Le Grand Louvetier et Porte Arquebuse du Roi ayant décrété qu'il avait
vu les étoiles à midi, chacun se mit consciencieusement à observer le
ciel.
Le loup se mit à ne plus du tout ressembler à un loup mais à une
" bête ", " oune bestio " comme on dit là bas.
La " bestio del Gebaudan
" sera naturalisée.
L'empailleur reçut des ordres très précis quant à
la taille et à la forme particulière de la " bête ", qui commençait par
ailleurs à se décomposer, et fut donc contraint de la dépouiller afin
d'étendre sa peau sur un moule.
Il ne s'en étonna pas outre mesure car
ce type de demande était coutumière des collectionneurs de trophées empaillés.
C'est pourquoi, afin d'éviter toute contestation, les puristes méfiants
préféraient présenter des " massacres ", c'est à dire le crâne de l'animal
dépourvu d'artifices.
Le " bestio " empaillé fut présenté à Versailles
ou Monsieur Antoine fut reçu en véritable héros.
Une bonne vieille rente, l'Ordre de Saint Louis et le Bestio sur les armoiries d'Antoine.
On n'en attendait pas tant.
Il recevra le règlement
de ses dépenses, seize mille soixante quinze francs or et trente huit
centimes, somme jugée extravagante à l'époque, plus une très importante
prime ainsi que des terres et des titres dont la Croix de Saint Louis.
Et le droit de faire figurer la "Bête" dans ses armoireries !
Cette " affaire " lui rapporta bon an mal an 200 000 livres de revenus.
Soit plusieurs centaines de millions d"euros actuels.
Le fameux" secours
" réclamé par Monsieur Antoine a, en effet, probablement été très bien utilisé.
L'origine probable de ce fameus secours : le jardin des plantes de Paris !
Tout
serait pour le mieux dans le meilleur des mondes si, début septembre,
un grand loup gris des Carpathes, très connu des Parisiens à caiuse de ses hurlements lugubres, n'avait pas subitement
disparu de la ménagerie du Jardin des Plantes de Paris ce qui mit Monsieur
Georges Louis Leclerc Comte de Buffon (1707-1788), lui-même, dans tous
ses états puisqu'il diligenta mollement une enquête qui n'aboutit jamais.
Et pour cause.
Il est probable que ce fameux loup ait justement fait partie du secours tant attendu par ce cher Monsieur Antoine.
Mais allez donc le prouver puisque, comme pour le Rainbow Warrior ou les paillottes corses il n'existe, évidemment, aucun ordre écrit de l'autorité responsable !
On imagine mal Sa Majesté écrire à Buffon :
"Cher Ami scientifique un copain a nous a quelques démélés chez les ploucs du sud où ne parvient pas à flinguer une bestiole qui bouffe mes chers sujets et permet ainsi à Choiseul Beaupré de critiquer vertement la noblesse locale qui serait peut être impliquée dans cette sombre affaire. Pourriez vous avoir l'amabilité de lui faire parvenir l'une de ces bestioles que vous gardez en la ménagerie de votre jardin et la lui envoyer discrètement et promptement. Ce copain, dont je tairai le nom mais qui est un proche puisque mon propre porte arquebuse à moi, pourrait ainsi la flinguer rapidement me tirant une épine du pied. Après on avisera ! "
Et Buffon de répondre par écrit bien évidemment :
"Pas de problème, Majesté, j'ai justement un grand loup gris des Carpathes qui fera très bien l'affaire, je m'en occuppe personellement, vous pouvez dormir tranquille !"
Mais ne rèvez pas même si ces lettres existaient elles seraient probablement au fond d'un coffre.
L'épisode de la disparition du loup est relatée dans le tome XVIII de Lacépède "Buffon continue" (Mémoires concernant Buffon) 1788 Paris.
(Muséum d'Histoire Naturelle de Paris et coll. particulière).
Malgrè les travaux les affaires continuent

Août 2007 pente du Mont Chauvet : la monde a-t-il vraiment changé, ici ?
Il y eut, comme d'habitude, une accalmie puis, le 2 décembre elle attaque à nouveau à la Besseyre Saint Mary où elle blesse gravement deux enfants.
Entre temps la "Bête" avait néanmoins été appercue le 28 septembre à Marcillac et le 21 octobre encore à Marcillac.
A Paulhac, de nouveau, ou plus précisément au Hontès Bas, le 10 décembre un jeune vacher de six ans, Vidal Tourneix, fut gravement blessé.
Il ne dut la vie sauve qu'à l'interrvention de Jean Couret, âgé de quatorze ans, une émule de la Bonne du Curé de Paulhac, "La Pucelle du Gévaudan" qui se saisit de sa baïonnette, accourut en grande hâte et fort courageusement et força la "Bête" à lacher prise.
La fameuse "vraie Bête" ayant été tuée par Monsieur Antoine ce jeune garçon courageux ne sera donc pas officiellement félicité et l'affaire en restera bien évidemment là.
Donc pas de monument pour le jeune Jean Couret !
Notons, en passant, que cette nouvelle agression eut encore lieu à proximité de Paulhac, donc du Mont Mouchet, repaire des Chastel !
Plusieurs agressions meurtrières suivirent., mais la " Bête " ayant été tuée par Antoine on étouffa également et encore ces nouveaux meurtres.
Puis on les colla sur le compte des loups qui avaient décidément bon dos puisque la majorité d'entre eux avaient été exterminés, faute de mieux, au cours de ces deux années de battues incessantes avec les meilleurs louvetiers du royaume et des effectifs sans aucun précédent.
Entre le 10 mai 1764 et le 21 avril 1767 trois cent quarante six loups
furent tués dont 251 furent l'objet de primes répertoriées.
L'hypothèse que le fameux " secours ", probablement un grand loup, soit
parvenu le 19 septembre à l'abbaye de Chaize avec les chiens destinés
à la chasse du 21 fut déjà maintes fois évoquée.
Mais il n'est pas bon de remettre en cause la parole des grands de ce monde et même celle des petits qui leurs sont affidés.
Et cela expliquerait notamment
son attitude for peu agressive et même confiante envers les hommes auxquels
il était déjà bien habitué à Paris dans sa cage du Jardin des Plantes !
De ce fait bon nombre de Parisiens, sans le savoir, avaient donc observé et aussi entendu cette fameuse "Bête" qui était devenu un loup fort civil et fort aimable sin on excepte ses hurlemennts qui faisaient glacer le sang à pas mal de riverains.
Puis on se remit à parler de la Bête comme auparavant sans oser comprendre que le coup de Monsieur Antoine était une sinistre farce qui allait se poursuivre en horrible tragédie.
Encore de nos jours le Sieur Antoine possède ses défenseurs attitrés, ses sbires, ses petits drilles et ses larrons.
Qui ne rêvent généralement que de fliguer du loup.
Ce qui est paradoxal puisqu'Antoine lui-même leur affirme que ce n'en n'est pas un !

Tour de la Clause : elle veille sur la campagne du Mont Chauvet
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