Une famille Chastel un peu particulière !
Comme par le plus grand des hasard tout ce beau monde utilisait les divers
services des frères Chastel et, plus particulièrement, de
Jean.
Etrange famille que celle des Chastel. Le père Jean, dit
" Le Masque ", d’une instruction certaine avait été
cabaretier et jouissait de la réputation d’être un excellent
chasseur, et de celle, beaucoup moins bonne, d’être un " sacré
meneux de loups " (meneur de loups, un individu ayant passé
un " pacte " donc ayant le savoir et le pouvoir de diriger
un ou plusieurs loups à sa guise... ).
D’où son surnom du " Masque " qui désignait habituellement,
dans ces régions, les sorciers et autres jeteurs de sorts.
Suivant certains son surnom exact serait "De la Masque" ce qui impliquerait qu'il serait né d'une sorcière dont il aurait hérité des pouvoirs.
Son fils aîné, Pierre, également fort bien instruit,
gérait depuis la Besseyre une partie des intérêts
et des terres de Madame d’Apcher de Chateauneuf, dont il recouvrait, entre-autres,
les créances personnelles auprès des mauvais payeurs.
Il
s’agissait donc de l’homme de confiance de Madame d’Apcher, très
proche parente du Marquis.

Le village de Desges près duquel fut égorgée
la dernière victime de la Bête, une paysanne de 19 ans nommée
Jeanne Bastide.
Cette Bête fut tuée le lendemain matin par Jean Chastel posté
sur la Sogne qui domine ce village entre Desges et Lesbinières.
Le village de Desges au fond dela vallée
Le fils cadet, Antoine, une sombre brute, était, par contre,
garde chasse dans le bois de Ténazeyre, situé au cœur
du Mont Mouchet.et qui appartenait également à Madame d’Apcher
de Chateauneuf.
Il avait, quelques années auparavant, échappé
de peu aux galères, grâce à une haute intervention,
pour une affaire de viol et meurtre avec actes de barbarie.
Il avait alors été prié d’aller se faire pendre ailleurs et d’entreprendre,
à cet effet, un voyage lointain.
On raconte alors qu’il avait été
pris par des pirates maures et qu’il aurait subi des sévices dont
il voulut se venger à tout prix.
Il était revenu au bout
de sept ans d’absence.
Il vivait généralement seul dans
plusieurs cabanes du Mont Mouchet entouré d’une meute de chiens
et toujours suivi par une grande chienne rousse ressemblant fort à
un l’un des immenses lévriers afghans ramenés de Syrie par
l’un des neveux du Marquis d’Apcher, Jean François Charles de Molette,
Comte de Morangiès ou Morangias suivant l'écriture d'Oc (1721 1801), également considéré dans la région
comme un débauché notoire.
Pour une autre lecture du Mandement de Monseigneur l'Evêque de Mende !
Gabriel Florent de Choiseul Beaupré, évêque
de Mende, le 31 décembre 1764, consacre et publie un mandement pour stigmatiser
cette débauche et ce libertinage qui, selon lui sont à l’origine
du fléau qui s’abat sur les hommes, et qui " depuis plus d’un
siècle et demi gangrène l’élite française ".

Le fac-similé du texte du Mandement qui est tout autre que celui qu'on tente de nous faire croire.
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Le Cardinal Choiseul
Donc le père de Monseigneur l'Evèque de Mende qui représente à la fois la très haute noblesse et le très haut clergé.
Le Mandement ne se borne pas à un prèche convenu comme on est en droit de l'attendre d'un cardinal de l'époque et qui constitue, normalement, l'introduction à ce que Choiseul Beaupré a décidé de dénoncer, mais à la dénonciation pure et simple des moeurs dissolues d'une certaine jeunesse.
Or dans les termes de l'époque la "jeunesse" ne pouvait représenter que des représentants de la noblesse ou de la bourgeoisie et non les pauvres hères, sans âge sauf sur les certificats d'inhumation, qui constituaient le menu peuple.
Il est vrai qu’une messe noire avait eu lieu assez récemment dans
une église de Mende.
Ce qui incitait l’évêque à écrire dans ce mandement :
" Quelle
dissolution et quel dérèglement dans la jeunesse de nos
jours ! La malice et la corruption se manifestent jusque dans les
enfants avant qu’ils n’aient atteint l’âge qui peut les en faire
soupçonner. Ce sexe dont le principal ornement fut toujours la
pudeur et la modestie, semble n’en plus connaître aujourd’hui ;
il se donne en spectacle en étalant sa mondanité et se fait
gloire de ce qui devrait le faire rougir. On le vit s’occuper à
tendre des pièges à l’innocence, à usurper un encens
sacrilège, à attirer jusque dans nos temples des adorations
qui ne sont normalement dues qu’à la Divinité... L’abomination
a pénétré jusque dans le lieu saint qui a été
profané par des sacrilèges... ".

