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Lorsqu’en Occident nous
parlons de santé, nous avons généralement tendance à
définir celle-ci comme l’absence de maladie, comme nous considérons,
d’ailleurs trop souvent, que la démocratie est l’absence de dictature.
A partir de là se développe un concept efficace et simpliste basé
sur l’hypothèse que cette santé est " le silence du
corps ". Il convient alors, par des moyens de plus en plus sophistiqués,
de faire taire la douleur ou les contraintes perturbatrices en effaçant
ou en réduisant les symptômes qui ne sont, en réalité,
que les manifestations de la maladie.
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Dans la plupart des cas la riposte est
immédiate et " anti-quelque-chose "... antibiotique,
antiseptique, antiphlogistique, antiviral, antipyrétique, anti-allergique,
anti-inflammatoire, antinévralgique, antispasmodique, antitussif... ou,
ce qui revient au même, analgésique, bactéricide, anesthésique... sinon
chirurgicale.
Cette forme de médecine, dont les résultats ne sauraient
par ailleurs être contestés, est donc de plus en plus spécialisée
et nécessite le concours d’une technologie de pointe toujours plus coûteuse.
Or, si nous pouvons nous offrir le luxe de cette médecine de riches qui,
à juste titre fait des envieux dans la plupart des pays moins favorisés,
il devient de plus en plus difficile de l’exporter fut-ce pour des raisons humanitaires.
Nous savons, par ailleurs, que les médecines traditionnelles d’Extrême-Orient
ont pour principale particularité de replacer l’individu dans un contexte
global, que certains qualifient d’holistique. Lorsqu’elles en ont le moyens,
elles insistent plus volontiers sur le principe de prévention dans lequel
la santé permet au corps de s’exprimer pleinement.
Or, ce contexte global
prend racine dans les profondeurs de la culture la plus ancienne et la plus
classique que l’on qualifie, ici, tantôt comme philosophique, religieuse,
ésotérique, chamanistique, animiste, folklorique, empirique, magique
au gré des multiples facettes que l’on étudie séparément
dans nos facultés à la lumière de nos connaissances influencées
par nos certitudes matérialistes héritées de deux millénaires
de conquêtes civilisatrices. De bonne foi, nous apportons la lumière,
la santé, le bien-être, la démocratie, la connaissance scientifique
et la certitude que nul ne peut désormais plus se passer de nous. Cette
vision idyllique se heurte pourtant, sur le terrain, à une toute autre
réalité. Nous ne sommes pas seuls en ce monde à désirer
autre chose que le simple fait de pouvoir marcher, respirer, dormir, manger,
aimer sans trop de contrainte. Rien ne sert de rendre la santé su celle-ci
se limite à un acte purement médical, donc technique, aboutissant
à un asservissement matériel de plus. Cela est encore plus vrai
si on a affaire à des populations déplacées ou en exil
qui, peu à peu, perdent leurs racines donc leurs points de repère
avec ce contexte global, donc culturel, qui, auparavant, était l’une
de leurs principales raisons de vivre en harmonie avec leurs semblables et leur
environnement fut-il souvent défavorisé.
Au travers de leur médecine
traditionnelle les tibétains savent plus que quiconque quelle est l’influence
du mental sur la santé. Or, ce mental tibétain, très particulier
est puissamment relié à une tradition culturelle millénaire
faisant simplement partie de la vie communautaire et individuelle de chacun.
Le simple fait de remplacer, peu à peu, une tradition millénaire
locale par une autre tradition millénaire importée n’est pas sans
conséquence sur la survie même du peuple tibétain. Lorsque
ce transfert culturel s’accompagne d’un transfert, sans équivalent historique,
de populations civiles, puisque le Tibet compte désormais sept millions
de " résidents " Chinois, soit un million de plus
que les tibétains de souche. Si on ajoute à cela, en excluant
quelques atrocités, plusieurs campagnes de stérilisation forcée
ainsi que la déportation, " pour les éduquer ailleurs",
de jeunes enfants, on est en droit de se poser quelques questions concernant
l’avenir de ce pays.
Cette stratégie progressive du Bernard l’hermite
basée sur une normalisation politique, ethnique, culturelle, économique,
linguistique n’en demeure pas moins un modèle du genre... En admettant,
d’ici quelques années, une libéralisation de la situation politique
actuelle, il sera alors difficile sinon impossible de revenir en arrière.
Devant cet état de fait il devenait donc urgent de tenter de préserver,
particulièrement auprès des Tibétains en exil, une identité
respectueuse des valeurs humaines, culturelles, sociologiques et ethnologiques.
