LES TROIS UN

ou pourquoi San Yiquan par Georges Charles

 

 


Wang Yangming (1472 1529) Philosophe et homme d'action
Ancêtre de Wang Zemin (Wong Tse Ming ou Tai Ming Wong)

 

"Agir est facile"
"Dans le doute agis"
"Dans certaines circonstances ne rien faire c'est déjà agir"
"Agir avec le minimum d'effort pour obtenir le résultat escompté"
"Bien faire et laisser dire"

 

 

Lorsqu’en 1979 le Maître Wong Tse Ming (Wang Zemin)(1909 2002) m’a proposé de lui succéder  dans son enseignement  il a souhaité respecter la tradition confucéenne qui consiste à trouver un nouveau nom d’école.

 


Pensant qu’il était taoïste je m’étais étonné qu’il se réfère à Confucius qui, dans les milieux autorisés, comme disait Coluche, avait mauvaise presse.

 


Il m’avait alors expliqué en souriant qu’il était très difficile de demeurer taoïste lorsqu’on, ne respectait pas même Confucius et que, depuis des siècles, en Chine il existait une tendance très réaliste qui voulait que « les trois enseignements s’harmonisent (s’unissent) en un », ce qui se disait « San Jiao He Yi ».

 


Depuis les Song et surtout sous l’influence de son ancêtre Wang Yangming (Wang Shouren ou O’Yomei en Japonais) ( 1472 1529) ce principe des « Trois Un » qui trouvait son origine dans le chapitre XIV du Daodejing de Laozi (Tao Te King de Lao Tseu) – inaudible, impalpable, inaudible – était un simple fait.

 


L’immense majorité des Chinois, ainsi pouvaient être confucianistes dans le travail, taoïstes en rentrant le soir chez eux et bouddhistes lors des grandes occasions de la vie comme le mariage, ce qui ne les empêchait pas, au demeurant, d’être communistes, capitalistes et adeptes du libéralisme tout en restant très pragmatiques bien que superstitieux. 

 


Ce qui, évidemment, déclenchait l’ire des fondamentalistes, des intégristes, des extrémistes de tous poils qui à l’instar de Zanini braillaient « C’est comme-ci ou comme ça, ou c’est noir, ou c’est blanc ! »


On peut, évidemment, se gausser des majorité.

 


Mais il se trouve, aussi, que  des minorités utilisaient ce même principe permettant, justement, de ne pas s’enfermer, se scléroser,  dans une doctrine confite dans la certitude.

 


Wang Yang Ming avait, à son époque,  dénoncé les fameux « boutiquiers de Confucius » qui arrangeait celui-ci à leur sauce en le faisant passer pour un psychico-rigide de la pire espèce,  ou qui, au contraire le récupéraient à des fins politiques, justifiant la répression, dénonciation qui fut par ailleurs reprise par Lu Xun, fondateur du mouvement très contestataire du   4 mai 1919.

 

 

Lu Xun
Lu Xun (Luxun, Lu Siun, Lou Sin alias Zhou Shuren - 1881 1936 )
Ecrivain et essayiste, ami de Wang Zemin, initiateur d'un mouvement contestataire universitaire et estudiantin dit "mouvement du 4 mai 1919" et qui reprit la formule de Wang Yangming "Non à la petite boutique de Confucius" !
Il est amusant de constater que, après 1949, les autorités chinoises le récupérèrent.
Mais qu'en 1989 lorsque les étudiants brandirent leurs banderoles sur les "boutiquiers de Confucius" ce même pouvoir eut un trou de mémoire.

 


D’autre part Wong Tse Ming, donc Wang Zemin, en descendant en ligne directe de ce même Wang Yangming avait été obligé de s’expatrier et de demander l’asile politique en France, en 1949,  car les nouvelles autorités chinoises ne souhaitaient pas  de nouvelle contestation basées sur un mouvement qui avait plusieurs fois fait ses preuves.

 


Ce même mouvement refit surface en 1989, soit soixante dix ans plus tard,  quand les premières banderoles déployées par les étudiants en philo furent « Non à la boutique de Confucius ».

 


En référence à Lu Xun et, évidemment, à Wang Yang Ming, l’ancêtre quelque peu encombrant.

