Mais le massacre continue paisiblement...
sous la haute bénédiction
du Marquis d’Apcher...

   

Le Marquis d'Apcher remplace Monsieur Antoine !

Du 2 décembre 1766 au 19 juin 1767 la bête du Gévaudan sera encore impliquée dans une trentaine d’agressions faisant dix sept victimes de plus...

Au départ d’Antoine, ce sera le Sieur Jean Joseph de Chateauneuf-Randon, Marquis d’Apcher, Baron de la Garde, de Thoras, de Cénaret et de la Clause, Seigneur de Besque, de Verdun, de Clavière, Colonel de la Gendarmerie Royale, Maréchal de camp du Roi et Chevalier de l’Ordre de Saint Louis qui prendra le relais et " se dépensera sans compter avec un zèle admirable et tout à fait à ses propres dépens ", selon les termes de l’Abbé Trocellier.
Mais sans le moindre résultat que la continuation de la tuerie.

Après une relative période de tranquillité depuis le tout début de l’année jusqu’au début du mois d’avril où, probablement, la " bête jeûne " suivant son habitude après un gros problème, les crimes reprennent de plus belle fin avril et en mai dans la région de Besseyre Saint Mary (communes de Darnes, de Nozeyrolles, de Chanteloube, de Sauzon, du Mont Mouchet) puis de la paroisse de Desges où la dernière victime, Jeanne Bastide âgée de neuf ans, est égorgée le 17 juin à 17 heures entre La Grange et La Gazelle sur les bords de la Gourgayre au lieu dit "Le Bois Noir" .

Ce sera donc la dernière victime officiellement recensée de la fameuse " bête ".

 

De son coté, le Marquis d’Apcher, ou d’Apchier suivant les orthographes de l’époque, dirigeait les opérations en grand seigneur depuis le Château de Besque, siège de sa famille les La Tour d’Apcher, situé sur la paroisse de Charraix.

A proximité immédiate de la fameuse Abbaye de Sainte Marie des Chazes où Antoine de Beauterne avait abattu " la bête ".

Bien étrange coïncidence en réalité.

Ce même Antoine habitait, lors des chasses, une propriété, également un château, au Besset sur le territoire de la commune de La Besseyre Saint Mary (ou Mari)... épicentre des massacres.

Encore une autre sacrée coïncidence.

Plusieurs fois Antoine et le Marquis d’Apcher s’étaient retrouvés au château de Chamblard, également situé sur la commune de La Besseyre Saint Mary, appartenant à la famille du sud-délégué d’Auvergne, Monsieur de Boissieu, où résidait un gentilhomme verrier du nom de Verny de la Védrine qui était réputé pour " avoir blessé un gros chien errant dans la montagne ".

Or ce Gentilhomme verrier, donc Maître verrier, ne pouvait pas ignorer la présence des nombreuses mines de feldspath-fluor, minéral justement utilisé en cristallerie et qui justifiait sa présence au Chamblard.

Et personne ne parle de ces mines, grottes, galeries dont certaines étaien déjà abandonnées lorsque la "Bête" se manifesta sur et aux alentours du Mont Mouchet.

   

Une famille un peu particulière !

Comme par le plus grand des hasard tout ce beau monde utilisait les divers services des frères Chastel et, plus particulièrement, de Jean.

Etrange famille que celle des Chastel. Le père Jean, dit " Le Masque ", d’une instruction certaine avait été cabaretier et jouissait de la réputation d’être un excellent chasseur, et de celle, beaucoup moins bonne, d’être un " sacré meneux de loups " (meneur de loups, un individu ayant passé un " pacte " donc ayant le savoir et le pouvoir de diriger un ou plusieurs loups à sa guise... ).


D’où son surnom du " Masque " qui désignait habituellement, dans ces régions, les sorciers et autres jeteurs de sorts.

Suivant certains son surnom exact serait "De la Masque" ce qui impliquerait qu'il serait né d'une sorcière dont il aurait hérité des pouvoirs.


Son fils aîné, Pierre, également fort bien instruit, gérait depuis la Besseyre une partie des intérêts et des terres de Madame d’Apcher de Chateauneuf, dont il recouvrait, entre-autres, les créances personnelles auprès des mauvais payeurs.

Il s’agissait donc de l’homme de confiance de Madame d’Apcher, très proche parente du Marquis.

