Des baguettes en forme de pince à épiler !
Pendant les dernières fêtes du Nouvel An Chinois du Lièvre de Métal une chaine de restauration située dans l’enceinte d’une grande surface proposait des plats « chinois » ou du moins asiatiques.
Aimant vivre dangereusement et surtout tentant de comprendre les rapports difficiles que nous entretenons entre l’Occident et le Pays du Milieu, je me suis laissé tenter par un « sauté de porc à l’aigre douce ».
C’était un sauté de porc à l’aigre-douce où plutôt des cubes de porc très fermes, très-très fermes, dans une sauce acide-sucrée qui fleurait bon une marque bien connue de la grande distribution.
Une évolution bridouillée et cariogène du Ketchup.
Pour une fois les légumes n’étaient pas cuits « à l’anglaise » comme ils auraient pu l’être mais à l’état de confiture qui n’aurait pas bien assurée sa gélification.
Donc de soupe.
Le riz accompagnant le plat était normal pour accompagner ce plat donc cantineux à souhait. Jusqu’ici tout était donc à peu près normal.
Et je regrettai de ne pas avoir pris un tartare frites.
Mais la caissière avec un grand sourire me tendit un sachet en me susurrant « N’oubliez pas vos baguettes Monsieur. Et bon appétit ».
Le première proposition m’étonna et je ne préférai pas répondre à la seconde pour ne pas gâcher un idylle éventuelle.
Et je me dis « Des baguettes , incroyable ! ».
Arrivé à table et pressé de goûter ce brouet j’ai donc ouvert le petit sachet et découvert deux raclettes de bois assez semblables à celles qu’utilisaient jadis les ortho-rhino-laryngologistes quand ils vous demandaient de tirer la langue et de faire « Ahhhhh ! ».
Et je fis Ahhhh ?
Cherchant à en savoir un peu plus sur ces engins je consultai alors la notice de montage qui me conseillait, dans une espèce de sabir, de faire comme-ci et comme-ça pour pouvoir, enfin, utiliser mes « Easy use chopsticks » donc mes baguettes à usage facile.
Et je me retrouvai avec une sorte de pince à épiler grand modèle qui, visiblement, servait à saisir les aliments dans le prolongement du pouce et de l’index.
Je ne dirai pas comme avec des baguettes mais presque comme avec des baguettes.
Et c’est le presque qui me pose un problème.
Dès la première bouchée, évidemment, le morceau de porc bien cuit et pourtant bien carré mais enrobé de sauce gluantissime sauta sur ma chemise et roula jusque sur le pantalon en laissant une trace semblable à celle que pourrait produire une limace cubique.
L’expérience avec le riz ne fut pas concluante et je retrouve encore des grains dans mes chaussures.
Et je me dis immédiatement « Les Chinois sont vraiment cons pour utiliser des baguettes ! »
Et je me souvins alors qu’il ne s’agissait pas de baguettes chinoises mais de la représentation qu’un occidental avait pu s’en faire.
Ce qui est quelque peu différent. Et je sortis alors mes baguettes de mon sac où elles sont toujours soigneusement rangées avec un ou deux sachets de thé.
C’est une petite paire de baguettes en bois d’amour que j’ai ramenées de Guyane où, visiblement, elles servent d’épingles à cheveux aux femmes Mhong.
Le bois d’amour est presque aussi dur que de l’acier. Mais il est parfaitement indétectable aux rayons X.
Quelques années dans la protection rapprochée m’incitent à avoir toujours sur moi quelques objets anodins mais utiles en cas de conflit.
Je pourrais évidemment utiliser mes armes naturelles probablement assez efficacement puisque plus d’une cinquantaine d’années de pratique m’y autoriseraient, le cas échéant. Mais on n’est jamais trop prudent et quelques adjuvants peuvent, malgré tout, présenter des avantages.
Et rien de plus anodin que des baguettes en bois.
Connaissant également quelque peu l’acupuncture elles peuvent remplacer des aiguilles. Mais des aiguilles qui font quand même très mal.
Je me vois assez mal, par contre, utiliser mes pinces en bois sauf éventuellement dans quelques techniques spécifiques de la Mante Religieuse des Sept Etoiles du Nord. Mais ce n’est pas discret.
Et cela risquerait de dévoiler un aspect trop particulier du Kung-Fu Wushu et de rendre méfiant un agresseur potentiel.
Oui, j’oubliai, les sachets de thé, du Long Jing, c’est pour faire honte aux restaurateurs chinois qui ne proposent que du thé au jasmin.
Si ils n’ont rien d’autre je leur demande de l’eau chaude en leur disant que je vais payer le thé, mais le mien.
Mais revenons à nos baguettes.
On pourrait presque parler du « syndrome des fausses baguettes chinoises ».
Ou du syndrome de la chinoiserie.
Il suffit, en effet, de quelques minutes pour apprendre à se servir rationnellement de vraies baguettes chinoises.
Ce qui permet immédiatement de pouvoir utiliser des baguettes japonaises, des baguettes vietnamiennes, et, éventuellement même des baguettes traditionnelles coréennes qui sont, en ce qui les concerne en métal.
C’est le « Club de l’Asie des Baguettes » : Chine, Vietnam, Corée, Japon.
Pour les autres pays, Cambodge, Thaïlande, Laos, Birmanie on utilise plus volontiers une cuillère ou les doigts.
Et une fois que l’on sait se servir des baguettes c’est comme pour le vélo, on sait s’en servir. Plus ou moins bien mais on sait et même on peut.
Mais on peut aussi utiliser ces fausses baguettes de « fast-food » qui ressemblent à une pince à épiler et faire semblant de manger asiatique.
Toute sa vie.
Le plus marrant c’est que le phénomène du « comme si » et du « comme ça » semble se reproduire infiniment.
Il y a donc les fausses baguettes mais aussi le faux « Qigong » (comme si c’était comme ça !), le faux Taijiquan ( on fait du Tai Chi comme on fait les pyramides, la Thailande, son âge, la gueule, un infarctus donc en touriste !), le faux Feng Shui avec ses cendriers à trigrammes pour rendre la fumée moins nocive, la fausse musique chinoise (ou musaque orientale nouille-âge), la fausse méditation (où on roupille sur une musaque orientale dans des volutes de faux encens), le faux Jiu Jitsu retapé par Marcel Dugenou, les faux Chinois et les faux Japonais des restaurants chinois et japonais parisiens où on sert de la fausse cuisine chinoise et des faux sushis avec du faux Saké qui est de l’alcool parfumé à la (fausse) rose, des faux Yijing qui n’ont rien à voir avec les textes originels et on en passe encore quelques dizaines.
Faux, archifaux et usage de faux.
Mais qui finit, bien évidemment à faire plus vrai que le vrai puisque bénéficiant de fausses garanties, de faux labels, de faux certificats, de faux diplômes.
Pourquoi s’ennuyer à apprendre à manier des baguettes puisqu’un ersatz fait aussi bien l’affaire ?
Et le reste suit, à l’avenant.
Et les Chinois, eux-mêmes, ne sont pas les derniers à vendre de la fausse Chine avec, par exemple, de faux moines et des écoles ancestrales nées, ou au mieux totalement remaniées, il y a une trentaine d’années tout au plus.
Qu’un chat soit noir ou gris, l’important est qu’il attrape des souris, ou, éventuellement des touristes et leurs devises.
Mais par contre, si vous allez en Chine, il vous faudra quand même emmener vos fausses baguettes ou votre fourchette pliante car, en Chine, à table avec des Chinois, il n’y aura pas de quartier pour les canards boiteux.

