon cas et qui, aussi, s'était fait refiler un billet maudit.
Mais qui faisait semblant de ne pas me voir pour ne pas engager la conversation.
Donc reconnaître qu'il s'était aussi fait baiser sur l'autel de la rentabilité putassière. Si on excepte trois barbus vautrés dans les souflets et une douzaine de blaireaux hébétés ayant squatté les rares strapontins on devait être une quinzaine à s'être fait baiser par les commerciaux de la SNCF avec des places "suivant disponibilité".
Une petite arnaque minable visiblement bien calculée en haut lieu J'ai donc pensé que cette arnaque minable devait pouvoir se réaliser à dose raisonnable pour éviter les incidents avec la "clientèle" ou une manifestation spontanée.
Ou un tirage de poignée d'alarme.
Ou une quelconque défenestration.
Entre temps notre charmante mini-contrôleuse était allée se réfugier dans sa cabine réservée qu'elle n'a plus quitté jusqu'à l'arrivée du train à Paris, probablement pour éviter d'avoir à supporter ma présence.

Le seul compartiment vide dans un train archi-bondé : celui des contrôleurs.
Tu parles, un dimanche soir ils ont autre chose à foutre qu'à prendre le train !
Si on peut pratiquer les Arts Martiaux ou même les Arts Classiques du Tao une bonne douzaine d'heures et qu'on les enseigne depuis plus de trente ans c'est qu'on peut probablement rester debout dans un TGV et ne pas plus mal s'en porter.
C'est pas Dien Bien Phu ! Mais on peut aussi s'emporter quelque peu et dénoncer le peu de cas qu'on fait désormais des "clients" de ce TGV.
Ou des usagers qui, comme leur nom l'indique, peuvent être rejetés sans le moindre remord comme un vieux mouchoir de papier.
Parallèlement à " l'espace pro 1ere classe TGV" la SNCF vient d'instaurer des troisièmes classes pour le cochon de payant qui a le tort de travailler le dimanche et qui est traité comme du bétail.
Mais du bétail payant.
Quand même.
Si, si, on vous aime bien et on comprend pas les malfaisants ! Et la SNCF s'étonne qu'il y a des gens qui ne l'aiment pas.
De mon coté je suis resté debout et je ne le regrette pas et si il fallait encore rester debout, je resterai debout mais je sais désormais à quoi m'en tenir de vos salades et de vos baratins minables de bonimenteurs de gare et de vos combines au petit pied poiur ramasser trois francs six sous.
C'est pas encore de la mendicité mais ça y ressemble. Continuez comme ça les gars, allez-y, prenez le client pour un con et l'usager pour une andouille et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Mais le jour prochain où il y aura concurrence, ne venez pas chialer à la télé qu'on vous en veut et que c'est de la faute à machin si on choisit une autre compagnie que la vôtre.
Ce sera pour vos pieds.
Au fait, encore merci encore de m'avoir fait rater mon avion pour le Québec le 6 novembre dernier à cause de votre énième grève catégorielle et même caractérielle.
Profitez en bien et on vous souhaite un bonne retraite, pardon, une bonne déroute.
Et vive l'Europe de Maastricht et la fin du monopole ! Et je continuerai à enseigner, debout, comment prendre le temps de ralentir.


Et qu'on ne vienne pas me raconter que c'est "normal parce que c'est dimanche" !
Une petite centaine d'aller-retour en TGV dont la plupart des retours le dimanche soir...
Je sais aussi que c'est la première fois.
Mais j'ai aussi envie que ce soit la seule.
Mais malhereusement j'ai l'impression que si on dit rien, cela va devenir la règle.
Et qu'on va être de plus en plus nombreux à voyager debout dans le TGV
Pour rentabiliser "l'espace pro" et ce type de sélection par le fric.
D'autant plus que j'ai l'impression d'être encore l'un des rares à payer plein pot.
|