 

Le village de Desges près duquel fut égorgée la dernière victime de la Bête, une paysanne de 19 ans nommée Jeanne Bastide.
Cette Bête fut tuée le lendemain matin par Jean Chastel posté sur la Sogne qui domine ce village entre Desges et Lesbinières.

 

 


Le village de Desges au fond dela vallée

Le fils cadet, Antoine, une sombre brute, était, par contre, garde chasse dans le bois de Ténazeyre, situé au cœur du Mont Mouchet.et qui appartenait également à Madame d’Apcher de Chateauneuf.

Il avait, quelques années auparavant, échappé de peu aux galères, grâce à une haute intervention, pour une affaire de viol et meurtre avec actes de barbarie.

Il avait alors été prié d’aller se faire pendre ailleurs et d’entreprendre, à cet effet, un voyage lointain.

On raconte alors qu’il avait été pris par des pirates maures et qu’il aurait subi des sévices dont il voulut se venger à tout prix.


Il était revenu au bout de sept ans d’absence.

Il vivait généralement seul dans plusieurs cabanes du Mont Mouchet entouré d’une meute de chiens et toujours suivi par une grande chienne rousse ressemblant fort à un l’un des immenses lévriers afghans ramenés de Syrie par l’un des neveux du Marquis d’Apcher, Jean François Charles de Molette, Comte de Morangiès ou Morangias suivant l'écriture d'Oc (1721 1801), également considéré dans la région comme un débauché notoire.

Gabriel Florent de Choiseul Beaupré, évêque de Mende, le 31 décembre 1764, consacre et publie un mandement pour stigmatiser cette débauche et ce libertinage qui, selon lui est à l’origine du fléau qui s’abat sur les hommes, et qui " depuis plus d’un siècle et demi gangrène l’élite française ".

 

Pour une lecture du Mandement de Monseigneur l'Evêque de Mende !

Il est vrai qu’une messe noire avait eu lieu assez récemment dans une église de Mende.

Ce qui incitait l’évêque à écrire dans ce mandement :

 Quelle dissolution et quel dérèglement dans la jeunesse de nos jours ! La malice et la corruption se manifestent jusque dans les enfants avant qu’ils n’aient atteint l’âge qui peut les en faire soupçonner. Ce sexe dont le principal ornement fut toujours la pudeur et la modestie, semble n’en plus connaître aujourd’hui ; il se donne en spectacle en étalant sa mondanité et se fait gloire de ce qui devrait le faire rougir. On le vit s’occuper à tendre des pièges à l’innocence, à usurper un encens sacrilège, à attirer jusque dans nos temples des adorations qui ne sont normalement dues qu’à la Divinité... L’abomination a pénétré jusque dans le lieu saint qui a été profané par des sacrilèges...  ".

Mais Monseigneur l’Evêque ne cite personne car le beau linge sale ne peut se laver qu’en famille... et il s’agit, dans ce cas particulier, de très grandes familles.

Il convient donc de lire de fameux Mandement entre les lignes.
Pour certains, bien évidemment, l'Evêque de Mende évoque une intervention divine pour justifier les agissements de la Bête.

C'est lire son texte au premier degrè !

En fait il accuse formellement "une jeunesse dissolue" qui n'est pas celle des victimes mais plutôt celle des bourreaux :

"Ne leur inspirez pas des sentiments tous opposés d'ambition, d'orgueil, de mépris pour les pauvres, de dureté pour les misérables.
On vous voit bien moins occuppés de leur salut que de fortune et d'avancement pour lesquels tout vous paraît légitime, et ces passions naissantes que vous auriez du arrêter et étouffer par des corrections salutaires, vous prenez soin, au contraire de les nourrir, d'en faire éclore le germe, heureux encore si vous n'étiez pas les premiers à les pervertir et à les corrompre par la contagion de vos mauvais exemples ?
Après cela fait-il être surpris que Dieu punisse l'amour déréglé que vous avez pour eux, par tant de sujets d'affliction et de douleur qu'ils vous préparent dans la fuite de leurs vies "

Ici l'Evèque ne s'adresse pas au bas peuple mais à celles et ceux qui sont censés montrer l'exemple et qui, au contraire, par leurs moeurs dissolues gangrènent ce peuple en le pervertissant.