Les vraies fausses baguettes chinoises séparées

Les vraies fausses baguettes chinoises réunies : c'est ingénieux !

On les utilise comme une pince à épiler : ingénieux mais pas pratique du tout !

Une paire de vraies baguettes chinoises : Elles proviennent du Man Wah le resto chinois de l'Hôtel Mandarin de Hong Kong.

La preuve (Pour celles et ceux qui lisent le chinois !) :
Le Man Wah est l'un des rares restaurants dans le monde a avoir obtenu à la fin des années soixante dix un 20/20 de Gault et Millau !

Comment on prend la première baguette dans la "gueule du Tigre"

Le deuxième baguette représente le "bec de la Grue", c'est elle qui est mobile !

Comment les baguettes saisissent la nourriture pour la porter à la bouche.
C'est simple et très efficace.
Cela demande trois minutes pour apprendre et un peu d'entrainement pour y arriver
Et cela pour toute une vie et même pour plusieurs générations !
Après on s'apprend à attrapper des oeufs de caille en sauce sans les expédier dans le décolté de la voisine.

Bon là c'est une prise de baguette "spéciale Triades".
Cette manière de prendre les baguettes permet de saisir une épée, ou autre chose, sans avoir à lâcher les baguettes.
Une fraction de seconde gagnée pour dégainer.
A ne pas trop utiliser dans certains restaurants chinois !

Comment sairir la poignée de l'épée sans lâcher les baguettes.
C'est aussi "Trois Un".

Les baguettes peuvent aussi servir d'armes pour des piques redoutables si on connaît bien les point vitaux.
Il existe aussi, à vrai dire, des massages particuliers avec les baguettes chinoises.
Les baguettes coréennes (ou mongoles !) sont souvent en métal

Ma petite paire de baguettes de voyage en bois de fer.
On n'est jamais trop prudent !

Une paire de baguettes mongoles (Yuan) en bronze.
Les baguettes de métal sont toujours utilisées en Corée.
Il est amusant de constater qu'elles sont reliées et qu'elles peuvent fort bien servir de fléau (nunchaku ou Tien Pan Ling) miniature.

L'unité dans la diversité - Yi (Un) Wan (Multitude) -
Le "club de l'Asie des baguettes".
Entre Chine, Japon, Vietnam et corée ce n'est pas le choix qui manque !
Le sens de l'humour asiatique au 3eme degrè : des baguettes cuillère et fourchette pour les Laoguai (Occidentaux).

En chinois baguettes se dit "Xiaobang" (petit-bâton).
Voici quelques autres "baguettes normales" (Bang) et autres armes sous le portrait de Chinese Gordon.
Alias "Gordon Le Chinois"
Bien qu'Occidental il savait se servir des baguettes, et même des pinceaux, et fut Maréchal des Armées Impériales (Titou).
A droite "Yue Fei Gulianjiang" - La lance fondue à un crochet de Yue Fei".
Il terminera sa carrière en tant que "Gordon Pacha" à Kartoum.
Pour en savoir plus sur Chinese Gordon
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