Et ce n'est pas un hoax !
On imagine mal les enfants des bergers ou des vachers se livrer à des messes noires dans la cathédrale de Mende et se donner en spectacle en étalant sa mondanité !
Mais Monseigneur l’Evêque ne cite personne car le beau linge sale
ne peut se laver qu’en famille... et il s’agit, dans ce cas particulier,
de très grandes familles.
Il convient donc de lire de fameux Mandement entre les lignes.
Pour certains, bien évidemment, l'Evêque de Mende évoque une intervention divine pour justifier les agissements de la Bête.
C'est lire son texte au premier degrè dans notre conception du XXIeme siècle et non le remettre dans son contexte d'époque !
Et cette évocation divine fait simplement partie du devoir de l'évèque lorsqu'il occuppe sa charge, elle est la normalité de l'époque et cette évocation de l'apocalypse fait partie de tout sermon qui se respecte.
Vatican II n'était pas encore passé par là !
Il ne s'agit donc pas d'élucubrations mais simplement de la normalité de l'église de l'époque et l'évèque demeure tout simplement dans son rôle d'homme d'église, ni plus, ni moins.

L'apocalypse de la Cathédrale de Mende
C'est ce que les fidèles voyaient en écoutant le Mandement de Monseigneur de Choiseul Beaupré : une "beste devoirante" qui est le Moloch et dans laquelle sont jetés les pècheurs !
L'Evèque n'avait donc pas beaucoup d'efforts à faire pour évoquer une intervention divine puisque chacun voyait ce qu'est l'Apocalypse sur les murs même de la cathédrale.
On est donc loin de "Mes biens chers frères, mes biens chères soeurs reprenez ce refain tous en coeur" de notre Ami Schmoll.
Autres temps, autre moeurs !