 


Lorsque les étudiants s’assirent en utilisant le principe « En certaines circonstances ne rien faire c’est déjà agir » le pouvoir prit peur et fit donner les chars.

 


Ce qu’il faut savoir c’est que le nom de Wang, ou Wong, s’écrit avec un trait vertical reliant trois traits horizontaux, ce qui est la devise de la famille, ou du Clan (Jia ou Gar) Wang de Yue d’où est issu Wang Yang Ming puis Wang Tse Ming :


« San Heng Yi Shu Wang »


Où on retrouve les fameux “San Yi”.


Et le caractère Shu, utilisé par Wang Pi au troisième siècle pour caractériser la doctrine de Confucius dans son ensemble


« La Voie du Maître (Kong) consiste en Zhong et en Shu et en rien d’autre !
Zhong c’est aller au bout de soi-même (verticale)
Shu  c’est se porter vers les autres »
Wang Pi

 


Ce qui est explicite lorsqu’on sait que Wang signifie roi ou empereur et par extension royal ou impérial.


Et les rois et empereurs éclairés ont toujours respecté et fait respecter les « Trois Doctrines » ou « Trois Enseignements » (San Jiao).


Et ceci bien avant même qu’il fut question de « trois styles internes » ou autres « Trois-Un » que pourraient être, actuellement, marxisme-léninisme à ma sauce Chinepop, capitalisme à la sauce Zones Economiques Spéciales et libéralisme à la sauce Singapouro-Taiwanaise qui s’uniraient dans un vaste profit.


Lorsque de Liananquan (Lien Han Chuan) l’Ecole de Wong est devenue Sanyiquan ou San Yiquan (San I Chuan ou San Yi Chuan) il fut évidemment question, pour les profanes  (dont je faisais encore probablement partie !), de Trois Ecoles Externes (Hung Gar, Tang Lang, Wing Chun) et d’Une Ecole Interne (Xingyiquan ou Hsing I Chuan).


San Yiquan conservait, pour lui rendre hommage, le nom de l’Ecole du Maître de Wong Tse Ming (Wang  zemin) qui était Wang Xiangzhai et qui, après avoir utilisé Dachengquan (Ta Tcheng Chuan) utilisa à nouveau le nom de Yiquan (I Chuan) qui était le nom de l'ecole du Maître de son Maître à savoir Li Nengjan (Li Lo Neng).


De même que j’ai conseillé à John William Squier ,lorsqu’il m’a demandé de fonder (non de créer !) sa propre école, d’utiliser le nom de Neilianquan (Nei Lien Chuan) en hommage au Liannanquan (Lien Han Chuan) de mon professeur Wong.


Il est habituel, dans cet hommage, de se référer au grand-père plus qu’au père pour éviter tout conflit familial !


Ceci toujours dans le respect de la tradition confucéenne.


Mais San Yiquan désigne aussi, et par principe, l’enseignement de Wang Yang Ming à savoir que « Trois Doctrines s’unissent en Un (principe) ».


Pourquoi ?


Tout d’abord simplement parce que c’est très chinois à la fois populaire mais aussi impérial !


Le Taoïsme, doctrine « intérieure » vise à atteindre la liberté mais, en réalité, n’a que faire des contingences humaines ou terrestres.

La terre peut exploser avec toute l’humanité, et l’inhumanité, le Tao s’en bat le flanc.

Pour être direct il s’en fout comme de l’an quarante et plus encore.


Et sa doctrine n’est pas nécessairement sympathique ni même empathique.
Quand il est dit « Il y a trois catégories d’individus, ceux qui ont compris sans qu’on ne leur explique, ceux qui comprennent difficilement mais qui font un effort et les autres avec lesquels il est inutile de perdre du temps »


Ou quand Yangzi affirme « si il fallait que je sacrifie une rognure de l’ongle de mon petit doigt pour sauver la planète, j’hésiterai ! »


Ce n’est évidemment pas le Tao qui parle mais ceux qui sont censés parler pour le Tao !


On est dans un autre monde.


Le Tao c’est un autre monde.


Pour les Confucianistes, lorsqu’il ne s’agit pas des boutiquiers, le principe essentiel est d’élever l’Etre humain de manière à ce qu’il s’élève encore ce qui implique, nécessairement, une certaine bienveillance qu’on persiste à nommer humanité.
Le Confucianisme qu’on le veuille ou non est humanitaire et bienveillant lorsqu’il n’est pas détourné de sa fonction originelle.


