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N'est pas client qui veut !
Il est parfois difficile d'être client.
Souvent les clients sont les autres.
Lorsque votre garagiste, votre dentiste, votre plombier ou votre
chauffagiste vous annonce sentencieusement " La semaine prochaine
ou dans une petite dizaine, je pourrai m'occuper de vous entre deux
clients" c'est simplement que vous faites partie d'une espèce
intermédiaire en voie de disparition.
Le client du privé.
Et que vous n'avez pas eu la chance d'acheter à ces braves
et honnêtes commerçants le dernier modèle de
4x4 pas chinois, un râtelier-prothèse complet en kéblar
inverti, une salle de bains équipée avec infrarouge,
jaccuzzi et sauna ou le chauffage mural intégré modulable
réglé par satellite.
En gros, vous êtes un simple quidam qui est passé chez
eux parce qu'il a vu de la lumière ou qui leur téléphone,
comme ça, pour entretenir une conversation guillerette avec
leur secrétaire.
Et lorsque, enfin, la voiture est sur le pont, la roulette dans
la bouche, la fuite colmatée et le chauffage revenu que vous
vous entendez dire "Ben dites donc, je sais pas où vous
avez pu acheter cela mais il faudra sérieusement qu'on se
revoit prochainement"
vous venez de comprendre que vos ennuis ne sont pas tout à
fait terminés.
Et qu'il va probablement falloir attendre de trouver un autre moment
entre deux autres clients pour que les choses redeviennent normales.
C'est à dire comme elles n'auraient jamais du cesser d'être
si le matériel qu'on vous avait précédemment
vendu avait été de meilleure qualité.
Mais bien que vous ne soyez pas tout à fait client, la facture,
elle, est bien tout à fait normale.
On imagine donc que les clients, les vrais, bénéficient
d'autres avantages, d'une réduction du tarif horaire, d'une
exonération de taxes, de places gratuites au théâtre
ou que sais-je encore d'illégal, d'immoral ou qui fait grossir.
Auparavant, chez le médecin, on était un patient et
on imaginait que celui-ci allait tout mettre en oeuvre pour que
la science moderne, ou même antique, puisqu'il avait complaisamment
prêté serment sur Hippocrate, vous rendre la santé
et vous permettre de reprendre vos activités dans les meilleurs
délais.
Ou, au contraire, de vous prescrire quelque repos si il jugeait
celui-ci nécessaire, voire indispensable, à votre
bon fonctionnement futur.
Arrêts de travail peu rentables qui vont donc être de
plus en plus rares et de plus en plus contrôlés.
Désormais on se sent surtout client d'un organisme tentaculaire,
dont le médecin n'est plus qu'un simple exécutant,
pire un rouage, qui a pour seul but de faire des économies
sur votre dos, et le cas échéant de même gagner
un peu d'argent.
La médecine doit désormais être rentable au
même titre que la plomberie et votre médecin peut même
être tenté de vous recevoir entre deux clients.
Mais on est tranquillisé puisqu'il ne prescrit plus que des
médicaments qui présentent "un service médical
rendu suffisant", contrairement à ce qui se passait
encore il y a quelques mois où il pouvait délivrer
des médicaments scandaleusement inutiles qui, désormais,
ne sont heureusement plus remboursés.
Chez le pharmacien, dont la boutique ressemble de plus en plus à
une épicerie ou a un salon de beauté, on remplacera,
éventuellement, le médicament prescrit par le médecin
par un générique.
Lorsqu'il est remboursé.
Si il n'est pas remboursé et si il s'agit tout bêtement
d'une automédication concernant un simple mal de tête
il aura, par contre, le plus grand mal, ce même pharmacien,
à vous trouver le fameux générique qui ne soit
pas vitaminé, coloré, sucré et largement sur-conditionné.
Bientôt les caissières de grandes surfaces vous remplaceront
d'office des marques reconnues par des génériques
de machins-colas allégés et décaféinés
ceci afin de vous éviter de mal dormir, de prendre du poids
ou de déclencher des caries dentaires.
Choses qui coûtent chers à la collectivité et
réduisent le productivisme.
Puisqu'il s'agit de la même molécule, on vous le dit
!
