Principe de précaution

par Georges Charles

 


La tempète par J. Vernet 1777

Principe de précaution

La meilleure illustration du principe de précaution réside dans ces bouchons de sécurité que l'on trouve sur les flacons de certains produits ménagers considérés comme dangereux.
Ils sont censés sécuriser la bouteille et possèdent un mode d'emploi fort laconique et généralement incompréhensible gravé sur le dit bouchon.
On se doute qu'il faut appuyer et tourner dans le sens de la flèche.
Ou appuyer de chaque coté du bouchon, fortement, puis tourner dans le sens de la flèche.
Ou soulever puis tourner dans le sens de la flèche.
Ou dévisser d'un coté puis tourner à nouveau dans le sens de la flèche.
Probablement.
Jusqu'à ce que le col du flacon de plastique soit fortement tordu ou enfoncé.
Et on finit pas se munir d'une paire de ciseaux, d'un tournevis, d'une pince crocodile, d'un couteau pointu pour faire céder ce satané bouchon vert et, enfin, accéder au produit miracle.
Non sans s'en être copieusement aspergé au passage lors de l'opération d'effraction de ce merveilleux, et probablement « scientifique » système de sécurité conçu par des ingénieurs qui, visiblement, n'ont jamais eu besoin de déboucher un lavabo et qui n'ont pas de grand-mère, ou qui la détestent.
On assiste au même phénomène de « précaution » devant certaines écoles où, auparavant, les mamans stationnaient à immédiate proximité de manière à récupérer leur progéniture à la sortie des classes. Désormais en raison de l'opération « Maréchal-Nous-Voilà-Pirates », pardon Vigie-Pirates, le stationnement est interdit et les mamans sont contraintes de stationner de l'autre coté du boulevard, pas en face, mais à bonne distance.
De ce fait les charmants bambins sont contraints de traverser le boulevard et risquent, même au feu rouge, de se faire renverser par un vélo ou une mobylette, sinon une voiture, ne respectant pas les feux tricolores.
Feux tricolores qui, soit dit en passant, sont bien tricolores et non vert, orange ou rouge.
Et qui sont donc de la couleur prétendue par l'avocat de la partie adverse lorsqu'il est bien rémunéré pour ce faire.
Le risque hypothétique est donc finalement remplacé par un risque bien réel.
Mais on a respecté le fameux principe de précaution.
Suivant ce même principe les autorités compétentes ont fait évacuer à Caen, le 14 février 2010, plus de 20 000 personnes en raison du déminage d'une bombe américaine de 500 kg découverte à la suite de travaux.
Comme elles avaient déjà fait évacuer, dans la Somme, toute une population à la suite d'un risque émanant d'un dépôt de munitions datant de la première guerre mondiale.
Evacuations effectuées avec le concours de tout ce qui pouvait porter un uniforme : gendarmes, policiers, CRS, militaires, gardes mobiles, gardes champêtres et civils à brassards.
Pour peu on aurait réquisitionné les chasseurs et les boulistes.
Puis les « gens » sont gentiment revenus chez eux. Fort bien.
Mais le 28 février lors de la tempête Xyntia les fameuses autorités compétentes, pourtant prévenues d'un risque majeur puisqu'il s'agissait d'une alerte rouge, ont décidé de ne rien faire.
Après coup un responsable est venu nous expliquer, doctement, que « nous n'étions pas, en France, dans la culture de l'évacuation ».
Soixante morts pour un phénomène non-culturel.
Il est toujours plus facile de faire évacuer des gens pour rien, comme ça, par principe de précaution et pour se faire la main que de les évacuer pour quelque chose.
Et évacuer les zones concernées par l'alerte rouge équivalait à l'aveu que le fameux principe de précaution n'avait pas été respecté dans l'attribution de permis de construire en zone dangereuse.
Et que le principe de la rentabilisation des sols primait sur le principe de précaution.
« On ne pouvait pas prévoir » a-ton entendu sur tous les tons.
On pouvait prévoir qu'une bombe était dangereuse mais pas une tempête assortie d'une alerte rouge !