Au travers d’une assistance médicale sur le terrain, c’est désormais
ce que réalise une association non gouvernementale dont l’action s’est
officialisée depuis 1992.
Dans les camps et monastères
de l’Inde, du Népal, du Bouthan, du Sikkim depuis 1985... |
Lors de l’invasion chinoise
plus de 100 000 Tibétains ont fui leur pays pour trouver refuge en dehors
de ses frontières. Bon nombre d’entre eux se sont donc provisoirement
installés dans des camps de fortune ou dans des monastères offrant
un asile précaire. Cette précarité dure maintenant depuis
quarante ans et le provisoire est devenu sinon définitif du moins normal.
Les premières équipes se rendant sur place ont pu constater que
ces monastères étaient, en fait, devenus peu à peu des
pensionnats, sinon des orphelinats, composés essentiellement d’enfants
et d’adolescents encadrés par quelques rares adultes. Ces populations
d’enfants et d’adolescents, sous alimentés et regroupés dans des
baraquements sans aucune hygiène étaient, et sont encore actuellement,
l’objet d’épidémies de toutes sortes, de maladies de peau et surtout
de tuberculose. De plus, pour les individus plus âgés il était
à noter une difficulté d’adaptation liée à une altitude
nettement inférieure à celle à laquelle ils étaient
habitués. Cela se concrétisait par l’apparition de maladies nouvelles
et inhabituelles pour les Tibétains, donc difficile à traiter
par la médecine tibétaine traditionnelle.
Une équipe médicale
composée alors de quatre médecins eut donc pour tâche de
parer au plus pressé ce qui consistait principalement dans le traitement
d’urgence de la tuberculose, mais, rapidement l’évidence s’est faite
que la prévention passait par un minimum de confort et d’hygiène
et il fut créé une branche humanitaire en sus de l’antenne médicale.
Si l’action médicale portait sur le dépistage de la tuberculose,
le traitement des maladies infectieuses, le traitement du retard staturo-pondéral,
l’action humanitaire fut mobilisée pour assurer la réparation,
voire la construction de logements en dur, l’équipement des locaux existants,
la fourniture de lits et de couvertures, l’approvisionnement en eau, la construction
de latrines avec une évacuation correcte, l’installation de douches avec
eau chaude fournie par des capteurs solaires.
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Ces actions se poursuivent actuellement
dans dix monastères et deux camps. Chacun des monastères concernés
dispose désormais d’un dispensaire dont l’approvisionnement en médicaments
est effectué lors du passage des équipes médicales qui
se chargent de la formation d’un responsable afin qu’il sache utiliser les médicaments
de base tout au cours de l’année.
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Il est donc ainsi en mesure
de soigner les résidents du monastère ainsi que la population
civile avoisinante. Cela s’effectue sans compétition avec la médecine
tibétaine qui garde toute sa valeur dans le domaine du psychique et du
psychosomatique mais qui n’est pas toujours en mesure d’apporter une solution
quant aux maladies infectieuses graves, notamment la tuberculose. Les moines
se sentent très concernés par la santé de leurs concitoyens
et apportent une aide efficace tout en permettant de faciliter le contact avec
la population civile qui, de plus en plus souvent, vient en consultation par
familles entières. Il existe désormais 26 dispensaires répartis
en Inde et au Népal et visités une ou deux fois par an ainsi que
4 relais médicaux établis avec des médecins locaux. Depuis
cinq ans plus de 20 000 personnes ont ainsi pu être prise en charge dont
5000 suivies régulièrement. 70% d’entre-elles ont moins de vingt
ans.
Le parrainage... au delà
de l’action médicale et humanitaire... |
La santé, l’hygiène,
le minimum vital sont indispensables mais il demeure encore quelque chose d’essentiel
dans le simple fait de pouvoir retrouver ses racines et sa culture. Or, la culture
tibétaine, menacée, demeure l’un des trésors de l’humanité.
Sous l’impulsion de Madame Evelyne Charbonnier il a donc été décidé
d’aider les Tibétains à préserver cet héritage par
le biais de parrainages.
En deux ans un ensemble de 500 enfants, nonnes, moines
et laïcs ont donc pu trouver, grâce à ce moyen, la possibilité
d’accéder à l’étude de la langue tibétaine, d’acheter
des livres et du matériel scolaire, de faciliter l’accès à
la scolarité aux enfants, de communiquer avec le monde extérieur
au moyen de courriers et de cadeaux. Enfin, et surtout, ce parrainage permet
aux monastères, en les préservant et en les aidant, de maintenir
le patrimoine culturel et de faire en sorte que la transmission de la langue,
de l’écriture, de l’art puisse être effectuée dans de meilleures
conditions.