Et il conclut :

"Tâchons de concourrir à leur délivrance de la manière que nous le pouvons.
Ne cessons point de la demander à Dieu : unissons nous pour lui faire une sainte violence.
Redoublons pour eux nos supplications et nos prières..."

Une fois encore il ne cite personne car il souhaite que ce problème puisse se régler entre gens de bonne compagnie et trouve, enfin, une solution.

Notons que l'Evèque, bien qu'issu d'une des plus grandes familles de la noblesse française explique déjà les principales causes de la révolution qui ne saurait tarder...orgueil, mépris pour les pauvres, dureté envers les misérables, corruption, prévarication, dissolutions des moeurs de certains dépravés.

Monseigneur Gabriel Florent de Choiseul Beaupré a les pieds et les mains liées par son origine et par sa charge mais n'en pense pas moins et il a, au moins, le courage et le mérite de s'exprimer avec force sur ce point.

Il n'est donc pas uniquement le bigot faux-jeton que cerrains se plaisent à présenter pour le ridiculiser.

On imagine mal par exemple, actuellement, un Evèque, fut-l Monseigneur Gaillot, se livrer, en chaire à une telle diatribe contre le pouvoir en place et proférer de telles accusations vis à vis de cette classe dirigeante sans risquer d'encourir les foudres du Vatican.

Monseigneur de Choiseul Beaupré est loin d'être le personnage fat et veule qu'on nous présente généralement .

Il est probablement le seul représentant de la très haute noblesse qui prend parti pour les pauvres et les miséreux en dénonçant les abus de certains représentants locaux de sa caste et de son rang.

Et ce faisant il accuse cette même noblesse d'être à l'origine des méfaits de la fameuse "bête féroce, inconnue dans nos climats qui joint à la force la ruse et la turpitude" .

Norons au passage qu'il nest pas question de loup mais d'une bête inconnue dans nos climats !

Il convient donc de relire plus attentivement ce fameux Mandement et de ne pas s'en tenir exclusivement aux affirmations des auteurs qui visiblement n'ont fait que de la parcourir ou que de reprendre leurs prédécesseurs.

 

 

 

Entre les Chastel et de Morangiès une galerie de personnages peu recommandables !

Comme par le plus grand des hasard tout ce beau monde utilisait les divers services des frères Chastel et, plus particulièrement, de Jean. Etrange famille que celle des Chastel.

Le père Jean, dit " le masque ", d’une instruction certaine avait été cabaretier et jouissait de la réputation d’être un excellent chasseur et de celle, beaucoup moins bonne, d’être un " sacré meneux de loups " (meneur de loups, un individu ayant passé un " pacte ", donc ayant le savoir et le pouvoir de diriger un ou plusieurs loups à sa guise... ).

D’où son surnom du " masque " qui désignait habituellement, dans ces régions, les sorciers et autres jeteurs de sorts.

Suivant certains auteurs son surnom originel serait même "De La Masque" donc descendant ou fils d'une sorcière qui lui aurait transmis ses pouvoirs.

Son fils aîné, Pierre, également fort bien instruit, gérait depuis la Besseyre une partie des intérêts et des terres de Madame d’Apcher de Chateauneuf, dont il recouvrait, entre-autres, les créances personnelles auprès des mauvais payeurs.

Il s’agissait donc de l’homme de confiance de Madame d’Apcher, très proche parente du Marquis.

Le fils cadet, Antoine, une sombre brute, était, par contre, garde chasse dans le bois de Ténazeyre, situé au cœur du Mont Mouchet et qui appartenait également à Madame d’Apcher de Chateauneuf.

Il avait, quelques années auparavant, échappé de peu aux galères, grâce à une haute intervention, pour une affaire de viol et meurtre avec actes de barbarie.

Il avait alors été prié d’aller se faire pendre ailleurs et d’entreprendre, à cet effet, un voyage lointain.

On raconte alors qu’il avait été pris par des pirates maures et qu’il aurait subi des sévices dont il voulut se venger à tout prix. Il était revenu au bout de sept ans d’absence.

Il vivait généralement seul dans plusieurs cabanes du Mont Mouchet entouré, selon les témoignages d'époque, d’une meute de chiens et toujours suivi par une grande chienne rousse ressemblant fort à un l’un des immenses lévriers afghans ramenés de Syrie par l’un des neveux du Marquis d’Apcher, Jean François Charles de Molette, Comte de Morangiès), également considéré dans la région comme un débauché notoire.