Du citoyen-usager au client-utilisateur du service public
Parallèlement au "bilan positif de la colonisation"
ou pourrait traiter du "bilan positif de la collaboration"
puisque celle-ci aboutit finalement et in fine à la nationalisation
de plusieurs grandes entreprises.
Ce fut le cas, à la Libération, de l'ECFM (Eléctricité,
Charbon et Force Motrice) qui devint "Électricité
et Gaz de France", des lignes de train (PLM...) qui devinrent
la SNCF, de Radio Paris (Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio
Paris est allemand...), d'Inter France qui devinrent respectivement
Radio France et France Inter.
Sans oublier la société des Véhicules Louis
Renault qui devint la Régie Renault, Air France et quelques
banques de renom comme le Lyonnais.
Et on en passe et des meilleures.
On jura donc au citoyen qu'il devenait alors propriétaire,
à grands frais, de ce qu'on nomma le Service Public.
Et de simple client-utilisateur ou auditeur, il devint alors citoyen-usager
de ce service public.
Qui était donc au service du public.
Ce terme d'usager aurait du le faire réfléchir puisque
quelque chose d'usagé est ce qu'on jette lorsqu'on n'en a
plus besoin.
Comme "la révolution n'a pas besoin de mathématicien",
ce qui justifia que l'on guillotine la Citoyen Lavoisier, qui pourtant
mit en place le système métrique, la mondialisation
n'a pas besoin de citoyens-usagers mais de clients-utiles donc d'utilisateurs
payants.
Utilisateurs-payants prêts à payer plusieurs fois puisqu'ils
continuent d'entretenir le fameux Service Public avec leurs impôts
directs et indirects, payent généralement et directement
(billets de train, factures de gaz...) le service qu'on leur propose
de plus en plus cher pour de moins en moins de services et qui achètent,
en plus, des actions de sociétés qui leur appartiennent
déjà.
Actions évidemment très peu rentables puisqu'il s'agit
justement du service public !
Lequel n'a jamais eu pour but la rentabilité, cela se saurait,
mais de rendre service au public.
Ce qui est fort différent.
La revanche du client du public !
Mais chaque médaille ayant son revers on se rend compte
malgré tout que si l'usager a surtout des devoirs, le client,
par contre possède des droits.
Ayant été usager des PTT, puis des Télécom,
et ayant connu l'époque homérique où il fallait
une lettre de l'employeur (j'en ai toujours une à disposition
inutilisée dans mes archives !) ou des relations sérieuses
pour espérer faire installer une ligne de téléphone
en moins de trois mois en banlieue, je sais de quoi je parle.
Ayant également eu ma ligne téléphonique professionnelle
coupée, c'est le terme qui convient le mieux, suite à
un simple retard de règlement au retour de "vacances
sportives", en tant qu'organisateur, et au fait que le courrier
ne m'avait pas suivi jusqu'à Ile d'Aix, je conserve quelque
rancune car en ce fait il n'y a pas prescription.
De ce fait j'ai eu, récemment, la tentation de souscrire
un contrat téléphonique illimité avec un serveur
ADSL internet.
Et eu le plaisir, pour la première fois de ma vie d'usager,
mais de non-client ou d'ancien client, de recevoir un courrier,
presque personnalisé mais nominalement signé, d'un
responsable des Télécom qui "regrettait ma position".
Je le rassure par le biais de cet édito : je le regrette
aussi !
Nous sommes donc au moins deux , en France, à regretter ce
fait.
Mais pour beaucoup moins cher.
Et je suis étonné que, malgré cela, mon téléphone
fonctionne normalement.
Et qu'il va désormais falloir me faire quelques danses du
ventre et pas mal de loukoums pour que je redevienne client-usager
télécom.
En effet, en France, le non-client, ou client potentiel, bénéficie
de nombreux avantages, cadeaux, réductions, facilités,
passe-droits, courriers personnalisés tandis que le client
déjà client ne reçoit que des factures arides
et toujours plus salées.
J'attends donc avec une certaine impatience de devenir, enfin, un
simple client de la SNCF, de la RATP, de La Poste et même
des chaînes publiques de la télévision et de
la radio, ce afin de mieux faire valoir mes droits liés à
cette fonction liée à la mondialisation.
Lorsque le citoyen cesse d'être usager, le client devient
le roi !
Mais il convient encore de ne pas trop préciser de quoi.
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