Il y a quelques années une inondation, fluviale cette fois, s'est produite à Abbeville, désolant plusieurs quartiers.
Forte pluviosité, pleine lune, marées à très fort coefficient, tempête sur la côte et constructions en zone inondable furent la cause de ce désastre également prévisible.
Il n'y eut heureusement pas de morts.
De justesse.
Simplement parce que l'inondation s'est produite de jour.
Mais le scénario était le même.
A Abbeville la mer s'est retirée de 27 km en moins de deux siècles puisque cette ville, on l'oublie, a été un important port drapier.
Entre la mer et Abbeville s'étend désormais un polder protégé par des digues fort anciennes.
Et d'anciennes zones maritimes ont été construites.
A Abbeville il existe toujours le quartier des planches, celui des salicornes.
Mais personne ne se demande pourquoi.
Jadis les maisons picardes de cette région maritime, probablement par « principe de précaution », étaient surélevées et le sous-bassement était réalisé en briques calfeutrées avec du goudron, comme les bateaux.
Il n'y avait pas de cave.
Désormais on a construit des maisons de plein pied, en Placoplatre, avec des portes fenêtres coulissantes, également de plein pied, et des caves et garages souterrains.
Et un sympathique tout-à-l'égout directement en contact avec la nappe phréatique sous-jacente.
Et surtout avec un énorme trou de mémoire.
Tout va bien, dormez tranquilles braves gens.
Mais préparez quand même les seaux et les serpillières en vue d'un prochain coup de tabac.
Inévitable.
Et il ne s'agit même pas du détournement qu'une quelconque rivière en amont de Paris afin de mieux protéger la capitale et ses millions de mètres carrés en sous sol.
Un reportage télévisuel montrait que tout était prêt en vue d'une crue centennale de la Seine : un local avec quatre pelles, quatre seaux, quatre sacs de sable, des balais et des serpillières.
En fait ce que chaque particulier se devrait désormais de posséder en raison du « principe de précaution » !
Mais le local était à l'échelon municipal,  presque national.
On est amplement rassurés et on imagine l'employé de la RATP avec son seau et sa pelle face aux cataractes qui se déverseront d'une hauteur de trois étages à la station Saint Michel !
Bon courage mon vieux !
A sa place j'entreprendrai surtout des cours de natation.
Ou de plongée.
Par principe de précaution.
D'un coté il faut entretenir le mythe du risque zéro et de l'autre, surtout, continuer à ne rien faire sauf enquiquiner le Pékin avec des règles de plus en plus contraignantes et aboutissant à l'immobilisme.
Et créer de nouvelles charges, de nouvelles taxes, de nouveaux impôts, de nouvelles contraintes.
Il est, par contre, de plus en plus difficile de désigner un coupable, sinon un responsable, en dehors de quelque lampiste qui aura eu le tort de se trouver là au mauvais moment.
Lorsque les paysans du film « Les sept Samouraïs » se font dépouiller par les bandits, ceux-ci , au moins, sont identifiables et il suffit donc de payer quelques mercenaires pour s'en débarrasser manu-militari.
De nos jours les paysans se font dépouiller tout à fait aussi efficacement que si il s'agissait, en face, de bandits de grands chemins mais ces derniers demeurent totalement anonymes et parfaitement protégés par la loi.
Puisque ce sont des hommes de loi qui expulsent les paysans de leurs fermes.
Lorsque dans les années quarante quand on trouvait des rutabagas et des topinambours sur le marché on savait qui mangeait nos patates.
De nos jours on finit par y ces mêmes racines carminatives, beaucoup plus chères d'ailleurs, mais on a beaucoup plus de mal à identifier l'occupant.
Donc à collaborer ou à résister, au choix.
Le principe de précaution a dont été bien utilisé pour éviter qu'on identifie les coupables qui sont nécessairement ailleurs et autre part.
Et qui coulent des jours encore plus paisibles que dans une Kommandantur !
Nous vivons une époque formidable.
Et vive le principe de précaution.

PS : Nous avons encore quelques stocks de vaccins à revendre avant qu'ils ne soient périmés.