Encore un petit effort et on y est

Comme son nom l'indique !
Un excellent livre paru dans les années quarante.
Un autre temps de crise.
Préface de l'auteur de "L'art d'économiser sans se restreindre"
"Le dédain des petites choses est la marque des petites âmes.
Les autres savent d'instinct que tout ce qui est grand a son origine dans l'accomplissement sans faille des menus devoirs quotidiens.
Quels qu'ils soient ce sont eux qui confèrent à toute vie la vraie noblesse, et c'est cette noblesse que je vous souhaite affectueusement".
J.F. 8 novembre 1940.
En allant faire quelques courses à la supérette locale d'une campagne normande j'ai été fort surpris de découvrir au rayon légumes des topinambours, des rutabagas, des panais qui, pour les anciens, évoquent irrésistiblement les légumes que l'on consommait, jadis, sous l'occupation.
Il va falloir s'y remettre et constater, comme nos parents, que les rutabagas mal cuits provoquent des sérieuses flatulences sonores et odoriférantes.
A l'époque on s'amusait de ce fait qui, paraît-il, permettait de "chauffer le lit".
Ils possèdent, c'est scientifiquement prouvé, un effet carminatif.
Et sont à la musique militaire ce que les fayots sont à Mozart.
Le pain à la sciure ne saurait dont trop tarder.
Celui que ma grand mère nommait le "pain des boches" et qui l'incita, pour le reste de sa vie, à ne plus désirer manger que du pain bien blanc.
Pour elle, il y a déjà quelques années, le pain complet ou le pain de seigle, donc bistre, était juste la classe au dessus donc du "pain à cochons".
On peut également s'attendre à voir réaparaître les chaussures à semelles de bois, les voitures à gazomètres et les vélos dans Paris.
Pour ces derniers c'est déjà fait.
Il ne manque que les pancartes en goth.
Et les vélo-taxis.
Pour les voitures à charbon de bois ou électriques on attendra un peu que les constructeurs ressortent les plans des boites.
Car elles ont bien fonctionné à l'époque.
Et pour le pétrole synthétique on attendra également qu'un ingénieur récupère, enfin, la formule allemande qui fut, alors, très exploitée et avec succès.
Et on va pouvoir, enfin, se livrer aux joies de la délation de type "Je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas mais mon voisin, un certain Marcel Dugenou, utilise encore des lampes à incandescence et n'a pas fait isoler son toît. Signé un citoyen écologiquement responsable."
Il y a peu de temps un résistant, authentique, m'expliquait sans rire qu'il finissait par avoir une certaine estime pour les collabos car il fallait encore avoir le courage de poster une lettre de dénonciation et que l'immense majorité de celles et ceux qui subissaient l'occupation eurent la trouille de le faire.
Ce qui ne les empêcha pas de raser des femmes à la libération.
Mesmer, furieux que la police parisienne ose parader avec des fourragères rouges pillées à Vincennes déclara même à Diethelm, le représentant de Mon Général, "On aurait mieux fait décorer les putes et de raser les flics !"
Et s'adonner encore aux joies et profits du marché noir.
Et on approvisionnera les Parisiens pâles et hagards, sous le manteau, de bon beurre normand, de bonne crème normande, de bons oeufs normands, de bon pâté, d'andouille, de sel marin, de sucre de betterave, de fromages bien gras et onctueux, de brioches sucrées, de gnôle, enfin de tout ce qui va être bientôt officiellement interdit par la Faculté pendant que les médecins et les politiciens de tous poils et à plumes continuent à s'empifrer en toute bonne conscience.
Et généralement à fumer comme des pompiers.
Et on pourra même replanter du tabac, en douce, et sinon fumer dans la pipe de la laitue séchée, de l'armoise et un tas de substituts étranges.
Et se soigner par soi-même avec des plantes médicinales efficaces comme le pavot, la colchique, la digitale sans être obligé de passer chez son réfèrent.
Nous avons désormais le médecin réfèrent ou l'enseignant réfèrent mais à l'époque le "référent" était le "contact" que l'on avait soit avec la résistance soit avec la police allemande.
Au choix.
Ce que l'on nomme aussi dans les milieux autorisés comme aurait dit Coluche, un "officier manipulant".
On a les ennuis qu'on peut.
Mais, n'y voyez évidemment aucun rapport de cause à effet !
Personne n'est plus manipulé maintenant.
On fait désormais acte de pédagogie.
Donc d'infantilisation sinon de crétinisation.
Presque de pédophilie.
La pédagogie, quand elle ne s'adresse pas aux enfants, en grec, "paidos" désigne un enfant de moins de huit ans, après il devient "ephebos", mais aux adultes, n'est ni plus ni moins que de la démagogie (de demago = peuple) et de la vaseline.
De la vaseline ou de tout autre corps gras qui facilite la pénétration de l'idée, du principe, de la règle commune ou d'un candidat ou de toute autre chose à sa destination finale : le mou.
D'où l'expression née dans les tranchées : "bourrage de mou".
La pédagogie destinée aux adultes c'est du bourrage de mou.
C'est dur.
Il va donc falloir se restreindre !
Comme en quarante.
Le problème c'est qu'en quarante il y avait les "boches".
On les appelait comme ça à l'époque, je n'y peux rien.
Je ne fais donc aucune incitation à la haine raciale.
Ou aussi les "alboches", les "frisés", les "fridolins", les "Fritz", les "doryphores", les "schleux", les "schpounzs" (qui désignaient spécifiquement les boches alsaciens autres que les "malgrè nous" !) les "casques à boulons", les "Helmutt", les "vers de gris", les "choukrouten", les "Kartofen", les "beditemadmazel" et on en passe.
