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L'année chinoise du poulet fou : (c'est donc une archive que nous exhumons !)
Puisque nous allons désormais sortir de l'année du Chien entrer dans l'année du Cochon !
Ce n'est plus l'année du coq mais l'année du poulet fou.
On avait presque échappé à la peste porcine, à la tremblante du mouton, à la fièvre aphteuse, à la vache folle, au SRAS de la civette chinoise et, coucou, voilà la grippe aviaire qui débarque en force.
A vrai dire on ne sait plus trop d'ailleurs si il convient de parler de grippe aviaire, d'influenza aviaire ou de peste aviaire, chaque scientifique autorisé et télévisuel ayant son mot à dire sur le sujet.
Un reportage matinal de ce mardi 7 mars 2006 sur France Inter
nous a invité à suivre la conférence donnée par un de ces scientifiques, un professeur, à des gendarmes qui, sollicités par la population ne savent pas trop quoi répondre.
La réponse est claire et fut fort applaudie : il faut parler de peste aviaire et non de grippe aviaire !
Ce qui au réveil incite à se recoucher après avoir ouvert le gaz.
Nos Pandores fort rassurés pourront donc désormais, entre deux patrouilles aviaires, rassurer la population : rien à craindre, c'est juste une sorte de peste.
Lors de l'épisode de la vache folle ils ne se sentaient pas trop tranquille puisque le fameux cri de guerre "Mort aux Vaches !" leur rappelait de mauvais souvenirs remontant au Bon Roy Henry IV qui recrutait ses gens d'arme, leurs ancêtres, dans le Béarn et donc les armes étaient d'or, à deux vaches de gueule acornées, accolées et clarinées d'azur !
En fait deux vaches écorchées puisque rouges.
Désormais ce sont leurs collègues les poulets qui sont donc sur la sellette et qui sont bien les seuls à avoir le droit de divaguer librement.
On aura échappé à bien des choses encore mais pas à la connerie humaine comme le prouvent ces deux premières de journaux locaux de Seine Maritime photographiés à une caisse de supérette juste en dessous des chewing-gum permettant de rectifier l'haleine.
Le préfet est accusé d'entretenir la trouille ambiante en recensant, d'une part les places disponibles dans les cimetières et, d'autre part, les fabriquants de cercueils.
Mais, probablement, ce préfet fait son boulot de préfet, donc un boulot à la con qui consiste à prévoir.
Après le coup du sang contaminé, des hormones de croissance, de la canicule et du chikungunya les autorités compétentes en ont probablement un peu marre d'être accusés de n'avoir rien prévu et, éventuellement, de se retrouver devant un tribunal pour finir leur carrière en tant que président de commission au parlement européen où ils sont, en général, recyclés.
Ou pire encore, à la Croix Rouge qui, à cause des jets de cailloux, s'est retrouvée modifiée en "cristal rouge".
Et pourquoi pas en Joyau Ecarlate ?
La trouille fait monter les tirages !
Que dire des journalistes qui, sous le prétexte de dénoncer ces démarches, en profitent pour en rajouter une couche alors qu'ils savent fort bien que , dans les campagnes, cette information sera prise au premier degré.
Recensement de places dans les cimetières et de fabriquant's de cercueils cela indique nécessairement la proximité d' une épidémie dévastatrice.
Donc la trouille irraisonnée et imbécile qui incite, dans une région où on a le coup de fusil facile sur les volatiles de tous poils, à canarder tout ce qui vole et, partant, tout ce qui bouge.
Il suffit de jeter un oeil sur le petit reportage concernant l'arbre à loques de Saint Claude, nommé dans la région " L'friperie d'Saint Gleude" pour comprendre que l'image de la peste ou des épidémies est toujours bien présente dans l'inconscient collectif.
Le fait que des chats autrichiens aient été contaminés incite déjà à abandonner les ma tous, donc à les livrer au coup de fusil vengeur ou à l' euthanasie par piqûre puisque les refuges sont déjà pleins et manquent de crédits.
Ces chats autrichiens se sont déjà débarrassés du virus et n'ont pas développé la maladie, ce qui est fort rassurant, mais non relayé par cette presse là.