Il n’y a pas de « Xiaoren » (littéralement hommes de peu ) mais des êtres qui ne demandent qu’à grandir et à s’élever.


D’où l’aspect profondément didactique de cette doctrine.


Je ne dis pas, à dessein, pédagogique (de paidos = sans poil = enfant impubère) qui est une infantilisation voire une crétinisation à coté de laquelle la démagogie (littéralement éduquer le peuple !) est un bienfait.

 

Il suffit de lire "La Grande Etude" pour se rendre compte que les Confucianistes critiquent directement le régime lorsqu'il est corrompu alors que les Taoïstes lèvent les yeux au ciel

 

"Cela signifie que l'Etat doit faire preuve de plus d'intérêt pour cultiver les devoirs que pour rechercher les profits. Quand celui qui dirige une nation ne s'applique qu'à amasser des biens matériels, cela vient obligatoirement des hommes médiocres dont il fait grand cas. L'utilisation d'hommes de peu provoque l'arrivée simultanée de fléaux et de malheurs dans la nation en question. Aussi même si il se trouve là d'excellents hommes, ils n'y peuvent déjà plus rien."
Daxue - La Grande Etude - 6B page 565 Philosophes confucianistes Bibliothèque de la Pléiade NRF Gallimard

 

Cette charge ouverte contre le "bling-bling" vaudrait probablement à notre époque une mise sur écoute !


Quant au Bouddhisme, implanté en Chine au premier siècle de notre ère, bien que considéré comme doctrine « Externe » (venue de l’extérieur) il a le mérite de prôner plus que la bienveillance, la compassion.


Non seulement il faut cesser d’engueuler ceux qui traînent la patte mais il faut porter leur barda et leur fusil et les remercier de permettre un exercice salutaire et rédempteur en se promettant de leur servir un thé au bivouac.


Alors qu’il y a belle lurette que le Taoïste s’est cassé dans la montagne où l’on boit une piquette qui produit des centenaires à ne plus que savoir en faire.


Solution facile.


Les  Taoïstes n’on rien à foutre des débutants, ni des anciens d’ailleurs, ni même de la pratique et de sa transmission, ni de la transmission elle-même, ni d’eux-mêmes.


Ou alors c’est qu’ils sont, déjà, un tout petit peu, confucianistes et qu’en faisant  un effort, encore,  ils pourraient devenir aussi presque un peu bouddhistes.

Le fait de savoir, je ne crois pas, je sais (certains disenrt "je crois en Dieu" j'aimerait bien qu'il soient plus affirmatifs car croire ce n'est point être certain !) que "l'univers est une fiente de mouche sur la sandale du bouddha" me rassure !

Il me reste à tenter de regarder sa sandale mais je ne sais pas laquelle c'est.


Alors pourquoi perdre du temps à jeter des cailloux sur tous les chiens qui aboient puisque de toute façons, à moins d’être borné, ou demeuré, on y arrivera un jour ou l’autre à faire ce petit bout de chemin d’abord vertical, vers ce qui nous élève, puis horizontal qui nous tend vers les autres, donc vers ce qui nous grandit.


Au moins les Sages Chinois auront essayé de faire cette proposition, il resterait évidemment  à d’autres, particulièrement en matière de religion ou de politique,  à essayer de trouver la même Voie.


Au niveau de San Yiquan on fait ce que l’on peut !

 

Lorsqu'on demanda au Maître Kano ce qu'était le vrai Judo il répondit

"Pensez vous qu'un homme de mon âge et de ma condition perdrait son temps à enseigner à jeter des gens par terre ? Non Messieurs, le Judo est une métaphore scientifique !"

 

San Yiquan est peut-être, aussi, une métaphore philosophique.

 

 

San Yiquan et Xingyiquan
San Yiquan - Xingyiquan par Emmanuel Pédon.

 


Mais cela ne nous empêche pas d'être présents, au contraire, à l'inauguration de la stèle commémorative érigée en l'honneur de Li Laoneng à Shenzhou dans le Hebei et qui concerne dans la transmission et la filiation du Xingyiquan.

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