Gabriel Florent de Choiseul Beaupré, évêque de Mende, le décembre 764, consacre et publie un mandement pour stigmatiser cette débauche et ce libertinage qui, selon lui est à l’origine du fléau qui s’abat sur les hommes, et qui " depuis plus d’un siècle et demi gangrène l’élite française ".

 

Le fameux coup de la bonne du curé de Paulhac ...et une lègère manipulation locale.

La bonne du curé de Paulhac, Marie Jeanne Valet "La Pucelle du Gévaudan" aux prises avec la bête.
Statue monumentale du sculpteur Ph. Kaeppelin située à Auvers.
Les spécialistes du bâton et des armes de hast noteront qu'elle était gauchère.
En fait d'armes il faut toujours se méfier des gauchers !

C'est cette fameuse statue qui se situe désormais à Auvers, lieu où Jean Chastel abattit la "bête" le 19 juin 1767 sur la Sogne. Etrangement elle relate l'épisode du combat contre Marie Jeanne Valet qui eut lieu le dimanche 11 août 1765 sur le petit pont de pierre situé entre le village de Paulhac et la métairie des Broussoux.

On a probablement jugé que Auvers était plus "touristique" que Paulhac.

Mais dans ce cas pourquoi la statue d'Auvers ne représente-t-elle pas Jean Chastel tirant sur la fameuse Bête au lieu de cet épisode s'étant déroulé ailleurs ?

Il est vrai qu'il existe une statue très connue de la "Bête" à Marvejols où celle-ci n'a jamais mis les pattes.
Ou les pieds.

En ce qui nous concerne nous lui préférons à celle de Marvejols la "Bête" de Saint Privat d'Allier !

 

La "Bête de Saint Privat d'Allier".
Moins connue que celle de Marvejols elle est l'oeuvre d'unartisan local !

Où apparaît, entre les lignes, le Divin Marquis, une relation de Morangiès !

Juste un an avant ce mandement le " Divin Marquis ", Sade en personne, âgé de 23 ans, fils de Marie Eléonore de Maillé-Brezé, alliée aux Condé, de la branche cadette des Bourbons et du Comte de Sade, Seigneur de Saumane, de la Coste et du Mazan, Lieutenant Général de la Bresse, du Bugey, du Valromey et de Gex, avait été emprisonné à Vincennes pour libertinage et voies de fait, qualifiées à l’époque de " débauches outrées " sur deux jeunes filles dont l’âge ne fut d’ailleurs jamais précisé.

Mais les défenseurs du Divin Marquis affirme qu'il fut, comme Gille de Retz (ou de Rais ! ), victime d'une sombre machination destinée à le dépouiller de ses biens.

Mais il semble bien, par contre, que Jean François Charles de la Molette, Comte de Morangiès ou de Morangias suivant la transcription en Langue d'Oc, ait entretenu des relations avec ce même Divin Marquis ce qui lui valait une réputation sulfureuse dans toute la région.

Fils du Marquis Pierre Charles de Morangiès il a épousé en 1753 la fille du Duc de Beauvilleirs Saint Aignan, alliance qui permet à la famille Morangiès de se hisser au sommet de la noblesse du Languedoc.

Il n'en sera pas moins emprisonné pour dettes et malversations et finira, ruiné, concubin d'une femme galante de mauvaise réputation qui finira par le tuer à coups de pelle à feu.

Entre temps il semble, mais sans que personne ne puisse en apporter la preuve, que le Comte de Morangiès ait été enfermé un certain temps dans le château familial de Saint Alban sur Limagnole.

Cela se serait produit après que la dernière "bête" ait été abattue par Chastel sur la Sogne d'Auvers.

A partir de ce moment les attaques cessèrent définitivement dans la région.

Mais suivant certains auteurs elle reprirent peu à peu et d'une manière plus sporadique plus au sud.

Le château de Saint Alban sur Limagnole, où fut probablement enfermé le Comte de Morangiès, est actuellement le centre d'un hôpital psychiatrique très connu !

 

Le chateau de Saint Alban (XV et XVIe) devenu un important hôpital psychiatrique
Les résidents logent dans le village moderne qui entoure le château.

 

La "Bête" sur la girouette de l'église de Saint Alban en Limagnole !

 

 

Une ombre sur la Sogne d'Auvers !

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