On pouvait alors facilement désigner la raison des restrictions.
Le boche.
A priori ils sont tous partis.
Depuis un bon moment.
Et on nous refait le coup de la restriction !
Il faudrait donc activement rechercher qui sont désormais nos "boches".
Qu'on puisse les identifier et soit collaborer ou résister.
Au choix.
Nous ne nous hasarderons pas à donner quelques pistes parce que nous serions immédiatement taxés (c'est un mot à la mode !) de parti pris.
La question que poserait Sherlock Holmes en la circonstance est : "Pourquoi et à qui profite le crime ?"
C'est un peu comme le "trou de la sécu".
Quand on creuse un trou il y a nécessairement une bosse.
Mieux vaudrait rechercher activement la "bosse de la sécu" en suivant la trace de la brouette.
Mais on retomberait inévitablement sur les mêmes fripons à qui le trou profite, comme la crise, comme le mou et comme la vaseline, donc la pédagogie.
Et probablement comme leur profitent les guerres donc les occupations.
Ils sont eux-mêmes très occupés à compter les fortunes amassées par des jeux de passe-passe.
Ce sont eux les vrais rois du bonneteau.
Comme au marché aux puces avec les trois verres en carton.
Il est où le pognon Monsieur ?
Ah ben non, Monsieur, il est pas là le pognon !
C'est pas de bol mon brave Monsieur, mais passez la monnaie.
Sinon on appelle quelques copains.
Qu'on nomme des barons.
Mais au bonneteau il y a les flics qui débarquent de temps en temps.
Au moins pour la forme.
Pour la crise, comptez pas sur eux puisqu'il surveillent les victimes et parfois les embarquent.
Et les barons s'en foutent plein les poches et de notre gueule.
Si au moins cette crise permettait quelques licenciements
utiles comme ce type qui dans les usines de casseroles bon marché fait en sorte qu'elles versent de travers, comme cet autre qui met invariablement une échalote pourrie dans le filet ou un coeur de palmier dur dans la boîte.
Où celui qui rend d'un coup de crayon rageur la bagnole de basse et de moyenne gamme parfaitement inesthétique et moche.
Comme celui qui met dans les catalogues de ces mêmes bagnoles des prototypes de la couleur qui n'est jamais disponible.
Comme celui qui meule consciencieusement la petite pièce destinée à lâcher juste à la fin de la garantie.
Comme celui qui rend le jeu vidéo injouable faute d'aller se faire entuber sur un site situé en Polvavie orientale.
Et quelques milliers de blaireaux qui nous pourrissent la vie avec ces petits riens exaspérants.
La lecture des diverses chapitres de cet excellent ouvrage serait en mesure de nous rassurer puisqu'au moins certains ont déjà essuyé les plâtres dans ces années quarante.
Mais on s'en fout, justement, comme de l'an quarante !
Dommage parce que c'est instructif.
- Préparez vous-mêmes vos produits d'entretien du logis.
- Comment bien acheter et que choisir . (Déjà Que choisir !)
- De vos restes faites des mets de choix.
- Bien nettoyer et entretenir mieux encore (tout objet à remplacer est cause de dépense; tout objet détérioré est à remplacer ; tout objet non entretenu se détériore ; tout objet mal nettoyé n'est pas bien entretenu..)
- Chauffage et éclairage sont chers, réduisons-en le coût (déjà !)
(la valeur calorique du bois varie selon les espèces : tilleul (40,47) ; sapin (40,24) ; peuplier (30,54) ; saule et tremble (39,10) ; pin et orme (39) ; bouleau (38,50) ; hêtre (38,35) ; chêne (37,60) ; charme (37,40), acacia et frêne (37,50), tourbe blonde (35). (même les écolos les plus verts ils les ont pas, ces
chiffres rares !)
Il est ajouté : 1kg de bois sec donne 4000 calories ; 1Kg de bois à 1/3 d'eau 3000 calories ; 1 kg de tourbe blonde sêche 5700 calories ; 1kg de houille 8000 calories ; 1kg de pétrole raffiné en fuel 10.400 calories; 1kg d'alcool dénaturé 12000 calories. (Bon, on comprend pourquoi on a utilisé le pétrole !).
- Ne rien jeter, tout utiliser.
- Pour bien choisir son linge et le réparer (à l'époque il ne venait pas de Chine !)
- Pour vos réceptions maximum de confort et minimum de frais (cela ne concerne évidemment pas des repas officiels des élus de la République puisqu'il n'y avait plus de république en 1940 !)
Et mille autres conseils qu'il serait probablement utile de retrouver.
Ce bouquin mériterait donc une réédition !
Comme certains autres, d'ailleurs.
Qui incitent à la Résistance.

Get Tough : deviens résistant !
Tough signifie dur, solide, fort mais aussi résistant.
Le message est clair.
Opuscule distribué aux agents parachutés en France occupée par les Alliés.
Le Major Fairbairn est, également, l'inventeur de la dague commando qui porte son nom.
Fairbairn avant la guerre était le chef de la police de Shanghai et eut l'occasion de pratiquer avec les chinois des techniques de combat spécifiques au corps à corps. Il revendiquait dans son ouvrage l'origine chinoise de sa méthode.
Au vu des dates et du lieu il est tout à fait possible, sinon certain, que Fairbairn ait rencontré Wang Xiangzhai et Wang Zemin.
Une autre vision des choses.
|