On a probablement tout dit sur cette fameuse grippe aviaire mais quelques renseignements complémentaires ne sont pas inutiles.
Le virus de la grippe aviaire dit H5N1 a été identifié pour la première fois en Italie en 1878, il y a donc 128 ans.
Question nouveauté on fait mieux !
Ce fameux virus n'est donc pas tombé de la dernière averse et n'est pas un poulet du jour.
Les oiseaux sauvages victimes et non coupables :
La Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) est très explicite :
"l'émergeance du virus H5N1 est bien la conséquence des méthodes d'élevage irresponsables qui correspondent à entasser plusieurs milliers d'oiseaux domestiques dans un espace de plus en plus restreint et dans une atmosphère souillée par les déjections en tous genre avec une alimentation et un stress épouvantables. Les oiseaux migrateurs incriminés sont donc les victimes de ces dérives".
La source actuelle du virus H5N1 provient du lac chinois de la province du Qinhai, foyer d'origine de la maladie.
A cette date, malgré les conditions d' hygiène et de proximité déplorables que l'on connaît dans ces élevages chinois on recense 4 cas et trois décès dans ce pays.
Dans un précédent édito nous dénoncions déjà les méthodes chinoises d'élevage intensif ayant été à la cause de l'origine du SRAS de la civette.
Pour ne citer qu'un cas le 15 février dernier à Benidorn, dans la province d'Alicante, en Espagne, 21 tonnes de volailles chinoises importées illégalement et parvenues par camions ont été saisies.
Le 16 février dernier la prestigieuse revue scientifique "Nature" publiait une étude mettant en évidence le rôle très secondaire des oiseaux migrateurs dans la transmission du virus H5N1.
Auparavant les migrations des oiseaux étaient annuelles, grâce à la mondialisation la migration de la volaille a donc lieu 356 jours par an et concerne tous les pays du monde.
Les 21 tonnes de volaille importées illégalement de Chine en Espagne par camion ont donc traversé de multiples frontières sans que quiconque ne trouve à y redire.
Il suffit de regarder une carte pour comprendre que ces camions ont nécessairement du traverser la france.
Il est évidemment plus facile de suspecter les propriétaires de poulets et de les ficher officiellement que de surveiller les frontières qui se sont transformées en passoires.
Le Japon et les pays bas touchés par la grippe aviaire en 2003 ont totalement éradiqué le virus en contrôlant les élevages industriels.
Depuis aucun oiseau migrateur infesté par le virus n'a été retrouvé dans ces pays.
Quelques chiffres significatifs :
Concernant les chiffres actuels (source OMS) 173 cas humains dont 93 cas mortels ont été recensés.
Le Sud Est asiatique comportant plus d'un milliard d'individus recense au total 66 victimes.
Depuis 1997 on estime, par contre, que plus de 150 millions d'oiseaux ont été victimes de cette épizootie.
Le différentiel entre le nombre d'oiseaux infectés et le nombre de victimes humaines parle de lui-même.
Rappelons que le paludisme tue plus de deux millions de personnes par an.
Le différentiel entre les 150 millions d'oiseaux morts et les quelques oiseaux morts trouvés dans l'Ain ou la Camargue est également significatif.
Depuis des années en France; de nombreux oiseaux mourraient de la grippe aviaire mais, pour parler crûment, personne n'en n'avait rien à foutre.
Désormais dès qu'une pauvre mouette bat de l'aile après avoir percuté une vitre on établit un cordon sanitaire pour protéger nos parlementaires !
Elémentaire mon cher Watson !
Il est temps de se poser une question chère à Sherlock Holmes.
Pourquoi et à qui profite le crime ?
Il existait une crise de la filière aviaire au niveau européen.
Une crise liée à une suproduction de volailles "industrielles" donc de médiocre qualité.
Comme il existait, par ailleurs, une crise de la filière bovine induisant une sur production laitière.
La plupart des producteurs souhaitaient revenir à un étiquetage national et échapper ainsi aux normes européennes de plus en plus contraignantes et de moins appréciées par le consommateur.
Seules les volailles bénéficiant d'un label régional pouvaient mentionner la provenance de l'élevage.