La Bête de la cathédrale de Mende dans le panneau de l'Apocaplypse
Il est fort probable que lors de son Mandement dans cette même cathédrale de Mende, Monseigneur de Choiseul Beaupré ait désigné du doigt cette Bête de l'Apocalypse qui est toujours bien visible.
En fait il accuse formellement "une jeunesse dissolue" qui n'est pas celle des victimes mais plutôt celle des bourreaux :
"Ne leur inspirez pas des sentiments tous opposés d'ambition, d'orgueil, de mépris pour les pauvres, de dureté pour les misérables.
On vous voit bien moins occuppés de leur salut que de fortune et d'avancement pour lesquels tout vous paraît légitime, et ces passions naissantes que vous auriez du arrêter et étouffer par des corrections salutaires, vous prenez soin, au contraire de les nourrir, d'en faire éclore le germe, heureux encore si vous n'étiez pas les premiers à les pervertir et à les corrompre par la contagion de vos mauvais exemples ?
Après cela fait-il être surpris que Dieu punisse l'amour déréglé que vous avez pour eux, par tant de sujets d'affliction et de douleur qu'ils vous préparent dans la fuite de leurs vies "
Ici l'Evèque ne s'adresse pas au bas peuple mais à celles et ceux qui sont censés montrer l'exemple et qui, au contraire, par leurs moeurs dissolues gangrènent ce peuple en le pervertissant.
On voit assez mal Monseigneur le Cardinal de Choiseul Beaupré accuser les enfants des bouseux de l'époque, donc les victimes exclusives de la bête, la seule victime d'une autre extraction que populaire ayant été une vague petite cousine de Verny de la Védrine, de rechercher ambition fortune et avancement et de cultiver l'orgueil et le mépris vis à vis des pauvres !
Il n'est donc aucunement question, pour l'évèque de Mende, d'accuser la ribaudaille, la valletaille, la piétaille, les vilains, les croquants, les bouseux et leurs lardons, mâles ou femelles, donc les victimes de la Bête, mais bien la bourgeoisie et la noblesse de ce Gévaudan, ou au moins certains bourgeois et certains nobles de ce même Gévaudan qui entretiennent avec cette même Bête des intelligences coupables par action ou par omission.
Et il conclut :
"Tâchons de concourrir à leur délivrance de la manière que nous le pouvons.
Ne cessons point de la demander à Dieu : unissons nous pour lui faire une sainte violence.
Redoublons pour eux nos supplications et nos prières..."
Une fois encore il ne cite personne car il souhaite que ce problème puisse se régler entre gens de bonne compagnie et trouve, enfin, une solution honorable.
Donc de laver le linge sale en famille et de faire cesser les agissements des débauchés qu'il doit fort bien connaître.
Mais malheureusement il n'a balancé aucun nom dans une lettre "officielle" qu'on ne retrouvera donc pas !
Dommage.
Notons que l'Evèque, bien qu'issu d'une des plus grandes familles de la noblesse française explique déjà les principales causes de la révolution qui ne saurait tarder : orgueil, mépris pour les pauvres, dureté envers les misérables, corruption, prévarication, dissolutions des moeurs de certains dépravés.
Monseigneur Gabriel Florent de Choiseul Beaupré a les pieds et les mains liées par son origine et par sa charge mais n'en pense pas moins et il a, au moins, le courage et le mérite de s'exprimer avec force sur ce point.
Il n'est donc pas uniquement le bigot faux-jeton que certains se plaisent à présenter pour le ridiculiser et qui, ce faisant, se ridiculisent eux-même par leur étroitesse d'esprit et de coeur.
On imagine mal par exemple, encore actuellement, un Evèque, fut-il Monseigneur Gaillot, se livrer, en chaire à une telle diatribe contre le pouvoir en place et proférer de telles accusations vis à vis de cette classe dirigeante sans risquer d'encourir les foudres du Vatican.
Monseigneur de Choiseul Beaupré est loin d'être le personnage fat et veule qu'on nous présente généralement .
Il est probablement le seul représentant de la très haute noblesse qui prend parti pour les pauvres et les miséreux en dénonçant les abus de certains représentants locaux de sa caste et de son rang.
Et ce faisant il accuse cette même noblesse d'être à l'origine des méfaits de la fameuse "bête féroce, inconnue dans nos climats qui joint à la force la ruse et la turpitude" .
Norons au passage qu'il nest pas question de loup mais d'une bête inconnue dans nos climats !
Il convient donc de relire plus attentivement ce fameux Mandement et de ne pas s'en tenir exclusivement aux affirmations des auteurs qui visiblement n'ont fait que de le parcourir rapidement ou que de reprendre les accusations de leurs prédécesseurs.
Et pour bien finir d'enforcer le clou écoutons ce que Choiseul Beaupré explique doctement tel un certain général dans son célèbre appel : tout n'est pas perdu !
"Cet animal tout terrible qu'il est n'est pas plus que les autres animaux à l'épreuve du fer et du feu ; il est sujet aux mêmes accidents et à périr comme eux.
Il tombera infailliblement sous les coups qu'on lui portera dès que les moments de la miséricorde de Dieu nous seront arrivés.
Déjà cette miséricorde nous a ouvert une ressource.
Les Etats de la Providence (CF le Vatican ! - ndla) sensibles aux calamités de ce Pays ont accordé une gratification à celui qui l'en délivrera et nous avons lieu d'espérer que plusieurs bras s'armeront pour nous secourir ! "
On est loin d'un simple illuminé évoquant le fléau de Dieu pour noyer le poisson :
On aura les moyens de se débarrasser de la Bête à condition de ne pas baisser les bras.
Et si le Vatican lui-même offre une prime pour la destruction de ce fléau, c'est donc qu'il s'agit d'autre chose qu'une vengeance divine dont certains se regorgent en lisant le Mandement de travers.
On a la foi qu'on peut.
Mais elle est souvent mauvaise.
Aides toi et le Ciel t'aidera !
Il convient donc de ne plus charger Choiseul Beaupré qui fut, probablement, le seul à dénoncer une situation lié à la dépravation de quelques uns.
Mais qu'il ne put nominalement citer pour ne pas trahir son sang.
Cela démontre encore un peu plus la faille existant entre les dirigeants et celles et ceux qui étaient taillables et corvéables à merci.
Mais cette situation ne s'est pas nécessairement améliorée et de nos jours une telle affaire trouverait probablement les mêmes écueils et les mêmes errements.
"Selon que vous soyez puissants ou misérables...."
Et on a visiblement blanchi pas mal de monde, comme on continue par ailleurs à le faire de bonne ou de mauvaise foi.
Seul le loup de Rinchard reste noir.
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