|
L'ART SUBTIL DE LA CONTREFACON !
Zabo
Un art millénaire !
Il n'est pas une semaine sans que les médias ne se fassent
l'écho de la destruction de contrefaçons saisies par
la douane.
Contrefaçons bien évidemment provenant d'Extrême-Orient
ou éventuellement du Moyen-Orient, donc d'Orient et qui étaient
destinées au marché français, pour ne pas dire
hexagonal en mémoire d'Etiemble.
La terre entière, particulièrement si elle se situe
à l'est de la communauté européenne, et au
delà de la Turquie, s'est visiblement donnée une perspective
: pourrir l'économie française.
Et la pourrir dans ce qu'elle a de plus cher, au sens propre et
au sens figuré, dans l'économie (sic) du luxe de masse.
La France était jusqu'ici le seul pays au monde capable de
vendre à des touristes japonaises en visite à Paris
des sacs à main en plastique une petite fortune sous le seul
prétexte du logo, on pourrait presque dire du gogo, de la
marque qui fut, jadis, prestigieuse.
Ou des carrés de soie aux motifs ringards.
Ou des montres.
Ou des accessoires de mode ayant un lointain rapport avec la sellerie.
Ou des vêtements griffés.
Ou des chaussures de marque.
Ou des parfums célèbres.
Ou des vins hors de prix.
Ou du foie gras du Sud Ouest.
Ou des alcools capiteux.
Le tout de la meilleure réputation.
Réputation qui possédait toute sa justification lorsque
ces produits étaient produits en France, sinon à Paris,
par des artisans consciencieux bénéficiant du savoir
faire d'ouvriers spécialisés dont la plupart pouvaient,
à juste titre, de parer de la distinction de Meilleur Ouvrier
de France, le fameux M.O.F. qui se justifiait par le port discret
d'un liseré aux couleurs nationales.
Ou du titre de "Première" en couture et même
de "petite main" ce qui était, déjà,
une sacrée référence.
Mais ces artisans et ces braves gens revenant quand même assez
cher à l'usage, surtout dans le commerce de luxe, on les
pria d'aller ailleurs exercer leurs talents, on décida de
garder ou de racheter la marque puis de faire produire ces chefs-d'oeuvres
en sous-traitance.
Et même au noir.
C'est un secret de Polichinelle, ou Pulcinella pour faire plus branché,
de rappeler que l'une de ces grandes marques faisait produire ses
pantalons dans les caves de la rue de Saint Denis par des couturiers
yougoslaves qui étaient payés, au noir, à la
pièce.
A l'époque cinq franc le dit pantalon.
Moins d'un euro.
Pantalon bien entièrement monté, fini avec ceinture
et logo.
Pantalon qui se retrouvait aux environs de 1500F, soit 230 euros,
quelques jours plus tard dans les meilleures boutiques de la capitale
et dans les aéroports.
Afin de couvrir le bruit des machines nos couturiers yougos, la
plupart des Macédoniens de Skopje, bouchaient les soupiraux
avec des oreillers qu'ils retiraient l'espace de quelques minutes
toutes des deux ou trois heures, lorsque l'air était devenu
irrespirable et que la sueur tombant du bout du nez risquait de
tacher le précieux tissus.
La seule consolation à ce système était la
vue imprenable sur les dessous des filles qui arpentaient le trottoir
et qui, souvent, ravitaillaient nos lascars en café et en
cigarettes.
Souhaitant améliorer leurs conditions de travail ils finirent
par décider de placer un petit signe distinctif sur chaque
pantalon et le firent savoir à leur employeur, un intermédiaire
ayant pignon sur rue.
Qui le prit très mal et menaça de les dénoncer
à la police puisqu'ils n'avaient pas de permis de séjour
et encore moins de permis de travail.
La situation s'envenima et un accord fut trouvé dans le fait
que chaque pantalon fut désormais payé 8 francs.
Quelques mois plus tard la production fut, déjà et
enfin, délocalisée au Maghreb.
Il est vrai que les Yougos avaient été beaucoup trop
loin et demandé des tickets restaurants et une participation
aux frais de transport.
Il y eut probablement une petite augmentation en boutique et on
en resta là.
Il est fort probable que les machines à coudre partirent
pour le Maghreb en même temps que les "patrons"
(modèles à partit duquel on découpe le tissus)
des fameux pantalons.
Les vrais patrons restant bien évidemment en France d'où
ils continuaient à gérer leur patrimoine et à
en tirer substantiellement profit.
Et, ainsi, en quelque sorte on institutionnalisa le "faux-vrai"
puisque ces pantalons de luxe made in France étaient confectionnés
à bas prix à l'étranger.
Ce qui devint une norme.
Lorsque par la suite on délocalisa la production du Maghreb
vers la Chine, pour des raisons de rentabilité, les machines
et les "patrons" ainsi que le savoir faire demeura sur
place.
Et les "vrais-faux" commencèrent à être
produits par les mêmes ouvriers, sur le même matériel,
avec les mêmes modèles que les "faux-vrais".
Et probablement avec plus de conviction, donc plus de soin, puisque
désormais ces ouvriers jadis exploités par un commanditaire
peu scrupuleux travaillaient désormais à leur propre
profit et à leur propre compte.