Or, on se doute qu'un poulet du Gers est un poulet français alors qu'un poulet étiqueté "provenance CE" ne donnait aucune garantie quant au pays d'origine.
Le consommateur local fait évidemment plus confiance aux produits locaux.
Un Allemand aime consommer des produits allemands, comme un italien aime à consommer des produits Italiens.
Le drapeau national est pour ces consommateurs un label que rien ne remplace.
L'épisode de la vache folle a permis de ré étiqueter le boeuf.
Et voir débarquer le label bleu blanc rouge "viande française" en totale contradiction avec les directives européennes puisque la France n'est pas une région.
De là à ce que le poulet de batterie effilé récupère à son tour le label made in France il n'y a plus qu'un pas.
Ce qui permettrait, évidement, de réduire d'une façon drastique les importations en provenance des autres pays d'Europe, donc de redonner un peu d'air à une filière en aussi mauvaise santé que la volaille grippée ou pestiférée.
Et par un tour de passe-passe lié, bien évidemment, au problème de santé publique de recenser tous les petits élevages familiaux qui ne passent pas par la case "Trésor Public"
On recense donc à tour de bras ces volatiles échappant au camp de concentration aviaire.
Et de là à les interdire purement et simplement pour des raisons d'hygiène et de santé il n'y a plus qu'un pas qui peut allègrement être franchi par un simple décret.
La santé ayant bon dos il sera donc possible de perquisitionner ces élevages familiaux.
Lorsqu'on aura une épidémie de la colique de la carotte chez les lapins on pourra aussi interdire les potagers sans le moindre problème.
La tentation sécuritaire :
Dès qu'il est question de faire du zèle, et de restreindre les libertés individuelles, toujours pour un motif hautement louable, en France, on en connaît un sacré rayon.
La machine à vacciner est déjà en place dans les aéroports et l'épisode grippe aviaire a permis de relancer le vaccin contre la fièvre jaune en prenant en otage les passagers se rendant en Guyane.
Pas de vaccin, pas d'embarquement, mais rassurez vous on vaccine, pas du tout gratis, dans l'aéroport de Paris.
Que le vaccin soit effectif dans dix jours au moins, cela n'a aucune importance tant que le chèque à l'ordre de ADP est encaissé.
Et le nouveau porteur du virus amarile en souche vivante atténuée peut s'envoler tranquille vers de nouvelles aventures.
Le seul intérêt de cette vaccination est la remise du petit carnet jaune, le fameux Certificat International de Vaccination émis au titre de l'Organisation Mondiale de la Santé, et sur lequel on peut lire :" Variole - l'éradication de la variole a été proclamé par l'OMS le 8 mai 1980. La vaccination antivariolique n'est plus indiquée. Elle peut même être dangereuse" fin de citation.
Combien de citoyens français savent à ce jour que, suivant l'OMS, "la vaccination antivariolique et contre indiquée et peut être dangereuse" ?
Fort peu probablement.
Si on excepte celles et ceux qui ont été vaccinés et racketés de force et qui ont eu le courage et la patience de parcourir le petit carnet jaune.
En demandant au médecin vaccinateur si il risquait d'y avoir quelques effets secondaires celui-ci répondit mot à mot :
"Oui, dans des 24 à 48 heures comme une bonne grippe d'une petite semaine avec fièvre, maux de tête, mal de ventre et souvent des coliques assez brûlantes. Mais avec un bon doliprane toutes les six heures c'est tout à fait supportable".
Surtout lorsqu'il fait trente degrès à l'ombre.
Et qu'au retour on vous asperge d'insecticide dans la cabine de l'avion en expliquant que c'est comme ça parce que et que cela ne risque pas de nuire à votre santé.
Ce qui n'a pas empèché certains passagers, probablement asthmatiques, de tousser comme des dératés pendant un bon moment.
On se doute en effet que le lindane est ce qui se fait de mieux pour la santé des poumons.
Et le personnel commercial, tout sourire en vidant soigneusement la bombinette jaune, une couleur récurrente dans ce domaine, ne se pose pas la moindre question.
Il suit les ordres et puisque c'est bon pour la santé...