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Le monastère devient ainsi un lieu d’accueil et de rencontre
où l’on peut étudier non seulement le langue et la grammaire tibétaine
au travers de textes anciens ou modernes, mais également des langues
étrangères mais également l’art des tankas, la peinture
sur papier ou sur soie, les danses tibétaines profanes et sacrées,
la musique, le chant, la médecine... Cela se couple avec une production
artisanale concernant les masques, les cerfs-volants, la poterie traditionnelle,
le travail de gravure sur bois ou sur pierre, ce qui permet d’obtenir un apport
financier non négligeable.
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Pour l’instant les O.N.G. ne sont pas autorisées
au Tibet mais le Dalaï Lama reconnaît l’efficacité de cette
action et souhaite que celle-ci puisse s’étendre à l’intérieur
même du Tibet où la santé et l’éducation font cruellement
défaut, particulièrement dans les campagnes.
Lors d’un entretien
récent à Dharamsala avec le Président de l’Association,
le docteur Yves Lhomelet, il affirmait " Dans le cas spécifique
du Tibet, il faut préserver à la fois la culture tibétaine
et la culture bouddhiste. Je distingue toujours le bouddhisme et la culture
bouddhiste. Le bouddhisme est pour les bouddhistes, mais la culture bouddhiste
peut être utilisée par tous, qu’ils soient bouddhistes ou non,
même par les athées. Je fais aussi la distinction avec la culture
individuelle.
Une culture est principalement la création d’une société,
ou la création d’un système social. Maintenant le système
social change. Le vieux Tibet ne revivra jamais. Cela doit changer et une partie
de notre culture s’en ira avec le changement de notre société.
Par exemple depuis que nous sommes en Inde, nous avons mené un travail
de démocratisation que nous avons intensifié ces dernières
années.
C’est pourquoi cela change. Il y a un aspect de notre culture
qui n’est pas préservé et qu’il est inutile de préserver.
C’est une partie de notre histoire. Il y a un autre aspect de la culture tibétaine
qui, je le pense, est de première importance : celle qui permet
d’obtenir la paix de l’esprit, d’accroître la patience, la détermination
et la confiance en soi. Nous avons le devoir de préserver cet aspect
pour améliorer notre attitude envers l’environnement, envers les animaux
et envers ceux qui nous entourent. C’est cette effort que nous devons poursuivre.
Pour cela le bouddhisme est le facteur clé qui permet de préserver
cette culture. Mais il faut plusieurs années pour en arriver là.
Dans nos différentes écoles et même dans nos colonies, nous
voulons promouvoir l’éducation et la culture bouddhiste. Vous savez les
Tibétains se disent tous bouddhistes, mais quant on leur demande " Qu’est-ce
que le bouddhisme ? " très peu savent répondre.
Ainsi nous devons promouvoir la compréhension, le sens du bouddhisme.
Il est difficile de réussir tout ceci sans une aide extérieure.
Ainsi des organisations non gouvernementales ont déjà apporté
leur soutient et votre association est très utile pour développer
cette action. Je sais que vous aidez les populations et les étudiants
dans différents centres. Vous êtes déjà engagé
dans cette voie. C’est extrêmement utile ".
Assistance Médicale
" Toit du Monde "
21, rue de Marignan - 75008 PARIS
Internet : AMTM.org
Quelques
ouvrages utiles : |
Médecin du toit du
monde
par Dolkar KHANGKAR et Marie José LAMOTHE
Editions du Rocher
Sa Sainteté le Dalaï
Lama - La Voie de la Simplicité -
Conseils de méditation pour
vivre le bouddhisme
Editions Ramsay
L’infini pouvoir de guérison
de l’Esprit selon le bouddhisme tibétain -
Exercices de méditation
simples pour la santé, le bien-être et l’éveil -
par Tulku
THONDUP
Editions Le Courrier du Livre.
Introduction à la
médecine tibétaine -
Prévention et traitement des maladies
-
par Tenzin CHOEDRAK
Editions DANGLES
Les quatre nobles vérités
du Bouddha
par S.E. Shartse Tcheudje Rimpoche Longri Namgyel
Editions DERVY
Gso-Ba Rig Pa - Le système
médical tibétain -
par Fernand MEYER
PRESSES DU CNRS
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