Il redevenaient, en quelque sorte, des artisans consciencieux et
compétents.
Vendre un "vraix faux" à un touriste rapporte nécessairement
plus que de vendre un "faux-vrai" au commanditaire ou
au dépositaire de la marque.
Désormais ce sont les Chinois qui souhaitent être quelque
peu augmentés et qui réclament des indemnités
de transport et un ticket restaurant !
Et nos patrons s'apprêtent, s'ils ne l'ont pas déjà
fait, à délocaliser de la Chine vers son Maghreb,
c'est à dire l'Indonésie et la Malaisie.
Pour des raisons de rentabilité.
En laissant sur place et sans travail des dizaines de milliers d'ouvrières
et d'ouvriers compétents munis d'une machine à coudre,
qu'ils ont payé de leur poche lorsqu'on les a engagés,
et d'un bon "patron".
Et ils se mettraient à produire des burnous ?
Ou des sacs à pommes de terre ?
La France et la Communauté Européenne se glorifie
d'avoir vendu à la Chine une trentaine d'Airbus.
Chaque Airbus coûte l'équivalent de la bagatelle de
vingt millions de chemises ou de pantalons.
Problème de certificat d'études primaire : combien
la Chine doit nous vendre de chemises ou de pantalons pour payer
ses Airbus ?
Probablement un certain nombre dont probablement un certain nombre
de contrefaçons qui sont autrement plus rentables que le
modèle de base.
Dans le cas de la contrefaçon ce qu'on reproche à
la Chine ou à l'Orient est, qu'en fait, l'élève
ait dépassé, et de loin, le maître.
Et que l'on soit passé de la contrefaçon artisanale
à la contrefaçon industrielle et institutionnalisée.
Il est facile de crier au génie commercial et même
stratégique lorsqu'on produit des "faux vrais"
et au scandale lorsque les autres, sur ce même modèle,
produisent des "vrais faux".
Et l'Occident en a l'habitude de la contrefaçon lorsqu'il
prétend avoir inventé ou découvert la poudre,
la boussole, la brouette, l'imprimerie, la vaccination, le vent
solaire, l'étrier, le harnais, les hauts fourneaux, le gouvernail,
l'arbalète, la circulation sanguine, l'extraction de l'or
par le mercure, l'imunologie, l'art abstrait et on en passe quelques
centaines répertoriés par Joseph Needham à
l'Université de Cambridge.
Et qui sont, de tous temps, des inventions et découvertes
de la Chine antique.
Il est vrai que l'on prétend même, ici, que Christophe
Colomb ait découvert l'Amérique alors que des campements
Viking datant de plusieurs siècles avant sa venue dans les
Antilles ont été mis à jour à une centaine
de Km de New-York.
Mais les Viking ne valent pas mieux que les Chinois.
L'une des belles contrefaçons occidentales consiste à
faire passer Galilée, Copernic, Pasteur pour des scientifiques
s'opposant à l'obscurantisme de l'époque pour le bienfait
de la Science.
Or à l'époque la science officielle, donc cautionnée
politiquement et moralement, était en désaccord avec
ces trublions considérés comme des originaux généralement
autodidactes.
Il ne s'agissait donc pas de scientifiques s'opposant à l'obscurantisme
mais de libres penseurs s'opposant à la science.
Ce qui est fort différent !
Et des Chinois, parlons-en.
Sous les Song, vers le neuvième siècle, un Empereur
eut l'idée d'instaurer une manufacture des copies impériales
ceci afin de copier les modèles antiques qui devenaient,
déjà, de plus en plus rares.
Mais chaque pièce était revêtue du sceau "Copie
effectuée sous l'ordre de l'Empereur" afin qu'il n'y
ait pas d'équivoque.
Par la suite on supprima le terme copie et il ne demeura que "Sur
ordre de l'Empereur" ce qui laissait place à un commerce
moins honnête mais combien plus rentable !
Il s'agissait déjà de "faux-vrais" produits
industriellement !
Encore actuellement la Chine produit des "faux vrais"
remarquables.
Il suffit de considérer les fameux "Moines de Shaolin"
qui sont aussi "moines" que je suis archevêque de
Canterburry ou Chevalier Hospitalier de l'Ordre du Temple !
Mais qui ont le mérite d'être "officialisés".
Et de faire passer des vessies pour des lanternes auprès
des spectateurs occidentaux et probablement chinois.
Au yeux de beaucoup ils représentent donc la "vérité"
alors que chez eux tout est faux et que leur pratique elle-même
a été recréée de toutes pièces
ainsi que le fameux Monastère qui était en ruine jusqu'à
l'arrivée de Nixon en Chine et aux subsides provenant du
Shorinji Kempo japonais !
Ceux, au contraire, qui au travers d'écoles traditionnelles,
en Chine comme en Occident, détiennent les pratiques authentiques
issues de l'ancien style pratiqué jadis au Monastère
de Shaolin ont désormais beaucoup de travail à faire
pour convaincre jusqu'à leurs propres élèves
qu'ils n'enseignent pas une contrefaçon !
Lorsque le faux est devenu la norme il ne faut pas s'étonner
que le vrai devienne quelque peu suspect !
La rectitude ne paie plus.
|