J'espère simplement pour ce petit personnel qu'il n'est pas uniquement affecté sur cette ligne car, à long et même à moyen terme, les effets secondaires du lindane sont bien connus.
Garde à vous !
Ce zèle souriant rappelle malheureusement un épisode relaté par Ernst Junger, l'auteur d'Orages d'Acien, dans son "Journal de Guerre" (Strahlungen) publié en 1949.
Authentique héros de la première guerre mondiale il n'en était pas moins francophile.
Parlant parfaitement français il fut, en tant qu'officier, attaché à l'Etat Major parisien de la Wermacht.
Il raconte que le 14 juin au soir, le jour même de l'entrée des troupes allemandes dans Paris, il y eut une réunion des officiers de l'Etat Major qui décidèrent plusieurs points dont l'instauration d'un couvre feu de 21h à 5h du matin.
Et l'obligation faite à la police parisienne de saluer les véhicules militaires allemands transportant des officiers après leur avoir facilité le passage.
Ernst Junger fut donc chargé d'aller porter ces instructions à la Préfecture de Police.
Il se demandait comment il allait pouvoir faire avaler le second point qui lui semblait être une atteinte délibérée à l'honneur de la police et il prépara une argumentation modérée.
Et il passa une fort mauvaise nuit.
Le lendemain matin un véhicule de l'Etat Major l'emmena du Majestic à la Préfecture de police.
Arrivé Place de la Condorde et malgré un trafic presque nul deux policiers français, sifflet au bec, firent cesser la circulation ambiante, se mirent au garde à vous et impeccablement, en claquant des talons à l' allemande, saluèrent sa voiture.
Ernst Junger se dit que les choses allaient peut-être plus facile qu 'il ne croyait et alluma un cigare.
Le soir même, puisqu'il n'y eut aucun incident, les soldats allemands eurent quartier libre mais plusieurs d'entre eux en sortant de Pigalle ou de la rue de Saint Denis tombèrent dans les égouts car des filles de mauvaises vie avaient sournoisement enlevé quelques plaques.
Ces quelques jambes cassées furent probablement la première forme de résistance et, par la suite les Allemands soudèrent les fameuses plaques et faisaient précéder chaque patrouille de deux hommes munis de lampes.
Or, contrairement aux prostituées, aucun policier n'a été rasé à la libération et au grand dam de Pierre Mesmer, récupérèrent des fourragères rouges dans un entrepôt du Fort de Vincennes.
Le lendemain toute la police arborait les fameuses fourragères normalement destinées aux régiments les plus décorés au front et ayant obtenu au moins huit citations à l'ordre de l'armée.
Mesmer, ancien Légionnaire, s'en plaignit violemment à Diethelm, alors ministre de la guerre, qui leva les épaules
et lui demanda se se calmer puisqu'en haut lieu "on" avait trouvé cette initiative excellente.
Le fait accompli ne fut jamais remis en cause.
En haut lieu "on" trouve toujours ce genre d'initiative excellente.
Et Ernst Junger peut dormir tranquille il y aura toujours quelqu'un pour claquer des talons et anticiper les ordres puisque c'est pour la bonne cause. 
On vous l'avait bien dit, vous pouvez aussi dormir tranquille !
Au dernières nouvelles, ce 18 mars 06, rassurez vous, comme il ne s'est rien passé depuis 21 jours, le poulet de l'Ain est à nouveau commercialisable !
Ce qui n'a pas empèché de nombreux éleveurs de faire abattre préventivement quelques dizaines de milliers de volailles non infectées.
Pour toucher la subvention franco-européenne.
Comme disent nos voisins espagnols
"Mieux vaut un oiseau dans la main qu'un vautour dans l'arbre !"
Un coup de pognon c'est toujours ça de pris.
Surtout par les temps qui courent.
Quelques pages à consulter :
http://www.lpo.fr/actu/2005/grippe-aviaire/questions.shtml#faqa02
http://www.birdlife.org/action/science/species/avian_flu/index.html
http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=23940
L'arbre à loques de Sénarponnt : une curiosité
Vive l'irrationnel, Nom de Dieu !
Suite au prochain numéro : vache folle ? peste procine ? tremblante du
mouton ?
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